26 décembre 2020

THE MASKED MARAUDERS : Cow pie


Acquis à la Bourse BD Disques d’Épernay le 8 mars 2020
Réf : RV.20233 -- Édité par Reprise en France en 1969
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Cow pie -/- I can't get no nookie

Ce disque fait partie de ceux que j'ai achetés à ma seule bourse aux disques de l'année, juste avant le confinement de printemps, le même jour que le Monguito Santamaria et au même stand et au même prix d'un euro les trois que le Small Faces.
Le mois dernier, avec sa chronique dominicale Face A, Face B pour Les Jours, Sophian Fanen m'a rappelé que j'avais mis ce disque de côté pour le chroniquer. Et il me semble tout à fait approprié de terminer cette année 2020 avec un groupe fantôme dénommé Les Maraudeurs Masqués !

Pour ma part je n'en avais jamais entendu parler, mais l'histoire de The Masked Marauders est bien connue. C'est celle d'un super-super-groupe inventé de toutes pièces par Greil Marcus (sous le pseudonyme de T.M. Christian), dont la chronique d'un disque fictif a été publiée dans Rolling Stone le 18 octobre 1969.
Et il a fait fort le bougre, puisqu'il dévoile carrément en mode affirmatif la composition supposée du groupe mystérieux : "the unmistakable vocals make it clear that this is indeed what it appears to be: John Lennon, Mick Jagger, Paul McCartney and Bob Dylan, backed by George Harrison and a drummer as yet unnamed — the “Masked Maurauders.”"
Et il désigne aussi les auteurs de certains des titres, dont les deux faces de mon 45 tours :
"After the listener has recovered from this string of masterpieces, side four opens with a special treat, two songs written especially for this session: Dylan’s “Cow Pie,” which is very reminiscent of Billy Ed Wheeler’s “The Interstate is Coming Through My Outhouse,” and Mick Jagger’s new instant classic, “I Can’t Get No Nookie.”"

Jusque-là, on est sur un plan similaire à mon label de disques virtuels, dont la plupart des parutions sont imaginaires. Sauf que là c'est allé plus loin : la version officielle de l'histoire dit que les réactions
à la publication de la chronique ont été telles que cela a donné l'idée à Greil Marcus et à son comparse de Rolling Stone Langdon Winnner de réaliser un véritable enregistrement des supposés Masked Marauders, avec un groupe de Berkeley, The Cleanliness and Godliness Skiffle, et un imitateur de Mick Jagger et Bob Dylan, Brian Vorhees. Ensuite, un contrat a été signé avec Reprise, qui a sorti l'album sur une filiale créée pour l'occasion, Deity. Le disque s'est pas mal vendu (100 000 exemplaires aux États-Unis) et a été édité dans plusieurs autres pays, dont la France.
Cette histoire est bien belle, mais elle est en partie fausse. Comme Langdon Winner l'explique lui-même (en se contredisant après avoir raconté l'histoire officielle), trois des neuf titres de l'album (Cow pie, I can't get no nookie et Duke of Earl) ont été enregistrés en septembre 1969, c'est à dire avant la publication de la chronique. Ce sont ces titres qu'il a passés dans son émission de radio sur KMPX au moment de la publication de la chronique. Certes, au départ ils n'avaient peut-être pas eu dans l'idée d'aller jusqu'à la publication d'un disque, puisque c'est effectivement quelques temps plus tard que l'album a été complété par une deuxième session, mais des enregistrements existaient bien avant la publication de la chronique.
De nombreuses personnes ont décelé la blague tout de suite, mais d'autres ont marché. Le
13 décembre 1969, Rolling Stone a mis fin à la plaisanterie en publiant une actualité intitulée Masked marauders expose themselves.
N'empêche, tout le monde n'a pas été mis au courant tout de suite et, la machine étant lancée, Reprise a continué à exploiter le filon pendant quelques temps.
Les notes de pochette du 45 tours français résument en quelques lignes la chronique de Marcus et poussent le bouchon jusqu'à évoquer la rumeur de la mort de Paul McCartney, qui s'est développée à ce moment-là et qui a contribué à aiguiser l'intérêt pour The Masked Marauders.

