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28 mai 2021

SIR VICTOR UWAIFO AND HIS MELODY MAESTROES : Dancing time n° 7


Offert par Christophe S. à Épernay le 22 décembre 2020
Réf : 420 033 PE -- Édité par Philips en France en 1969
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Siwo-siwo -- Agege ogiobo -/- Do amendo -- Joromi

L'autre jour, j'ai lu dans Mojo ou Uncut une grande chronique d'Edo funk explosion vol. 1, une compilation récemment sortie par Analog Africa qui regroupe des enregistrements de la fin des années 1970 et du début des années 1980 réalisés à Benin City, capitale de l'état d'Edo, une grande ville située sur le cours d'eau Bénin, mais au Nigeria, à plusieurs centaines de kilomètres du pays Bénin (ex-Dahomey). Victor Uwaifo y tient une place importante, puisqu'un tiers des titres sont crédités à Sir Victor Uwaifo and his Titibitis, mais surtout, l'ensemble a été enregistré dans son studio Joromi, ouvert en 1978.
Cela m'a fait repenser que j'ai depuis quelques mois ce très bel EP de Sir Victor Uwaifo (à la pochette juste un peu abimée), qui m'a été offert par Christophe en même temps que le Mamadou Doumbia avec lequel j'ai entamé cette année 2021 (un excellent disque, ce 45 tours de Mamadou Doumbia. J'aurais bientôt mis ses quatre titres dans mes compilations Désordre musical, ce qui n'arrive jamais !).

Ce disque est plus ancien que les titres compilés par Analog Africa. On est là dans les années 1960 (les Melody Maestroes ont été formés en 1965), avec les premiers grands succès de Victor Uwaifo, notamment Joromi, la chanson qui a plus tard donné son nom au studio, qui fut disque d'or. Victor Uwaifo est visiblement un guitariste spectaculaire. Il serait même l'un des pionniers de la guitare double-manche à 18 cordes !

Comme souvent, cet EP français est la compilation de deux 45 tours simples, Siwosiwo et Do amen do, parus chez Philips au Nigeria. Ce qui est plus rare, c'est qu'une édition jumelle de cet EP a aussi été publiée au Nigeria.
Le catalogue de quatre disques présenté au verso fait rêver. Je ne connais bien que Manu Dibango, mais Eitel Tobbo a déjà été présent ici puisqu'il assure la direction musicale et la guitare sur mon 45 tours de G.G. Vikey.

Avec ce disque, on est dans la période Highlife de Victor Uwaifo. Les titres sont courts (deux par face alors que, par la suite, la plupart des 45 tours africains proposeront un titre en deux parties étalé sur les deux faces), mais il s'y passe beaucoup de choses. Les instruments dominants sont la guitare d'Uwaifo et un instrument à vent (une clarinette, je pense).

Siwo-siwo entame le disque en beauté, avec des chœurs qui répondent au chanteur, des parties de guitare électrique et de clarinette qui se succèdent, et même des percussions en solo à la fin. Agege obiobo reprend une formule similaire, sur un rythme un peu plus lent.
Cette excellente qualité est maintenue sur la face B, avec Do amendo et Joromi, qui comporte une belle partie de guitare, toute en retenue.

Victor Uwaifo a eu 80 ans en mars. Si vous voulez vous intéresser à la période suivante de son parcours, Soundway a publié en 2008 une compilation qui couvre les années 1970 à 1976.

02 janvier 2021

MAMADOU DOUMBIA : Vol 1


Offert par Christophe S. à Épernay le 22 décembre 2020
Réf : SD 113 -- Édité par Safie Deen en Côte d'Ivoire en 1965
Support : 45 tours 17 cm
Titres : N'dogo mousso -- Kissi Dabila -/- Oko ile sorodi -- Sou brako

Le vide-grenier de Chauny a pu se tenir l'été dernier. En y allant, l'ami Christophe espérait y dénicher un exemplaire du 45 tours de Gonthier, Ô Chauny, comme tu es jolie. Il n'en a pas vu trace, mais d'un autre côté c'est sûrement dans cette ville-même que ce disque est le plus recherché.
Ce que Christophe y a trouvé, par contre, c'est une poignée de 45 tours de musique d'Afrique, achetés à une dame qui visiblement vendait les disques de sa propre collection. Il n'en a pas su plus sur leur provenance ou leur histoire, mais il a eu la très bonne et très gentille idée de m'offrir ces disques. Je l'en remercie vivement, et je précise que, si vous aussi vous voulez m'offrir des disques, surtout de cette trempe, n'hésitez pas un instant !
Quand on s'est vu, Christophe avait sélectionné ce 45 tours pour me le faire écouter en priorité, et c'est effectivement le plus intéressant du lot.

