28 mars 2026

RAM JAM : Black Betty


Acquis chez Récup'R à Dizy le 8 septembre 2018
Réf : EPC 5492 -- Édité par Epic en France en 1977
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Black Betty -/- I should have known

J'ai acheté ce 45 tours assez récemment, le même jour que l'album de Talent Latent mais pas dans le même magasin, mais je connais très bien cette chanson depuis sa sortie. C'était l'un de nos tubes familiaux en 1977, l'année de mes 14 ans. On chantait "Black Betty bama lam", mais aussi "She's crazy like a fool, what about Daddy Cool" de Boney M, "We will rock you" de Queen, Rockollection et les tubes de Souchon. C'est aussi l'année où je me suis mis à m'intéresser aux Beatles.
Autant je suis sûr qu'on avait le 45 tours de Queen à la maison, autant je n'arrive pas à me souvenir si on avait aussi le Ram Jam. En tout cas, un copain de la rue avait l'album, avec la même pochette dessinée assez marquante.

J'ai été un peu surpris à la réécoute de Black Betty. J'avais le refrain en tête, mais je ne me souvenais pas du tout que le son en général était aussi proche du hard rock. Guitare tranchante, basse lourde, batterie forte à deux grosses caisses et un gong pour couronner le tout... Des tubes aussi électriques, ce n'était pas si courant sur les radios françaises à l'époque.

Je ne pense pas que je le savais à l'époque, mais Black Betty est une reprise d'une chanson "folk", chantée notamment en prison par des détenus noirs. Elle a été enregistrée plusieurs fois dans les années 1930, notamment par les Lomax. On peut l'écouter dans des versions de 1933 par James "Iron Head" Baker, 1939 par Rev. Mose "Clear Rock" Platt et encore de 1939 par Leadbelly. Parmi beaucoup d'autres, Odetta l'a enregistrée en 1964 sous le titre Looky yonder et Manfred Mann en 1968 l'a renommée Big Betty.

La grande question, qui donne lieu à de nombreuses discussions, est de savoir à quoi ou à qui "Black Betty" fait référence. Plusieurs hypothèses plus ou moins étayées circulent : ça pourrait être un récipient pour du whisky, un fouet, un fourgon cellulaire ou bien une  femme.
Pourtant, quand on regarde les paroles de Leadbelly, il n'y a guère de doute que Betty est une femme : "Black Betty had a baby (...) The little thing went crazy (...) Little thing went blind (...) I said he wasn’t none of mine". Si l'on en croit Clear Rock en 1939, cité par bshistorian, Black Betty était plus particulièrement une bûcheronne, qui balançait ses hanches en coupant les arbres sur la ferme pénitentiaire de Goree.
Ram Jam, dans les couplets ajoutés aux paroles de sa version, accentue les références sexuelles, ce qui a donné lieu à une polémique et un appel au boycott à l'époque, qui explique peut-être pourquoi la chanson a eu moins de succès aux États-Unis qu'ailleurs.

L'histoire de l'enregistrement de la version électrifiée de Black Betty par Ram Jam  est intéressante et elle vaut même mieux que celle de Somebody to love et White rabbit par Jefferson Airplane. Pour tout dire, c'est elle qui m'a décidé à me lancer dans cette chronique.

Le héros de l'histoire, c'est le guitariste et chanteur Bill Bartlett (né en 1943). En 1968, il est membre des Lemon Pipers, qui ont carrément un tube n° 1 aux États-Unis avec  la sucrerie psychédélique Green tambourine. Le groupe se sépare assez vite et, en 1970, deux de ses membres se lancnt dans un nouveau projet, Starstruck.
Début 1975, le groupe, qui n'arrive pas à se faire remarquer, finance l'enregistrement de quatre chansons et auto-produit un 45 tours à 1000 exemplaires, avec Black Betty en face A et I should have known en face B. Le groupe tourne toute l'année et essaie de se faire signer, sans succès. Il se sépare fin 1975.
En 1976, Bartlett est contacté par le célèbre duo de producteurs de  pop bubblegum Jeff Katz et Jerry Kasenetz (qui avaient produit les Lemon Pipers), qui lui proposent de rejoindre un groupe de hard rock qu'ils montent à New York. Ils lui offrent un contrat, à la condition qu'il récupère les droits sur les titres du 45 tours. Avec difficulté, il rachète les parts des autres membres du groupe, pour 3000 dollars, et rejoint Ram Jam.

Ce qui est le plus bluffant, c'est que la version publiée par Ram Jam n'est pas un  nouvel enregistrement, mais bel et bien la version de Starstruck (4'43) qui, grâce à un travail impressionnant de remontage et de post-production, a été transformée en un concentré de rock and roll de moins de 2'30, beaucoup plus fort et efficace. Notons que, à 3'59, la version de l'album est très proche de celle de Starstruck, et donc moins intéressante.

Une aventure à peu près similaire est arrivé au groupe Reporter, dont Patrick Coutin était membre. Ils ont enregistré une maquette d'album au Château d'Hérouville, n'ont pas réussi à se faire signer et se sont séparés. Coutin a par la suite été signé en solo, et son premier album, y compris le tube J'aime regarder les filles, est en fait constitué des enregistrements de Reporter.

La face B du 45 tours de Ram Jam est I should have known, dans une veine assez Creedence Clearwater Revival. La version de Starstruck n'est pas en ligne mais tous les témoignages indiquent qu'il s'agit du même enregistrement.

Black Betty a été réédité en Europe en 1984, et a de nouveau eu du succès en France. Il y a eu aussi un remix house en 1990...!

Ram Jam s'est séparé dès 1978, après deux albums. Bill Bartlett, en plus de la guitare, s'est mis au piano boogie-woogie depuis les années 1990.



22 mars 2026

ROUGH TRADE RECORDS COMPILATION


Acquis probablement en Angleterre vers le milieu des années 1980
Réf : 6435 086 -- Édité par Rough Trade en Allemagne de l'Ouest en 1981
Support : 33 tours 30 cm
14 titres

L'autre jour, quelqu'un a fait tourner le lien vers une vidéo pour Blue boy, le deuxième single d'Orange Juice. Les images datent de la sortie du disque en 1980, mais la vidéo a surtout été diffusée au moment de la sortie de la compilation The heather's on fire en 1993. J'adore cette chanson, je trouve que c'est l'une des meilleures du groupe. Je suis allé faire un tour sur Discogs et Ebay en me disant que je chroniquerais bien ce 45 tours, mais je savais d'avance que le disque serait inabordable.
Ce genre d'envie me prend régulièrement ces derniers temps. J'ai fait le même genre de démarche pour Work de Blue Orchids ou Fanfare in the garden d'Essential Logic. Pour I know where Syd Barrett lives de Television Personalities je n'ai même pas essayé car je sais que c'est encore plus hors d'atteinte.

En 1996, j'ai écrit pour mon fanzine Vivonzeureux! un article pour les vingt ans de la boutique Rough Trade. Un réseau de boutiques qui, logiquement, fête ses cinquante ans cette année. J'y avais inclus un
gros plan sur les compilations du label.

Ces compilations, à part la cassette C81 diffusée initialement par le NME, avaient pour but de faire connaître le label dans les territoires où les productions Rough Trade étaient difficiles à trouver.
J'en répertorie cinq pour les premières années du label :
Il y a beaucoup de recoupements entre ces compilations. Plusieurs titres sont présents sur trois des cinq. Le très court Final day de Young Marble Giants est même sur quatre d'entre elles !

