
Acquis peut-être bien au Virgin Megastore à Londres fin 1984 ou début 1985
Réf : KOW 38T / 249248-01 -- Édité par Korova en Europe en 1984
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Since yesterday -/- Sunday morning -- By the sea
La première fois que j'ai entendu Strawberry Switchblade, c'est quand Jill et Rose, les deux membres du groupe, ont fait des chœurs sur I wonder why, le deuxième single des Pastels. Leurs voix jouent un rôle important sur la face B, Supposed to understand.
Ce que je ne savais pas, c'est qu'elles été fortement impliquées dans la scène musicale de Glasgow depuis l'explosion punk de 1977; elles étaient notamment proches de toute la bande du label Postcard et Rose McDowall avait été membre d'un groupe appelé The Poems (il en est un peu question dans le documentaire sur Postcard et Fast Records Big gold dream). De façon purement anecdotique, on a appris plus tard que les mères de Jill Bryson et Alan McGee étaient amies, et donc que les deux se connaissent depuis l'enfance.
Le groupe 100% féminin s'est formée à quatre en 1981 (une démo de 1982 publiée postérieurement témoigne de cette première phase). Quand les deux autres membres ont quitté le groupe, Jill et Rose ont continué à deux, avec des bandes enregistrées pour les concerts et des amis musiciens pour les enregistrements.
Tout s'est passé très vite pour elles : mentionnées à la radio par Jim Kerr de Simple Minds, elles ont enregistré deux sessions pour la BBC, avant d'être signées en management par les Chameleons, David Balfe et Bill Drummond, qui ont produit leur premier single, Trees and flowers. C'est là qu'on a découvert leurs tenues très travaillées, à base de tissus à pois.
Le nom du groupe est très bien trouvé. C'est James Kirk d'Orange Juice qui en avait eu l'idée initialement, pour un projet de fanzine.
Il aurait aussi très bien convenu à The Jesus and Mary Chain, comme nom de groupe ou pour un titre d'album ou de chanson.
Les deux groupes sont de Glasgow ou sa région, mais je ne leur connais pas de point commun, si ce n'est qu'ils ont tous les deux signé chez une filiale de Warner, Blanco Y Negro pour JAMC, Korova pour Strawberry Switchblade, le label également d'Echo and the Bunnymen et The Sound.
Le chemin qui a mené à l'enregistrement du premier et unique album de Strawberry Switchblade n'a pas été simple. Une tentative a été faite en groupe avec le producteur Robin Millar, connu pour son style de pop jazzy (Working Week, Everything But The Girl...). Deux titres ont finalement été produits par Phil Thornalley, qui a travaillé avec The Cure, et le gros de l'album l'a été par David Motion, un jeune producteur spécialisé dans la production de sons électroniques.
Since yesterday est le single qui a été choisi pour annoncer l'album. Warner a mis les moyens pour sa promotion. Un disque souple promo a été suffisamment diffusé pour que j'en trouve un exemplaire à Folkestone il y a quelques années et, comme les ventes ne décollaient pas, le label a même investi dans une publicité télé au moment des fêtes de fin d'année. Ce n'était pas du tout courant à l'époque pour un jeune groupe et ça a porté ses fruits, puisque le groupe est passé deux fois à Top of the Pops et le disque est monté à la cinquième place du classement des ventes.
La production est très datée années 1980, mais Since yesterday est une excellente chanson techno-pop qui a tendance à bien s'incruster dans la tête. La chanson a bien évolué depuis qu'elle avait été enregistrée sous le titre Dance pour une session pour la BBC en 1982.
La courte introduction instrumentale est repiquée de la symphonie n° 5 de Jean Sibelius (Je peux vous assurer que je n'aurais pas pu trouver cette référence de moi-même, c'est tout juste si je connaissais le nom Sibelius...). La chanson a la particularité d'avoir un refrain en "La la la", sans paroles.
En lisant les paroles, j'avais l'impression d'un couple qui faisait le constat qu'ils étaient arrivés à la fin de leur histoire ("And as we sit here alone looking for a reason to go on it’s so clear that all we have now are our thoughts of yesterday"), mais Rose McDowall, l'auteur des paroles, a expliqué que le sujet de la chanson était la guerre nucléaire, ce qui la rapproche, même s'il n'y a pas de rapport musicalement entre les deux, du classique des Young Marble Giants Final day. Avec une production synthétique aussi travaillée, et avec des influences sixties, je pense aussi à un autre grand single de la même époque, le Vélomoteur des Calamités.
Sur ce maxi anglais, c'est la version de l'album qu'on entend, qui fait trois minutes. Une version allongée a été publiée uniquement au Japon et pour une fois c'est réussite, avec une longue introduction instrumentale, et tout au long des sons de cuivres et de clarinette , que ce soit de vrais instruments ou pas. Cela m'a rappelé les excellents maxis de The The, comme Perfect et Uncertain smile.
Sur la face B, on trouve deux titres inédits par ailleurs, produits par David Balfe.
A quelques mois de la sortie de l'album d'inédits VU, la cote du Velvet Underground était fortement en hausse fin 1984. Sunday morning est un choix idéal pour Strawberry Switchblade dans sa version calme et acoustique. Le groupe la reprenait déjà sur scène en 1982.
By the sea est dans la même veine tranquille du groupe, inaugurée avec le premier single Trees and flowers. On est tout près de certaines chansons à venir de Revolving Paint Dream chantées par Christine Wanless.
Les pressions du show business étaient très fortes avant et après le succès de Since yesterday et le groupe n'y a pas résisté longtemps, d'autant que les membres du duo ne s'entendaient plus bien et que Jill souffrait d'agoraphobie. Il y a eu juste un single après l'album, une reprise de Jolene.
Jill Bryson est restée très discrète par la suite, mais elle a refait de la musique dans les années 2010 avec un groupe, The Shapists, dont l'un des membres était sa fille Jessie Frost.
A l'inverse, Rose McDowall a multiplié les projets et les collaborations au fil des années. Elle a participé en 1988 à l'enregistrement d'une reprise de Since yesterday par Current 93.
La chanson a donné en 2024 son titre au documentaire Since yesterday sur l'histoire de groupes féminins écossais. Strawberry Switchblade y est bien sûr en bonne place.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire