
Acquis chez Récup'R à Dizy le 8 septembre 2018
Réf : EPC 5492 -- Édité par Epic en France en 1977
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Black Betty -/- I should have known
J'ai acheté ce 45 tours assez récemment, le même jour que l'album de Talent Latent mais pas dans le même magasin, mais je connais très bien cette chanson depuis sa sortie. C'était l'un de nos tubes familiaux en 1977, l'année de mes 14 ans. On chantait "Black Betty bama lam", mais aussi "She's crazy like a fool, what about Daddy Cool" de Boney M, "We will rock you" de Queen, Rockollection et les tubes de Souchon. C'est aussi l'année où je me suis mis à m'intéresser aux Beatles.
Autant je suis sûr qu'on avait le 45 tours de Queen à la maison, autant je n'arrive pas à me souvenir si on avait aussi le Ram Jam. En tout cas, un copain de la rue avait l'album, avec la même pochette dessinée assez marquante.
J'ai été un peu surpris à la réécoute de Black Betty. J'avais le refrain en tête, mais je ne me souvenais pas du tout que le son en général était aussi proche du hard rock. Guitare tranchante, basse lourde, batterie forte à deux grosses caisses et un gong pour couronner le tout... Des tubes aussi électriques, ce n'était pas si courant sur les radios françaises à l'époque.
Je ne pense pas que je le savais à l'époque, mais Black Betty est une reprise d'une chanson "folk", chantée notamment en prison par des détenus noirs. Elle a été enregistrée plusieurs fois dans les années 1930, notamment par les Lomax. On peut l'écouter dans des versions de 1933 par James "Iron Head" Baker, 1939 par Rev. Mose "Clear Rock" Platt et encore de 1939 par Leadbelly. Parmi beaucoup d'autres, Odetta l'a enregistrée en 1964 sous le titre Looky yonder et Manfred Mann en 1968 l'a renommée Big Betty.
La grande question, qui donne lieu à de nombreuses discussions, est de savoir à quoi ou à qui "Black Betty" fait référence. Plusieurs hypothèses plus ou moins étayées circulent : ça pourrait être un récipient pour du whisky, un fouet, un fourgon cellulaire ou bien une femme.
Pourtant, quand on regarde les paroles de Leadbelly, il n'y a guère de doute que Betty est une femme : "Black Betty had a baby (...) The little thing went crazy (...) Little thing went blind (...) I said he wasn’t none of mine". Si l'on en croit Clear Rock en 1939, cité par bshistorian, Black Betty était plus particulièrement une bûcheronne, qui balançait ses hanches en coupant les arbres sur la ferme pénitentiaire de Goree.
Ram Jam, dans les couplets ajoutés aux paroles de sa version, accentue les références sexuelles, ce qui a donné lieu à une polémique et un appel au boycott à l'époque, qui explique peut-être pourquoi la chanson a eu moins de succès aux États-Unis qu'ailleurs.
L'histoire de l'enregistrement de la version électrifiée de Black Betty par Ram Jam est intéressante et elle vaut même mieux que celle de Somebody to love et White rabbit par Jefferson Airplane. Pour tout dire, c'est elle qui m'a décidé à me lancer dans cette chronique.
Le héros de l'histoire, c'est le guitariste et chanteur Bill Bartlett (né en 1943). En 1968, il est membre des Lemon Pipers, qui ont carrément un tube n° 1 aux États-Unis avec la sucrerie psychédélique Green tambourine. Le groupe se sépare assez vite et, en 1970, deux de ses membres se lancnt dans un nouveau projet, Starstruck.
Début 1975, le groupe, qui n'arrive pas à se faire remarquer, finance l'enregistrement de quatre chansons et auto-produit un 45 tours à 1000 exemplaires, avec Black Betty en face A et I should have known en face B. Le groupe tourne toute l'année et essaie de se faire signer, sans succès. Il se sépare fin 1975.
En 1976, Bartlett est contacté par le célèbre duo de producteurs de pop bubblegum Jeff Katz et Jerry Kasenetz (qui avaient produit les Lemon Pipers), qui lui proposent de rejoindre un groupe de hard rock qu'ils montent à New York. Ils lui offrent un contrat, à la condition qu'il récupère les droits sur les titres du 45 tours. Avec difficulté, il rachète les parts des autres membres du groupe, pour 3000 dollars, et rejoint Ram Jam.
Ce qui est le plus bluffant, c'est que la version publiée par Ram Jam n'est pas un nouvel enregistrement, mais bel et bien la version de Starstruck (4'43) qui, grâce à un travail impressionnant de remontage et de post-production, a été transformée en un concentré de rock and roll de moins de 2'30, beaucoup plus fort et efficace. Notons que, à 3'59, la version de l'album est très proche de celle de Starstruck, et donc moins intéressante.
Une aventure à peu près similaire est arrivé au groupe Reporter, dont Patrick Coutin était membre. Ils ont enregistré une maquette d'album au Château d'Hérouville, n'ont pas réussi à se faire signer et se sont séparés. Coutin a par la suite été signé en solo, et son premier album, y compris le tube J'aime regarder les filles, est en fait constitué des enregistrements de Reporter.
La face B du 45 tours de Ram Jam est I should have known, dans une veine assez Creedence Clearwater Revival. La version de Starstruck n'est pas en ligne mais tous les témoignages indiquent qu'il s'agit du même enregistrement.
Black Betty a été réédité en Europe en 1984, et a de nouveau eu du succès en France. Il y a eu aussi un remix house en 1990...!
Ram Jam s'est séparé dès 1978, après deux albums. Bill Bartlett, en plus de la guitare, s'est mis au piano boogie-woogie depuis les années 1990.
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