01 octobre 2017

ORIGINAL SOUND OF SOWETO - DANCING IN SOWETO


Acquis chez Emmaüs à Tours-sur-Marne le 9 septembre 2017
Réf : CD Drive 3067 -- Édité par Drive en Suisse en 1989
Support : CD 12 cm
12 titres

L'autre jour chez Emmaüs, quand j'ai acheté le 45 tours de Roger Zami et le 78 tours de Tramel, la petite foule présente pour cette journée de vente spéciale s'intéressait surtout aux vinyls. J'ai donc pu fouiller presque tranquillement les tiroirs de CD, constater qu'il y en avait eu quelques-uns d'ajoutés depuis mon dernier passage et en trouver deux intéressants, dont celui-ci. Pour moi, surtout au vu de la maquette de pochette, il s'agissait d'une banale compilation commerciale de tubes sud-africains, mais je ne pouvais quand même pas la laisser passer.
Une fois rentré à la maison, j'ai eu le plaisir de constater que le CD est excellent de bout en bout. De plus, il semble bien que ce disque soit l'une des rares sorties internationales, voire la seule, pour tous ces titres à succès de la fin des années 1980. Aucune réédition depuis, donc, et quasiment aucune chanson sur YouTube non plus.
Ces enregistrements ont tous été publiés en Afrique du Sud par Tusk Music, créé en 1986 quand la branche locale de WEA a dû fermer en raison des sanctions internationales contre l'apartheid.
Il y a eu en 1988 une compilation intitulée Sounds of Soweto volume 1. Je n'en ai pas trouvé trace en ligne, mais je suppose que ce CD correspond plus ou moins à un volume 2.
C'est un peu surprenant que ce CD ne soit sorti qu'en Suisse. Peut-être que c'était un procédé pour contourner les mesures de boycott puisque, quand ce disque est sorti, l'apartheid était encore en vigueur et Nelson Mandela était même encore en prison.
Si j'en crois son nom et le catalogue qui sert de livret au CD, le label Drive était spécialisé dans l'édition de compilations pas chères dans tous les genres musicaux. Je les imagine bien vendues dans les stations-services pour que les automobilistes puissent les écouter avec leurs beaux auto-radios CD tout neufs.
De ce que j'ai pu voir, les titres compilés ici datent tous de 1987-1989. Ce sont sûrement effectivement des titres populaires, puisque la plupart du temps on trouve ici la chanson-titre d'un album ou son morceau d'ouverture.
Je ne connaissais personne, mais il y a quelques grands noms présents ici, comme Thomas Chauke, M. D. Shirinda ou M. J. Hlungwane, qui a droit à deux titres.
Dès les premières notes du CD, Africa mamela par Cokes, on se rend compte que la musique sera exactement dans le style de musique que beaucoup de français ont découvert, moi compris, avec l'album "sud-africain" de Lizzy Mercier Descloux et son tube Mais où sont passées les gazelles ?.
Mais on est à la fin des années 1980 et les sons électroniques sont largement présents sur tout le disque. Sur le deuxième titre, Sekala par Lazarus Kagagudi, il y a du séquenceur et le synthé prend la place de l'accordéon. Il y aussi de la batterie électronique sur l'album, mais tout ça ne reste qu'un habillage et la musique conserve ses qualités intrinsèques, avec le travail sur les voix et notamment les chœurs de "Sisters" sur la plupart des titres, comme sur l'un de mes préférés, Boti rhandeka, avec la flûte et les chants des Gaza Sisters.
Et même, l'électronique peut être très stimulante, comme sur
Vuxaka bya mali, où la répétition de juste trois notes de synthé aiguës participe au rythme général et en fait une rencontre entre musique africaine et pop synthétique à la Elli et Jacno ou Depeche Mode.
Avec ceux déjà cités, j'ai choisi de vous proposer un troisième titre en écoute ci-dessous, Ma jumble sale de Thomas Chauke, mais l'ensemble du disque est tellement bon que j'aurais pu ne pas m'arrêter là, et mettre aussi Thandiwi des Madlala Brothers, Hamba driver d'Amaswazi Emvelo, Badumaze sisheli sami d'Uvemvane ou Lamulini naxaniseka de George Maluleke na van Wanati Sisters.
Cette année, je trouve en quantité beaucoup moins de disques sur les vide-greniers, mais les dépôt-vente prennent le relais, et surtout, la qualité est là ! Vivement la suite...

A écouter :
M.J. Hlungwane / Na Mpfumu Sisters : Vuxaka bya mali.

M.D. Shirinda and Gaza Sisters : Boti rhandeka.
Thomas Chauke : Ma jumble sale.

29 septembre 2017

DEPECHE MODE : Pleasure little treasure (Live)


Acquis sur le vide-grenier d'Athis le 10 septembre 2017
Réf : SA 1246 -- Édité par Mute en France en 1989 -- Échantillon promotionnel - Vente interdite
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Pleasure little treasure (Live) -/- Pleasure little treasure (Live)

A Athis, avant d'acheter le disque d'Audrey, j'étais tombé à un autre stand sur ce 45 tours de Depeche Mode. Je me suis arrêté dessus parce que la pochette ne me disait rien. Aucune indication particulière au dos, mais j'ai décidé de le prendre quand j'ai sorti le disque et que j'ai vu qu'il s'agissait d'une édition promotionnelle (en plus de la mention sur la rondelle, la pochette a été marquée au tampon sec "Vente interdite - Échantillon gratuit"). Enfin, je l'ai surtout acheté parce que le vendeur m'avait annoncé un prix de 50 centimes. Je crois que je ne me serais pas embêté à mettre plus cher ou à négocier le prix.
La chanson de ce disque (la même sur les deux faces) est extraite de l'album 101, enregistré en concert le 18 juin 1988 à Pasadena, en Californie.
Pleasure little treasure est une chanson que je ne connaissais pas bien. Et pour cause, elle est sortie en face B du 45 tours Never let me down again, disque que je ne connais pas. Elle n'était pas sur le 33 tours Music for the the masses, sorti il y a pile 30 ans, mais une version remixée figurait en bonus sur les éditions originales de l'album en CD et en cassette. Ce même Glitter mix a été inclus sur la bande originale du film Bright lights, big city et là, je sais que j'avais déjà écouté (et oublié) cette version car j'ai l'album.
Je n'en attendais rien de spécial, mais à l'écoute, j'ai été très agréablement surpris par cette version live de Pleasure little treasure. Il y a un gros son de séquenceur bien grave, de la guitare, et le chant, surtout dans les couplets, associé à la musique m'évoque assez fortement le Devo synthétique et déjà aseptisé de 1981-1982, époque New traditionalists / Oh, no ! It's Devo. Il s'avère que cette version en public est très proche de la version originale en 45 tours.
Le seul single commercialisé extrait de 101 est Everything counts. Il n'y a qu'en France qu'il y eu une édition promo de Pleasure little treasure (dont 200 exemplaires ont été envoyés en Espagne pour être diffusés sur les radios de la chaîne 40 Principales). Mais le seul titre gravé sur le disque est très largement disponible, et la pochette est très quelconque. Elle n'a même qu'un rapport indirect avec Depeche Mode puisqu'on n'y voit que le logo du label Mute dans sa version assez industrielle de l'époque, sur lequel sont posées deux branches de chêne qui lui donnent un fort accent totalitaire. C'est pourquoi j'ai du mal à m'expliquer pourquoi des obsédés du groupe ont déboursé plusieurs dizaines d'euros chez Discogs (de 80 à 297)pour se procurer ce 45 tours, et tout autant pour l'édition maxi qui a aussi été diffusée.
En tout cas, heureusement que j'ai écouté le disque lui-même avant de visionner l'extrait correspondant du film 101. Outre que le son sur cette vidéo YouTube est très poussif, voir Dave Gahan se pavaner et se déhancher tout au long de la chanson est à vous en dégoûter pour de bon !



24 septembre 2017

TOP COMPAS D'HAÏTI - STAR COMBO


Acquis sur le vide-grenier du Jard à Epernay le 13 août 2017
Réf : MT 001 -- Édité par Magic' Tirelir en France probablement dans les années 1970
Support : 33 tours 30 cm
9 titres

