28 décembre 2025

Группа Стаса Намина : Сюрприз для месье Леграна [STAS NAMIN GROUP : Surprise for Monsieur Legrand]


Acquis chez Emmaüs à Courtisols le 17 décembre 2025
Réf : С62 20251 004 -- Édité par Мелодия (Melodiya) en U.R.S.S. en 1983
Support : 33 tours 17 cm
Titres : Парафраза на темы песен [Paraphrase sur les thèmes des chansons] -/- Воспоминание (Лето 42-го)[Souvenir (Été 42)]

Il faisait très sombre en milieu d'après-midi, avec un crachin déprimant. Depuis Châlons, il faut rouler au moins 7 km jusqu'à la basilique de L’Épine, puis encore au moins 5 km à dérouler dans le village de Courtisols, réputé pour être celui le plus étalé en longueur de France. Tout ça pour atterrir sur un parking bien boueux. Bref, ceci explique pourquoi je fais rarement le déplacement jusqu'à cet Emmaüs, juste environ une fois par an, et même moins vu que la fois précédente c'était 18 mois plus tôt.
Je devrais quand même faire des efforts, puisque la fois précédente j'avais trouvé un superbe 45 tours Aux Ondes des Juniors, et cette fois-ci encore il y avait un beau rayon disques, bien rangé et pratique à consulter, avec des prix qui permettent toutes les audaces : 1 € les 5 45 tours ou les 2 33 tours. C'est le seul Emmaüs de la Marne qui pratique encore des prix de découverte.
Il serait sûrement d'en mon intérêt de faire plus souvent l'effort de me déplacer à Courtisols : j'en suis reparti avec une quinzaine de 45 tours, un CD/DVD d'Idir et quatre 33 tours, dont un double de Nina Simone.

En passant en revue les 45 tours un par un, j'avais vu à un moment deux ou trois disques à la pochette entièrement en russe. Je les avais passés très rapidement sans chercher à en savoir plus. La découverte, c'est bien, mais prendre un disque dont on ne sait absolument rien, qui a toutes les chances de s'avérer être du classique ou du folklore, je ne m'y risque qu'en période de forte disette.
Mais quand je suis arrivé à celui-ci, j'ai tout de suite remarqué la mention en alphabet latin "Surprise for Monsieur Legrand", puis en l'examinant de plus près, le nom même de Michel Legrand sur l'adresse du destinataire en haut à gauche de la pochette-enveloppe, et au verso le "42" dans le titre de la face B, qui laissait fortement penser que c'était une reprise d'un titre de la bande originale du film Un été 42, composée par Michel Legrand.

Ce disque, un simple qui tourne en 33 tours, a été édité par Melodiya, le label officiel de l'Union Soviétique. Il est daté de 1983. Je ne savais vraiment pas à quoi m'attendre quand je l'ai mis sur la platine.

J'avais entraperçu sur la fiche Discogs du groupe que ses membres avaient plus l'air de rockers que de musiciens de jazz ou de classique. Je n'ai donc pas été surpris que le titre de la face A, Парафраза на темы песен, débute avec de la guitare électrique. Là où j'ai été étonné, c'est que ça enchaîne ensuite directement avec du chant en français. Certes, Michel Legrand était français, mais il a fait une carrière internationale, avec beaucoup de musiques de film pas toujours chantées. S'agissant d'une production soviétique, rien n'indiquait d'avance que le disque pourrait être chanté dans notre langue. Ne la connaissant pas particulièrement bien, je n'ai pas instantanément identifié un couplet de la chanson Les parapluies de Cherbourg, du film de 1964 du même titre de Jacques Demy.
Par contre, quand le rythme a changé et s'est accéléré pour prendre des accents disco, j'ai eu un coup au cœur : effectivement, on est passé à une version d'une de mes compositions préférées de Michel Legrand, Les moulins de mon cœur, chanson créée sous le titre The windmills of your mind pour le film L'affaire Thomas Crown de 1968, qui a reçu l'Oscar de la meilleure chanson originale en 1969. Je regrette d'avoir égaré depuis longtemps la petite boite à musique mécanique que j'avais qui jouais cet air-là, probablement un souvenir acquis au musée Baud à L'Auberson, en Suisse.
Le titre de cette face A se traduit par Paraphrase sur les thèmes des chansons, et il s'agit bien d'un medley de ces deux chansons qui s'étend sur plus de 7 minutes, une durée rendue possible par la vitesse d'écoute en 33 tours.
la tension monte au fur et à mesure, tout comme la tonalité du chant, complété par des chœurs, jusqu'à être un peu "over the top" sur la fin. Mais bon, on ne peut pas se tromper avec Les moulins de mon cœur, et on a la preuve ici qu'une version disco de cette chanson aurait pu être un tube en boite de nuit.
Plus tôt cette année, on s'était intéressé à l'album disco de Martin Circus. 2025 aura été placée sous le signe du disco rock !
J'ai appris au passage que Michel Legrand s'est inspiré en partie pour cette composition du début de l'andante de la symphonie concertante K364 de Mozart.

