18 mai 2007

SOUNDS WAVES 3


Acquis chez Guerlin-Martin à Reims en 1988
Réf : WAVES 3 -- Edité par Sounds en Angleterre en 1988 -- Fourni avec le numéro du magazine Sounds daté du 19 mars 1988 -- Not for sale
Support : 33 tours 17 cm
Titres : THE SUGARCUBES : Motor crash -- THE WEDDING PRESENT : Go out and get'em boy -/- PIXIES : Down to the well -- Rock a my soul -- THE POGUES : Kitty

Pendant des années, j'ai lu les hebdos musicaux anglais, le NME principalement, mais aussi, quand ils existaient, Sounds et le Melody Maker.
Pendant plusieurs années, j'ai été abonné au NME, et il arrivait assez régulièrement chez moi, en temps et en heure. Mais avant ça, je l'achetais en kiosque, et dans une ville de province comme Reims ce n'était pas une sinécure : on le trouvait parfois à la gare, mais plus régulièrement à la maison de la presse Guerlin-Martin, place d'Erlon, mais on ne pouvait jamais être sûr du jour d'arrivée du magazine, alors il fallait y passer régulièrement, surtout les fois où une cassette ou un 45 tours était inclus en bonus, pour être sûr d'avoir son exemplaire. J'habitais à vingt minutes à pied de là, et j'en ai fait un bon paquet d'aller-retour pour aller chercher le NME et revenir bredouille !
Le plus bizarre dans tout ça, c'est que ces 45 tours inclus dans les magazines, plats certes, mais fragiles et pas tout petits, voyageaient sans trop de soucis et arrivaient intacts jusqu'à nous.
Le NME a publié quelques singles d'anthologie, le Melody Maker moins. Dans les années 86-88, Sounds a publié plusieurs séries de trois 45 tours, et celui-ci reste l'un des plus marquants de tous ces lots.
Il faut dire qu'on y trouve "Down to the well" et "Rock a my soul", deux excellents titres en studio des Pixies, et que, pendant des années, ce disque était le seul support où on pouvait se procurer ces deux titres, qui viennent en fait de la première démo des Pixies, démo d'où avaient été extraits les titres du premier album "Come on pilgrim".
Certes, une autre version de "Down to the well" a été publiée en 1990 sur "Bossa nova". Certes encore, ces deux titres ont été inclus sur "Rare Pixies", un CD hors-commerce envoyé aux nouveaux abonnés des Inrockuptibles en 1996, mais il aura fallu attendre l'édition par 4AD en 2002 de la démo connue sous le nom de "Purple tape" pour que ces deux pépites connaissent une large diffusion.
La version de "Down to the well" est excellente, et vaut largement celle de l'album. "Rock a my soul" est un cri d'enthousiasme largement aussi bon que tous ceux que les Pixies ont lâchés sans trop y réfléchir entre 1987 et 1989.
Il y a du beau monde sur le reste du disque.
Les Pogues, au sommet de leur forme dans une grande salle de Glasgow, font fort avec un titre des plus celtiques, "Kitty".
The Wedding Present, au sommet de sa vélocité éléctrique, livre une version live de l'un de ses singles, "Go out and get'em boy", probablement elle-aussi inédite par ailleurs.
Quant à "Motor crash" des Sugarcubes, le titre ici dont je pourrais le plus facilement me dispenser, il était peut-être inédit au moment de la diffusion du 45 tours, comme indiqué sur la pochette, mais en-dehors de toute autre précision je pense qu'il s'agit de l'enregistrement qu'on a très vite retrouvé sur le premier album du groupe, "Life's too good".