Au vide-grenier du Jard le mois dernier à Épernay, outre le Wilson Pickett acheté à un vendeur professionnel pas particulièrement avenant, j'ai acheté trois disques à une vendeuse particulière très sympathique.
Ce disque antillais était le seul de ce style dans sa petite pile de 33 tours qui contenait plutôt de la variété. Ma théorie dans ce genre de cas, c'est que le disque "exotique" est un souvenir de vacances. Et j'ai souvent l'occasion de me réjouir que les gens aient longtemps eu l'habitude de revenir du bout du monde avec un disque dans leurs valises, car ça a permis de disséminer ces disques dans nos contrées, où on les retrouve sur les vide-greniers quelques décennies plus tard.
Initialement, j'ai cru avoir affaire à un album intitulé Top compas d'Haïti par un groupe nommé Star Combo. Mais, en retournant la pochette et en regardant les rondelles du disque, on se rend compte qu'il y a un groupe différent par face sur ce 33 tours, Top Compas d'Haïti sur la face A et Star Combo sur la face B.
Ce disque est visiblement le premier produit et distribué par une maison nommée Magic' Tirelir Disques, qui a édité des groupes comme Les Vautours, Les Milords, Les Gipsons ou Les Princes Noirs. Le siège était au 56 boulevard Rochechouart.
Si j'en crois la pochette plastique dans lequel le disque était glissé, mon exemplaire a été acheté, comme beaucoup des disques antillais que j'ai, notamment ceux achetés à Mairy-sur-Marne il y a deux ans, chez Anvers Musique, au 35 boulevard Rochechouart.
Mon disque antillais est donc très parisien, et je pense même que les deux maisons étaient liées car, à côté du nom d'Anvers Musique, il y a le logo de Guérardisques, label sûrement lié à Claude Guérard, qui a produit plusieurs disques de Magic' Tirelir...
C'est du très classique dans son genre, mais l'ensemble de ce 33 tours est de très bonne tenue.
J'ai remarqué à l'écoute des cinq titres de Top Compas que l'orgue était proéminent dans les arrangements. Pour les quatre premiers titres, la partie instrumentale débute par une partie d'orgue, avant que les cuivres prennent leur tour. Ca s'explique quand on sait que le maestro du groupe était Wagner Lalanne, également organiste et sûrement de la famille des Lalanne du groupe Les Loups Noirs. Le Super Ensemble "Top Compas" est le dernier groupe pris en charge par le créateur du compas direct, Nemours Jean-Baptiste, pendant une bonne partie des années, comme cela est indiqué dans la biographie du site officiel de Nemours Jean-Baptiste.
Ces quatre premiers titres sont des compas. J'ai choisi de vous faire écouter Suspen' couri, mais j'aurais aussi bien pu prendre le premier titre, Hélène, ou un des deux autres.
Le dernier titre de la face, Destin, est plus court et plus lent. Il est chanté en français sur une musique qui m'évoque les cortèges funèbres de La Nouvelle Orléans.
Star Combo, le groupe qu'on entend sur la face B, est un groupe, sûrement originaire de la Guadeloupe, dont le maestro était le trompettiste Amédé Dinart. On peut voir sur Discogs la liste de ses membres, quand est paru l'album La lutte des grands en 1976.
Je ne sais pas précisément quel est le style musical de leurs chansons, mais pour moi c'est aussi du compas. Les quatre chansons de la face sont très bonnes et font cette fois-ci, plus classiquement la part belle aux cuivres. Je regrette bien de ne pas être en mesure de comprendre les paroles de José le mouchard !
Une fois de plus, voilà une trouvaille intéressante, dont aucun titre n'a jamais été réédité à ma connaissance. Aucun n'était disponible en ligne non plus. J'ai vu un exemplaire du disque en vente à 70 € sur Ebay. Faut quand même pas pousser...

A écouter :
Top Compas d'Haiti : Suspen' couri.
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23 septembre 2017

AUDREY : Getting ready for a heartache


Acquis sur le vide-grenier d'Athis le 10 septembre 2017
Réf : 2C 006-92979 M -- Édité par Trend en France en 1971
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Getting ready for a heartache -/- M.Y.O.B. Leave me alone