Je ne connaissais pas du tout Mamadou Doumbia (ou Doumbia Mamadou Bachir, pour éviter de le confondre avec ses homonymes).
Né en 1929 en Côte d'Ivoire et mort en 2000, il a fondé en 1962 le Trio de l'Entente. L'un de ses premiers succès est Super bébé. Sa discographie, avec ou sans son Orchestre de l'Entente, est conséquente, avec notamment deux albums Vol 1 et Vol 2 chez Badmos au milieu des années 1970.
Ce 45 tours est son premier paru chez Safie Deen, un label ivoirien. Tout dans ce disque est lié à la Côte d'Ivoire, puisque le tampon au verso indique que cet exemplaire a été acheté initialement chez Ricoci à Daloa.
Je me suis un moment interrogé sur la mention "Joula" qui figure en gros sur la pochette. J'ai fini par en déduire que c'est l'une des façons d'orthographier le nom de la langue Dioula, une langue mandingue. Je ne pense pas me tromper en avançant que les paroles de ces quatre chansons sont chantées en dioula.

Outre la Côte d'Ivoire, ce qui domine également dans ce disque, c'est bien sûr Mamadou Doumbia lui-même. Il est l'auteur et le compositeur des chansons, ainsi que le chef d'orchestre. Étant donné qu'il était notamment guitariste, je présume que c'est aussi lui qui tient la guitare électrique, très présente sur ces enregistrements, et c'est très probablement lui qui est le chanteur principal.

Un genre est assigné à chacun des quatre titres. A l'exception du blues africain, il s'agit de rythmes afro-cubains alors très en vogue en Afrique : la pachanga, la rumba et le cha-cha-cha.
L'ensemble du disque est de très haute tenue et j'ai du mal à dégager une préférence. N'dogo mousso se distingue par son rythme très enlevé. Pour Kissi dabila, c'est la façon dont les deux voix s'associent et se complètent qui est remarquable.
Le vinyl de mon disque comporte plusieurs impacts, mais il passe plutôt bien. C'est malheureusement sur Oka ile sorodi qu'il y a le plus d'accrocs, mais ça n'empêche pas d'apprécier cette excellente chanson. Le disque se conclut sans baisse de rythme ni de qualité avec Sou brako, avec des interventions remarquées de cuivres.

Je n'ai trouvé en ligne aucun des titres de cet EP, c'est pourquoi je les ai exceptionnellement tous numérisés. Comme pour de nombreux autres artistes africains, il n'existe visiblement pas de rééditions ni de compilations des disques de Mamadou Doumbia et c'est bien dommage.

A écouter :
Mamadou Doumbia - N'dogo mousso
Mamadou Doumbia - Kissi dabila
Mamadou Doumbia - Oka ile sorodi
Mamadou Doumbia - Sou brako


12 octobre 2025

KING CURTIS & THE KINGPINS : The dock of the bay


Offert par Christophe S. à Épernay le 31 décembre 2021
Réf : ATCO 65 -- Édité par ATCO en France en 1968
Support : 45 tours 17 cm
Titres : The dock of the bay -/- This is soul

L'ami Christophe m'a fait cadeau ce jour-là d'une grosse trentaine de disques, avec plein de bonnes choses, d'Henry Cording à James Brown et de Cousin Joe à Bob Marley. Bizarrement, contrairement aux fois précédentes, je n'avais encore chroniqué aucun de ces disques.
Dans les semaines qui ont suivi, j'ai écouté puis rangé ce disque. Je l'ai ressorti récemment après que Philippe R. m'a interrogé pour savoir si je connaissais King Curtis.
La première fois que j'ai entendu parler de lui, dans les années 1980, il me semble que c'était associé à des compilations cheap qui mettaient excessivement en valeur la participation de Jimi Hendrix à certains de ses enregistrements.
Plus récemment, j'ai lu des articles sur lui dans Mojo ou Uncut, et j'ai été marqué par le récit de sa mort à 37 ans, poignardé par un gars qui lui bloquait le passage en bas de chez lui.
Ce que je n'avais pas mesuré, c'est en si peu d'années l'importance et la variété du parcours de ce saxophoniste de rhythm and blues, qui joue sur Yakety yak et plusieurs autres tubes des Coasters, et aussi sur mon EP de Bobby Lewis. Buddy Holly lui a offert le crédit d'auteur pour Reminiscing pour le remercier d'avoir pris l'avion exprès pour participer à la session. On l'entend aussi sur Games people play de Joe South. Il fait un solo sur sur la version de Respect d'Aretha Franklin, qu'il accompagne sur l'album Live at Fillmore West en 1971, peu de temps avant sa mort. La même année, il venait aussi de participer à l'enregistrement de deux chansons de l'album Imagine de John Lennon.