Comme je l'avais pensé, la face B est une version du thème principal de la musique du film de 1971 Un été 42. Comme pour la version originale, j'apprécie le premier "mouvement", qui dure plus de deux minutes. Ça se gâte fortement ensuite après un changement de rythme, avec solo de guitare électrique et nappes de synthés sur fond de boite à rythmes et de basse glougloutante.

Les deux titres de ce simple sont extraits d'un album du même titre, avec quasiment la même pochette.

J'ai évidemment cherché à en savoir un peu plus sur ce Stas Namin Group. Notons d'abord qu'il est mentionné dans un article du Monde de 1985 sur une vague rock en U.R.S.S., où il est indiqué que l'hommage à Michel Legrand est très étonnant et qu'il rencontre beaucoup de succès.
On apprend aussi dans cet article que Stas Namin ne vient pas d'une famille anonyme : son grand-père Anastase Mikoïan était un révolutionnaire de la première heure, qui a survécu à Staline et a notamment présidé le Præsidium du Soviet suprême de l'URSS en 1964-1965.
Stas, lui, qui est né en 1951, a fondé dans les années 1970 le groupe Les Fleurs, qui a eu un très grand succès, mais qui a dû louvoyer au fil des années avec les interdictions et les évolutions parfois brusques du climat politique. Ce qui est surprenant malgré tout, c'est que le label officiel et unique Melodiya a malgré tout édité leurs disques.
Au début des années 1980, le groupe Les Fleurs était interdit pour avoir fait la promotion de l'idéologie occidentale et du mouvement hippie. C'est donc sous le nom de Stas Namin Group que le premier 
premier album Hymn to the sun est sorti en 1980, dans une période de réchauffement qui a suivi les jeux olympiques de Moscou. Le groupe présente ses deux albums suivants, Reggae-disco-rock de 1982 et Surprise pour Monsieur Legrand comme des disques de commande.

La suite du parcours de Stas Namin est impressionnante. Je vous laisse prendre connaissance de son impressionnante "biographie créative". C'est visiblement un monument de la culture de son pays, actif dans la musique, le théâtre, le cinéma, la photographie, les arts plastiques, qui a multiplié les projets.
Pour ce qui concerne ses relations avec Michel Legrand, notons que celui-ci, avec d'autres artistes comme Mikis Theodorakis, lui a rendu visite en 1985 sans l'autorisation du KGB.
En 1997, Namin était l'un des organisateurs du Festival International du Film de Moscou. Il a programmé deux de ses amis pour les concerts associés à cet événement, Michel Legrand et Chuck Berry ! (Je n'aurais jamais pensé voir ces deux-là associés un jour...).

Un petit disque trouvé dans la vallée de Vesle qui nous emmène voguer sur la Moskova, portés par les compositions de Michel Legrand et des rythmes disco. C'est pour découvrir des bizarreries de ce genre que je continue à chiner, même en risquant d'avoir les pieds dans la boue.



Ci-dessus, le verso de la pochette de mon disque, et ci-dessous celui de l'album.

21 décembre 2025

DAVID LYNCH'S INLAND EMPIRE SOUNDTRACK


Acquis chez Récup'R à Dizy le 6 décembre 2025
Réf : DLMC002 -- Édité par David Lynch Music Company aux États-Unis en 2007
Support : CD 12 cm
17 titres

C'est très rarement cette année qu'il y a eu de nouveaux CD intéressants qui se sont matérialisés à la ressourcerie. Mais là, il y a eu visiblement une belle collection qui a été donnée et j'ai récupéré une petite quinzaine de disques, dont des albums que je n'avais pas des Little Rabbits, de Laura Veirs, Elliott Smith, Badly Drawn Boy, Thomas Fersen ou Sufjan Stevens.
Et aussi celui-ci, la bande originale de l'ultime film de David Lynch (1946-2025), que j'ai pris, pas tant pour ce que je pensais être les musiques originales du film signées David Lynch que parce que j'ai noté qu'il y avait un titre de chacun de Beck et Nina Simone, même si je me doutais bien que je les avais déjà.