Il avait fait moche toute la semaine et on était en plein dans les vendanges. Il ne pleuvait pas mais il faisait quand même super frais. Tout ça explique sûrement pourquoi il y avait beaucoup moins de camelots et beaucoup moins de chineurs que d'habitude à la broc d'Athis cette année.
J'y ai quand même acheté deux fois deux 45 tours sur deux stands. A la dame qui vendait celui-ci, j'ai aussi pris le 45 tours, Calypsos de Rico's Creole Band, a priori alléchant mais qui s'est avéré décevant, ne serait-ce que parce qu'il s'agit de calypsos instrumentaux.
Je ne sais pas quelle serait votre réaction si, en fouillant dans une boite à chaussures en carton contenant une grosse vingtaine de 45 tours à 50 centimes, vous tombiez sur un disque avec une pochette de ce style. Pour ma part, j'ai envisagé deux options :
  • Jamais entendu parlé de cette Audrey. Je ne connais aucun nom sur le disque, même pas celui du label. Il y a une chance sur deux pour que ce soit de la soupe tendant vers le disco. Je vais être raisonnable et ne pas m'encombrer avec ça.
  • Cette photo a vraiment de la classe. C'est années 1970 (tampon SACEM) mais, sur les apparences, je parierais que c'est assez tôt dans la décennie pour être de la soul sophistiquée plutôt que du disco ou de la soupe. Jamais entendu parlé de cette Audrey mais, à cinquante centimes je ne vais surtout pas laisser passer ce disque.
La première option n'a que fugacement traversé mon esprit avant que j'opte pour la seconde. Et, si je chronique ce disque ici, vous vous doutez bien que je ne regrette pas mon choix et que ce disque s'est avéré être une excellente pioche !
Getting ready for a heartache, en face A, débute par quelques notes de cuivres très bienvenues. Audrey enchaîne ensuite sur le refrain de la chanson qui, sans surprise, est dans un style soul, avec un arrangement intéressant, grâce notamment à ces cuivres. La voix semble un peu fine, mais ça passe bien. Il y a un break au milieu, et ensuite il y a quelque chose qui se passe - avec l'arrivée d'un saxophone et des chœurs, notamment, et une rythmique d'enfer - qui fait que la chanson décolle et d'un seul coup on se rend compte dans les quarante dernières secondes (d'une chanson qui n'atteint pas les trois minutes), qu'on est irrésistiblement en train de se trémousser.
La face B, M.Y.O.B. Leave me alone (pour "Mind your own business, leave me alone", "Occupe-toi de tes fesses, laisse-moi tranquille") est tout aussi bonne. On est entre le jazz et la soul. Introduction à la flûte, puis chanson assez classique qui démarre, soutenue par de l'orgue et du saxophone. Mais, là encore, il y a un break instrumental, à la batterie d'abord puis encore la flûte, on entend même les musiciens qui s'encouragent, et la chanson prend vraiment une autre dimension.
Je n'ai trouvé aucune de ces deux chansons en ligne, je vous fournis donc les MP3 (en suivant les liens sur les titres ou ci-dessous). Je n'ai trouvé qu'un seul exemplaire en vente en ligne de cette édition française du disque, à 40 € s'il vous plaît, mais il est clair que le vendeur vise les DJs car il s'est dit, comme moi, que les breaks de ce disque pourraient faire le bonheur des échantillonneurs.
J'étais persuadé qu'Audrey était une parfaite inconnue. Ce n'est pas du tout le cas !
Audrey Hall est jamaïcaine et elle a une discographie bien fournie. Elle s'est fait connaître à la fin des années 1960 en chantant en duo avec Dandy Livingstone. En tant que Dandy and Audrey, ils ont notamment eu du succès en 1969 avec Morning side of the mountain, et ont sorti deux albums en 1969 et 1970.
Audrey a ensuite beaucoup travaillé comme choriste dans les années 1970 et 1980, notamment avec sa sœur Pam Hall. Elle a fini par avoir du succès commercialement sous son nom au milieu des années 1980, notamment avec One dance won't do, qui lui a valu de passer à Top of the Pops en 1985.
Getting ready for a heartache est son premier disque solo après l'arrêt du duo avec Dandy. Il est sorti sur un label indépendant anglais, Trend, dont la fabrication et la distribution étaient alors assurés par Philips. Apparemment, seuls deux des disques de Trend ont été diffusés en France, l'autre étant un 45 tours de Consortium.
Trend a été actif de 1968 à 1972. Le label a été fondé par un disquaire londonien, Barry Class, qui a aussi managé les Foundations. Le label donnait plutôt dans le jazz-rock, mais ce disque prouve que sa production pouvait être versatile. La face A est due à deux habitués du label, David Myers et John Worsley, mais la face B est due à Audrey Hall elle-même et, une fois qu'on le sait, on peut en deviner les racines reggae. Je ne serais pas surpris que des musiciens comme ceux du groupe Swegas, alors signé chez Trend, aient participé aux sessions de ce 45 tours.
Un excellent disque jamais réédité. Dans ce genre de cas on se demande toujours comment il a fait pour atterrir à Athis, plus de 45 ans après sa sortie. Mais je ne m'en plains surtout pas ! Au contraire, j'espère continuer à faire d'aussi bonnes découvertes dans les quelques brocs qu'il reste d'ici la fin de cette année.

