03 septembre 2006

HUGH CORNWELL + ROBERT WILLIAMS in Nosferatu


Acquis à La Clé de Sol à Châlons-sur-Marne le 3 avril 1982
Réf : UAG 30251 -- Edité par United Artists en Angleterre en 1979
Support : 33 tours 30 cm
10 titres

En import, il était trop cher pour moi, mais soldé à 20 F., ce premier disque non pas solo mais en duo du chanteur des Stranglers (avec Robert Williams, surtout réputé pour avoir été batteur de Captain Beefheart) avait tout pour me plaire. D'autant qu'il y a quelques invités de marque, comme les frères Mothersbaugh de Devo sur un titre, Ian Underwood, qui a longtemps joué avec Frank Zappa, aux claviers sur de nombreux titres, et même Ian Dury qui braille sur un titre, caché derrière le pseudonyme de Duncan Poundcake.
La grande réussite de ce disque, pour moi, ça a toujours été la reprise du "White room" de Cream, d'ailleurs sélectionnée par le label pour une sortie en 45 tours. Comme pour d'autres classiques des sixties, c'est d'abord par cette reprise que j'ai vraiment appris à connaitre cette chansons (et d'ailleurs, le jour où j'ai écouté l'original, il ne m'a pas vraiment plu !). Le jeu de batterie est excellent (pas étonnant !), tout comme la basse électrique et électronique due à Hugh Cornwell. Au chant, Cornwell est au meilleur de sa forme, au point que ce titre enlevé aurait fait très bonne figure sur mon album préféré des Stranglers, "The gospel according to The Meninblack".
L'autre grande réussite du disque, c'est "Wired", peut-être le titre qui sonne le plus comme les Stranglers. C'est sûrement pour ça qu'il s'est retrouvé en face B du EP "Don't bring Harry" des Etrangleurs de Guildford.
"Rhythmic itch", le titre avec des membres de Devo, démarre très bien, mais il part assez vite en quenouille. Dommage. Un peu comme le morceau-titre "Nosferatu", chanté par Robert Williams, qui démarre l'album sur un titre rapide, mais s'arrête trop rapidement après un couplet et un passage instrumental.
Je n'aime pas tout dans le reste du disque, mais j'aime assez bien "Losers in a lost land", avec sa basse synthétique. C'est assez amusant de remarquer que sur ce titre, le chant de Hugh Cornwell fait fortement penser à celui de Jah Wobble. Mais Jah Wobble a toujours été un chanteur occasionnel, alors que c'est son chant qui a fait la réputation de Hugh Cornwell.

02 septembre 2006

DANIEL JOHNSTON : Happy time


Acquis chez Rough Trade à Paris en 1994
Réf : seed 10 -- Edité par Seed aux Etats-Unis en 1994
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Happy time -- Come see me tonight -/- Rock'n'roll/ega -- Love me do

Effet secondaire du soutien affiché par Kurt Cobain (via un tee-shirt), Daniel Johnston a été signé en 1994 par une filiale de Warner. Finalement, il ne sortira qu'un seul disque sur ce label, mais au moins ce disque a été distribué dans le monde entier et est parvenu jusqu'à La Radio Primitive à Reims, et c'est ainsi que, après avoir pas mal entendu parler de lui, j'ai pu écouter mes premiers titres de Daniel Johnston.
Ce n'est que quelques années plus tard que j'ai acheté l'album "Fun", mais quand je suis tombé chez Rough Trade sur ce 45 tours quatre titres en vinyl rouge à prix raisonnable, avec deux titres hors album, je n'ai pas hésité une seconde à l'acheter.
La période heureuse de "Happy time", c'est l'enfance, qui a dû l'être, suivant les souvenirs de Daniel. C'est une très belle chanson, qui reste dans la tête, avec une instrumentation originale pour une face A de single : juste un violoncelle et les pistes de voix de Daniel.
L'autre titre extrait de l'album, "Rock'n'roll/ega", raconte comment Daniel a été sauvé par le rock'n'roll. Les couplets sont calmes et enjolivés, comme "Happy time", mais c'est au moment des refrains rock'n'roll électriques qu'on se rend compte que le disque est produit par un membre des Butthole Surfers.
Des deux inédits (et ils n'ont pas été réédités depuis), "Come see me tonight" est une autre très belle chanson, avec de la guitare acoustique en plus du violoncelle, qui aurait largement eu sa place sur l'album.
Quant à la reprise de "Love me do", elle surprend car, contrairement à ce qu'on aurait pu penser, elle est beaucoup moins mélodique que les autres titres du disque : c'est une version assez déconstruite à base de batterie et et de sons synthétiques.