Ce n'est qu'une fois rentré à la maison, quand j'ai répertorié le disque, que je me suis rendu compte d'une particularité  de mon exemplaire : la signature de couleur dorée sur le recto de la pochette, qui est nickel et qui se marie parfaitement avec la couleur du mot "Soundtrack", tout indiquait qu'elle était imprimée en même temps que le reste de la pochette. Sauf qu'à l'origine il n'y a pas de signature sur cette pochette ! Après vérification, je me suis rendu à l'évidence : mon CD a été autographié par David Lynch lui-même.
La question suivante c'est : comment ce CD autographié a-t-il bien pu arriver jusqu'au fin fond de la Marne ? Mystère, même si on se doute bien que Lynch a fait de la promo au moment de la sortie du film.
Là, il s'agit du CD de la bande originale, qui a dû sortir un peu plus tard. J'ai peut-être trouvé une explication. Selon Discogs, il n'y a qu'une seule édition de ce CD, celle éditée par le label de David Lynch aux États-Unis, mais on trouve en ligne la mention d'une sortie en France chez Naive le 3 septembre 2007. Et sur le même site, il y a l'annonce d'un concours pour gagner la BO d'Inland Empire dédicacée par Lynch. Mon disque est peut-être l'un des lots de ce concours ou d'une opération similaire.

J'ai vu la majorité des dix longs métrages de David Lynch, au cinéma pour les trois premiers (dont Eraserhead probablement à la Scala de Londres), à la télé pour les suivants, mais je n'ai jamais vu Inland empire. Comme beaucoup, j'ai été très intéressé lors de sa diffusion par la première saison de Twin Peaks.
J'avais déjà dans ma collection la BO d'un de de ses films, puisque j'étais tombé vers la fin des années 1980 sur un exemplaire d'Eraserhead en 33 tours et en soldes. Je l'avais pris et je l'ai surtout écouté pour la chanson In heaven, découverte par la reprise que WC3 en a fait en 1984 sur La machine infernale (Je ne crois pas que la version des Pixies était sortie quand j'ai acheté l'album).

Je savais que David Lynch était très impliqué dans la partie musicale de ses films, c'était le cas dès Eraserhead, et j'avais suivi de très loin son projet Bluebob, mais je n'imaginais pas que la musique avait tenu une place aussi importante dans son parcours, avec des albums solo et de nombreuses collaborations jusqu'à Cellophane memories en 2024. Je ne savais pas non plus qu'il faisait des vocaux, comme c'est le cas ici.

Je ne vais pas m'étendre sur les pistes instrumentales et/ou orchestrales de cette bande originale. Même plus ou moins expérimentale, c'est typiquement de la "musique de film", qui perd beaucoup de son intérêt sans les images qu'elle accompagne.
Je préfère me concentrer sur les chansons et les autres titres qui m'ont accroché, à commencer par deux des titres de David Lynch lui-même.
Ghost of love ouvre l'album et est même sorti en single (en 2006, réédité lors d'une ressortie du film en 2022). L'ambiance est très Twin Peaks/Angelo Badalamenti, mâtinée de Portishead. Ce qui est surprenant, c'est qu'on a l'impression d'entendre la voix d'une "chanteuse", alors que c'est bien celle de Lynch, passée à travers un effet.
Walkin' on the sky est très bien aussi, et là  on est plutôt dans une ambiance à la Tom Waits.

J'apprécie beaucoup Take five de Dave Brubeck, mais je ne connaissais pas Three to get ready, tirée du même album de 1959 Time out. J'ai au moins appris une chose : c'est cet air sautillant qui a été utilisé par le compositeur Jacques Datin pour le thème principal de Le Jazz et la java de Nougaro. Mais le nom de Brubeck n’apparaît nulle part sur le 45 tours original...! (ni sur le 33 tours, où l'on trouve quand même celui de Haydn, dont un thème a aussi été "emprunté", pour les refrains).

On ne refusera jamais une occasion de réécouter l'entraînant The locomotion de Little Eva. Dans le film, la chanson est utilisée pour une scène chorégraphiée.

Le titre de Beck Black tambourine est suivi de la mention "Film version". J'ai comparé avec la version de l'album Guero et la différence est subtile. Autant que je puisse dire, elle consiste en l'ajout de sons plus ou moins menaçants en arrière-plan (nappes de synthé ? Guitare électrique ? Vent ? Autres bruitages ?).