Je n'ai pas Long distance, mais j'ai les 33 tours de Wanna buy a bridge ? et Rough Trade Records compilation. En reprenant ce dernier récemment parce que c'est le seul disque sur lequel j'ai Blue boy, j'ai examiné la liste des titres et je me suis dit que je n'avais vraiment pas besoin de me casser à essayer de trouver des singles que je n'ai pas eu les moyens ou l'occasion d'acheter à l'époque, étant donné que la plupart sont déjà présents sur cette compilation, certes sans pochette ni face B, mais franchement, quel superbe ensemble ça fait !

J'ai acheté ce disque non pas en 1981, comme mes autres compilations Rough Trade, mais un peu plus tard, entre 1985 et 1987. Je sais que c'était après 1984 car, quand je suis tombé dessus, dans une boutique d'occasion à Londres, pas en Allemagne, j'avais fait un rapprochement entre le choix de photo de la pochette et celui d'Alive in the Living Room, même si les deux clichés ne sont pas du tout de la même époque.

Je vais répartir les titres de la compilation en trois groupes.

Les cinq 45 tours que je possède :

Ce sont des disques importants. Sans surprise, je les ai tous chroniqués, à la seule exception du Robert Wyatt. En fait la raison en est toute simple : j'ai les trois 45 tours publiés par Robert Wyatt à l'époque chez Rough Trade et réunis ensuite sur l'album Nothing can stop us, et en 2008 j'ai préféré chroniquer At last I am free, dont j'apprécie énormément les deux faces.
Cela ne signifie pas pour autant que je n'aime pas Stalin wasn't stalling. Au contraire, j'apprécie beaucoup cette version d'une chanson de 1943 du Golden Gate Quartet (Robert fait les quatre voix à lui tout seul). C'était bien vu de la part de Wyatt de reprendre cette ode à Staline, créée au moment où l'U.R.S.S. et les U.S.A. combattaient ensemble contre le Troisième Reich allemand. Une bonne façon pour un communiste en pleine guerre froide de souligner que Staline n'a pas toujours été considéré comme le diable par les occidentaux.

Les cinq 45 tours que j'ai envisagés d'acheter :
  • Television Personalities : I know where Syd Barrett lives
    Celui-ci, je ne l'ai pas dans ma collection, mais je l'ai acheté ! C'était en 1981 lors de mon premier séjour à Londres. Philippe R. et François B. m'avaient confié une somme d'argent pour que je leur ramène des disques, notamment de Rough Trade. Philippe avait eu entre autres And don't the kids just love it et François I know where Syd Barrett lives. Malheureusement, François a rapidement égaré ce disque, à l'occasion d'un déménagement je crois, et n'a jamais remis la main dessus. Pour ma part, je ne l'ai jamais racheté, comme j'avais l'album. J'ai fini par avoir aussi la comptine Arthur the gardener de la face B sur une compilation.
    La chanson est un classique. J'ai fait un livre entier sur Television Personalities, je ne vais pas m'étendre plus.

  • Blue Orchids : Work
    Celui-là aussi, je suis à peu près certain que je l'avais ramené de Londres pour François.
    Les Blue Orchids ont la distinction d'être le premier groupe formé par des ex-The Fall. Work reste ma chanson préférée de ce groupe. J'avais été déçu par leur premier album The greatest hit (Money mountain), mais il y a d'autres choses que j'aime beaucoup d'eux, notamment Bad reputation.
    Martin Bramah est très actif ces dernières années, avec des Blue Orchids reformés, mais aussi avec House of All, groupe constitué d'anciens membres de The Fall.

  • Orange Juice : Blue boy  
    C'est étonnant de retrouver ce titre ici, puisque ce deuxième 45 tours d'Orange Juice a été publié au Royaume-Uni chez Postcard, pas chez Rough trade. Mais dans les crédits de la compilation, il est indiqué que la chanson est co-éditée musicalement par Rough Trade Music, qui est dans son rôle en favorisant la diffusion de l’œuvre dans d'autres territoires. Cet excellent titre, assez rock et bien chanté, reste l'une des grandes réussites du groupe d'Edwyn Collins.

  • Essential Logic : Fanfare in the garden
    Comme pour Blue Orchids et Orange Juice, c'est de loin ma chanson préférée d'Essential Logic, alors que par exemple Beat rhythm news - Whaddle ya play ? me laisse plutôt froid. Ce n'est pas un hasard si la chanson a donné son titre à l'une des compilations du groupe.

  • Pere Ubu : Not happy
    Cet excellent single hors album de Pere Ubu, je le recherchais alors même que j'ai acheté à sa sortie en 1996 le coffret de cinq CD Datapanik in the year zero, qui contient des raretés et inédits et grosso modo l'intégrale des titres publiés par le groupe de 1975 à 1982, à cinq exceptions près, dont Not happy. Je me demande encore bien pourquoi.
Les quatre derniers, excellents eux aussi :
  • The Red Crayola : Born in flames
    Il y a un autre 45 tours de Red Crayola en coopération avec Art & Language que j'aimerais bien avoir, c'est Milkmaid, tiré de l'album Kangaroo ? et sorti en face B de An old man's dream.
    Mais ce disque précédent, sur lequel jouent, outre Mayo Thompson, Lora Logic (chant et saxophone), Epic Soundtracks des Swell Maps (batterie) et Gina Birch des Raincoats (basse), est d'excellente tenue. La chanson est présentée sur le 45 tours comme "The social democrats' song from a film by Lizzie Borden...". Ce film, intitulé lui aussi Born in flames, a fini par sortir en 1983.

  • The Fall : How I wrote elastic man
    Quand j'ai acheté cet album, j'avais déjà apprécié Marc Riley et ses Creepers sur scène et sur disque (Marc était encore membre de The Fall quand ce titre a été publié et il en est l'un des co-auteurs). Pourtant, il m'a encore fallu quelques années pour je devienne "fan" de The Fall et apprécie par exemple ce single, l'un des meilleurs titres de leur première période.

  • Cabaret Voltaire : Seconds too late
    Le maxi de Nag nag nag était en vente chez mon disquaire A la Clé de Sol à Châlons, en import et donc cher. Je regrette un peu de ne pas l'avoir acheté, mais j'avais déjà la face A sur Wanna buy a bridge ?. Depuis, j'ai fait l'acquisition de Silent command, autre single Rough Trade, qui est depuis un moment dans la file d'attente des disques à chroniquer ici. Dans la série, je placerais Seconds too late un petit cran en-dessous de ces deux-là, mais un tout petit cran. Ça reste un grand moment de musique növö, comme aurait dit Yves Adrien.

  • Augustus Pablo & Rockers All Stars : Pablo meets Mr. Bassie
    C'est la deuxième référence du catalogue Rough Trade, juste après Métal Urbain. Du punk au reggae le plus pur, Rough Trade a immédiatement fait preuve de son ouverture d'oreilles en éditant en Angleterre ce single jamaïcain. 
    Sur l'album, le titre est crédité à Augustus Pablo, mais sur le 45 tours c'est bien Horace Andy qui est indiqué comme auteur : Il s'agit d'une version de son Problems de 1977, à ne pas confondre avec le Problems de 1975 ("Don't let problems get you down").
    Ce sont aussi les Rockers All Stars qui accompagnaient Horace Andy sur la version originale. Pablo meets Mr. Bassie en est un remix à la sauce Augustus Pablo, sauf erreur de ma part.
Il manque les Raincoats, Métal Urbain, The Monochrome Set, Spizz Energy, Subway Sect, les Feelies, Delta Five, Scritti Politti, les Slits, mais tout ne pouvait pas tenir sur un seul album et cette sélection de quatorze titres du catalogue Rough Trade est un sans-faute. Je suis incorrigible et je ne dirais quand même pas non si je dégotais les neuf 45 tours qui me manquent, mais au moins avec cette compilation je gagne un peu de place.