13 mai 2007

SPRUNG AUS DEN WOLKEN : Pas attendre


Acquis en France en 1986
Réf : DSA 54505 -- Edité par Les Disques du Soleil et de l'Acier en France en 1985
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Pas attendre -- Pas attendre (minimal) -/- Que pa -- Que pa (minimal)

Je n'arrive pas à me souvenir précisément où j'ai acheté ce disque.
Ça pourrait être le 11 mai 1986, le jour de leur concert à Reims dans le cadre du Festival des Musiques de Traverses, ou chez un disquaire rémois, ou chez New Rose.
De toute façon, "Pas attendre" est une chanson qui m'a accroché dès la première écoute et qui est devenue un de mes classiques des années 80, une chanson à la fois marquante et marquée par son époque, celle de la fin de la guerre froide et des dernières années avant la chute du Mur.
Car Sprung Aus Den Wolken (Ça veut dire "Surgi des nuages" et c'est le titre allemand de la série télé américaine sixties "Ripcord", dont les héros étaient des parachutistes) est un groupe de Berlin, fondé fin 1980 par Kiddy Citny. Un groupe "industriel" issu de la même scène que les stars du genre, Einstürzende Neubauten, avec qui ils ont souvent collaboré. Alexander Hacke, présent sur ce disque, est d'ailleurs un membre commun aux deux groupes.
On trouve également sur ce disque Thierry Noir, le "peintre du Mur", à qui l'on doit plus que probablement les paroles françaises et le chant de "Pas attendre".
La musique industrielle en tant que telle, c'est pas trop mon truc. Et d'ailleurs je n'ai pas trop apprécié le seul album que j'ai écouté de Sprung Aus Den Wolken, "The story of electricity", ni le concert assez bruitiste de Reims. Par contre, un habillage industriel sur une structure de chanson plus ou moins classique, ça me plait beaucoup, comme le "Collapsing new people" de Fad Gadget en 1983 avec Einstürzende comme invités, ou comme les deux faces de ce disque avec un peu de mélodie, de la guitare sèche, du chant (entre Daniel Darc et Polyphonic Size) et de l'accompagnement bruitiste industriel (percussions, sons...).
Avec ses paroles françaises (Nous sommes si jeunes, nous ne pouvons pas attendre. Je t'aime tellement, je ne peux pas attendre, non, vraiment pas attendre. Oh non pas attendre. Nous sommes si jeunes, nous ne pouvons pas attendre. Nous sommes si jeunes, et je ne t'attends pas. Tout est pour toi, tout est pour moi. Pas attendre), "Pas attendre" a eu une sacrée vie depuis cette première parution. Pendant des années, on a pu croiser sur les murs de Paris des bombages qui reprenaient ce slogan "Nous sommes si jeunes, nous ne pouvons pas attendre", qui pouvait rappeler ceux de mai 68. En 1987, une pièce de théâtre d'Eric da Silva a repris cette phrase pour son titre. Et surtout, "Pas attendre" a été inclus en 1987 sur la BO du film "Les ailes du désir" de Wim Wenders.
Je dis "sur la BO", mais cette chanson est visiblement bien plus qu'une simple illustration musicale pour ce film. C'en est même à un tel point qu'on peut se demander si elle n'est pas en partie une inspiration pour l'écriture du scénario, dû à Peter Handke et Wim Wenders, et pour l'ambiance générale du film puisque, outre la présence de la chanson, on note que le titre allemand du film signifie "Le ciel au-dessus de Berlin" (avec ses nuages d'où surgissent les anges du film...!) et que c'est Thierry Noir qui a peint le Mur qui a servi pour le tournage (en plus d'avoir peint une grande partie du vrai Mur).
Puisque ce disque n'est plus disponible chez DSA, la BO du film de Wenders est actuellement le moyen le plus simple de se procurer "Pas attendre", mais pensez à chercher sur le titre anglais du film, "Wings of desire", car le CD au titre français n'est plus disponible en neuf.