Et la musique dans tout ça ? Cow pie est un instrumental censé faire écho au Country pie de l'album Nashville skyline de Dylan. C'est sympathique, mais sans plus. Par contre,
I can't get no nookie est un pastiche des Stones de l'époque, complet avec un rot sonore en introduction, que je trouve réussi et que je continue d'apprécier même après quelques écoutes.

Reste une dernière et grande question : les maraudeurs masqués qui hantent nos cités ces temps-ci respectent-ils le couvre-feu ?


Un extrait de l'émission Rock center with Brian Williams du 5 avril 2013, avec la participation de Greil Marcus et Langdon Winner.

19 décembre 2020

ZEN ZILA : Chérie Madame


Acquis chez Gilda à Paris le 10 décembre 2020
Réf : NV 3317-5 -- Édité par Naïve / Evalouna en France en 2000 -- Échantillon promotionnel interdit à la vente
Support : CD 12 cm
Titres : Chérie Madame (Groove mix) -- Chérie Madame (Zen Zila mix) -- Chérie Madame (Album version)

Je suis passé rapidement à Paris pour le boulot et j'ai eu le temps de faire un tour chez Gilda, qui avait pu rouvrir quelques jours plus tôt. Comme d'habitude, j'y ai trouvé une poignée de CD et de 45 tours soldés.
J'ai eu un coup au cœur quand je suis tombé sur ce CD promo de Zen Zila. Il y a encore deux ans, ce titre Chérie Madame ne m'aurait rien dit du tout, mais là j'ai cru qu'il s'agissait d'une reprise de l'excellente chanson de Mazouni, que j'ai chroniquée il y a presque pile un an. Ce n'est pas le cas puisqu'il s'agit d'une chanson originale de Zen Zila, mais il parait évident que le choix du titre est en référence à cette première chanson. La chanson de Mazouni est excellente et tordante, mais celle-ci est très bien aussi.

Avec Zen Zila, il s'est passé pour moi la même chose qu'avec tous les groupes avec un nom en "deer" ou en "dear" qui sont apparus au même moment : ne les connaissant pas bien, j'ai tendance à les confondre. Là, c'est avec Zenzile quen j'ai tendance à confondre, le groupe de dub originaire d'Angers, dont le premier album est sorti à un an d'écart environ avec Le mélange sans appel, le premier de Zen Zila, dont ce single est extrait.
Avec un groupe originaire de la métropole lyonnaise aux racines françaises et algériennes, on ne peut que faire un rapprochement avec Carte de séjour et Rachid Taha. Plus près de chez moi, et avec un CD que j'ai acheté cette année également, il y a des points communs avec Nouraï.

Ce disque promo, avec une belle pochette signée Batmanu (je mets en lien vers ce site car je pense que c'est la même personne, mais je n'en suis pas certain), vise à faciliter les passages en radio de Chérie Madame, chantée comme la plupart des chansons du groupe en français et en arabe. Outre la version de l'album, on trouve un Groove mix assez réussi puisque la chanson n'est pas trop maltraitée par l'ajout d'un gros son de basse et de rythmes plus appuyés. Il y a aussi un Zenzila mix en version française uniquement. Comme il n'y a pas eu d'édition du single commercialisée en parallèle, ces deux titres sont vraiment restés "hors commerce".
Cette histoire d'amour contrarié ("Mohamed et Juliette c'est pas fini...") est une réussite. Le groupe en a enregistré en 2014 une nouvelle version sur son sixième album Welcome / Marhaba, et on trouve en ligne une version en public.

Le groupe n'a pas sorti de disque depuis 2014 mais en 2016 il a réalisé et fait la musique d'un documentaire Chaâba, du bled au bidonville.

Les occasions de chiner des disques demeurent rares ces temps-ci, mais tant que je ferai de-ci de-là des trouvailles aussi sympathiques je ne serai pas frustré.