Orange Juice, Blueboy.


Cabaret Voltaire, Seconds too late.

14 mars 2026

TED HAWKINS : Strange conversation


Acquis par correspondance via Momox en février 2026
Réf : GED21915 -- Édité par Geffen en Europe en 1994
Support : CD 12 cm
Titres : Strange conversation -- Green-eyed girl -- Cold and bitter tears

Quelqu'un a partagé le lien d'une émission de 1987 du célèbre animateur radio Dr. Demento. Une demi-heure très agréable en compagnie de son invité du jour, Jonathan Richman.
A un moment, le Docteur propose à Jonathan de passer un disque de son choix, et il sélectionne un titre de Ted Hawkins, I gave up all I had, tiré de son premier album Watch your step, sorti en 1982 mais dont l'enregistrement avait débuté dix ans plus tôt. L'album est sorti chez Rounder, le label de Jonathan à cette époque.
Jonathan explique que Ted Hawkins est son chanteur préféré de ces dernières années, que c'est un musicien de rue qui jouait sur la plage à Venice Beach avant de signer un contrat et de tourner notamment en Europe, et que Ted et lui ont donné quatre concerts ensemble à Huntington Beach.

Après avoir écouté cette très belle chanson et découvert la biographie de Ted Hawkins, dont je n'avais jamais entendu parler auparavant, je me suis mis en quête d'un de ses disques pour vous le présenter, et j'ai trouvé ce CD single pour un prix tout à fait correct.

La vie de Ted Hawkins est digne d'un roman, et un roman pas particulièrement gai.
Il est né en 1936 à Biloxi dans le Mississippi. Il n'a pas connu son père, sa mère était alcoolique et se prostituait. Placé très jeune en maison de redressement, il y fait la rencontre de Professor Longhair, qui l'encourage à pratiquer la musique. Condamné pour cambriolage, il passe 31 mois au pénitencier de Parchman, où il se retrouve à travailler enchaîné. Il fera encore de la prison dans les années 1980.
Après diverses aventures dans plusieurs des États Unis, il s'installe pour plusieurs années en Californie, où il joue à Venice Beach. Dans la deuxième moitié des années 1980, il séjourne plusieurs années en Angleterre, encouragé à venir par l'animateur de radio Andy Kershaw, mais il est déporté en 1990.
"Découvert" une énième fois dans la rue, il signe un contrat avec le gros label Geffen, qui publie en 1994 l'album The next hundred years, dont mon single est extrait.

Ted Hawkins s'accompagnait généralement seul à la guitare acoustique, et au pied pour le rythme. Il jouait assis sur une caisse en plastique et avait l'habitude surprenante de porter un gant à la main gauche et de grands ongles pour gratter les cordes à la droite. Il n'appréciait pas qu'on le classe comme bluesman. Il était notamment inspiré par le gospel et fan de Sam Cooke, dont il reprenait plusieurs titres, et l'étiquette qui lui convient le mieux serait celle de chanteur folk.

Pour cet album chez Geffen, il a été accompagné par des musiciens de session, ce qui n'est pas ce qui convient le mieux à sa musique, qui est parfaite avec lui en solo, mais la production reste discrète et ne gâche pas Strange conversation, une chanson de rupture amoureuse. Certes, il y a de la guitare électrique et de la batterie ajoutées, mais on se rend compte que l'essence de la chanson est préservée, quand on compare avec la version live enregistrée le 5 novembre 1994 à McCabe's Guitar Shop et publiée sur l'album The final tour.

Green-eyed girl est un autre extrait de l'album The next hundred years. C'est une autre très belle chanson dans la même veine.

Geffen ne devait pas avoir de chansons en réserve après la publication de l'album, étant donné que, pour la deuxième face B, ils sont allés rechercher Cold and bitter tears, une chanson publiée en 1985 par un autre label, sur le deuxième album Happy hour.
Encore une chanson de rupture pas des plus gaies : "Je me demande pourquoi tu m'as quitté après tout ce que j'ai essayé de faire, Tu sais que tu me manques chérie et tu manques aux enfants aussi, Ce soir on a fait la vaisselle juste pour garder un souvenir clair de toi, J'ai refroidi l'eau chaude avec mes larmes froides et amères. (...) J'ai peur de faire la vaisselle et je sais bien pourquoi, Quand je mets ton tablier, ça me donne envie de pleurer.".

Avec le soutien de Geffen, Ted Hawkins a pu assurer largement la promotion de son album en 1994, avec une tournée qui l'a mené aux États-Unis, en Europe et en Australie. Dans le documentaire Amazing grace (ci-dessous), il dit, sûrement à propos du titre de l'album Les cent prochaines années, "I know that I will not live that long but I do hope that my music lasts that long". Il ne pensait sûrement quand même pas mourir aussi vite après cet entretien: il est décédé quelques semaines plus tard d'une attaque, à 58 ans, le 1er janvier 1995.

Un album hommage de reprises intitulé Cold and bitter tears est sorti en 2015. C'est Kasey Chambers qui y chante la chanson-titre. Jon Dee Graham quant à lui reprend Strange conversation. Mary Gauthier et Ramsay Midwood sont également de la partie.


Amazing grace, un documentaire de 1995 de Janice Engel (en trois parties sur YouTube, il n'y a pas de son avant 1'45). On y entend notamment Strange conversation (à 20'40) et Green-eyed girl (à 2' de la partie 2).

07 mars 2026

PAN-RA : Music from Atlantis


Acquis chez Emmaüs à Courtisols le 17 décembre 2025
Réf : 110278 -- Édité par Pan-Ra en Allemagne en 1978
Support : 33 tours 30 cm
Titres : Attila -- Avignon -/- Rattenfänger -- Shiva -- Loreley

Après ceux de Stas Namin Group et de Jacques Lecomte, voici un autre disque trouvé lors de ma fructueuse visite à Emmaüs Courtisols en décembre dernier.

Quand je suis tombé sur cet album au nom d'artiste et à la pochette inconnus, j'ai commencé par retourner la pochette, et ce que j'y ai vu m'a suffisamment motivé pour investir 50 centimes dans cet album en très bon état, même si je m'attendais (à raison) à quelque chose dans les sphères folk/prog/baba, qui ne sont pas habituellement ma tasse de thé.

Pendant longtemps, on aurait dit simplement que cette publication est une auto-édition. Je crois qu'aujourd'hui le terme couramment employé pour la qualifier est "private press", ce qui a accessoirement pour conséquence d'en augmenter la cote.

Je ne connaissais pas du tout ce groupe. L'article le plus complet que j'ai trouvé sur eux a été publié en 2022 par Flo Spector dans Musique Journal.