27 août 2006

DEE NASTY : Dee Nasty


Acquis chez Parallèles à Paris probablement en 1991
Réf : 849 260-2 -- Édité par Polydor en France en 1991
Support : CD 12 cm
19 titres

On avait reçu ce disque à Radio Primitive, et j'ai beaucoup passé "État d'urgence" dans mes émissions, un titre hip hop à la Steinski & Mass Media avec des phrases piquées dans des journaux audiovisuels, qui est toujours d'actualité puisqu'il traite de la "logique de guerre" et des "tragiques malentendus" qui ont suivi l'invasion du Koweit par l'Irak. Du coup, j'ai acheté ce disque à la première occasion, lors d'un voyage à Paris.

Il y a beaucoup d'invités sur ce disque, notamment des rappers, mais bizarrement, alors que Dee Nasty est avant tout un DJ et n'est pas particulièrement réputé comme MC, les titres que j'ai tendance à préférer ("État d'urgence", "Le temps qui passe", "Ton sourire") sont rappés par lui, et pas par ses invités, même si j'ai une tendresse particulière pour "Guerrière pour la paix", chanté par les No Mad Sisters, dont la fraîcheur peut rappeler les Gamins en Folie.

D'une manière générale, je préfère ici les titres vraiment hip-hop, plutôt que ceux qui sonnent plus soul ou funky. Quant aux paroles de Dee Nasty, en français, simples et directes, son style de rap sans aucune forfanterie en renforce l'aspect presque naïf.

Ce disque n'est malheureusement pas disponible en ce moment. Dee Nasty est lui toujours actif, mais je ne peux guère vous en dire plus car mon navigateur n'arrive pas à "lire" son site officiel.


Dee Nasty, Le temps qui passe, suivi d'un entretien, dans l'émission Boomerang de FR3 Marseille le 21 décembre 1991.
Rapper et scratcher en direct, faut le faire. Je crois que je n'ai jamais vu quelqu'un d'autre s'y risquer.



Dee Nasty dans l'émission Giga d'Antenne 2 le 10 janvier 1992.

26 août 2006

ORSON WELLES : I know what it is to be young (but you don't know what it is to be old)


Acquis dans une FNAC à Paris en 1985
Réf : ATO 27057 -- Edité par Jonathan en France en 1985
Support : 45 tours 17 cm
Titres : I know what it is to be young (but you don't know what it is to be old) -/- Love is a lovely word

C'est apparemment le seul disque "musical" d'Orson Welles (et encore, il n'apparait que sur la face A), il a bien marché dans les hit parade, mais d'après ce que je lis il est uniformément détesté par tous les fans de l'acteur.
Et bien moi, je l'ai toujours bien aimé ce disque, au point de l'avoir acheté neuf au prix fort au moment de sa sortie ! (et j'en ai même acheté un deuxième exemplaire d'occasion quelques années plus tard, en pressage anglais daté de 1984, avec une pochette légèrement différente). C'est mon côté fan de Lewis Furey, époque "Fantastica" notamment, qui a dû me faire aimer ce disque : des choeurs très travaillés, des violons et des orchestrations partout... Et puis, j'adore la voix grave d'Orson Welles, et je trouve bien vu l'accroche de la chanson, "Je sais ce que d'être jeune, mais toi tu ne sais pas ce que c'est d'être vieux".
Certes, les paroles paraissent débiter des évidences (avec le temps qui passe, les jeunes deviennent vieux, après l'été vient l'hiver), mais la voix d'Orson parait malgré tout être celle de la sagesse !
L'équivalent français de ce disque, c'est bien sûr le "Maintenant je sais" de Jean Gabin en 1974 (le parallèle a déjà été fait). Cette chanson a bercé ma jeunesse, et cela explique peut-être aussi mon goût pour cette chanson d'Orson Welles.