La chanson Sinnerman de Nina Simone est juste utilisée pour le générique de fin, ce qui est un peu du gâchis. Mais bon, on ne va pas se plaindre car du coup on trouve ce CD ce qui, sauf erreur de ma part, est une version retravaillée de 6'40 de la version de 10'20 sur l'album Pastel blues de 1965.

Au bout du compte, cela fait quand même un CD intéressant. J'ai compilé ci-dessous les extraits du film où l'on entend mes chansons préférées. Malgré tout, ça ne m'a pas donné particulièrement envie de voir ce film en entier.

L'album est en écoute et en téléchargement chez archive.org.


A écouter : Pourquoi David Lynch est un grand musicien ?, une émission de France Culture d'une heure, du 18 janvier 2025. (Je n'ai pas moi-même écouté cette émission...!)










Une photo dédicacée à Cannes par David Lynch en 2002 et ci-dessous un DVD d'Inland Empire.



13 décembre 2025

SERGE LEBRASSE ET LES KANASUCS : Maurice mo pays


Acquis chez Bell'Occas à Charleville-Mézières le 14 octobre 2025
Réf : VPN 130 -- Édité par Dragons à Maurice dans les années 1960
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Maurice mo pays -/- Séga macambo

Après ceux de The Cats Meow et de Robert Ballinger, voici un autre disque du lot trouvé à 1,50 € pièce cet automne à la ressourcerie de Charleville-Mézières.
S'il y en avait eu plus, je les aurais sûrement tous pris, mais il n'y avait que deux disques de séga dans le stock, tous les deux de Serge Lebrasse, celui-ci, et un autre moins intéressant avec des pots-pourris, Vive le séga (j'avais déjà le Volume 2).

Serge Lebrasse (1930-2023) est l'un des grands noms du séga mauricien. Il n'a pas (encore) droit à sa propre page Wikipedia (juste un paragraphe dans celle sur le séga), mais il a été fait membre de l'Ordre de l'Empire britannique dès 1976.
A ses débuts, il a joué avec le patriarche Ti Frère. Accompagné sur ses premiers disques par l'Orchestre Typique de la Police, il a fondé ensuite son orchestre Les Créoles, devenu rapidement Les Kanasucs.
Parmi les chansons les plus populaires de Serge Lebrasse, on compte Madame Eugène, Anou danser zarina, Sito content moi et Bal Bobesse.

Le son sur ce 45 tours n'est pas aussi rustique que sur les disques de Ti Frère, mais il reste agréablement brut.

Maurice mo pays est aussi une chanson importante pour Serge Lebrasse. 
La musique est signée Philip Oh San et sauf erreur de ma part, cette chanson n'est pas un séga. Avec les cuivres très présents, on s'approche d'une ambiance jazz Nouvelle Orléans.
Il l'a enregistrée au moins trois fois. Pour la première (également chez Dragons, réf. VPN 106), il était accompagné par l'Orchestre Typique de la Police. Pour la troisième, visiblement dans les années 1970, c'était avec les Pro Musica. Ces deux formations étaient dirigées je crois par Philip Oh San.
Ma version de Maurice mo pays est enregistrée avec le tout jeune ensemble Les Kanasucs. 

Les cuivres sont présents aussi sur Séga macambo, et là, comme le titre l'indique, c'est typiquement du séga, d'excellente qualité.

L'Île Maurice a organisé son premier Sega day le 6 avril 2024, jour du premier anniversaire du décès de Serge Lebrasse. Sa famille, notamment autour de son fils Toto, fait toujours vivre aujourd'hui le Group Kanasuc et elle entend préserver l'héritage musical de Serge Lebrasse.

A écouter :
Les archives Serge Lebrasse sur le site Patrimoine Musical de l'Océan Indien, et particulièrement la compilation Le prince du Séga, où l'on trouve notamment les deux titres de mon 45 tours.


07 décembre 2025

GIL SCOTT-HERON / BRIAN JACKSON : The bottle


Acquis chez Emmaüs à Tours-sur-Marne le 7 novembre 2025
Réf : 2C 004-96.772 -- Édité par Strata-East en France en 1975
Support : 45 tours 17 cm
Titres : The bottle -/- Back home

Je ne vais plus à l'Emmaüs près de chez moi que tous les deux-trois mois, parce que le stock de disques y est désormais très réduit, et qu'il est à des prix excessifs selon moi, 1,50 € le 45 tours, 3 € le 33 tours. A la ressourcerie du coin, où les stocks sont aussi au plus bas, c'est respectivement 10 et 20 centimes. Je n'en demande pas tant, mais si les 45 tours avaient été à 50 centimes j'en aurais sûrement pris huit ou dix, pour tenter des coups ou pour des disques en état très moyen.
Ce jour-là, il y avait tout un lot de disques venant du même propriétaire, quelqu'un qui avait pris l'habitude pour marquer ses disques, non pas de mettre son nom au dos de la pochette mais de tracer au feutre noir des cercles concentriques sur l'un des ronds centraux. Le seul 45 tours que j'ai acheté ce jour-là, celui qui nous occupe aujourd'hui, vient de ce propriétaire.