Les notes de pochette nous donne un éclairage sur le contexte de l'album :
"PAN = dieu de berger grec, jouant la flûte; RA = dieu du soleil de l'ancienne Égypte; la musique étant aussi mystique que le nom.
Les trois seuls descendants survivants d'ATLANTIS, légendaire continent submergé, combinent dans leur musique les influences de nombreuses sphères et époques de civilisation. Ainsi, Moyen Âge, temps modernes, Asie, l'Europe et l'Orient, folklore, classicisme et jazz s’unissent à former une nouvelle musique : Musique d’Atlantis.
Les pièces ne sont pas fixées, mais elle se forment toujours un peu de nouveau. Des nouvelles improvisations se développent d'une mélodie de base, dépendant de l'ambiance momentanée des musiciens. Cette musique est vivante, elle crée des vibrations qui se transfèrent sur les auditeurs; on n'entend non seulement la musique, mais on la voit.
"

Merci pour l'explication sur la conception de cette musique en partie improvisée !

Vue l'époque, on n'est pas surpris de lire dans Musique Journal que les membres du groupe se seraient rencontrés pour la première fois dans une communauté des Hautes-Alpes, non loin de Sisteron.
Sur ce deuxième album, Pan-Ra est un trio franco-allemand-hongrois composé de Chaba Koncz (instruments à vent), Fredi Alberti (violoncelle) et Michel Poiteau (guitare), auxquels s'ajoute comme invitée la chanteuse Catherine Hourcq, qui fait des vocalises sans paroles sur deux titres.

C'est leur deuxième album. Le premier était sorti deux ans plus tôt, en 1976. Ça peut porter à confusion, mais on comprend mieux quand on sait que les musiciens sont censés être des survivants du continent submergé : ce premier album s'appelait Musique de l'Atlantide, soit le même titre en français que celui en anglais du second.

Le disque a été enregistré en deux sessions, en août 1977 dans l'abbaye de Sénanque en France, et en studio à Rüsselheim en Allemagne en janvier 1978.
J'ai eu l'impression à la première écoute que la flûte domine la face A, un peu trop à mon goût. J'ai préféré la face B, avec son instrumentation plus variée.

Le morceau d'ouverture, Attila, est très folk. En plus de la flûte, il y a du violoncelle et de la guitare, et aussi une percussion, qui doit être un tambourin.
Avignon ensuite, une composition plus lente, est aussi la plus longue de l'album, à plus d'un quart d'heure. Elle mêle voix et instruments. Je ne la trouve pas désagréable, mais c'est le titre du disque qui m'intéresse le moins. Mes deux préférés sont les deux premiers de la face B.

Il y a encore de la flûte et des ambiances folk sur Rattenfänger, mais aussi du ukulélé, de la guimbarde et du tambourin. C'est le titre le plus court,le plus rythmé et le plus enlevé de l'album.
Pour Shiva, la cornemuse est associée à un darbouka . C'est très bien.

Sur Loreley, Chab Koncz joue du Krummhorn (qui doit être un tournebout plutôt qu'un cromorme, comme mentionné sur la pochette). C'est l'autre titre chanté de l'album.

Pan-Ra jouait encore en 1981, puisque le violoncelliste a publié à l'époque une cassette d'un concert à Stuttgart. Il l'a rééditée en 2020. On y trouve une version de Rattenfänger. Par contre, il n'y a pas eu de troisième album studio.

Sous le nom de Chobo, Csaba Koncz a sorti une cassette référencée sur Discogs où l'on trouve encore une autre version de Rattenfänger. Il y a a aussi une capture d'écran d'un site qui présente le travail de photographe de Casba Koncz et indique qu'il est mort en 2022.

Au dos de la pochette, il y a deux adresses de contact pour le groupe, l'une à Mayence, l'autre à Paris au nom d'Anne Ceyla. Je me suis amusé à faire une recherche sur cette adresse parisienne et, de façon remarquable, 48 ans plus tard, une architecte nommée Marie-Anne Cayla  a toujours son cabinet cette adresse !

01 mars 2026

TRANSGLOBAL UNDERGROUND : Moonshout


Acquis à La Recyclerie à Châlons-en-Champagne le 12 novembre 2025
Réf : MULE04 -- Édité par Mule Satellite en Angleterre en 2007
Support : CD 12 cm
14 titres

Il y a encore beaucoup de 45 tours à la ressourcerie de Châlons, mais ils sont pour la plupart peu intéressants et souvent en piteux état. Ce jour de l'automne dernier, j'y ai quand même trouvé, sans pochette, l'EP Carol des Stones et Blue Monday de Fats Domino. Et j'ai aussi trouvé ce CD, un album de Transglobal Underground que je ne connaissais pas du tout.

J'ai dû vraiment entendre parler d'eux en lisant le programme des Transmusicales de 1994, une des années où je me suis rendu à Rennes. Transglobal Underground, avec sa chanteuse Natacha Atlas, y était présenté comme une des principales attraction de la rave Ethnics 2 Technics. Si jamais j'ai vu un bout de leur prestation, c'est juste quelques minutes en passant, mais je ne suis pas du tout sûr d'avoir tenu jusqu'à 2h30 du matin, l'heure programmée de leur passage.
Par la suite en tout cas j'ai acheté leur premier single Temple head et l'album International times.

J'ai toujours tendance à associer Transglobal Underground à d'autres formations que j'apprécie, qui font un grand mélange cosmopolite de genres musicaux, de 3 Mustaphas 3 à Dissidenten, en passant par L'Attirail, 17 Hippies ou  Cornershop

Moonshout, paru en 2007, est le septième album de Transglobal Underground. J'ai été vraiment surpris et ravi à la première écoute parce que, alors que les titres se succédaient, je trouvais que les chansons fonctionnaient très bien et que les expériences de fusions de styles étaient réussies.
Sur cet album qui comporte de nombreux invités, le groupe est principalement constitué de deux membres fondateurs, le guitariste Tim Whelan et le batteur Hamilton Lee, à qui se sont joints les chanteurs Tuup et Krupa, le percussionniste Rav Neiyyar et la bassiste et sitariste Sheema Mukherjee.

Mon titre préféré pour l'heure est It's a sitar. C'est l'un des plus enlevés de l'album et l'un des plus légers. On est dans une ambiance digne des rigolos de The Melody Four : "I love the girl who plays the guitar. It's not a guitar, it's called a sitar."
Le sitar n'est pas présent sur tout le disque, mais il a un rôle important, par exemple sur l'instrumental Elena, qui propose une sorte d'hybride klezmer/sitar, et sur Quit mumblin', où l'instrument indo-psychédélique par excellence est associé à un Diddley beat !
On entend aussi du sitar sur Awal, où une Natacha Atlas de retour est associée à un rappeur, et sur Mera jhumka.

On entend aussi pas mal de sons et de rythmes associés au reggae sur la majeure partie des autres chansons qui m'ont le plus accroché : Emotional yoyo, Dancehall operator, Total rebellion et Border control.

Le concertina sur Cape thunder m'a fait penser à l'Afrique du Sud. A raison je pense car les crédits mentionnent du chant zoulou.
Ces crédits confirment que la musique du groupe est bien transglobale : pour Mag ak ndaw il est question de chants wolof et Bollywood et pour
Moonshout de raps anglais et hongrois !

AU bout du compte, c'est vraiment un album, agréable, dansant et inventif, une excellente pioche, quoi !

Le dernier album paru de Transglobal Underground date de 2020, mais le groupe donne toujours régulièrement des concerts. Il y en a plusieurs prévus ce mois-ci en Angleterre.