A écouter :
Zen Zila : Chérie Madame (Groove mix)
Zen Zila : Chérie Madame (Zenzila mix)




12 décembre 2020

LATA MANGESHKAR : Mangala fille des Indes vol. 10


Acquis chez Récup'R à Dizy le 1er décembre 2020
Réf : 2C 016-80.370 M -- Édité par La Voix de Son Maître en France vers la fin des années 1960
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Rang berangi -- Jiya le gayo -/- Mujhe mil gaya bahana -- Ban wari

Pour ma première visite à la ressourcerie après le confinement d'automne, j'espérais bien sûr faire tout un tas de découvertes, mais en fait le stock de disques avait été très peu renouvelé. J'ai juste à un moment aperçu quelques 45 tours qui avaient été glissés le long des autres dans une boite. J'ai sorti celui-ci pour voir à quoi correspondait cette pochette très colorée et j'ai tout de suite compris qu'il s'agissait de musiques de films indiens.

D'un manière générale, j'apprécie la musique indienne, mais c'est un pan de la production musicale que j'ai très peu exploré. Dans les faits, je ne connais rien aux films de Bollywood ni à leur musique. J'aurais pu citer le nom d'Asha Bhosle, mais c'est uniquement à cause du Brimful of Asha de Cornershop.
Il se trouve que les quatre titres de cet EP sont chantés par la grande sœur d'Asha Bhosle, Lata Mangeshkar, qui est tout autant renommée. Née en 1929, elle a été désignée en 1974 par le livre Guinness des records comme la chanteuse ayant fait le plus grand nombre d'enregistrements (cela est sujet à controverse et, depuis 1991, Guinness attribue ce titre à... Asha Bhosle !).

Chez Pathé, je connais les centaines de 45 tours de musique d'Afrique édités en France avec des pochettes interchangeables et sûrement destinés à des marchés hors métropole, mais je ne connaissais pas du tout cette petite série débutée en 1958, avec des parutions échelonnées jusqu'au volume 5 vers 1968, puis visiblement un rythme beaucoup plus soutenu à partir du volume 6. Il y a eu au moins 14 volumes, et mon exemplaire du volume 10 est une réédition, puisque le dos du volume 14 indique que sa référence d'origine était EGF 1038. Pour le coup, je ne sais du tout à quel public ces disques étaient destinés. En tout cas, je ne pense pas que ces disques ont été diffusés à un grand nombre d'exemplaires car je n'ai jamais dû en voir.

Les trois premiers volumes contenaient des chansons de Mangala, fille des Indes, un film de 1952. Ce qui est bizarre, c'est que La Voix de son Maître a conservé le titre de ce film pour désigner la série complète, qui par la suite contient des chansons d'autres films.
Pour ce volume 10, on a sur la face A deux chansons du film Anpadh de 1962, Rang berangi et Jiya le gayo. Sur la face B, on trouve deux chansons de 1960, Mujhe mil gaya bahana du film Barsat ki rat et Ban wari du film Ek phool char kante.
Sur le premier titre, Lata Mangeshkar est accompagnée par un chœur. Sur tous les titres, les envolées de cordes et les percussions dominent, avec aussi, il me semble bien, un accordéon sur Mujhe mil gaya bahana, et des sitars sur Jiya le gayo et Ban wari (qui ont une tonalité pré-psychédélique pour des oreilles biberonnées au monde du rock).

Si vous êtes enfermés au chaud chez vous, vous pouvez passer le temps (plus de sept heures !) en regardant ci-dessous les trois films concernés, ne serait-ce que pour y trouver les passages où on y entend les chansons.
Quant à moi, je ne vise pas la quantité mais la qualité. Si je peux trouver à chaque visite à la ressourcerie rien qu'un disque intéressant, comme celui-ci ou Voice of the Congo la fois précédente, je signe tout de suite !








04 décembre 2020

JACQUELINE BOYER : La mer, la plage


Acquis chez Emmaüs à Tours-sur-Marne le 21 décembre 2019
Réf :  Ri 18.740 -- Édité par Rigolo en France en 1966
Support : 45 tours 17 cm
Titres : La mer, la plage (The more I see you) -- Ton tour viendra (Sloop John B.) -/- Il ne faut pas parler d'amour -- Bijou (Mitsou)

Cet été, quand j'ai acheté Sloop John B. des Beach Boys en même temps que le 45 tours du papa d'Elvis Costello, je ne l'ai pas chroniqué car, comme je l'ai dit en commentaire à l'ami Charlie Dontsurf, l'animateur du site beachboys.fr, je n'avais pas grand chose de spécial à en dire, si ce n'est que c'est une chanson que j'aime beaucoup, dont je trouve qu'il est difficile de faire une mauvaise version.
Mais, quelques mois plus tôt, j'avais acheté cet EP de Jacqueline Boyer qui contient une adaptation en français de Sloop John B.. En étudiant la question (lancé sur le sujet par un commentaire très détaillé de Trocol Harum sur Bide et Musique), je me suis rendu compte que cette chanson, qui a déjà une genèse assez compliquée côté version originale, a aussi une histoire intéressante pour ce qui est de ses versions en français.