La pochette de ce 45 tours est assez simple. C'est la maquette générique des 45 tours de R & B diffusés par Barclay à l'époque, comme celui de Wilson Pickett, souvent illustrés par une photo de Jean-Pierre Leloir. Cette fois-ci, la photo est créditée à X, mais entre la qualité du cliché et le choix de la teinte couleur, c'est assez réussi.

Sur ce 45 tours, King Curtis est accompagné par les Kingpins. C'est le nom qu'il a donné à son groupe à compter de 1967. Parmi les membres principaux, il y avait Cornell Dupree à la guitare, Jerry Jemmott à la basse et Bernard Purdie à la batterie. Billy Preston les a rejoints plus tard.

Dock of the bay est le plus grand tube d'Otis Redding, malheureusement posthume. Étant de la génération new wave, c'est avec une reprise, par Thursdays en 1981, que j'ai connu cette chanson.
La version de Dock of the bay par King Curtis est instrumentale, et fidèle à l'originale, son des vagues et sifflement compris.
Je trouve que ce qui caractérise cette version, c'est qu'elle est pleine de retenue. Certes, le saxo mène la danse, accompagné par d'autres cuivres, mais le son est tout doux et la guitare est également très en valeur. Cette chanson a été incluse sur l'album Sweet soul de 1968.

En face B, This is soul est chanté/parlé par King Curtis. Ce qu'on note d'emblée, c'est qu'il a un défaut de prononciation marqué, un cheveu sur la langue, comme on dit.
La chanson donne une définition de la soul en musique. Elle est bien, mais n'est pas sur l'album, peut-être parce qu'elle sent un peu le réchauffé de sa propre recette du Memphis soul stew, un de ses plus grands tubes, en 1967.

Les trouvailles en broc ou autre ont tendance à se raréfier. C'est rassurant de savoir qu'il me reste des disques de cet acabit cachés dans mes boites...

22 janvier 2022

CHUCK BERRY : Dear Dad


Offert par Christophe S. à Épernay le 22 décembre 2020
Réf : 70 790 -- Édité par Barclay en France en 1965
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Dear Dad -- Lonely school days -/- Promised land - Things I used to do

Ce superbe disque fait partie du lot que Christophe m'a offert il y a un peu plus d'un an, lot qui comprenait les excellents 45 tours africains de Mamadou Doumbia et Victor Uwaifo.
Il fait partie de la série Eddy Mitchell présente les rois du rock. Je suppose qu'il s'agissait pour Eddy de faire la promotion de ses idoles et pour Barclay d'utiliser la popularité de Schmoll pour vendre en France des disques d'artistes étrangers.
J'ai souvent croisé des disques de cette collection, mais je n'en avais aucun. Je pensais qu'elle ne comprenait que des 33 tours, surtout de Chuck Berry et Bo Diddley, mais il y aussi quelques 45 tours et quelques autres artistes représentés. Il y a eu au moins 11 volumes de parus.

Comme souvent, cet EP français quatre titres compile deux 45 tours, faces A et B, parus aux États-Unis chez Chess dans ce cas précis. Dear Dad et Promised land font partie d'une bonne série de 45 tours sortis en 1964 et 1965, après le séjour en prison de Chuck de février 1962 à octobre 1963, série qui comprend également des succès/classiques comme No particular place to go, Nadine (Is it you ?) et You never can tell. Des disques qui ont bénéficié de la popularité renouvelée de Chuck après les reprises à succès de petits groupes anglais comme les Beatles et les Rolling Stones.

Dear Dad est un bon petit rock typique de Chuck Berry, bouclé en 1'50, qui a été repris sur l'album Chuck Berry in London mais qui n'a pas été enregistré à Londres. Ça vaut le coup de se pencher sur ses paroles pleines d'humour. Comme le titre l'annonce, elles prennent la forme d'une lettre d'un fils étudiant à son père, qui se plaint de sa voiture Ford toute pourrie et qui lui réclame de lui en acheter une autre pour le prochain semestre. Allez, je vous traduis le dernier couplet, y compris la chute :
"Bizarrement, elle n'a aucun appétit pour l'essence
Et, Papa, je lui ai pourtant mis quatre carburateurs en ligne
J'ai essayé d'en ajouter encore un pour voir si ça changerait quelque chose
Mais il n'y a plus de place pour le mettre à moins de perforer le capot
Alors, Papa, envoie-moi de l'argent, que je vois ce que je peux faire
J'essaierai de trouver une Cadillac, une 62 ou 63
Juste quelque chose qu'on n'aura pas peur de mettre en circulation
Sincèrement, ton fils adoré, Henry Junior Ford"
On connaît l'influence que Chuck Berry a eue sur Jonathan Richman. En écoutant la description de la longue liste de défauts de cette Ford, on ne peut que penser à celle de la Dodge Veg-o-Matic immobilisée de Jonathan.