21 février 2026

THE VENTURES : Action


Acquis chez Bell'Occas à Charleville-Mézières le 14 octobre 2025
Réf : LEP 2249 F -- Édité par Liberty en France en 1966
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Action -- Stop action -/- No matter what shape (your stomach's in) -- Little bit of action


C'est le quatrième des six 45 tours achetés le 14 octobre dernier à Charleville que je chronique, après The Cats Meow, Robert Ballinger et Serge Lebrasse. Et ce sera sûrement le dernier car les deux autres sont L'homme à l'habit de Domenico Modugno, que je recherchais, mais que de fait j'ai déjà chroniqué en m'intéressant à l'album du François Charpin Trio, et un autre Serge Lebrasse.

J'aime vraiment les 45 tours quatre titres français des années 1960. Ce sont en règle générale de beaux objets discographiques. Là en particulier, on a quatre extraits d'un album qui n'a pas été publié en France, Where the action is, avec une pochette spécifique à cette édition.
On note que la photo d'illustration choisie est liée à l'espace, alors que rien par ailleurs ne rattache le disque à cette thématique.
En préparant cette chronique et en consultant leur discographie 45 tours française, je me suis rendu compte que les gens de chez Pathé Marconi, qui diffusait en France le label Liberty, ont sûrement de leur propre chef associé les Ventures à tout ce qui est aérien et spatial.
Ça a commencé avec Telstar, et là  c'était logique car il s'agissait d'un satellite, mais on trouve aussi une fusée ou un avion sur les pochettes des 45 tours Penetration, Walk don't run '64 et Wild thing, et encore sur les 33 tours The Ventures U.S.A., Knock me out et Journey to the stars (à juste titre, pour ce dernier...!). Ces illustrations sont aucune rapport avec celles des disques équivalents américains, quand il y en a.

The Ventures est un groupe américain fondé en 1958. Avec les Shadows de l'autre côté de l'Atlantique, ça doit être l'un des premiers grands groupes de rock instrumental, avant la grande vague surf.
Je découvre aujourd'hui que, chez moi, entre Châlons-sur-Marne, Reims et Épernay, un groupe imaginativement baptisé Ventures a eu un parcours remarquable, entre 1968 et 1977.

Mon 45 tours est sorti à l'occasion des premiers concerts en France de The Ventures, en 1966.
Where the action is est une sorte d'album "concept" sur le thème de l'action. C'est aussi le titre d'une émission télé musicale diffusée à l'époque aux États-Unis.
On trouve le mot "Action" dans quatre des douze titres de l'album, et 
trois d'entre eux se retrouvent sur le 45 tours. Un album entier d'instrumentaux, c'est parfois un peu indigeste, mais là, avec quatre pistes courtes et variées, c'est parfait.

Action est justement l'indicatif de l'émission Where the action is, écrit par Steve Venet et Tommy Boyce (ce dernier a composé avec Hart des tubes pour les Monkees).
La version originale chantée par Freddy Cannon a été un tube aux États-Unis à l'automne 1965. Elle a été reprise début 1966 par Paul Revere and the Raiders et elle avait eu droit à une adaptation en français par Ria Bartok dès 1965.
La version instrumentale des Ventures me plaît bien. Elle est très énergique, avec guitare, claquements de mains et cris d'encouragement,.

Stop action (avec solos de guitare et d'orgue) et Little bit of action  (Très Shadows pour le coup) sont des compositions originales des Ventures de bonne facture.

No matter what shape (your stomach's in) est une reprise d'un instrumental de 1965 de The T-Bones, groupe signé sur le même label Liberty que les Ventures.

Une formation nommée The Ventures tourne encore. Il y a bien longtemps qu'elle ne contient plus de membres originaux du groupe. Le plus "ancien" de la formation a rejoint le groupe en 1980, mais le fils du batteur original fait aussi partie du groupe...!

17 février 2026

SANTA FE RAGING GRANNIES : We gotta stop the raids


Consulté la première fois sur YouTube le 15 février 2026
Réf : [sans] -- Diffusé par NM Raging Granny sur YouTube le 15 février 2026
Support : 1 fichier FLV
Titre : We gotta stop the raids

C'est Philippe R. qui m'envoyé dimanche le lien vers Hit the road, ICE !. Grosso modo, sur l'air de la chanson de Ray Charles, une chorale de Mémés Déchaînées de Santa Fe au Nouveau-Mexique invite fermement la milice meurtrière anti-immigration à se casser :
"Now fascist mercenaries roam our streets hunting down people as if we’re meat
A body hits the ground and before it cools, they’re smearing the victim as a terrorist tool
Their approach is to kill you twice : with bullets and again with lies
".

C'est rafraîchissant et courageux. C'est l'un des nombreux exemples des remarquables actions citoyennes de solidarité et de résistance qui se développent aux États-Unis. Après les deux meurtres de Minneapolis, ces réseaux d'action dans la ville ont notamment été mis en lumière.

J'ai vu que, sur leur chaîne YouTube, les Grannies avaient publié cinq autres vidéos sur des thèmes similaires depuis un mois, et pas mal d'autres depuis huit ans.
Dimanche, elles venaient de mettre en ligne deux nouveaux titres, dont mon préféré, We gotta stop the raids, reprise de Who'll stop the rain de Creedence Clearwater Revival :
"We’re not alone, and we gotta stop the raids!
We refuse to be afraid
".

J'ai repéré le site des Sante Fe Ragin Grannies et on y trouve les paroles de toutes leurs chansons, classées par thème (anti-guerre, anti-nucléaire, droits de la femme, Gaza... Mais très vite, j'ai constaté qu'il y avait d'autres sites pour d'autres chorales de Raging Grannies.
En fait, la première chorale s'est formée en 1987 à Victoria au Canada, et depuis, le mouvement a largement essaimé, surtout au Canada et aux États-Unis. Pour le rejoindre, il suffit d'être un groupe de femmes "d'un certain âge", militant, non-violent, avec le sens de l'humour.

Ce n'est pas un hasard si je suis le seul de ma fratrie à ne jamais avoir fait partie d'une chorale. Mais l'union fait la force et noie en partie les fausses notes alors, vu ce qui nous attend peut-être prochainement, je devrais peut-être me mettre en quête d'un groupe de Pépés Exaspérés pour être prêt le moment venu.

14 février 2026

SLEAFORD MODS : The demise of planet X


Acquis à la FNAC de Reims le 29 janvier
Réf : RT0574CD -- Édité par Rough Trade en Europe en 2026
Support : CD 12 cm
13 titres

Ça fait quelques années maintenant que je connais Sleaford Mods, ce duo de Nottingham qui associe Andrew Fearn, le gars à l'air impavide qui fabrique la musique du groupe à partir de boucles, d'échantillons et d'autres trucs électroniques, et Jason Williamson, une grande gueule qui s’époumone par dessus la musique en s'en prenant à tout ce qui ne va pas dans le monde qui l'entoure (et il y a de quoi...).
Il y a des comparaisons de Williamson avec John Lydon ou Mark E. Smith, mais je trouve que c'est de The Streets que Sleaford Mods se rapprocherait le plus. Sauf que Mike Skinner a eu du succès au début des années 2000 dès son premier album, alors que les gars de Sleaford Mods ont galéré avec de multiples projets pendant des années avant de commencer à percer quand ils avaient la quarantaine bien entamée.