12 mai 2007

KHARTOMB : Swahili lullaby


Acquis probablement chez Rough Trade à Londres en 1984
Réf : WHAAM 14 -- Edité par Whaam en Angleterre en 1983
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Swahili lullaby -/- Teekon warriors

J'ai vu Khartomb trois fois en concert au premier semestre 1984. La première fois c'était à la Living Room où ils ouvraient pour The Times avec les Surfadelics, la seconde fois, ils étaient à l'affiche au Clarendon avec Joolz et Slade The Leveller (de New Model Army), et la dernière fois, le 9 juin 1984 à la Living Room, ils ont joué juste avant les 1000 Mexicans et juste après un petit groupe qui donnait là son second concert (le premier c'était la veille au même endroit), The Jesus and Mary Chain. C'est vous dire la versatilité des affiches de petits concerts à Londres à l'époque ! A noter aussi l'ouverture d'esprit de Dan Treacy et de son label Whaam! Records, qui ne se contentait pas d'éditer son groupe les Television Personalities ou des groupes néo-sixties ou proto-lo fi comme les Pastels, mais aussi des groupes inclassables comme les 1000 Mexicans, justement, et Khartomb.
Le jour de ce troisième concert, Alan McGee m'a dit "C'est les nouveaux Sex Pistols ! Je vais faire un album avec eux (Il n'avait alors édité que des 45 tours et le "Alive in the Living Room").
Connaissant la suite de l'histoire, inutile de vous préciser qu'il ne parlait pas de Khartomb, qui n'a à ma connaissance sorti que les deux titres qu'on trouve ici. Ils avaient pourtant un set d'une quarantaine de minutes, et ont tourné un bon moment puisqu'ils ont enregistré une Peel session fin 1982 avant de sortir ce single en septembre 1983 (C'est le dernier disque sorti par Whaam, le premier est ici).
Keeping It Peel, l'excellent site d'archive de la BBC sur les Peel Sessions, nous donne les noms des quatre membres de ce groupe, deux filles et deux garçons : Ali Barnes (Batterie), Caroline Clayton (Basse, chant et flûte), Ian Christie (Guitare et basse) et Paula Crolla (Chant). Les deux titres du single sont crédités à Caroline Clayton.
J'ai toujours pensé que Khartomb était un groupe d'étudiants. Avec les deux filles au chant, on peut les associer à des groupes de l'époque comme les Raincoats, Au-Pairs (la prédominance de la basse), les Bush Tetras, les Slits ou les Delta 5 (les coups de guitare de "Teekon warriors"). Mais par rapport à tous ces groupes, la musique de Khartomb est beaucoup moins électrique et plus apaisée, et surtout ils semblent obnubilés par l'Afrique, en tout cas c'est ce que laissent penser le nom du groupe (Khartoum, la capitale du Soudan), le titre de la face A (Berceuse en Swahili), celui de la face B (Guerriers Teekon, même si je n'a pas réussi à trouver à quoi "Teekon" fait référence) et le jeu de batterie tribal sur presque tous leurs titres.

Ajout du 25 septembre 2014 :


Khartomb, The Living Room, Londres, le 28 janvier 1984. Photo : Paul Groovy.

07 mai 2007

DOGBOWL : Live on WFMU. Cigars, guitars and topless bars


Acquis chez Parallèles à Paris en 1996
Réf : 8410992 -- Edité par Lithium en France en 1995
Support : CD 12 cm
16 titres

AAAAAAARRRRRRRRGGGGGGGGGGHHHHHHHH!!!!!!!
Non, ce n'est pas seulement l'actualité qui me fait réagir ! Repenser aux gars du marketing de chez Philips vendant le CD "éternel" en 1983 suffit à me mettre en rogne. Non que j'ai gobé leur soupe, mais quand même, voilà que deux des titres d'un de mes disques live préférés ne passent plus sur ma platine CD de salon. La cause : quelques rayures superficielles apparues à force de glisser et de retirer ce CD de son superbe emballage cartonné. Heureusement, le Macintosh a, lui, accepté de lire le CD et de copier les deux titres incriminés.
"Live on WFMU" est donc un disque live indispensable selon moi, et je ne classe pas beaucoup de disques dans cette catégorie. De tête comme ça aujourd'hui, je pense au "Modern Lovers Live !" de 1977 (pour la musique et l'ambiance) et au "Live 1969" du Velvet Underground. Le "Backyard barbecue broadcast" de Giant Sand est aussi une réussite, rendant bien l'ambiance du pique-nique au cours duquel il a été enregistré. Il est à noter que le disque de Giant Sand, comme celui de Dogbowl, a été enregistré pour l'excellente radio WFMU, dont le "Beware of the blog" est l'un des sites internet les plus réjouissants parmi ceux que je fréquente. Et quand je pense que ce concert a été enregistré pendant la matinale de WFMU, ça confirme qu'il s'en passe de belles sur l'antenne de cette radio !
J'avais parlé de ce disque dans Vivonzeureux! au moment de sa sortie (l'article est reproduit ci-dessous).
En fait, j'ai raté le concert à Reims en 1996 parce que j'étais cette semaine-là à Bourges pour le Printemps. Par la suite, j'ai eu la chance de voir Dogbowl plusieurs fois en concert, à Reims et ailleurs, en solo ou accompagné par le groupe belge Poney.
Mon opinion sur le disque est toujours aussi positive. Il y a notamment une excellente série avec "Sad fellow", "If you see me", "Why ?" ("Why does a man go to topless bars ? Because his wife took his porno magazines away" !!) et "Windmills falling"