Lonely school days ne doit pas être confondue avec le tube School days de 1957. Il me semble qu'il s'agit d'une des nombreuses chansons de Chuck Berry sur un rythme un peu afro-cubain. Très bien, mais je crois que je préfère la version plus rapide parue en face B du single Ramona, say yes de 1966. C'est la version lente de mon 45 tours qui a été reprise en 1971 sur l'album San Francisco dues.

Promised land (et non pas from I sed land comme indiqué au recto de la pochette !) a été écrite en prison et Chuck a consulté un atlas de la bibliothèque pour imaginer cette grande évasion à travers les États-Unis. Apparemment, il a utilisé la mélodie de Wabash Cannonball. Cet excellent single figure aussi sur l'album St. Louis to Liverpool

Sa face B, Things I used to do, est une reprise de Guitar Slim (la version originale a été arrangée et produite par Ray Charles en 1953). Là encore, rien de très original, mais c'est un excellent blues électrique.

On peut trouver en ligne plein d'excellentes vidéos de Chuck Berry. Avec Philippe R., on s'est déjà régalé de l'excellente demi-heure enregistrée le 6 février 1965 en Belgique pour l'émission Face au public. Je vous ai mis ci-dessous les extraits de l'émission avec les versions des deux titres de la face B jouées ce soir-là. C'est excellent (voyez comment Chuck réagit quand son pied de micro s'abaisse d'un seul coup), mais il faut vraiment regarder l'émission entière, ne serait-ce que pour profiter des interventions de Chuck entre les chansons, y compris une leçon de prononciation du mot "blues" ("avec les deux lèvres" !), et de l'enchaînement parfait de Promised land avec Johnny B. Goode.
Je me disais en regardant cette vidéo de début 1965 que la photo de pochette de mon 45 tours prise par Jean-Pierre Leloir avait vraiment dû être prise à la même époque, voire dans la même tournée. En fait, elle a carrément été prise ce jour-là, dans les studios Universal à Waterloo. Comment je le sais ? Outre la tenue de Chuck et le pied de micro, on en a la confirmation parce qu'une autre photo vendue aux enchères confirme que Jean-Pierre Leloir était présent ce soir-là :











15 septembre 2019

JHO ARCHER : Voodou time


Offert par Christophe S. à Mareuil sur Ay le 10 août 2019
Réf : 3472 -- Édité par CBS en France en 1968
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Ibo lele -/- Anita