Audrey : Getting ready for a heartache.
Audrey : M.Y.O.B. Leave me alone.

17 septembre 2017

TRAMEL... LE BOUIF : Que faire ?... Que faire ?...


Acquis chez Emmaüs à Tours-sur-Marne le 9 septembre 2017
Réf : 166.456 -- Édité par Odéon en France dans les années 1930
Support : 78 tours 25 cm
Titres : Que faire ?... Que faire ?... -/- Devinette musicale

L'autre samedi chez Emmaüs, en plus des 45 tours comme celui de Roger Zami, il y avait un carton de 78 tours. Je l'ai regardé vite fait, peut-être trop rapidement d'ailleurs car il y avait dedans plutôt des disques de chansons grivoises que du classique, de l'opérette ou de la musique militaire, ce qu'on trouve le plus souvent dans ce format.
En tout cas, j'ai sélectionné deux disques, celui-ci et un de 1932 de Prior, de L'Empire, avec en face B une "chanson arabe" intitulée Y en a bon en Afrique qui, vous vous en doutez bien, n'a absolument aucun relent raciste !
Une fois rentré à la maison, j'ai cherché en ligne des informations sur ces disques qui, a priori, ne sont pas particulièrement rares. Et là, on se vite compte que le patrimoine discographique français reste fortement délaissé.
Un seul disque est référencé dans le catalogue de la bibliothèque nationale, aucun à la Médiathèque musicale de Paris. Aucun son n'est en ligne sur des sites d'institutions françaises. Sur les sites internationaux, rien sur Archive.org ni Discogs, une seule des quatre faces, la A du Prior, Les filles de Marseille, est en écoute sur YouTube. Clairement, d'un point de vue numérisation et valorisation, on ne traite pas le patrimoine enregistré aussi bien que tout ce qui est imprimé...
Heureusement, on trouve des informations sur la biographie et le parcours de Tramel, alias Félicien Martel (1880-1948), notamment chez Du temps des cerises aux feuilles mortes, où l'on apprend qu'il a enregistré 96 titres, dont 36 monologues et 60 chansons, parmi lesquelles J'ai ma combine et C'est pour mon papa de Georges Milton. Sa discographie complète a été publiée dans la revue Phonoscopies de Gérard Roig, mais malheureusement elle n'est pas reprise en ligne.
Tramel a également fait carrière au théâtre dans quelques comédies musicales, et surtout au cinéma, où il a principalement interprété, en muet et en parlant, de 1922 à 1934, le personnage d'Alfred Bicard dit Le Bouif. Notons que ce personnage du Bouif a été créé dans les pages du Canard enchaîné par Georges de la Fouchardière.
Les deux chansons de ce disque, orchestrées par Albert Valsien, sont légères et très réussies. En moins de 2'30, il y a beaucoup de paroles, que je retranscris ci-dessous, mais les situations sont exposées très rapidement et efficacement, et ensuite ça peut dérouler.
Que faire ?... Que faire ?..., sur des paroles de Georgius, détaille les affres d'un fiancé qui veut plaire à sa future belle-famille. Quand il se met à dérailler devant l'ampleur de la tâche ("Épouser l'contremaître qu'est enceinte d'une moto"), on touche presque au surréaliste.
Devinette musicale, est un exercice de style avec pour trame les dépenses d'un gars pour amener une fille dans son lit. Les paroles sont de Jules Combe et René Sarvil, et chaque couplet se termine par le nom d'un instrument. J'apprécie que d'autres références à des instruments se soient glissées plus discrètement au cœur des couplets : cinq balles, Saxe, corde, diapason.
Au bout du compte, j'ai fait avec ce disque une plongée agréable dans l'histoire de la chanson. Au point que j'ai quelques regrets, et j'essaierai sûrement de voir s'il reste quelques-uns des 78 tours que j'ai laissés lors de ma prochaine visite à Tours-sur-Marne.

Tramel... le Bouif : Que faire ?... Que faire ?....
Tramel... le Bouif : Devinette musicale.