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L'article de Vivonzeureux! de 1996 :

La bonne nouvelle concernant Dogbowl, c'est que le petit label indépendant français Lithium m'a permis de découvrir cet artiste américain tout à la fin de 1995 en éditant un disque live, enregistré pour une émission de la radio US WFMU (c'est aussi pour WFMU que Giant Sand a enregistré son album live Backyard barbecue broadcast). La mauvaise nouvelle, c'est que, moins de trois mois plus tard, je n'ai pas été capable d'être à Reims pour voir le concert solo que Dogbowl a donné à la M.J.C. Claudel ! Et j'ai d'autant plus de regrets que tous ceux qui ont pu assister à ce concert ne m'en ont dit que du bien, louant la sympathie l'originalité et la drôlerie de Stephen Tunney, un peu moins inconnu sous le nom de Dogbowl.
Enfin, il nous reste le disque de chez Lithium (apparemment ce disque n'est disponible qu'en France). Tout est parfait pour ce disque : le titre (Des cigares, des guitares, et des bars topless), la pochette, dépliante et cartonnée, et d'un parfait mauvais goût (un dessin figurant Dogbowl entre deux filles nues, avec des légendes en français) et surtout les 16 titres, qui offrent apparemment une bonne rétrospective de toute la carrière du gars. Le tout est livré brut de direct, enregistré par un trio (Lee Ming Tah est à la basse, Race Age à la batterie, Dogbowl joue de la guitare et chante). Les chansons sont bonnes, hilarantes, et les interventions de Dogbowl entre les morceaux sont de petits monuments : beaucoup de ses chansons contiennent des gros mots, alors si vous entendez un mot qui ne veut rien dire, remplacez-le par un gros mot et on contournera les censeurs (même sur les radios rock, on ne rigole pas avec la grossièreté sur les ondes américaines); si nous jouons faux, assurez-vous bien de faire comme si on jouait juste; est-ce que topless est un gros mot, etc.
Bref, une découverte et un disque à vous procurer de suite!
Dans la foulée, j'ai commencé à rechercher les disques précédents, tous sortis sur l'indépendant Shimmy Disc, le label fondé par Kramer (ex-Shockabilly, B.A.L.L., Bongwater, etc). Certains de ces albums ont d'ailleurs été publiés sous les deux noms de Dogbowl et Kramer, qui les produit et qui joue dessus. Petite déception cependant pour le premier que j'ai pu me procurer, "Grosse chaleur sur Waco", qui n'est pas du tout aussi emballant que 'Cigars,...' : les chansons ne sont pas toutes aussi fortes, et surtout le côté bricolage en studio et le son un peu électronique de la production de Kramer sont en porte-à-faux complet avec la spontanéité et la fraîcheur du live...