Je n'avais aucun disque d'eux jusque-là, mais j'ai suffisamment apprécié Elocution, de l'album Spare ribs (2021), pour l'inclure dans l'une de mes compilations. Sans avoir écouté beaucoup de titres, j'avais un peu l'impression, entre le débit vocal et les boucles sonores, d'un risque de monotonie de leur production sur la longueur.

Ce qui m'a donné envie d'acheter ce nouvel album, c'est d'avoir vu récemment sur Arte le documentaire de 2017 Bunch of Kunst (à voir ci-dessous jusqu'au 28 février). Christine Franz a filmé le groupe sur une période de deux ans, à un moment clé, celui où il s'est mis à avoir un gros succès.
Les images les plus anciennes datent d'un concert en 2013 dans un pub de Blackpool, une cité balnéaire en plein déclin. On imagine bien la scène. En février 2015, ils étaient en tournée à trois dans la petite voiture de leur manager, jouant dans un pub de Boston, dans le Lincolnshire. Mais plus tard dans l'année, tout a explosé, ils ont joué sur l'une des scènes du festival de Glastonbury, dans de grandes salles à Londres et, après mûre réflexion, ils ont signé avec le label indépendant par excellence, Rough Trade.
Outre le vibrionnant Jason Williamson, qui a quitté son boulot en octobre 2014 pour passer professionnel et qui cherche à concilier rock and roll et vie de famille, on découvre son compère Andrew Fearn et leur manager/patron de label Steve Underwood.
Andrew Fearn sur scène m'a fasciné. Même dans les grands concerts sur la fin, il arrive avec juste un ordinateur portable, sans rien en secours visiblement, le branche et, pendant le concert, il lance les pistes instrumentales qu'il a enregistrées. On pourrait imaginer le concert sans lui, vu qu'il ne fait pas de musique en direct, mais Sleaford Mods est bien un duo et sur scène Andrew se dandine en rythme, une main dans une poche, l'autre qui tient une bière, appréciant pleinement les chansons, en chantant parfois (sans micro) quelques-unes des paroles.
Le troisième héros du film est Steve Underwood. Grand fan de musique, il a organisé de nombreux concerts et lancé son label Harbinger Sound en 1992. Pour s'occuper du groupe, il quitte son boulot de chauffeur de bus à Nottingham en janvier 2015. Avant ça, il avait organisé le tournage de la vidéo pour Tied up in Notts dans le bus qu'il conduisait, pendant son service, un dimanche matin ! C'est presque émouvant après la signature chez Rough Trade quand, chez lui, avec une pochette de Métal Urbain au mur, il explique qu'il a tous les disques de la première époque du label, de 1977 à 1982.

The demise of Planet X est le treizième album de Sleaford Mods.
Après dix ans de succès, ils sont toujours chez Rough Trade. Il y a plus de moyens (trois studios dont Abbey Road), mais aussi une volonté affirmée de rester fidèles aux valeurs et au son du groupe.
En plus de faire varier ses pistes instrumentales, la solution trouvée par le groupe pour éviter de faire du surplace est de faire appel à des invités pour compléter la voix de Jason Williamson et créer des contrastes. Cela fonctionne particulièrement bien avec des voix féminines.
Et justement, parmi mes titres préférés du disque on en trouve plusieurs avec des invités : Elitest G.O.A.T., avec Aldous Harding et une basse apparemment inspirée par Low de Bowie; The good life avec Gwendoline Christie et Big Special; No touch avec Sue Tomkins.
Il y a aussi des chansons typiquement dans le moule Sleaford Mods qui me plaisent beaucoup, comme ma chanson-titre The demise of planet X et Megaton.
Elles ont beau être imprimées sur le livret, ce n'est pas suffisant pour que les paroles soient toujours compréhensibles pour moi. Ainsi, j'imagine que Don Draper, le nom du héros de Mad men, a un rapport avec cette série, mais je ne l'ai pas saisi. Pour l'excellente Gina was, Jason Williamson a expliqué qu'elle faisait référence à une agression traumatisante dont il a été victime enfant : un groupe de filles l'avait mis à terre et déshabillé et, en référence à son zizi, il avait hérité du surnom L'asticot.
Parmi les autres titres qui m'ont déjà bien accroché l'oreille, il y a Flood the zone et The unwrap, plus calme. Ce qui fait en tout deux tiers de l'album, ce qui n'est pas si mal en deux semaines.

Évidemment, et presque malheureusement je dirais, il est trop tard pour espérer voir Sleaford Mods dans de bonnes conditions. On risquerait l'émeute s'ils jouaient dans un pub ou un café. Ils jouent au Casino de Paris le 10 mars prochain et c'est déjà complet, sûrement depuis longtemps. La seule autre date française de la tournée 2026 est aux Eurockéennes. Cet excellent album et le documentaire suffiront à mon bonheur.

Le documentaire Bunch of Kunst de Christine Franz, visible sur arte.tv jusqu'au 28 février 2026.






07 février 2026

JOE TURNER : Shake little and roll


Acquis d'occasion dans la Marne probablement dans les années 2000
Réf : 6832 018 -- Édité par Philips en France vers 1970 -- Offert par Antar
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Shake little and roll -/- Two loves have

Le fait que ce 45 tours soit crédité à Joe Turner et non à Big Joe Turner ne peut pas être considéré comme une bévue. Après tout, c'est ce nom qui apparaît sur la pochette de l'album The real boss of the blues dont il est tiré. Mais c'est en tout cas source de confusion, puisque les Joe Turner aux États-Unis doivent être aussi courants que les Martin Dupont par chez nous et, rien que dans le domaine musical, il y a deux contemporains qui portent ce nom, le pianiste Joseph H. Turner (1907-1990) et le chanteur Joseph Vernon Turner (1911-1985), souvent dit Big Joe Turner, qui est celui qui nous intéresse aujourd'hui.
L'INA a commis l'exploit sur YouTube de créditer au second une prestation impressionnante au Kremlin-Bicêtre en 1969 du premier. Il m'a fallu l'aide de Philippe R. (j'aurais aussi pu lire les commentaires...) pour arriver à différencier les deux.

Pas d'erreur sur le nom de l'artiste, donc, mais j'ai rarement vu une pochette avec deux aussi grosses bourdes sur le titre des chansons. C'est simple, les deux sont faux : le classique Shake, rattle and roll est transformé en Shake little and roll, et il manque le dernier mot au titre de la face B Two loves have I ! C'est incroyable que tous ceux qui ont été en charge de la publication de ce disque aient pu laisser passer ça (les informations sur le rond central sont correctes).

Le fait que ce disque ait été édité dans la collection Offert par Antar pour être distribué dans des stations-service n'excuse rien. Après tout, il n'y a pas d'horreurs sur les pochettes, par exemple, de Memphis Slim ou de T.Bone Walker.
On voit bien avec cette pochette qu'on est à la jonction des années 1960 et 1970 : c'est un deux titres avec une pochette en papier tout fin, mais il y a encore une languette qui, à défaut de prix, comporte la mention "Offert par Antar".

The real boss of the blues est sorti en 1969 chez Flying Dutchman, le label lancé par Bob Thiele, qui avait produit en 1967 l'album Singing the blues.
L'album est sorti en France chez Philips, mais ce 45 tours, qui en reprend plus ou moins la pochette, n'a apparemment été distribué que chez Antar, pas dans le circuit de vente traditionnel.