Que faire ?... Que faire ?...
(Paroles de Georgius, Musique de Tremolo)

Je fais la cour à une jeune fille dont j'espère devenir l'époux
Je suis reçu par la famille, les parents sont gentils comme tout
Le père veut me vendre sa bagnole, la mère veut apprendre le piano
La bonniche a une envie folle de s'acheter une grosse moto
Le petit frère joue au ballon, la sœur aînée adore le melon

Que faire ?... Que faire ?... Pour ne pas leur déplaire
Dois-je épouser la fille et racheter l'auto ?
Cultiver des pastèques, apprendre le piano ?
Que faire ?... Que faire ?... Je voudrais tant leur plaire
Dois-je faire du football avec le petit Toto ?
Apprendre à la bonniche à monter en moto ?
Que faire ?... Que faire ?... C'est trop, c'est trop, c'est trop

Au dîner de nos fiançailles, on m'a présenté les cousins
Ils font l'élevage de la volaille et la r'production des lapins
J'ai vu aussi la tante Charlotte, une folle qui joue du saxophone
Son mari qui fait la belote, et l'grand-père qui fait le Charleston
Mon sort je le sens dépend d'eux, ils m'observent et je suis anxieux

Que faire ?... Que faire ?... Pour ne pas leur déplaire
Dois-je acheter la voiture, la bonne ou la moto ?
Cultiver des lapins qui apprendront l'piano ?
Que faire ?... Que faire ?... Je voudrais tant leur plaire
Dois-je élever la tante qui joue du saxophone ?
Épouser une volaille qui fera le Charleston ?
Que faire ?... Que faire ?... C'est trop, ma tête bouillonne

La situation se complique, car le père, un gros commerçant,
A son comptable qui trafique, sa caissière qui a deux amants,
Son contremaître qui pousse des plaintes parce qu'il perd la moitié de ses cheveux
La dactylo qui est enceinte et l'veilleur de nuit qu'est gâteux
Comme plus tard j'aurai la maison, il m'observe avec juste raison

Que faire ?... Que faire ?... Pour ne pas leur déplaire
Dois-je dénoncer l'comptable qu'a deux amants gâteux ?
Cultiver des volailles qui perdent leurs cheveux ?
Que faire ?... Que faire ?... Je voudrais tant leur plaire
Dois-je faire le Charleston, la belote ou l'piano ?
Épouser l'contremaître qu'est enceinte d'une moto ?
Que faire ?... Que faire ?... C'est fou, j'deviens dingo.

Devinette musicale
(Paroles de J. Combe et R. Sarvil, musique d'E. Gavel)

J'vais vous dire une histoire dans laquelle la musique termine chaque couplet avec un instrument.
Vous le devinerez.

Place de la République, je rencontre une jeune fille de 15 à 33 ans
Mais je me dis in petto, qui va sano va... piano

Après des pourparlers, dans un taxi j'l'emballe
Pour le 68 de la rue des Vertus
C'est un restaurant chic à prix fixe, cinq balles
D'où je croyais sortir tous les deux bien repus
Mais dans le fond de nos assiettes, on ne bouffa que des... clarinettes

Pour compléter l'menu, dehors je lui offre encore
Dix sous de cacahuètes chez un marchand de marrons
Une place à trois francs pour voir un film sonore
Mais elle dit, je ne suis pas bête à manger du thon
Puis après m'avoir dit, "Zut !"
Elle veut s'tirer des... flûtes

Je la r'pêche aussitôt et pour lui re-re-plaire
J'lui offre un p'tit café sur le zinc d'un bistrot
Puis, chez un fabricant de casseroles en terre
Un joli vase en porcelaine de Saxe [pour eau]
Mais elle demande au patron
"Voulez-vous m'indiquer où..." piston

Ça m'avait refroidi. Mais bientôt elle m'accorde
De venir avec moi jusque dans ma maison
Et comme, de son cœur, je crois toucher la corde,
Je mets le mien de suite au même diapason
En lui susurrant, mignonne,
Vraiment, vous êtes... trombone

Mais, quand ma dulcinée enfin se mit à l'aise
Quand je fis l'inventaire de ses trésors cachés
Je lui dis, non, c'est samedi, jour de semaine anglaise
Remballe ta marchandise, les bureaux sont fermés
Et je m'enfuis à mon tour
Sans trompette ni... tambour

