05 octobre 2019

ERNEST LÉARDÉE ET SON ORCHESTRE DE DANSE ANTILLAIS : Ces zazous là


Acquis sur le vide-grenier de Val de Vesle le 15 septembre 2019
Réf : 1394 -- Édité par Riviéra en France en 1952
Support : 78 tours 25 cm
Titres : Ces zazous là -/- A Karukera

Il faisait beau le 15 septembre dernier, alors on a décidé de faire la route jusque Val de Vesle. Ça m'arrive rarement mais, les deux dimanches précédents j'étais rentré de brocante sans avoir dépensé un seul centime. Là, j'espérais repartir avec au moins un disque dans ma besace. J'ai été comblé puisque j'ai acheté deux CD (de Laura Veirs et Henri Debs), une grosse poignée de 45 tours années soixante et, sur un stand où je m'étais arrêté au départ pour acheter du raisin, je suis tombé sur une pile de 78 tours de laquelle j'ai extrait des disques d'Alphonso et son Orchestre Créole, du Rico's Creole Band et celui-ci d'Ernest Léardée, dans lequel je plaçais beaucoup d'espoir à cause du titre Ces zazous là.
Je ne le connaissais pas du tout, mais Ernest Léardée, qui est mort en 1988 à 92 ans, violoniste puis clarinettiste, saxophoniste et chef d'orchestre, est un grand nom de la musique antillaise. Il a même eu droit chez Frémeaux à un double CD rétrospectif sur la deuxième partie de sa carrière, Rythme des Antilles 1951-1954. Dans le livret, son biographe Jean-Pierre Meunier détaille sa carrière dans les années 1920 et 1930, avec l'Orchestre Stellio notamment, ainsi que ses engagements dans les différents lieux de spectacle parisiens, dont le Bal Nègre de la rue Blomet. On parle de quelqu'un qui a gravé ses premiers disques fin 1929...
Il a repris son parcours discographique après la seconde guerre mondiale et a notamment enregistré six titres en janvier 1952 pour Riviera, l'un des labels d'Eddie Barclay, qui sont sortis coup sur coup sur trois 78 tours dont les références catalogue se suivent.
J'ai été un peu déçu de découvrir que cet enregistrement de Ces zazous là est un instrumental, mais l'arrangement et l'interprétation sont de tellement bonne qualité que ma déception a été très courte. Il y a notamment des parties solo qui s'enchaînent, au piano, à la guitare et à la clarinette. Au final cette biguine-calypso "tirée du folklore antillais" est un régal.
J'ai cherché un peu à en savoir plus, et je suis assez vite tombé sur deux versions chantées de Ces zazous là. Je n'ai pas compris toutes les paroles, mais il est bien sûr question de l'accoutrement des zazous. La version par Boscoe Holders, qui date d'avant 1948, est très bien, et c'est celle qui se rapproche le plus instrumentalement de celle de Léardée. J'aime moins la version par Gilles Sala, enregistrée entre 1950 et 1955, à moins que ce ne soit la version d'un 78 tours de 1948, mais il faut dire que la version sur YouTube ne tourne pas à la bonne vitesse !
J'étais déjà bien content de ma récolte quand, en poursuivant mes recherches sur Discogs, je suis tombé sur le 45 tours 4 calypsos du Tropicana Orchestra. Pas d'enregistrement disponible, mais il y a précisé sur la pochette "Ces zazous là = Brown skin girl". J'ai vérifié, et ça m'a ouvert de grands horizons. Effectivement, la chanson connue dans le monde anglo-saxon sous le titre Brown skin girl est la même que Ces Zazous là !
Je la connais en fait depuis longtemps, orthographiée Brown skin gal et en version ska par The Gaylads. La plus connue est sûrement celle de 1956 d'Harry Belafonte, mais elle est très folk acoustique et beaucoup moins "antillaise".
Parmi toutes les versions qu'on trouve, mes préférées sont celle de 1948 d'Edmundo Ros and his Orchestra, elle aussi proche de celle d'Ernest Léardée, et la version calypso chantée par Mighty Terror.
C'est une chanson qui reste encore d'actualité. Il n'y a plus aucune mention des soldats américains qui engrossent les filles des îles, mais on retrouve cette année le titre et une partie de la musique de Brown skin girl, avec Beyoncé parmi les interprètes, dans une chanson de la bande originale du film Lion King : The gift.
La chanson de la face B, A Karukera (Karukera étant le nom donné à l'île de la Guadeloupe par les indiens Caraïbes, avant l'arrivée des colons européens), est co-signée par Georges Liferman et Gilles Sala, qui l'a enregistrée sur un 78 tours en 1951 avec son Trio Karukera et aussi un peu plus tard sur un disque de biguines avec l'Orchestre antillais Caraïbana. La version d'Ernest Léardée, instrumentale encore, est très bien.
Voilà donc une très bonne pioche. Depuis ce dimanche, j'ai quelques regrets d'avoir laissé dans la pile deux ou trois autres 78 tours, qui m'ont paru purement de musique cubaine.
Quant à Ernest Léardée, précisons pour l'anecdote que toute une génération de français a eu l'occasion de l'apercevoir furtivement sur son écran de télé : c'est lui qui incarnait l'Oncle Ben's dans les publicités pour le riz qui ne colle jamais !

A écouter ou à télécharger :
Ernest Léardée et son Orchestre de Danse Antillais : Ces zazous là

A lire :
La biguine de l'Oncle Ben's : Ernest Léardée raconte par Jean-Pierre Meunier et Brigitte Léardée (1989)


Ernest Léardée, le génie de la biguine, émission Artistes de France de France 5 du 6 juin 2017.

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