
Acquis d'occasion dans la Marne probablement dans les années 2000
Réf : 6832 018 -- Édité par Philips en France vers 1970 -- Offert par Antar
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Shake little and roll -/- Two loves have
Le fait que ce 45 tours soit crédité à Joe Turner et non à Big Joe Turner ne peut pas être considéré comme une bévue. Après tout, c'est ce nom qui apparaît sur la pochette de l'album The real boss of the blues dont il est tiré. Mais c'est en tout cas source de confusion, puisque les Joe Turner aux États-Unis doivent être aussi courants que les Martin Dupont par chez nous et, rien que dans le domaine musical, il y a deux contemporains qui portent ce nom, le pianiste Joseph H. Turner (1907-1990) et le chanteur Joseph Vernon Turner (1911-1985), souvent dit Big Joe Turner, qui est celui qui nous intéresse aujourd'hui.
L'INA a commis l'exploit sur YouTube de créditer au second une prestation impressionnante au Kremlin-Bicêtre en 1969 du premier. Il m'a fallu l'aide de Philippe R. (j'aurais aussi pu lire les commentaires...) pour arriver à différencier les deux.
Pas d'erreur sur le nom de l'artiste, donc, mais j'ai rarement vu une pochette avec deux aussi grosses bourdes sur le titre des chansons. C'est simple, les deux sont faux : le classique Shake, rattle and roll est transformé en Shake little and roll, et il manque le dernier mot au titre de la face B Two loves have I ! C'est incroyable que tous ceux qui ont été en charge de la publication de ce disque aient pu laisser passer ça (les informations sur le rond central sont correctes).
Le fait que ce disque ait été édité dans la collection Offert par Antar pour être distribué dans des stations-service n'excuse rien. Après tout, il n'y a pas d'horreurs sur les pochettes, par exemple, de Memphis Slim ou de T.Bone Walker.
On voit bien avec cette pochette qu'on est à la jonction des années 1960 et 1970 : c'est un deux titres avec une pochette en papier tout fin, mais il y a encore une languette qui, à défaut de prix, comporte la mention "Offert par Antar".
The real boss of the blues est sorti en 1969 chez Flying Dutchman, le label lancé par Bob Thiele, qui avait produit en 1967 l'album Singing the blues.
L'album est sorti en France chez Philips, mais ce 45 tours, qui en reprend plus ou moins la pochette, n'a apparemment été distribué que chez Antar, pas dans le circuit de vente traditionnel.
Shake, rattle and roll est une chanson écrite par Jesse Stone sous le pseudonyme de Charles Calhoun.
Big Joe Turner est le premier à l'avoir enregistrée, début 1954. Elle a eu un succès encore plus grand quand Bill Haley l'a reprise quelques mois plus tard pour faire suite à son tube Rock around the clock.
La version originale par Big Joe Turner est du rhythm and blues énergique, avec un rythme carré bien marqué, des chœurs sur le refrain et un solo de sax qui décoiffe. Mickey Baker est à la guitare.
Quinze ans plus tard, le moins qu'on puisse dire est que la version bien dans le jus de son époque de 1969 est décevante. Elle est emmenée par la basse, mais sans rythme bien défini par la batterie. Il y a de bonnes interventions des cuivres, mais j'aime moins les solos de sax et de guitare. Le ton de Joe est détaché, il ne semble pas vraiment croire à ce qu'il chante.
La face B est très surprenante. Son titre complet est Two loves have I, qui se traduit littéralement par Deux amours j'ai. Je ne m'en étais pas rendu compte quand j'ai écouté le disque après l'avoir acheté, mais il s'agit bien d'une version de J'ai deux amours, chanson créée par Josephine Baker en 1930 !! Il est à peu près impossible pour moi à l'écoute de faire un véritable lien entre les deux chansons.
Turner reprend la version américaine de la chanson, créée dès 1931 par Ted Black and his Orchestra. On note côté crédits sur le rond central que, après une traversée aller-retour de l'Atlantique, le nom du compositeur Vincent Scotto a été complètement oublié, sans parler bien sûr des paroliers français Géo Koger et Henri Varna. Et des deux paroliers américains Barry Trivers et Jack Murray il ne reste qu'un seul nom, Ted Murrell, dont on se demande bien à quoi il correspond. Sûrement un nouvel exploit de l'équipe qui a été chargée de composer les titres pour la maquette de la pochette !
1 commentaire:
ils ont dû embaucher un pompiste pour faire cette pochette. Antar et la musique c'est déjà de la pollution! Quant à Big Joe c'est un grand, la face b est surprenante et effectivement c'est pas marqué dessus le rapport avec la chanson fr. Quant aux crédits c'est peut être un copain ou la copine du pompiste qui a œuvré. Ph
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