Shake, rattle and roll
est une chanson écrite par Jesse Stone sous le pseudonyme de Charles Calhoun.
Big Joe Turner est le premier à l'avoir enregistrée, début 1954. Elle a eu un succès encore plus grand quand Bill Haley l'a reprise quelques mois plus tard pour faire suite à son tube Rock around the clock.
La version originale par Big Joe Turner est du rhythm and blues énergique, avec un rythme carré bien marqué, des chœurs sur le refrain et un solo de sax qui décoiffe. Mickey Baker est à la guitare.
Quinze ans plus tard, le moins qu'on puisse dire est que la version bien dans le jus de son époque de 1969 est décevante. Elle est emmenée par la basse, mais sans rythme bien défini par la batterie. Il y a de bonnes interventions des cuivres, mais j'aime moins les solos de sax et de guitare. Le ton de Joe est détaché, il ne semble pas vraiment croire à ce qu'il chante.

La face B est très surprenante. Son titre complet est Two loves have I, qui se traduit littéralement par Deux amours j'ai. Je ne m'en étais pas rendu compte quand j'ai écouté le disque après l'avoir acheté, mais il s'agit bien d'une version de J'ai deux amours, chanson créée par Josephine Baker en 1930 !! Il est à peu près impossible pour moi à l'écoute de faire un véritable lien entre les deux chansons.
Turner reprend la version américaine de la chanson, créée dès 1931 par Ted Black and his Orchestra. On note côté crédits sur le rond central que, après une traversée aller-retour de l'Atlantique, le nom du compositeur Vincent Scotto a été complètement oublié, sans parler bien sûr des paroliers français Géo Koger et Henri Varna. Et des deux paroliers américains Barry Trivers et Jack Murray il ne reste qu'un seul nom, Ted Murrell, dont on se demande bien à quoi il correspond. Sûrement un nouvel exploit de l'équipe qui a été chargée de composer les titres pour la maquette de la pochette !

01 février 2026

STRAWBERRY SWITCHBLADE : Since yesterday


Acquis peut-être bien au Virgin Megastore à Londres fin 1984 ou début 1985
Réf : KOW 38T / 249248-01 -- Édité par Korova en Europe en 1984
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Since yesterday -/- Sunday morning -- By the sea

La première fois que j'ai entendu Strawberry Switchblade, c'est quand Jill et Rose, les deux membres du groupe, ont fait des chœurs sur I wonder why, le deuxième single des Pastels. Leurs voix jouent un rôle important sur la face B, Supposed to understand.
Ce que je ne savais pas, c'est qu'elles été fortement impliquées dans la scène musicale de Glasgow depuis l'explosion punk de 1977; elles étaient notamment proches de toute la bande du label Postcard et Rose McDowall avait été membre d'un groupe appelé The Poems (il en est un peu question dans le documentaire sur Postcard et Fast Records Big gold dream). De façon purement anecdotique, on a appris plus tard que les mères de Jill Bryson et Alan McGee étaient amies, et donc que les deux se connaissent depuis l'enfance.

Le groupe 100% féminin s'est formée à quatre en 1981 (une démo de 1982 publiée postérieurement témoigne de cette première phase). Quand les deux autres membres ont quitté le groupe, Jill et Rose ont continué à deux, avec des bandes enregistrées pour les concerts et des amis musiciens pour les enregistrements.
Tout s'est passé très vite pour elles : mentionnées à la radio par Jim Kerr de Simple Minds, elles ont enregistré deux sessions pour la BBC, avant d'être signées en management par les Chameleons, David Balfe et Bill Drummond, qui ont produit leur premier single, Trees and flowers. C'est là qu'on a découvert leurs tenues très travaillées, à base de tissus à pois.

Le nom du groupe est très bien trouvé. C'est James Kirk d'Orange Juice qui en avait eu l'idée initialement, pour un projet de fanzine.
Il aurait aussi très bien convenu à The Jesus and Mary Chain, comme nom de groupe ou pour un titre d'album ou de chanson.
Les deux groupes sont de Glasgow ou sa région, mais je ne leur connais pas de point commun, si ce n'est qu'ils ont tous les deux signé chez une filiale de Warner, Blanco Y Negro pour JAMC, Korova pour Strawberry Switchblade, le label également d'Echo and the Bunnymen et The Sound.

Le chemin qui a mené à l'enregistrement du premier et unique album de Strawberry Switchblade n'a pas été simple. Une tentative a été faite en groupe avec le producteur Robin Millar, connu pour son style de pop jazzy (Working Week, Everything But The Girl...). Deux titres ont finalement été produits par Phil Thornalley, qui a travaillé avec The Cure, et le gros de l'album l'a été par David Motion, un jeune producteur spécialisé dans la production de sons électroniques.

Since yesterday est le single qui a été choisi pour annoncer l'album. Warner a mis les moyens pour sa promotion. Un disque souple promo a été suffisamment diffusé pour que j'en trouve un exemplaire à Folkestone il y a quelques années et, comme les ventes ne décollaient pas, le label a même investi dans une publicité télé au moment des fêtes de fin d'année. Ce n'était pas du tout courant à l'époque pour un jeune groupe et ça a porté ses fruits, puisque le groupe est passé deux fois à Top of the Pops et le disque est monté à la cinquième place du classement des ventes.

La production est très datée années 1980, mais Since yesterday est une excellente chanson techno-pop qui a tendance à bien s'incruster dans la tête. La chanson a bien évolué depuis qu'elle avait été enregistrée sous le titre Dance pour une session pour la BBC en 1982.
La courte introduction instrumentale est repiquée de la symphonie n° 5 de Jean Sibelius (Je peux vous assurer que je n'aurais pas pu trouver cette référence de moi-même, c'est tout juste si je connaissais le nom Sibelius...). La chanson a la particularité d'avoir un refrain en "La la la", sans paroles.
En lisant les paroles, j'avais l'impression d'un couple qui faisait le constat qu'ils étaient arrivés à la fin de leur histoire ("And as we sit here alone looking for a reason to go on it’s so clear that all we have now are our thoughts of yesterday"), mais Rose McDowall, l'auteur des paroles, a expliqué que le sujet de la chanson était la guerre nucléaire, ce qui la rapproche, même s'il n'y a pas de rapport musicalement entre les deux, du classique des Young Marble Giants Final day. Avec une production synthétique aussi travaillée, et avec des influences sixties, je pense aussi à un autre grand single de la même époque, le Vélomoteur des Calamités
Sur ce maxi anglais, c'est la version de l'album qu'on entend, qui fait trois minutes. Une version allongée a été publiée uniquement au Japon et pour une fois c'est réussite, avec une longue introduction instrumentale, et tout au long des sons de cuivres et de clarinette , que ce soit de vrais instruments ou pas. Cela m'a rappelé les excellents maxis de The The, comme Perfect et Uncertain smile.

Sur la face B, on trouve deux titres inédits par ailleurs, produits par David Balfe.
A quelques mois de la sortie de l'album d'inédits VU, la cote du Velvet Underground était fortement en hausse fin 1984. Sunday morning est un choix idéal pour Strawberry Switchblade dans sa version calme et acoustique. Le groupe la reprenait déjà sur scène en 1982.

By the sea est dans la même veine tranquille du groupe, inaugurée avec le premier single Trees and flowers. On est tout près de certaines chansons à venir de Revolving Paint Dream chantées par Christine Wanless.