25 août 2006

INDOOR LIFE : Indoor life


Offert par Jean H. à Châlons-sur-Marne à Noël 1981
Réf : 529811 -- Edité par Celluloïd en France en 1981
Support : 33 tours 30 cm
7 titres

Finalement, en y réfléchissant bien, je me dis que, en plus du Fad Gadget, il n'y avait quand même pas que des merdes dans les cartons de disques distribués par Vogue que mon cousin Jeannot nous avait offerts à Noël 1981. Ne serait-ce que parce qu'il me semble bien qu'il y avait ce premier album d'Indoor Life, ce que semble confirmer l'absence de trace d'étiquette sur la pochette et le remplacement de la pochette intérieure imprimée que j'aurais dû y trouver par une pochette standard Vogue en papier kraft.
Si le concert d'Indoor Life, Snakefinger et Tuxedo Moon initialement annoncé à Reims pour le 5 avril 1981 avait effectivement eu lieu, j'aurais sûrement eu l'occasion d'aller voir Indoor Life, mais ce concert a été annulé et je n'ai jamais vu ces californiens sur scène (heureusement, par la suite, j'ai pu voir deux fois Tuxedo Moon sur scène et une fois Snakefinger, pour sa tournée blues). Cette tournée des trois groupes Celluloïd, soutenue par le magazine Actuel, a bien eu lieu, et je crois qu'elle est passée par Lille, Nancy et Paris.
C'est sûrement au concert de Paris de cette tournée que Sapho fait référence : "Je marchais rue de Lappe en cadence, il faisait noir ; Indoor Life jouait à la Chapelle des Lombards ; Ils versaient leurs stridences cuivrées électroniques ; De belles femmes allaient comme des prêtresses antiques ; Tandis que s'entrechoquaient des verres luisant au bar ; Et que se sussuraient des mondanités barbares ; Ces déesses violentes qui hantent la musique ; Faisaient les respectables avec leurs yeux obliques" (Sapho, "Rue de Lappe", en 1982 sur "Passage d'enfer").
Et comme je ne pense pas qu'Indoor Life ait beaucoup visité nos contrées, je pense que c'est aussi ce concert qui a été diffusé par France Musique ou France Culture, ce qui m'a permis d'en écouter des extraits enregistrés par Dorian Feller.
Bon, venons-en au disque. Ce n'est précisé nulle part (sauf peut-être sur cette fameuse pochette intérieure que je n'ai pas !), mais cet album est en fait une compilation du maxi quatre titres "Indoor life" sorti en 1980, et des deux faces du 45 tours "Mambo"/"Reverie" qui a dû sortir en 1981 (Je m'avance peut-être un peu, mais prudemment, en pensant que le "Revely" présent ici est en fait le "Reverie" du 45 tours...). A ces six titres s'ajoute un seul inédit, "Contre nature", chanté dans un français incompréhensible.
Le tour de force d'Indoor Life, c'est "Voodoo", qui est un peu l'équivalent pour eux de ce qu'est "Frankie Teardrop" pour Suicide (même si musicalement c'est assez différent) : un long titre (plus de 13 minutes), une rythmique élastique, beaucoup d'électronique (du synthé et du trombone trafiqué), et un chanteur qui occupe magistralement tout l'espace sonore.
Dans le même ordre d'idée, j'ai toujours beaucoup aimé "Archeaology", qui me touchait particulièrement parce que je faisais des fouilles à l'époque, et au fil du temps je me suis mis à beaucoup apprécier la version studio de "Mambo", après avoir d'abord préféré la version live enregistrée par Dorian Feller.
"Gilmore of the Fillmore" est écrite par le bassiste Bob Hoffnar, et ça se sent : c'est une chanson un peu cold funk, qui peut faire penser à Gang of Four ou aux Bush Tetras.
"Madison Ave.", chantée en allemand, ramène plutôt Indoor Life du côté des new waveux intellectuels européens à la John Foxx.
Quand j'ai vu Soul Coughing en concert aux Transmusicales de Rennes, j'ai beaucoup pensé à Indoor Life, même si le rapprochement n'est pas direct musicalement : j'avais devant moi un groupe avec un grand chanteur et de très bons musiciens, dont une section ryhtmique impressionnante et un gars qui faisait des bidouillages électroniques incroyables au synthé...
La carrière d'Indoor Life fut courte : le batteur est parti, ils se sont installés à New-York, ils ont sorti un deuxième album très décevant en 1983 chez Relativity, et puis plus rien. Les trois membres du groupe (Le chanteur Jorge Soccaras, le bassiste Bob Hoffnar et le tromboniste J.A. Deane) ont participé dans les années 80 à des spectacles chorégraphiques de Peter Reed, mais seul le bidouilleur J.A. Deane semble avoir eu un parcours musical très fourni (et très avant-garde) par la suite.

PS : On peut écouter des chansons de ce disque ici et en télécharger un fragment de quatre des titres là.