Christophe avait trouvé ce disque sur une broc quelques temps plus tôt et il l'avait amené à la maison pour me le faire écouter. Quand il a vu ma réaction fortement enthousiaste, il a gentiment décidé de me l'offrir.
Je crois que je n'avais jamais vu passer avant le nom de Jho Archer. Il est né à Haïti et est mort à 62 ans à Paris en 2005. Danseur et même professeur de danse à New York, artiste de music-hall, il était aussi chanteur, avec une discographie conséquente, américaine et surtout française.
Chez Haïti Liberté, on trouve une bonne description de son style spécifique : "un vrai innovateur des classiques locaux ainsi que des pièces traditionnelles qu’il a épurées de leur folklorisme, en les imbibant de modernité sous sa signature. Spécialement accompagné de musiciens chevronnés, il a prouvé qu’il était le pourvoyeur d’un genre inexploré; pratiquant le métissage entre le jazz et les rythmes du vodou imprégnés de multiples fusions. Apportant dans la foulée une approche planétaire aux paramètres haïtiens; leur évitant toute extinction. Il s’est imposé en ce sens comme un super innovateur des traditions négligées du terroir natal. Cependant, au delà de tout, Archer était un superbe show-man, un monstre indomptable de la scène, un danseur extraordinaire, un chorégraphe qualifié."
Cette présentation s'applique parfaitement à mon 45 tours, un disque de 1968 extrait de son deuxième album, The many talents of Jho Archer. Sur cet album, la face B porte le titre générique Voodoo-Jazz suite, et on en retrouve deux des six titres sur ce 45 tours, qu'on a titré dans le même esprit Voodou time, avec un choix bizarre mélangeant l'orthographe anglaise et française de Vaudou.
Les deux titres sont crédités à Jho Archer, mais il est clair que ce sont des titres traditionnels d'Haiti. Dans les notes de pochette de l'album, Ibo lele est présenté comme une "Danse traditionnelle des guerriers, en l'honneur du dieu Ibo, le dieu du fer". On trouve par exemple une version d'Ibo lélé sur l'album
Voices of Haiti enregistré en 1953 par Maya Daren (la femme sur la pochette de Crystal crescent de Primal Scream) et, dans la discographie de Rodolphe Legros, on trouve Ibo lele ainsi qu'une chanson intitulée Anita.
La version d'Ibo lele de Jho Archer est excellente. Le rythme est très enlevé, la production de très bonen qualité. Sa voix assez "propre" rappelle un peu celle d'Harry Belafonte. Il y a à un moment un solo de saxophone (je crois) et je suppose qu'il est dû à Hubert Rostaing. En effet, cet enregistrement est une production française et c'est l'orchestre qu'il dirige qui officie ici.
Avec une tentative aussi réussie de "moderniser" et d'"électrifier" la musique traditionnelle d'Haïti, je ne pouvais que penser à Mélissa Laveaux, dont l'album Radyo siwèl est l'un de mes préférés de l'année 2018. Eh bien, j'ai dû voir juste puisque, dans un entretien en espagnol chez World Groove, à la question de savoir quels groupes haïtiens l'ont influencée, elle répond Martha Jean-Claude, Boukman Experyans et Jho Archer (ce qui me fait dire que je devrais essayer d'écouter des disques de Boukman Experyans !). Mélissa Laveaux et Jho Archer ont au moins un titre en commun dans leur répertoire, Nan fond bwa de Frantz Casséus.
Sur la face B, on trouve Anita, et c'est presque aussi bon qu'Ibo lele. Dans les notes de pochette de l'album, il est indiqué que "Anita, la fille du port dansera toute la nuit car les marins sont de retour". Ce n'est pas la même chanson, mais là je ne pouvais que penser à la Anita  de l'Île Maurice de Ti Frère.
Après l'introduction au piano, qui joue un motif de quelques notes qui revient à plusieurs reprises, le rythme est à nouveau rapide, et les chœurs sont plus présents que sur la face A. Excellent.
Après avoir été marqué par ces deux excellentes chansons, j'ai essayé de voir si l'album The many talents of Jho Archer était entièrement de la même trempe. Ce n'est malheureusement pas le cas. Sur la face A, on trouve de la variété internationale de qualité (Ooh la la, avec des cordes), avec une version française de What a wonderful world et des reprises de Peanut vendor et de Le condamné de Bécaud.
Même la Voodoo-Jazz suite de la face B m'a un peu déçu. Il n'y a qu'un seul autre titre rapide, Sky boat song, mais il est en anglais pas aussi bon que les deux du 45 tours. Il y a de très bonnes choses parmi les titres lents de la face, notamment Mam'zelle Zizi et Monsieur Ministre, mais je me demande si, tout bonnement, on ne trouve pas sur ce 45 tours les deux meilleurs titres enregistrés par Jho Archer. 

L'album The many talents of Jho Archer est intégralement en écoute sur YouTube.

25 juillet 2026

JEAN CHRISTOPHE avec ANDRE CHACKALL : Chante ses chansons 2


Offert par Dorian Feller à Villedommange le 13 juillet 2026
Réf : JM 21-22 -- Édité par Agora en France en probablement dans les années 1950
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Toi c'est toi -- Pourquoi, pourquoi -/- Inconstance -- Étrange attente

Dorian avait mis de côté ce disque spécifiquement à mon intention, en raison du nom de l'artiste bien sûr, un JC comme moi. Je l'ai remercié, en faisant la remarque en passant que, dans ce cas précis, Jean était le prénom et Christophe le nom de famille.
Eh bien, figurez-vous que j'avais tort ! En consultant Discogs, j'ai tout de suite appris que ce nom d'artiste reprend les deux premiers prénoms de Jean Christophe de Mauraige (1928-2021), comme indiqué au verso de son premier 45 tours, qui avait en réserve dans sa besace un troisième prénom, Fernand.