Mais d'abord, intéressons-nous à la chanson originale.
Comme souvent pour les titres du folklore, son histoire n'est pas simple à retracer et il n'y a pas d'auteurs identifiés.
La chanson The John B. sails est originaire de Nassau aux Bahamas. Elle fait référence au bateau du capitaine gallois John Bethel qui, avec ses deux marins bourrés à bord, a coulé en 1900. Son épave a été découverte dans les années 1920, ce qui a dû relancer la popularité de la chanson.
Le poète et biographe Carl Sandburg l'a incluse dans un recueil en 1927 et, en 1950, les Weavers, également connus pour avoir donné une audience mondiale à Le lion est mort ce soir, ont enregistré la chanson sous le titre (The wreck of the) John B. en la créditant à Sandburg et à l'un des membres du groupe, Lee Hays.
Par la suite, il y en a eu des dizaines de versions publiées sur disque, mais nous en retiendrons deux :
En 1958, le Kingston Trio a publié Sloop John B. sur son premier album et c'est parce qu'il connaissait et appréciait cette version qu'Al Jardine a proposé à Brian Wilson d'en faire une version par les Beach Boys. Cette excellente version de Sloop John B. sera la face A du single sorti en 1966 pour annoncer l'album Pet sounds.
Les arrangements instrumentaux et vocaux sont d'une grande qualité. Il faut préciser que le 45 tours, l'album américain et l'album français de 1966 indiquent comme crédit "Arrangement Brian Wilson". Mais dès 1966, sur l'EP français ou mon 45 tours allemand par exemple, le terme "Arrangement" disparaît et le crédit donne à penser que Brian Wilson est l'auteur, ce qui explique que la plupart des reprises post-1966 créditent Brian Wilson.
Une des meilleures trouvailles de la version Beach Boys, c'est la modification des paroles de "This is the worst trip since I've been born" en "This is the worst trip I've ever been on", ce qui leur donne un sens lysergique évident, même pour moi qui n'ai jamais pris de LSD.

Sinon, avant d'aborder les reprises en français de cette chanson, on peut tenter un rapprochement pas trop osé entre les marins fêtards et bagarreurs du John B. et les joyeux marins de Les copains d'abord de Brassens.

Quand une chanson de variété internationale est reprise en français, quelqu'un se charge de la traduction et, s'il y d'autres interprétations par la suite, c'est souvent avec les mêmes paroles. La particularité pour Sloop John B., c'est qu'il y a presque autant de titres et de traductions que d'interprétations ! :
  • La première que j'ai repérée est celle de Dominique Walter, sur son premier EP en 1965. Avant les Beach Boys, donc, c'est pourquoi L'amour comme il va crédite Sandburg et Hays comme auteurs. Malheureusement, je n'ai pas trouvé en ligne cette version où il est accompagné par Michel Colombier et son Orchestre (mais je ne pense pas me tromper en pensant que c'est bien une version de Sloop John B.).

  • Ensuite viennent les nombreuses versions de 1966, suscitées par celle des Beach Boys et créditées à Brian Wilson. Je ne sais pas dans quel ordre elles sont sorties, mais la plus connue est sûrement Mister John B. de Sylvie Vartan, sortie en face A d'un EP, qui réussit l'exploit d'être créditée à Eddy Vartan, Georges Aber et Gilles Thibaut.

  • Fille ou garçon de Stone est original car l'arrangement est plus rock, avec cuivres et guitare saturée, avec des paroles qui n'ont rien à voir avec la chanson originale. La chanson est créditée à un certain Bryan Mu, que nous connaissons mieux sous le nom d'Eric Charden. Notons que, sur le même EP Problèmes, on trouve Les framboises, adaptation de You're so good to me, la face B du single Sloop John B. des Beach Boys !