Je connais Gil Scott-Heron (1949-2011) pour sa réputation rétrospective d'artiste proto-rap de New York, tout comme les Last Poets à peu près à la même époque. J'ai eu l'occasion d'écouter au moment de sa sortie son album de 2010 I'm new here, mais je n'aurais pu citer de tête qu'un seul de ses "classiques", The revolution will not be televised.
J'ai un peu hésité à le prendre, ce 45 tours, parce que pour le coup je n'avais absolument jamais entendu parler de The bottle. Je crois que ce qui a fini par me décider, c'est le fait que Gil Scott Heron et Brian Jackson sont crédités à part égale sur la pochette. Je me souvenais d'avoir lu un article de Mojo où Scott-Heron expliquait qu'une des raisons pour choisir de signer sur leur nouveau label Stata-East était qu'ils avaient accepté, contrairement au précédent, de placer à égalité les deux collaborateurs.
A ce sujet, il y a eu une petite erreur dans cette édition française du 45 tours. Le duo est bien crédité comme tel au recto et au verso de la pochette, mais il n'y a que Scott-Heron sur les ronds centraux. L'erreur a été corrigée sur un tirage ultérieur.

Comme c'est l'habitude aux États-Unis, la pochette du 45 tours original de 1974 était générique. La maison de disques française Pathé Marconi a donc commandé une illustration de pochette à Joël Papiau. Il a dû avoir accès aux paroles, puisqu'il évoque visuellement l'expression utilisée par Scott-Heron pour décrire des alcooliques ("Ils vivent dans une bouteille") en plaçant les musiciens dans ce qui ressemble à une bouteille d'Armagnac !! Il a sûrement également écouté le disque, puisque l'un des musiciens dessinés joue de la flûte. Ça pourrait physiquement être Brian Jackson, qui en joue effectivement sur l'enregistrement. Mais le reste du groupe, tel qu'il est dessiné, ressemble plus aux musiciens d'Il Était Une Fois, par exemple, qu'à ceux de l'album Winter in America, dont ce 45 tours est extrait !
Au passage, le nom de Scott-Heron a hérité d'un accent grave bien français !

Comme l'explique Brian Jackson
, The bottle met en scène des ivrognes qu'ils voyaient faire la queue pour acheter leur alcool lorsqu'ils vivaient à Washington. J'ai mis un peu de temps à accrocher à la chanson, mais il y a un groove qui s'établit, entre le piano, la flûte et la section rythmique, et j'ai fini par me laisser gagner.
Plus généralement, c'est un peu ce qui s'est passé avec ce single, qui n'a pas eu un succès populaire énorme à sa sortie, mais qui a gagné en réputation au fil des décennies. Il y a eu assez vite des reprises, par Brother To Brother dès 1974 (chantée) ou par Joe Bataan en 1975 (instrumentale). 
La chanson a incité Clive Davis à les signer chez Arista et on trouve sur l'album It's your world de 1976 une version en concert de The bottle de 13 minutes.
Le single original, légèrement remixé, a été réédité en Angleterre dans les années 1980, puis est venue l'époque du hip hop : plus de 80 titres ont samplé The bottle à ce jour, dont Black is black des Jungle Brothers.

La basse tricote aussi sur la face B, Back home, mais le tempo est plus lent et on est plus dans le format d'une chanson "classique", avec à nouveau la flûte de Brian Jackson bien en avant pour le solo.

Gil Scott-Heron et Brian Jackson ont cessé leur collaboration en 1980, après dix ans et dix albums.


Gil Scott-Heron / Brian Jackson : The bottle.
C'est la version du 45 tours, mais la vidéo a été produite en 1998 à l'occasion d'une réédition de l'album Winter in America.



Gil Scott-Heron with Amnesia Express : The bottle en concert au festival Reggae Sunsplash à Montego Bay en 1983.
On trouve une autre longue version en public avec le même groupe sur l'album Legend in his own mind, en concert à Berlin le 18 avril 1983.