Avec l'ami Philippe R., on a pris l'habitude depuis quelques temps de s'échanger des articles à propos de personnes, célébrités ou anonymes, artistes ou non, qui ont eu un parcours de vie qui nous parait remarquable. Celui de Jean Christophe de Mauraige, retracé par son fils Ghilhem au moment de son décès, rentre dans cette catégorie. Sous le pseudonyme de Kizoff et aux côtés de sa mère Elisabeth, il a participé à la Résistance pendant la seconde guerre mondiale, de 1943 à 1945, c'est à dire à partir de 15 ans, notamment au sein de l'Armée Secrète de Dordogne.
A partir de 1950, il aura de nombreuses activités dans les domaines social et culturel, notamment au sein de la Fédération des Colonies de Vacances Familiales. Il est notamment l'auteur de pièces de théâtre, le co-auteur d'un livre sur l'initiation au mime, et donc il a publié deux 45 tours de ses chansons, le mien étant de le deuxième.

André Chackall accompagne Jean Christophe sur les deux disques. Je n'ai trouvé aucune information à son sujet. Aucune information non plus sur Maryse Tulasne, qui a dessiné la pochette de ce deuxième volume.

Les deux chansons de la face A sont en duo et ce sont mes deux préférées; je les ai numérisées.

Pour Toi c'est toi, l'instrumentation est minimale, avec guitare acoustique et percussion. Ils chantent les refrains ensemble. Pour les couplets, l'un chante et l'autre fait des vocalises. Cette mise en place permet de surmonter leurs limites question technique vocale. La simplicité de l'ensemble fait beaucoup pour rendre la chanson intéressante.

Pourquoi, pourquoi est une chanson courte, avec un côté folk prononcé qui tendrait à me faire dater le disque du début des années 1960 plutôt que de la fin des années 1950. Là encore, c'est minimal, léger ("Moi je suis fou de toi, toi tu te fous de moi") et sympathique.

Sur la face B, Inconstance est chantée par André Chackall seul, avec juste de la guitare acoustique. On est plus proche du Père Duval que de Georges Brassens, les deux, on le sait, n'étant pas incompatibles.

Étrange attente est chantée par Jean Christophe façon crooner, ce qui n'est pas vraiment dans ses cordes. Cette chanson est orchestrée par Pauline Campiche, pianiste et compositrice, auteur notamment de la musique du feuilleton Le temps des copains et du film Mon oncle du Texas.

A écouter :
Jean Christophe et André Chackall : Toi c'est toi
Jean Christophe et André Chackall : Pourquoi, pourquoi


29 octobre 2020

DANIEL LALOUX : Ode aux rémois


Offert par Fabienne M. à Mareuil sur Ay en octobre 2020
Réf : 70 490 -- Édité par Barclay en France en 1964
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Ode aux rémois -- La petite girl -/- Le bon employé -- Les jeunes filles du Luxembourg -- La mouche

Ce blog fête ses quinze ans aujourd'hui, et on approche de la 1600e chronique.
Je vais essayer de ne pas répéter ce que j'ai dit au moment des 5e et 10e anniversaires, mais on a bien la confirmation maintenant que j'ai de la matière pour faire durer ce projet de chroniquer des disques de ma collection. Un projet qui a quand même évolué au fil du temps.
Par rapport aux débuts, je publie beaucoup moins souvent (on en est à une chronique hebdomadaire ces derniers temps), mais les textes sont beaucoup plus fournis et, la technologie et la documentation à disposition évoluant, il y a presque systématiquement du son ou de la vidéo en complément.
Et puis bien sûr, après tout ce temps j'ai à peu près épuisé mon stock de disques rares ou curieux et je chronique désormais surtout des disques récemment acquis, même s'il m'arrive de faire de belles redécouvertes en fouinant dans mes étagères. De plus en plus, d'ailleurs, alors que je ne le faisais pas au début, il m'arrive d'acheter des disques spécifiquement parce que j'ai envie de les chroniquer ici.
C'est un peu le cas avec le disque d'aujourd'hui, que je me suis fait offrir pour cette occasion un peu spéciale. Une Ode aux rémois composée et interprétée par un rémois, c'est parfait pour un blog marnais ! (C'était ça ou La marche de L'Union de Jean Patart,avec l'Orchestre de la Musique des Gardiens de la Paix. Je vous promets que vous y gagnez au change...)

J'ai récemment regardé le téléfilm Colette de Gérard Poitou-Weber (1985, musique originale de Joseph Racaille). On y voit notamment un personnage que je ne connaissais pas, le mime Georges Wague. Ça me trottait dans la tête en regardant le film : l'acteur interprétant Wague me faisait penser à quelqu'un... C'est quelques minutes avant que le générique de fin me donne la réponse que je l'ai trouvée tout seul : c'est à Daniel Laloux que je pensais, quelqu'un dont je ne savais même pas qu'il était acteur, dont je ne connaissais qu'une seule photo, la pochette de ce 45 tours, partagée il y a quelques temps par des passionnés de musique rémois, notamment sur le site Reims Punk 'n' Roll. C'est dire que cette pochette et cet acteur m'ont marqué !

