14 février 2026

SLEAFORD MODS : The demise of planet X


Acquis à la FNAC de Reims le 29 janvier
Réf : RT0574CD -- Édité par Rough Trade en Europe en 2026
Support : CD 12 cm
13 titres

Ça fait quelques années maintenant que je connais Sleaford Mods, ce duo de Nottingham qui associe Andrew Fearn, le gars à l'air impavide qui fabrique la musique du groupe à partir de boucles, d'échantillons et d'autres trucs électroniques, et Jason Williamson, une grande gueule qui s’époumone par dessus la musique en s'en prenant à tout ce qui ne va pas dans le monde qui l'entoure (et il y a de quoi...).
Il y a des comparaisons de Williamson avec John Lydon ou Mark E. Smith, mais je trouve que c'est de The Streets que Sleaford Mods se rapprocherait le plus. Sauf que Mike Skinner a eu du succès au début des années 2000 dès son premier album, alors que les gars de Sleaford Mods ont galéré avec de multiples projets pendant des années avant de commencer à percer quand ils avaient la quarantaine bien entamée.

Je n'avais aucun disque d'eux jusque-là, mais j'ai suffisamment apprécié Elocution, de l'album Spare ribs (2021), pour l'inclure dans l'une de mes compilations. Sans avoir écouté beaucoup de titres, j'avais un peu l'impression, entre le débit vocal et les boucles sonores, d'un risque de monotonie de leur production sur la longueur.

Ce qui m'a donné envie d'acheter ce nouvel album, c'est d'avoir vu récemment sur Arte le documentaire de 2017 Bunch of Kunst (à voir ci-dessous jusqu'au 28 février). Christine Franz a filmé le groupe sur une période de deux ans, à un moment clé, celui où il s'est mis à avoir un gros succès.
Les images les plus anciennes datent d'un concert en 2013 dans un pub de Blackpool, une cité balnéaire en plein déclin. On imagine bien la scène. En février 2015, ils étaient en tournée à trois dans la petite voiture de leur manager, jouant dans un pub de Boston, dans le Lincolnshire. Mais plus tard dans l'année, tout a explosé, ils ont joué sur l'une des scènes du festival de Glastonbury, dans de grandes salles à Londres et, après mûre réflexion, ils ont signé avec le label indépendant par excellence, Rough Trade.
Outre le vibrionnant Jason Williamson, qui a quitté son boulot en octobre 2014 pour passer professionnel et qui cherche à concilier rock and roll et vie de famille, on découvre son compère Andrew Fearn et leur manager/patron de label Steve Underwood.
Andrew Fearn sur scène m'a fasciné. Même dans les grands concerts sur la fin, il arrive avec juste un ordinateur portable, sans rien en secours visiblement, le branche et, pendant le concert, il lance les pistes instrumentales qu'il a enregistrées. On pourrait imaginer le concert sans lui, vu qu'il ne fait pas de musique en direct, mais Sleaford Mods est bien un duo et sur scène Andrew se dandine en rythme, une main dans une poche, l'autre qui tient une bière, appréciant pleinement les chansons, en chantant parfois (sans micro) quelques-unes des paroles.
Le troisième héros du film est Steve Underwood. Grand fan de musique, il a organisé de nombreux concerts et lancé son label Harbinger Sound en 1992. Pour s'occuper du groupe, il quitte son boulot de chauffeur de bus à Nottingham en janvier 2015. Avant ça, il avait organisé le tournage de la vidéo pour Tied up in Notts dans le bus qu'il conduisait, pendant son service, un dimanche matin ! C'est presque émouvant après la signature chez Rough Trade quand, chez lui, avec une pochette de Métal Urbain au mur, il explique qu'il a tous les disques de la première époque du label, de 1977 à 1982.

The demise of Planet X est le treizième album de Sleaford Mods.
Après dix ans de succès, ils sont toujours chez Rough Trade. Il y a plus de moyens (trois studios dont Abbey Road), mais aussi une volonté affirmée de rester fidèles aux valeurs et au son du groupe.
En plus de faire varier ses pistes instrumentales, la solution trouvée par le groupe pour éviter de faire du surplace est de faire appel à des invités pour compléter la voix de Jason Williamson et créer des contrastes. Cela fonctionne particulièrement bien avec des voix féminines.
Et justement, parmi mes titres préférés du disque on en trouve plusieurs avec des invités : Elitest G.O.A.T., avec Aldous Harding et une basse apparemment inspirée par Low de Bowie; The good life avec Gwendoline Christie et Big Special; No touch avec Sue Tomkins.
Il y a aussi des chansons typiquement dans le moule Sleaford Mods qui me plaisent beaucoup, comme ma chanson-titre The demise of planet X et Megaton.
Elles ont beau être imprimées sur le livret, ce n'est pas suffisant pour que les paroles soient toujours compréhensibles pour moi. Ainsi, j'imagine que Don Draper, le nom du héros de Mad men, a un rapport avec cette série, mais je ne l'ai pas saisi. Pour l'excellente Gina was, Jason Williamson a expliqué qu'elle faisait référence à une agression traumatisante dont il a été victime enfant : un groupe de filles l'avait mis à terre et déshabillé et, en référence à son zizi, il avait hérité du surnom L'asticot.
Parmi les autres titres qui m'ont déjà bien accroché l'oreille, il y a Flood the zone et The unwrap, plus calme. Ce qui fait en tout deux tiers de l'album, ce qui n'est pas si mal en deux semaines.

Évidemment, et presque malheureusement je dirais, il est trop tard pour espérer voir Sleaford Mods dans de bonnes conditions. On risquerait l'émeute s'ils jouaient dans un pub ou un café. Ils jouent au Casino de Paris le 10 mars prochain et c'est déjà complet, sûrement depuis longtemps. La seule autre date française de la tournée 2026 est aux Eurockéennes. Cet excellent album et le documentaire suffiront à mon bonheur.

Le documentaire Bunch of Kunst de Christine Franz, visible sur arte.tv jusqu'au 28 février 2026.






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