  • Toujours dans un esprit rock, mais en slow, Ronnie Bird y est allé de sa version en face B du EP N'écoute pas ton cœur sous le titre Seul dans la nuit, avec là encore la mélodie conservée mais des paroles qui n'ont rien à voir avec le thème original. La chanson est signée Gilles Grenier et arrangée par Gérard Hugé.

  • Dernière version française de 1966 que j'ai trouvée, celle de mon disque, c'est donc celle de Jacqueline Boyer qui parait en face B d'un EP paru chez Rigolo, le label d'Henri Salvador. Créditée à Brian Wilson avec des paroles de Maurice Pon, qui là encore s'écartent du thème original, Ton tour viendra est une chanson intéressante car, côté arrangements, c'est celle qui tente le plus de s'approcher du travail vocal des Beach Boys, avec un Henri Salvador qui est bien présent sur l'enregistrement.

  • Pour les deux dernières versions que j'ai sélectionnées, on part au Canada. Au début des années 1970 sur un album de Julie et les Frères Duguay. Là, il s'agit d'une reprise de la version de Sylvie Vartan, mais l'arrangement country de Mr. John B. est réussi et agréable.

  • Pour terminer, on retrouve une ambiance folk-rock, version 1972, avec le duo Les Karrik qui interprète La fin du rêve n'est pas pour demain sur son deuxième album. L'adaptation est signée J. Pantis et P. Letourneau.
Sept versions sous six titres différents, record à battre ! Avec ces différents titres, je pourrais presque écrire une histoire à la façon de Tu m'as trompette mon amour !

Mais revenons à mon disque. Il est difficile de faire plus enfant de la balle que Jacqueline Boyer. Elle est la fille de Jacques Pills et Lucienne Boyer et la seconde épouse de son père, sa belle-mère donc, fut Edith Piaf !
Elle a commencé à chanter en 1959, année où son père termine avant-dernier du concours de l'Eurovision. De son côté, elle remporte le concours en 1960 avec Tom Pillibi. Elle tourne ensuite dans le monde entier et connaît notamment un grand succès en Allemagne.
Alors qu'elle était auparavant chez Columbia, ce disque est le premier à sortir chez Rigolo.
Le titre principal La mer, la plage, est une adaptation de The more I see you, une chanson dont Chris Montez venait de faire un tube. Sans surprise vu le titre, c'est ici une chanson d'été très légère, avec encore Henri Salvador qui mène les chœurs. C'est typiquement une chanson que, pour ma part, j'ai découverte avec une reprise bien plus tardive, celle de Valli en 1986.
La face B est moins intéressante. Il ne faut pas parler d'amour ("Il faut le faire", dit la suite) est une chanson lente. Notons, pour détruire une fois pour toute l'argument de vente spécieux sorti il y a quelques années au moment de la sortie posthume d'un titre de Salvador ("Le seul titre dont les paroles sont signées Salvador"), qu'il signe la musique et les paroles de cette chanson, et de pas mal d'autres, comme on s'en rend compte si on prend la peine de se plonger dans sa discographie.
Bijou est la version française de Mitsou, un grand tube de Jacqueline Boyer en Allemagne en 1963, qui n'était pas sorti en France auparavant, je crois.
Jacqueline Boyer n'a pas sorti d'autre disque chez Rigolo. Elle a été gravement blessée dans un accident de voiture en 1966 et n'a pas sorti de nouveau disque avant 1969.

On retrouve les quatre titres de cet EP sur la compilation double-CD de 2004 Si quelqu'un vient vous dire.