05 mai 2007

THE ROLLING STONES : Paint it, black


Acquis chez sur un vide-grenier de la Marne au début des années 2000
Réf : 333.017 -- Edité par Decca en France en 1972 -- Offert par Antar
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Paint it, black -/- Long long while

Question de génération : pendant de longues années, je n'ai au qu'un seul single des Rolling Stones, "Miss you", acheté au moment de sa sortie en 1978. Et puis, au fil du temps, j'ai fini par en acheter quelques autres, des titres des années 60 uniquement, mais évidemment jamais dans des boutiques spécialisées ni au prix fort.
La plupart de ces quelques disques sont en fait des rééditions du début des années 1970 sorties par Decca après que les Stones aient quitté le label pour fonder Rolling Stones Records, qu'on trouve assez souvent dans deux séries, "Golden Hit-Parade" et celle des disques "Offert par Antar" dans ses stations-service. Offerts, oui, mais probablement contre un bon paquet de litres d'essence.
L'essence est brûlée depuis longtemps, mais une bonne partie des disques a survécu, et bon sang qu'ils sont bons !
En 1965-1966, les Stones (et les Beatles aussi) progressaient à la vitesse de la lumière, et étaient peut-être à leur meilleur. Sur "Paint it black", les repompages de Chuck Berry et du rhythm'n'blues américains sont loins, et en plus les drogues ont déjà planté des graines psychédéliques dans le cerveau des membres du groupe, sans avoir encore eu le temps de les bousiller, et il en résulte des sons et influences orientales (sitar, percussions) parfaitement intégrés aux arrangements et qui viennent enrichir le tout. La chanson elle-même n'est pas un pur rock'n'roll, mais elle dégage une énergie folle, grâce notamment au jeu de batterie très particulier de Charlie Watts et aux percussions. Les paroles sont bonnes, le chant est excellent : on a bien à faire à l'un des nombreux classiques des Stones !
Dans leur frénésie créative de ces années-là, les Stones (et les Beatles aussi) créaient tellement de bonnes chansons tellement vite qu'ils les gâchaient presque. "Paint it black" a été enregistré pendant les sessions de l'album "Aftermath". Cette chanson est sortie en single en 1966 et a été un tube en Angleterre et aux Etats-Unis, mais elle a été écartée de l'édition anglaise d' "Aftermath".
En France, c'est encore différent (pire ?) : "Paint it black" n'est pas sur l'album et n'est pas sorti non plus à l'origine en face A de single : on le trouvait avec "Long long while" en face B du EP "Mother's little helper", 'Lady Jane" étant le quatrième titre qui bouclait le EP : trois classiques sur un même 45 tours avec une superbe pochette, un rapport qualité-prix imbattable !
Cette édition est donc la premièse sortie française de "Paint it black" en face A de 45 tours. Pour compliquer un peu plus la discographie déjà passablement compliquée des Stones, elle reprend la maquette de la pochette du single américain (mais avec une photo différente, issue de la même session) et la face B du single anglais, "Long long while", une bonne ballade soul qui, elle, montre encore bien ses influences américaines.

01 mai 2007

LEWIS FUREY : The sky is falling


Acquis neuf à Châlons-sur-Marne en 1979
Réf : RSL 1075 -- Edité par Saravah/RCA en France en 1979
Support : 33 tours 30 cm
10 titres

Impossible de me souvenir précisément où j'ai acheté ce disque, mais vu l'époque ça ne peut être qu'au Hifi-Club, à La Clé de Sol ou à Carrefour. Ce qui est sûr, c'est que je me suis précipité sur ce disque et sur "Alibis", le premier album de Carole Laure, dès leur sortie simultanée, c'est à dire au premier trimestre 1979 puisque toute la promo autour de ces albums était axée sur l'annonce de leur second spectacle en commun à Bobino du 3 au 22 avril 1979.
C'est le troisième - et à ce jour le dernier - album édité par Lewis Furey sous son seul nom. Par la suite, par choix ou pour des raisons commerciales, sa compagne Carole Laure étant beaucoup plus connue et plus médiatique que lui, les productions musicales majeures de Lewis Furey sont sorties sous l'intitulé commun "Carole Laure et Lewis Furey", avant même qu'il ne s'efface à partir de la fin des années 80 pour les disques "solo" de Carole laure, qu'il a produits et composés. Ce qui ne l'a pas empêché par ailleurs de poursuivre un parcours très riche et varié d'auteur, de metteur en scène, de réalisateur et de compositeur, sa dernière production en date étant "A & C", d'après Antoine et Cléopâtre de Shakespeare, dont il signe la mise en scène, le livret et la musique.
"The sky is falling" a souffert de la sortie en simultané avec "Alibis". Les pochettes des deux albums se répondaient, les deux albums ont été enregistrés au cours des mêmes sessions avec la même équipe, et toute la promotion presse-radio-télé a été faite à deux, en insistant sur le spectacle en commun et les débuts de chanteuse de Carole Laure. Du coup, à part quelques critiques individualisées de l'album, notamment dans Rock & Folk et Best, presque personne ne s'est jamais vraiment intéressé à "The sky is falling" en tant que tel.

