19 septembre 2020

FRANÇOIS CHARPIN TRIO : Champagne cocktail


Acquis par correspondance via Ebay en septembre 2020
Réf : KL-1111 -- Édité par Kapp aux États-Unis en 1958
Support : 33 tours 30 cm
16 titres

Comment j'en suis venu à m'intéresser à François Charpin ? Indirectement, à cause de Jonathan Richman, comme souvent... !
Comme j'ai déjà eu l'occasion de le raconter, il reprenait régulièrement sur scène dans les années 1990 Vecchio frack une très belle chanson italienne de Domenico Modugno, créée en 1955, qui raconte la balade nocturne d'un vieil homme qui a remis pour l'occasion son costume de mariage. La balade et la vie de l'homme se terminent quand il s'enfonce dans les eaux du fleuve. Avec cette chanson, Modugno a dû affronter la censure, parce que les paroles évoquaient trop précisément le contact physique (entre deux époux !) et le suicide. Elle est inspirée en partie par l'histoire du prince Raimondo Lanza di Trabia, mari de l'actrice Olga Villi, qui s'est suicidé à 39 ans en 1954 en se jetant par une fenêtre d'un hôtel de Rome.
Il y a quelques mois, j'ai fait des recherches sur cette chanson en espérant m'en procurer un exemplaire sur disque. J'ai découvert à cette occasion que Modugno avait séjourné à Paris vers 1956-1958 et qu'il y avait réenregistré certaines de ses chansons dans des adaptations en français. Vecchio frack revu par Pierre Delanoë est devenu L'homme à l'habit puis le plus souvent L'homme en habit.
La version de L'homme en l'habit par Domenico Modugno est superbe, avec un arrangement et une interprétation d'une grande finesse. Dans le style pérégrination en ville au petit matin, on pourrait tracer une ligne qui irait de Vecchio frack à Sunday morning coming down de Kris Kristofferson en passant par Il est cinq heures Paris s'éveille de Dutronc.
L'homme en habit est une chanson qui n'est pas passée inaperçue : elle a été enregistrée également par Colette Renard en 1957 et par Barbara sur l'un de ses premiers disques en 1958 (à ne pas confondre avec L'homme en habit rouge, un autre 45 tours, de 1974). J'aime moins ces reprises que la version originale, mais le jeu de piano de Barbara est intéressant sur sa version.
J'aurais bien voulu acheter un exemplaire de L'homme en habit par Domenico Modugno pour le chroniquer ici, mais le prix du 45 tours français ou de la compilation américaine sortie pour profiter du succès de Volare étaient un peu prohibitifs avec les frais de port.
Au mois d'août, en même temps que le disque des Afros, j'ai trouvé une autre compilation de Domenico Modugno, canadienne celle-ci, avec Veccho frack. J'allais m'en contenter quand j'ai découvert qu'il existait une autre version de L'homme en habit, par François Charpin et son Trio. Une reprise intéressante puisque c'est justement le Trio François Charpin qui accompagne Domenico Modugno sur sa propre version. Le pianiste François Charpin n'a pas l'accent ni le métier de chanteur d'un Modugno, mais avec le jeu superbe des musiciens et leurs chœurs, c'est une reprise qui se hisse au niveau de l'originale, et en tout cas la meilleure des reprises.
Cette version est parue sur l'album Parade des succès 1958 et, en le trouvant bizarrement chez un vendeur français, j'ai pu m'en procurer l'édition américaine chez Kapp, ce Champagne cocktail.
Outre le savoyard François Charpin, le trio était composé de deux suisses, le guitariste Pierre Cavalli et le contrebassiste Michel Gaudry, que je connaissais pour sa participation à l'album Confidentiel de Gainsbourg. Le quatrième de ces mousquetaires serait le batteur Tony Cossu.
Le groupe a publié plusieurs disques, 45 tours et albums, et a accompagné d'autres artistes, notamment Pierre Perret sur ses premiers enregistrements.
L'album Parade des succès 1958 / Champagne cocktail est présenté comme une de ces nombreuses compilations de reprises vite fait des succès du moment, mais la qualité des versions proposées le place à part dans cette catégorie. Et aussi, un quart des titres sont en fait des originaux, composés par François Charpin avec des paroles de Maurice Pon (à propos de Maurice Pon, je vous conseille de lire le passionnant entretien de 2019 paru dans Je Chante Magazine).
Parmi ces quatre chansons, Mimi n'aime pas est très bien et j'aime aussi bien Tu m'as donné tout ça et Presque rien (qui fait un peu penser à Trenet, comme Pas moi, qui est la plus faible du lot).
En écoutant ces chansons, on pense au compère de Maurice Pon Henri Salvador, et il y a d'ailleurs trois reprises de Salvador ici (mais aucune n'est co-signée par Pon) : C'était hier, Place Blanche et Quand je monte chez toi. Il y a aussi une reprise d'Aznavour, L'amour a fait de moi.
Côté Italie, il y a une autre reprise de Modugno, Lazzarelle, que je connaissais par Marino Marini et cette version est dans le même style et d'aussi bonne qualité. Il y a d'ailleurs une reprise de Marini, Sophia, et une version assez lente de Bambino.
Parmi les autres chansons, sur des rythmes latino-américains, j'aime aussi bien Miguel et une très bonne version de l'excellent Cha-cha-cha des thons.
Au final, on a un album de variété française de très grande qualité, avec des instrumentistes qui sont des pointures venues du jazz, et au moins une très grande chanson, L'homme en habit.

Une playlist avec tous les titres de l'album est disponible sur YouTube.


La très belle pochette de l'édition originale française de l'album, sous le titre Parade des succès 1958.

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Bonjour, On peut entendre Vecchio Frack dans Le Fanfaron/Il Sorpasso (1962). Mythique film avec Vittorio Gassman et Jean-Louis Trintignant. Ce long métrage est considéré comme un des premiers road movies. Vu par Dennis Hopper, The Easy Life (le titre anglais) lui inspire Easy Rider.
La trame sonore consacre de manière révolutionnaire les chansons du hit parade du moment sauf, bien sûr, Vecchio Frack de Domenico Modugno qui est utilisé dans un passage précis du film en rapport avec les paroles . Phil II.

Pol Dodu a dit…

Merci beaucoup pour l'information, Phil II.
J'ai trouvé le film entier sur YouTube (en italien) :
https://www.youtube.com/watch?v=suT-QtRcYCY.
La séquence où on entend la chanson commence juste après 12 mn, quand il met le 45 tours dans l'auto-radio (!).

Anonyme a dit…

Un grand petit film disait Gassman. Quand j'ai le moral dans les chaussettes, il m'arrive de regarder, en italien, ce film. Je pense que je l'ai visioné plus souvent que Ne nous fâchons pas.. Ne pas oublier la magnifique Catherine Spaak qui comme Brigitte Bardot a fait la Une de Life.

debout a dit…

"Il sorpasso", film "de chevet" en effet, lumineux drame sur front de mer et Ferragosto paresseux.
Je garde ma préférence pour l'interprétation de Colette Renard soulignant d'un soupçon d'humour sinistre le coté Paillasse de l'homme en habit (quand Barbara le chante avec sa sempiternelle patate chaude dans la bouche !)