28 novembre 2020

KISS : I was made for lovin' you


Acquis à Ay le 9 mai 2014
Réf : C. 10518 -- Édité par Casablanca en France en 1979
Support : 33 tours 30 cm
Titres : I was made for lovin' you -/- Charisma

Quand j'ai commencé à m'intéresser à la musique, vers 14 ans en 1977, je n'avais pas de grand frère à la maison pour me guider, puisque j'étais le grand frère. Alors je me suis tourné vers les copains du quartier et j'ai commencé à fouiner dans leurs étagères de disques, à en discuter avec eux, à leur en emprunter.
De même qu'il y avait un Éric dans presque une maison sur deux (y compris la nôtre), il y avait des groupes présents en nombre dans les collections de presque tous les copains. Genesis, notamment, mais aussi Pink Floyd, Ange, Deep Purple, AC/DC (sans compter bien sûr les Beatles et les Rolling Stones)...
Il faut croire que j'ai assez vite affirmé mes propres goûts musicaux, puisque, je n'ai acheté à l'époque aucun disque de ces groupes (juste le premier album de Peter Gabriel, que j'aime bien mais que j'ai échangé deux ans plus tard contre des manuels scolaires), et très vite je me suis distingué en plongeant à fond dans la New Wave.
Ça ne m'empêchait pas, sans écouter les disques, de suivre de près les discussions autour de Kiss, l'un des autres groupes très populaires chez mes copains. Il y avait celui qui avait acheté le Kiss Alive ! en import américain avant qu'il sorte en France, ceux qui préféraient Kiss alive II, cet autre qui affirmait doctement que le meilleur album studio était Destroyer et celui qui avait réussi l'exploit de piquer un des albums à Carrefour sous le nez du vigile et des caméras qui ressemblaient à C-3PO (et qui étaient sûrement factices). Plus les discussions sur le maquillage des membres du groupe et les personnages associés...
Les plus accrochés d'entre eux ont sûrement même acheté la collection des quatre albums solo des membres du groupe parus en 1978 avec des pochettes similaires. Par contre, je ne pense pas que ces fans de rock de la première heure, qui ont peut-être acheté l'album Dynasty à sa sortie, soient parmi les centaines de milliers d'acheteurs qui ont contribué à faire de I was made for lovin' you un tube énorme en France et dans le monde entier. Car, c'était écrit en toutes lettres sur la pochette de l'édition française du 45 tours à partir du second tirage, I was made for lovin' you, c'est du "Disco-Rock".
L'impact du disco sur tous les styles musicaux dans ces années-là est impressionnant. Je ne peux que faire le parallèle avec Miss you des Stones, grand tube de 1978, et soit dit en passant le seul single du groupe que j'ai acheté à peu près au moment de sa sortie. D'ailleurs, si j'avais eu à l'époque les moyens de m'offrir le maxi anglais de Miss you sur lequel j'ai plusieurs fois bavé, avec sa pochette aux bords arrondis et son vinyl rose, c'est sûrement ce disque que je serais en train de chroniquer aujourd'hui.
Et notons pour l'anecdote que, sur Dynasty, I was made for lovin' you est enchaîné avec une reprise de 2000 man des Stones.
Non, le disque que je chronique aujourd'hui, c'est une édition en maxi de I was made for lovin' you, récupérée ce fameux jour de 2014 où j'ai acheté des dizaines de disques chez un particulier, dont le Sir Lancelot, l'Émy de Pradines, et des 45 tours de Franco et des Variations.
Il y a eu une vogue du vinyl coloré en France vers 1978, avec notamment la série "Disque en couleur" de Pathé Marconi EMI. Ce maxi de Kiss a été sorti par Vogue en quatre couleurs, rouge et jaune étant les plus courantes, vert et bleu les plus rares.
Le disco, chez Casablanca Records, le label de Kiss, on savait faire, puisque c'est eux qui éditaient les disques de Donna Summer, Village People ou Lipps, Inc. J'imagine que les producteurs se passaient des tuyaux, même si celui de Kiss, Vini Poncia, n'a jamais travaillé avec ces autres artistes.
La version originale est déjà une réussite pop, avec ses "Ouh ouh ouh ouh ouh ouh" et son refrain qui restent en tête. Dans le genre, la version maxi de I was made for lovin' you est parfaite, qui réussit à quasiment doubler les quatre minutes initiales sans aucune longueur et sans qu'on s'ennuie un instant pendant qu'on danse.
J'apprécie particulièrement les parties qui associent la basse (le principal auteur et chanteur de la chanson est le bassiste Paul Stanley) et le séquenceur à la Giorgio Moroder, le producteur de Donna Summer qui a notamment fortement inspiré New Order. Un rapprochement a priori incongru, mais écoutez la section à partir de 5'30 : même les "Ouh ouh ouh" peuvent rappeler Temptation...!
Sur le petit 45 tours, c'est Hard times qui était en face B, une composition du guitariste Ace Frehley. Sur ce maxi, c'est un autre extrait de Dynasty, Charisma, un titre rock de Gene Simmons, mais qui, sans surprise, n'est pas trop ma tasse de thé.