16 septembre 2017

ROGER ZAMI - LES MAXELS : Salut champion


Acquis chez Emmaüs à Tours-sur-Marne le 9 septembre 2017
Réf : RC 80 -- Edité par Aux Ondes/Disques Célini en France en 1970
Support : 45 tours 17 cm
Titres : ROGER ZAMI : Salut champion -- LES MAXELS : Tumbélé -/- Biguine Roger Zami -Vini dansé tumbélé

Samedi dernier, la presse avait annoncé que les vinyls de l'Emmaüs de Tours-sur-Marne seraient de sortie, sûrement pour la première fois depuis juin dernier, quand j'avais acheté le 45 tours de Freddie Bell.
J'imagine que les voraces du disque piétinaient devant la porte bien avant l'ouverture. Pour ma part, je me suis assuré d'arriver tranquillement un quart d'heure plus tard. Évidemment, à cette heure les 33 tours étaient pris d'assaut, mais on pouvait encore se contorsionner pour accéder aux 45 tours.
L'ami Damien m'avait précédé, il a donc pu empocher le Lola des Kinks. Pour ma part, j'ai su que j'avais fait ma trouvaille du jour quand j'ai mis la main sur cette pochette très colorée, que j'ai vu qu'elle était du label Aux Ondes de René Célini, et, en la retournant, que Les Maxels étaient de la partie. Il y avait deux autres 45 tours Aux Ondes dans les bacs, qui venaient du même propriétaire, mais je les avais déjà : ils compléteront la collection de Philippe R.
Au bout du compte, j'ai trouvé aussi quelques autres 45 tours, deux 78 tours et deux CD intéressants. Bonne pioche, donc.

Je n'avais jamais entendu parler de Roger Zami, mais je me suis bien douté qu'il y avait quelque chose de particulier puisqu'il est précisé au dos de la pochette que Salut champion, le premier titre du disque, est une interview avec lui.
Une fois rentré à la maison, j'ai écouté le disque et j'ai cherché son nom en ligne, et j'ai appris que Roger Zami était un boxeur né en Guadeloupe en 1941, devenu champion de France en janvier 1970, c'est le moment où ce disque a été enregistré, puis champion d'Europe en février 1972.
Il a perdu son titre européen en octobre 1972 et disputé son dernier combat en août 1974. il est mort, "tragiquement", en novembre 1977. A Le Gosier en Guadeloupe, sa ville natale, la rue qui le longe et le stade municipal portent le nom de Roger Zami.
Il est assez attachant dans l'interview, avec des réponses sur un ton très posé aux questions du journaliste.


Roger Zami, champion de France de boxe, photo trouvée sur le site Boxing nazairien.

Je connais et j'apprécie Les Maxels depuis 2008, quand j'ai acheté en bas de chez moi leur excellent Désordre musical. Depuis, j'ai pu acheter plusieurs de leurs disques, dont Dansez Ou-Lé-Lé.
Le nom du groupe n’apparaît pas au recto de la pochette, et il est seulement en tout petit au dos, cela explique sûrement pourquoi ce disque n'est pas répertorié dans leur discographie, ni sur Wikipedia ni sur Discogs. Pourtant, en-dehors de l'interview, cet EP nous propose bel et bien trois excellents titres des Maxels, non édités par ailleurs.
Biguine Roger Zami est un titre hommage de circonstance, qui mentionne les exploits sportifs l'année précédente d'un autre guadeloupéen, Roger Bambuck. Musicalement, c'est très bien, avec un assez long solo de saxophone suivi d'une autre partie de cuivres.
Les deux autres chansons, Tumbélé (où il est question de rendez-vous au bar à Gégé) et Vini dansé tumbélé, sont, comme leur titre l'indique je suppose, des tumbélés, concoctés avec des ingrédients similaires : une rythmique basse et percussions implacable, autour de laquelle s'enroule  un tricot d'orgue, un chant entraînant, le saxophone en instrument principal, avec les guitares électriques qui ne sont jamais loin derrière, les deux instruments se relayant pour les solos.
Les Maxels ont enregistré plusieurs albums, notamment chez Debs. Chez Célini, ils ont sorti plusieurs 45 tours sous leur nom et ils ont accompagné plusieurs autres artistes. Il y a largement la matière pour produire une excellente compilation, rien qu'en se concentrant sur leurs premières années. Ça viendra peut-être...

A écouter :
Roger Zami : Salut champion (Interview).
Les Maxels : Tumbélé.
Les Maxels : Biguine Roger Zami.
Les Maxels : Vini dansé tumbélé.

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