Daniel Laloux est né à Reims en 1937. Son père François, peintre et écrivain, a exercé d'éminentes responsabilités au sein du Collège de Pataphysique. Daniel, lui, a obtenu un premier prix de tambour au Conservatoire de Reims. Ce tambour, fabriqué de ses propres mains, ne l'a jamais quitté depuis.
J'ai trouvé peu d'informations substantielles en ligne sur Daniel Laloux, mais heureusement les amis Le Colonel et le Dérailleur Fou de l'émission l'Opération Kangourou l'ont reçu comme invité dans deux émissions mémorables le 17 janvier et le 24 janvier 2013, et je vous conseille vivement de prendre le temps d'écouter ces deux heures d'émission avant de poursuivre votre lecture, sachant que je vais en quelque sorte me contenter de résumer ici certains des propos qu'il y a tenus.

Daniel Laloux est donc musicien (joueur de tambour) et acteur (qui a débuté au théâtre avec Roger Planchon dans Les trois mousquetaires).
Comment s'est-il retrouvé à publier cette Ode aux rémois, son premier 45 tours, en 1964 ? Eh bien, il jouait (de la batterie) dans la pièce Les pupitres de Raymond Devos (musique de Georges Delerue, pianiste Michel Colombier) puis enchaînait les spectacles de cabaret (jusqu'à trois par soir). C'est là qu'il a été repéré par le directeur artistique de Barclay, Jean Fernandez.
Pour essayer de vendre cet artiste débutant qui ne faisait pas des chansons "carrées" en couplet-refrain, l'idée est venue de compenser en sortant le disque au format carré plutôt que rond. Il existe tout plein de disques découpés suivant des formes variées (comme par exemple le CD des Walkabouts en forme de violoncelle), mais finalement cette forme toute simple du carré, qui change complètement la perception de l'objet et s'adapte parfaitement à la pochette, a rarement été utilisée.
Le disque a connu une mésaventure : au prétexte qu'on y entend dans les paroles "Aujourd'hui j'ai perdu le respect des anciens et "L'espoir" de Malraux, mais par contre j'ai trouvé une rémoise dans mon short. Shortilège !", le disque a eu droit à une pastille rouge à la radiodiffusion française, qui en interdisait la diffusion pour "indigence de texte" ! Du coup, il s'est peu vendu (environ 800 exemplaires) et un passage à la télévision dans une émission de Jean-Christophe Averty a été annulé (mais Jacques Brel a été emballé et l'a diffusé dans sa propre émission sur la radio privée Europe 1).
Le 45 tours, sur lequel Daniel Laloux est accompagné par Michel Colombier et son Grand Orchestre, comporte cinq titres assez brefs, aux paroles marquantes.
Les rémois qui se "turluchent la bonbonne de leur grande cathédrale" ne tiennent que l'un des rôles d'Ode aux rémois, au côté des chinois qui se "lissent la moustiche". Le rythme sur lequel Laloux assène ces paroles est assez martial. Dans la partie jazz finale, c'est Michel Portal qui joue le solo.
La petite girl, dans une ambiance jazz également, en a marre de montrer son lard à des veaux et voudrait faire des ménages chez des poète un peu fou-fous. Heureusement un beau jeune homme lui murmure à l'oreille "Viens que j't'agace dans mon armoire à garces" et le conte de fées finit bien.
Dans une veine similaire, Le bon employé et Les jeunes filles du Luxembourg sont également des réussites. Je pense parfois à l'écoute à Boris Vian ou à Brigitte Fontaine (Fontaine et Laloux ont dû se croiser dans le Paris rive gauche des années soixante. Ils signent chacun une des chansons du premier album de 1968 de Christine Sèvres, arrangé par Jean-Claude Vannier et Alain Goraguer).
Quant à La mouche, dans un style baroque à la Purcell, c'est une de mes chansons préférées du disque. On pourrait l'enchaîner avec le One charming nyte de Zarjaz, l'une des curiosités des débuts de Creation.
 