Kiss, I was made for lovin' you, en version rock en concert à Sydney le 22 novembre 1980.

21 novembre 2020

SMALL FACES : Hey girl


Acquis à la Bourse BD Disques d’Épernay le 8 mars 2020
Réf : F.12393 -- Édité par Decca en Irlande en 1966
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Hey girl -/- Almost grown

Rétrospectivement, c'est vraiment un coup de chance que la Bourse de BD-Bulles ait pu se tenir en mars, juste avant le confinement de printemps. Et en plus, j'y ai trouvé une poignée de disques intéressants pour pas cher.
Avant de mettre la main sur le Monguito Santamaria, j'avais acheté à un copain six 45 tours à 1 € les trois, dont celui-ci des Small Faces. C'est le même copain à qui j'ai acheté le Rip Chords en août, lors de l'une des rares brocantes que j'ai pu faire cette année.
Les Small Faces, c'est bizarre. Je connais certains de leurs tubes depuis longtemps (All or nothing, Watcha gonna do about it,...) et j'ai lu leur histoire et celle des Faces en long en large et en travers dans des articles de Mojo et Uncut, mais jusqu'à 2014, quand j'ai trouvé le 45 tours d'Itchycoo Park, je n'avais aucun disque d'eux.
Là, j'ai pris ce 45 tours car un disque des années soixante à ce prix-là ça ne se refuse pas, surtout quand il est par un grand groupe, et pressé en Irlande en plus (du coup, son propriétaire a viré la partie centrale du disque pour en faire un rond central à la française).
Mais sinon, très honnêtement, je n'avais jamais entendu parler de cette chanson, Hey girl.
C'est leur quatrième single, sorti en mai 1966, quatre mois après leur tube Sha-la-la-lee  et une semaine avant leur premier album. Et comme c'était la pratique à l'époque en Angleterre, aucune des faces de ce 45 tours ne figure sur l'album.
A l'écoute, ce fut une bonne découverte. Certes, il n'y a rien d'original là-dedans, on est encore sur le format yéyé des Beatles, survitaminé par l'expérience Kinks et Who, mais ça passe très bien.
C'est Ronnie Bird qui, peu de temps après la sortie de la version originale, a publié une adaptation en français très fidèle de Hey girl.
Contrairement à ce que j'ai immédiatement pensé en voyant le titre, Almost grown n'est pas une reprise de Chuck Berry. Un précédent propriétaire a écrit sur l'étiquette "Jerk valable" et "Très bon". On peut donc penser que c'est quelqu'un qui passait des disques en boite de nuit, ou un accroc aux boums échevelées. En tout cas, il avait raison. C'est un excellent titre à 99% instrumental, très énergique, dans le moule de ce que faisaient Jr.Walker and the All Stars ou Booker T & the MGs. Le genre de musique qui servait de fond sonore aux inévitables scènes de danse des épisodes d'Amicalement vôtre.
Hey girl a obtenu un succès tout à fait honnête en Angleterre, mais c'est en septembre avec le 45 tours suivant que les Small Faces vont toucher le gros lot, puisque All or nothing se classera n°1 des ventes.
L'année suivante, le groupe quittera Decca pour Immediate. Ma collection de disques des Small Faces s'est vraiment enrichie cette année, puisque j'ai acheté cet été deux CD de cette deuxième période, à 50 centimes pièce. Le Best of n'est pas mal, mais je crois que je préfère les tubes chez Decca. Quant à leur album devenu un classique, Ogden's nut gone flake, il faut que je prenne le temps de l'écouter, mais je crains d'être déçu.




Small Faces, Hey girl et All or nothing, en direct dans une émission de télévision en 1966.


En France, l'EP sorti en septembre 1966 associait les faces A et B du tout dernier single des Small Faces, All or nothing, et du précédent, Hey girl. J'aimerais bien le trouver à 34 centimes, voire même à 1 € !