Les pressions du show business étaient très fortes avant et après le succès de Since yesterday et le groupe n'y a pas résisté longtemps, d'autant que les membres du duo ne s'entendaient plus bien et que Jill souffrait d'agoraphobie. Il y a eu juste un single après l'album, une reprise de Jolene.

Jill Bryson est restée très discrète par la suite, mais elle a refait de la musique dans les années 2010 avec un groupe, The Shapists, dont l'un des membres était sa fille Jessie Frost.
A l'inverse, Rose McDowall a multiplié les projets et les collaborations au fil des années. Elle a participé en 1988 à l'enregistrement d'une reprise de Since yesterday par Current 93

La chanson a donné en 2024 son titre au documentaire Since yesterday sur l'histoire de groupes féminins écossais. Strawberry Switchblade y est bien sûr en bonne place.





24 janvier 2026

JACQUES LECOMTE ET SON ENSEMBLE : Z'avez pas vu Mirza


Acquis chez Emmaüs à Courtisols le 17 décembre 2025
Réf : 726322 a -- Édité par DMF en France en 1966
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Z'avez pas vu Mirza -/- Michelle

Ce disque est l'une des bonnes pioches du mois dernier chez Emmaüs à Courtisols. J'ai eu le temps de chroniquer avant la fin de l'année les reprises soviétiques de Michel Legrand, mais pas ce 45 tours du label DMF.

Les disques DMF, j'y suis attentif depuis que j'en ai acheté deux pendant l'été 2021, par Marsel Hurten et Jean-Allain Hoareau.
De bons achats, mais après coup je m'en suis voulu car j'ai laissé dans le bac du vendeur d'autres 45 tours de ce label, dont celui de Gougnou, dont les notes de pochette signées du président du Club des Jeunes de la Côte d’Émeraude m'avaient quelque peu rebuté, avec la mention de "chanson française moderne (...) ambassadrice d'un désir d'expression naturel".
Je ne savais pas que ce disque est assez recherché, notamment parce qu'il contient C'est bien fait pour moi, bien dans son jus de rock de 1966. Je me console car au bout du compte c'est un ami de retour sur ses terres, une légende locale du rock textile à poil dur, qui le connaissait et n'a pas laissé passer ce disque.

L'excellent label de réédition Caméléon a publié en 2017 Thésaurus vol. 1, une compilation du versant plutôt rock du catalogue 1964-1968 de DMF. A cette occasion, le label a fait un travail archivistique et documentaire impressionnant pour présenter le label et les 28 artistes de la compilation.
On y apprend notamment, à propos des tentatives de distribution alternatives de DMF : "le label étudie toutes les formes de diffusion phonographique industrielle et commerciales (...) des enregistrements commerciaux destinés aux branches industrielles, commerciales, et même personnalisés pour des cadeaux, lancement d'articles…, ce sera fait notamment avec les disques d'artistes maison mais avec des pochettes photos de la boutique en question".

En voici un exemple, où l'on retrouve la face A de mon 45 tours :

 
La pochette d'un 45 tours promotionnel DMF diffusé par Promodisc, associant Michelle de Jacques Lecomte et un titre de Miguel Clarenzo.
Je n'ai pas trouvé trace d'une station service, mais il y a de nos jours au moins deux hôtels-restaurants nommés Le Relais du Chapeau Rouge, à Saint Loup sur Thouet et à Vibraye.


Ces disques étaient pressés à quelques centaines d'exemplaires, avec visiblement des pochettes imprimées. Connaissant cette page avant ma visite à Courtisols, j'ai cru sur le coup que j'étais tombé sur l'un de ces disques publicitaires. On s'en rapproche, mais celui que j'ai trouvé est par sa pochette un objet encore plus bizarre et intrigant.

Qu'est-ce qu'on y voit ?
Tout d'abord, un verso de pochette intact, uni, avec juste l'adresse des disques D.M.F., qui semble être celui d'un 45 tours "normal", mais je n'ai pas réussi à retrouver la trace d'un disque ayant ce verso, que ce soit par Jacques Lecomte ou un autre artiste :



Le recto lui, est coupé verticalement à 5,5 cm du bord. Sont préservés, la mention "45 tours microsillon", le logo du label et la seule lettre "h", qui est probablement l'initiale d'un titre ou d'un nom d'artiste. Là encore, je n'ai pas trouvé trace de la pochette au complet. 
La découpe transforme de fait le recto en rabat. En-dessous, pour aboutir à une pochette dans laquelle on peut insérer le disque, il y a un carton de pochette du même rouge, qui a été proprement collé sur le verso.
Et par-dessus ce carton rouge, partiellement cachée par le rabat, on a fixé la photo de ce qui est visiblement un magasin de village ou de petite ville.
Ce magasin est tenu par une certaine Mme Dot. Il est situé en face d'un garage ou une station Total, dont l'enseigne se reflète dans la vitrine. On aperçoit un comptoir à l'intérieur, je ne sais pas s'il est réfrigéré ou non et je n'arrive pas à déterminer quels sont les aliments en vente; on aperçoit surtout les grosses étiquettes de prix. C'est à peu près impossible d'identifier la boutique, mais si je devais essayer de deviner, je pencherais pour une charcuterie en Seine-Maritime ou dans les parages.



Un bandeau blanc de 4,5 cm de large a été conservé sous la photo. C'est bien une photo, pas un document imprimé, mais il me semble que cet espace était peut-être prévu pour y insérer une inscription publicitaire. Ma pochette bizarre serait-elle une maquette, utilisée pour essayer de convaincre un commerçant de lancer une opération commerciale ? Mais alors, pourquoi le rabat ? La seule utilité que je lui ai trouvée, c'est, en le retournant, de transformer le tout en une sorte de présentoir, pas très convaincant je dois bien l'avouer.


Une présentation possible, façon présentoir, de la pochette de mon 45 tours.

Et la musique, alors ?
Eh bien, c'est un 45 tours deux titres de Jacques Lecomte, pianiste et joueur d'orgue électronique, chanteur et chef d'orchestre, qui a sorti entre 1965 et 1967 au moins trois EP et un album chez DMF.
Un article de La Dépêche annonçant son décès à 87 ans en juillet 2020 nous en apprend plus sur son parcours. Il était d’Évreux, où son orchestre animait les dimanches après-midi du Lido (l'album s'intitule Lido dancing...). Il a aussi fait les saisons au casino Riva Bella de Ouistreham.

Lecomte devait apprécier Nino Ferrer, puisque sur l'album il y a une version de Je voudrais être un noir, en plus des Cornichons et de Mirza sur le second EP, dont mon 45 tours est extrait.
Je crois qu'il est difficile de faire une mauvaise reprise de cette chanson. Comme cette version de Mirza par Jacques Lecomte est instrumentale, elle fait la part belle dans un premier temps à l'orgue et aux cuivres, puis pour les parties solo on alterne entre orgue et piano.
En face B, on trouve une autre version instrumentale piano/orgue/cuivres d'un grand tube de l'époque, Michelle des Beatles. Parfait pour la séquence slows des après-midi du Lido.

Il y a de tout au catalogue DMF, mais je continuerai à être très attentif si je tombe sur l'un de leurs disques. Et peut-être quelqu'un aura-t-il des informations sur cette pochette assez bizarre ?




La pochette de l'édition en EP 4 titres de Z'avez pas vu Mirza.