C'est dommage, il n'est pas question dans les entretiens de l'Opération Kangourou du deuxième et ultime 45 tours de Daniel Laloux. Il est sorti en 1967 chez Bagatelle, arrangé par Alain Goraguer. Le titre principal est l'excellent Guidi gada goudou.
Dans les années suivantes, côté musique, Daniel Laloux a participé à des projets marquants.Il a notamment fait partie de l'orchestre du saxophoniste de jazz américain Marion Brown. Il joue de la basse et des percussions sur l'album en public Marion Brown im Sommerhausen, enregistré en mai 1969, et c'est lui qui vocalise sur Il ne chant pas.
Alors qu'il jouait au cabaret La Vieille Grille à Paris, un certain Daevid Allen était aussi à l'affiche. Daniel lui a proposé de collaborer pour sa chanson Le gang des gongs, qu'il avait fait traduire en anglais. Par la suite, il a rejoint le groupe débutant Gong, dont le nom serait inspiré du titre de sa chanson. Il quittera le groupe début 1970, mais on l'entend sur les deux faces de l'excellent 45 tours Garçon ou fille, Est-ce que je suis et Hip hypnotise you.
Sur scène, il a notamment fait une prestation mémorable au festival d'Amougies en octobre 1969. A quelques encablures du champ de bataille napoléonien, il a réveillé à quatre heures du matin le public, composé à la fois de hippies et d'habitants du cru, en s'accompagnant au tambour pour déclamer Expiation de Victor Hugo et son fameux "Waterloo ! Waterloo ! Waterloo ! morne plaine !". Cette prestation a dû être enregistrée et même filmée, mais je ne l'ai pas trouvée en ligne.
Et donc, son tambour accompagne toujours Daniel Laloux : en 2015-2016, il présentait avec Catherine Bayle le spectacle Tambour cœur du monde, une suite de séquences surprenantes, parlées, hurlées, chantées, dansées sur des rythmes d’enfer !
 
Pour ma part, pour fêter cet anniversaire, je suis bien content d'avoir grâce au disque carré de Daniel Laloux réussi une prouesse réputée impossible : résoudre la quadrature du cercle !
On peut écouter les trois autres titres dans les émissions de l'Opération Kangourou.

A voir :

Un bruit qui court, le film de 1983 de et avec Daniel Laloux et Jean-Pierre Sentier, dont il est question dans l'émission, est actuellement visible sur YouTube.



Le texte au recto de la pochette. Recto qui ne couvre pas toute la surface pour laisser apparaître le disque carré.

10 février 2006

MIOSSEC : Regarde un peu la France


Offert par La Radio Primitive à Reims en juin 1995
Réf : PROMOBIAS 025 CD -- Edité par PIAS en France en 1995 -- Échantillon promotionnel interdit à la vente -- Tirage limité à 3000 exemplaires
Support : CD 12 cm
Titres : Regarde un peu la France -- Non non non non (Je ne suis plus saoul) -- Crachons veux-tu bien

Après plus de dix ans, après les albums plus ou moins décevants, les concerts trop avinés, puis les concerts trop sages, avec l'habitude qui s'est installée aussi, il devient presque difficile de se souvenir que, lors de sa sortie en 1995, le premier album de Miossec, et le personnage lui-même, ont fait l'effet d'une bombe dans le paysage musical français.
Avant même d'écouter "Boire" en entier, c'est avec ce trois titres promo que j'ai découvert Miossec. La Radio Primitive en avait distribué lors d'un concours pour faire la promotion du concert de Miossec à la MJC Claudel de Reims le 9 juin 1995.
Je garde un excellent souvenir de ce concert, le seul que j'ai vu dans la formation originale en trio, et mon préféré des quatre-cinq auxquels j'ai dû assister en tout. Quelle claque de se prendre toutes ces chansons dans les oreilles, avec les deux guitares acoustiques et Christophe qui s'emparait de tout ce qui trainait sur scène (le pied de micro, la batterie du groupe de première partie) pour s'occuper les mains et faire un peu de percussions.
Les trois extraits de "Boire" choisis pour ce disque promo sont et restent excellents, que ce soit le portrait au vitriol "Regarde un peu la France", la promesse d'ivrogne "Non non non non", dont le sous-titre me fait toujours rire, et "Crachons veux-tu bien", chanson "d'amour" typique de Miossec (je voulais faire un adjectif genre miossecienne mais ça fait vraiment très moche).
Les chansons sont toujours aussi bonnes, et l'enregistrement n'a pas changé, mais bizarrement elles sonnent beaucoup plus douces maintenant. Mes oreilles se souviennent peut-être trop des concerts, mais j'y entends beaucoup moins de violence rentrée que dans mes souvenirs...

Ajout du 11 août 2024 :

18 ans plus tard, des vidéos sont en ligne pour chacun des titres de ce CD. On ne va pas s'en priver :


Miossec, Regarde un peu la France, en direct le 3 octobre 1995 dans l'émission Le cercle de minuit sur France 2.



Miossec, Crachons veux tu bien, en direct en 1995 dans l'émission Tempo sur FR3 Rennes.