Re PS du 11/12/2006 : Ci-dessous une interview d'Indoor Life parue dans le magazine Notes n° 4 en 1981 (cliquez pour agrandir)



21 août 2006

PERE UBU : Oh Catherine


Acquis chez Reckless Records à Londres le 18 août 2006
Réf : UBU 6 -- Edité par Fontana en Angleterre en 1991
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Oh Catherine -/- Like a rolling stone

Sur ce coup-là, j'ai été d'une redoutable efficacité : j'étais à Londres pour un week-end touristico-familial, mais j'ai abandonné pendant quelques minutes mon rôle de guide pour foncer dans Berwick Street. Chez Reckless, les CD en soldes n'avaient pas l'air intéressants, mais au sous-sol, il y avait un rayon de 45 tours soldés, et là, bingo : presque tous les 45 tours de Pere Ubu période Fontana (j'ai donc pu prendre ceux qui me manquaient, dont celui-ci), ainsi qu'un récent de Calexico, un vieux The Passage et un Gorky's Zygotic Mynci !

Malheureusement, la pochette de ce disque, qui annonçait l'arrivée de l'album "Worlds in collision" est peut-être la plus moche de tout le catalogue de Pere Ubu ! Mais à part ça, c'est un disque des plus intéressants...

La face B, qui n'est pas une reprise de Bob Dylan, ne figure sur aucun autre disque. Assez énergique, elle est à base d'un riff de guitare et de ce qui, à mon oreille sonnait comme des cuivres (du saxo notamment). Mais, selon les infos données par Pere Ubu, il n'y a pas de cuivres sur ce disque, on doit donc avoir à faire à des claviers... C'est en tout cas un bon titre qui n'aurait pas déparé sur l'album.

"Oh Catherine" figure bien sur "Worlds in collision", c'est même la chanson qui ouvre le disque. C'est une superbe ballade, une ode presque, construite autour d'une superbe prestation vocale de David Thomas, rejoint par des chœurs à différents moments de la chanson. Comme souvent, j'apprécie que les différents instruments soient bien détachés l'un de l'autre (guitare sèche, guitare électrique, ligne de synthé, percussions,...).

Cette chanson, "Oh Catherine", m'a rapporté pendant longtemps un dollar, que j'ai finalement restitué à David Thomas au printemps dernier.
En effet, j'étais tout contre la scène lors du concert de Pere Ubu au Passage du Nord-Ouest à Paris, le 23 juin 1993. Arrivé au moment des rappels, David Thomas a demandé s'il y avait des chansons qu'on souhaitait entendre. Évidemment, les titres des tous débuts de Pere Ubu ont fusé du public. A un moment, Thomas a demandé son choix à quelqu'un (un cousin du Vieux Thorax il me semble), qui a demandé "Final solution". Thomas a baragouiné quelque chose. J'ai compris, en gros, qu'il ne pouvait ou ne voulait pas jouer cette chanson, et il a sorti un billet d'un dollar de sa poche qu'il lui a donné en guise d'excuse. Ensuite, il nous a redemandé ce qu'on souhaitait entendre comme rappel. C'est alors que je suis intervenu. Je ne voulais évidemment pas demander un vieux titre, et j'aime beaucoup "Oh Catherine". Certes, une chanson lente c'est pas toujours super pour un rappel, mais il me semblait au moins qu'elle ne serait pas difficile à jouer, quitte à ce que David Thomas la joue en solo. Visiblement, je me trompais complètement ! Il s'est pris la tête entre les mains en entendant ma demande (pourtant, la formation du groupe de 1991 jouait bien ce titre en concert, comme on peut le vérifier sur l'album "Apocalypse now"), puis il est allé récupérer son dollar au gars à qui il l'avait donné, me l'a refilé, et le groupe a enchaîné sur "Final solution", pour le grand bonheur de la majorité du public, j'imagine !!
J'ai gardé ce dollar en souvenir du concert. Il a longtemps été épinglé au mur de mon bureau. Mais quand j'ai eu l'occasion d'aller revoir Pere Ubu en concert (c'était le 26 mai 2006, au festival Musique Action de Vandoeuvre-les-Nancy, avec Pascal Comelade et Eugene Chadbourne à la même affiche), j'ai ressorti le billet de la boîte où il était rangé, et j'ai profité que David Thomas était assis seul à une table de la buvette pour aller lui rendre son dollar. Après tout, moi qui ne crie jamais pour réclamer une chanson lors des concerts, sauf si l'artiste le demande, je n'avais jamais eu l'intention de le délester de ce billet !
Sans surprise, David Thomas ne se souvenait pas de l'incident, mais il n'a fait aucune difficulté pour empocher le billet, avec cette réponse très sensée : "I can always use a dollar".






Pere Ubu, Oh Catherine, en direct dans l'émission Late night with David Letterman, le 11 septembre 1991.