Après le premier album sans titre de 1975, le second "The humours of..." avait marqué une vraie rupture : enregistré à Londres avec un producteur renommé, Roy Thomas Baker (le producteur de "Bohemian rhapsody" de Queen), on y sentait une tension entre les choix artistiques de Lewis Furey et la volonté de son label et de son producteur den faire un artiste à succès plus large.
Après un changement de label et une installation en France, "The sky is falling" marque paradoxalement un retour aux sources pour Furey : c'est en fait la véritable suite du premier album, avec le même produteur, les mêmes techniciens et majoritairement les mêmes musiciens, avec des évolutions, bien sûr : Lewis Furey ne joue plus que du piano et les violons sont tenus par l'orchestre, les arrangements sont plus musclés et plus polissés aussi, avec un gros travail sur les choeurs. Lewis Furey chante toujours aussi bien, à mon goût en tous cas puisqu'il y a au moins un fan japonais de Carole Laure qui n'est pas d'accord avec moi !
Par le thème de leurs paroles et leur style, deux des meilleurs titres de l'album, "Waiting on you" et "Pretty baby", auraient carrément pu figurer sur "Lewis Furey". La collaboration pour les paroles de "Waiting on you" avec Barrie Wexler, une vieille connaissance montréalaise, me semble indiquer qu'il s'agit d'un titre remontant à plusieurs années. "Waiting on you" aurait mérité d'avoir la carrière de classique underground de "Hustler's tango". Quant à "Pretty baby", il y a un petit solo de gongs, cymbales et banjo qui me réjouit toujours autant, tant d'année après.
Les chansons "The sky is falling" et "Jacky Paradise" sont peut-être celles qui résument le mieux la tonalité de cet album, mais il y a aussi des arrangements plus aventureux, comme le côté reggae de l'excellent "Desire machine" et les marimba et l'ambiance carribéenne de "Circus melodie" ("Desire machine" et "Jacky Paradise" ont toutes les deux été écrites pour "Jacky Parady" la pièce de théâtre musical de Jean-Michel Ribes créée à Paris en janvier 1978). Globalement, cette première face sans aucun temps mort est un sans faute.

Les trois titres qui ouvrent la face B semblent tous traiter du "vertige" suscité par l'histoire d'amour de Lewis Furey et Carole Laure. Autour d'une magnifique chanson d'amour en hommage à Carole ("Song to Lorca"), on trouve "Circus melodie", qui file la métaphore animalière pour traiter de la relation de couple ("I try to eat you, you try to eat me, we're just as hungry as two lovers can conceivably be, and here we lie side by side, hoping to see what the other's got to hide") et "Thieves" ("La chanson des voleurs" sur "Alibis", le seul titre commun aux deux disques), qui raconte l'histoire d'amour de deux voleurs, l'un qui se fait voler un de ses sens par l'autre à chaque nuit d'amour, l'autre qui s'en sort en touchant le premier au coeur.
La fin de l'album est un peu moins forte. "Big casino" vaut surtout par son jeu de piano, et j'ai toujours eu un peu de mal avec les violons d'orchestre un peu grandiloquents et la voix plaintive de la reprise en anglais de "L'homme ordinaire" de Robert Charlebois.












Publicité pour l'album et le spectacle à Bobino parue dans la presse, notamment dans Best et Rock & Folk.
Un bandeau rouge à peu près similaire était fixé sur le recto de la pochette de l'album.