11 avril 2009

CORB LUND BAND : Unforgiving mistress


Acquis par correspondance via Amazon en Angleterre en avril 2009
Réf : CLB02 -- Edité par Corb Lund Band au Canada en 1999
Support : CD 12 cm
11 titres

C'est début 2003 que j'ai entendu parler pour la première fois du Corb Lund Band, peut-être bien grâce à cette chronique de Comes with a smile. En tout cas, c'est sûrement parce que cette chronique précisait que Howe Gelb soutenait ardemment ce groupe et leur avait facilité l'obtention d'un contrat chez Loose pour la sortie de leur troisième album en Angleterre que je suis parti en quête d'infos sur eux et que j'ai eu l'occasion de télécharger quelques MP3, à l'époque disponibles sur leur site.
Parmi ceux-ci, deux ont fait les beaux jours de ma playlist radio, de mes compilations mensuelles et de certains voyages en voiture : Mora (Blackberry) et Where is my soldier ?.
C'est parce que les ai encore réécoutées récemment et que je les ai trouvées toujours aussi bonnes, au point de vouloir les présenter ici, que je me suis mis en quête de ces chansons sur disque. Si elles avaient été sur deux disques différents, je n'aurais peut-être pas acheté les deux albums, et j'aurais eu bien du mal à faire un choix, mais par chance on les trouve sur le même CD, ce deuxième album du Corb Lund Band, Unforgiving mistress.
Corb Lund lui-même a une biographie de roman. Il vient d'une famille de cowboys canadiens ! Ses grands-parents ont tourné en Europe dans des spectacles de rodéo. Son père D.C., avant de se mettre à la peinture, était un cowboy de rodéo professionnel, tout comme sa mère, Patty Ivins, qui a remporté par deux fois en 1959 et 1960 le fameux Stampede de Calgary !
Corb a suivi la voie familiale en faisant du rodéo, puis il est parti étudier à la musique à la ville (Edmonton) où il a fait partie d'un groupe punk rock The Smalls, qui a sorti en indépendant quatre albums pendant son parcours de 1990 à 2001, avec un certain succès au Canada.
Parallèlement, Corb Lund a lancé son projet country folk en 1993, d'abord avec le Band puis plus récemment avec les Huntin' Albertans, un projet qui est devenu son activité principale depuis l'album Five dollar bill.
Unforgiving mistress, c'est l'album d'avant. Les illustrations de pochette sont très belles. Je pensais qu'il s'agissait de mosaïques, mais en fait ce sont des reproductions de lithographies d'Alphonse Mucha, l'un des grands représentants du style Art nouveau.
Le disque est complètement acoustique, à part un peu d'orgue joué par l'un des invités. Il s'ouvre justement avec Mora (Blackberry), dont Corb nous explique dans les notes de pochette que c'est une bossa nova (je n'y aurais jamais pensé...), qui raconte l'histoire (Lund est un très bon raconteur...) d'un ami rencontré au travail, immigré chilien.
Musicalement, c'est léger et parfait, et le côté anglais deuxième langue est parfaitement rendu :
And if I not so good with English much when I arrive
But I sent for my old father to come start a brand new life
If you come close but don't quite sing my accent right
Well exactly who or what would I be ?
My name would be Jose Alberto Mora (Blackberry)
And I would be a good man

Une histoire universelle, pleine d'humanité. Une chanson à apprécier pleinement, avec juste un petit peu d'amertume en se souvenant que nous vivons dans un pays qui ne semble pas s'inquiéter d'avoir le triste privilège de posséder un ministère de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire.

Where is my soldier ?
est du même acabit. Là, je reconnais sans problème une valse, avec des choeurs très réussis sur le refrain, et là encore c'est l'histoire éternelle et universelle d'Enrita, tombée amoureuse d'un soldat stationné près de son village et qui se demande ce qu'il est devenu. Tué ? Blessé ? Prisonnier ? Au dernier couplet, une dernière hypothèse :

Il y a juste une autre chose, un autre petit doute agaçant...
A-t-il oublié sa nouvelle épousée quand son unité est partie ?
Eh bien, si c'est ça j'espère qu'il est vivant, brisant des coeurs à l'envie
Car je suis une femme assez forte pour souhaiter ça pour lui

Je ne sais pas d'où vient le titre de l'album, mais Enrita en est exactement l'opposé : une Forgiving mistress...

Je n'attendais pas de miracle et il n'y en a pas eu : Mora et Where is my soldier ? sont, et de loin, mes deux titres préférés de l'album. Si tout avait été du même niveau, on aurait tenu là l'un des meilleurs disques inconnus des années 90. Le reste n'est pas mauvais du tout, loin de là, simplement c'est de la country folk plus ordinaire. J'ai quand même quelques préférés dans le lot, comme The oldest rhythm ou Remains of you.

Corb Lund a visiblement du succès au Canada et en Australie. Il vient de signer chez New West et devrait sortir son sixième album cet automne.
Mora (Blackberry) et trois autres titres d'Unforgiving mistress sont en écoute sur le site de Corb Lund, où l'on peut aussi acheter l'album, en CD ou via iTunes.

09 avril 2009

GEESHIE WILEY : Last kind words

Acquis par correspondance chez Archive.org aux Etats-Unis en avril 2009
Réf : 12951 -- Edité à l'origine par Paramount aux Etats-Unis en 1930
Support : 2 fichiers MP3
Titres : Last kind words -- Skinny legs blues

L'an dernier, j'ai levé l'oreille à l'écoute du dernier titre d'une compilation du magazine Mojo, réalisée autour des goûts de Paul Weller. Il s'agissait de Take your burden to the Lord and leave it there, une sorte de gospel blues où le chanteur Washington Phillips était accompagné par un instrument au son cristallin, une sorte de cythare apparemment. Je suis tombé de ma chaise quand j'ai vu le copyright sur le disque : 1927 ! J'ai même cru à une erreur tellement je ne m'attendais pas à apprécier autant un enregistrement aussi ancien, pour ses qualités propres, pas pour son aspect historique.
La même chose s'est passée tout récemment, quand Philippe R. m'a conseillé de jeter l'oreille que j'avais rabaissée sur Last kind words de Geeshie Wiley. C'est un enregistrement beaucoup plus récent, puisqu'il est de 1930 (!), mais qui lui aussi me plait profondément.
Dans les notes de pochette de la compilation Mississipi masters (qu'on peut lire sur cette page consacrée à une discographie illustrée de Geeshie Wiley), Don Kent explique que les paroles doivent remonter à la la fin de la première guerre mondiale (Le premier couplet donne à peu près ça : "Les derniers mots gentils que j'ai entendu mon père prononcer, Si je meurs, si je meurs, dans la guerre allemande, Je veux que tu envoies mon corps, que tu l'envoies à ma belle-mère" !). Il explique aussi avec plein de termes techniques que l'arrangement de guitares (Geeshie est acccompagnée par une autre guitariste, Elvie Thomas) est l'un des plus imaginatifs de son époque, mais peut-être aussi l'un des plus archaïques.
Archaïque, je ne sais pas, je lui fais confiance s'il le dit. En tout cas, l'ensemble sonne tout sauf archaïque à mes oreilles (qui ont retrouvé leur place) et je peux écouter la chanson en boucle et l'apprécier toujours autant à chaque fois.
Je n'avais jamais entendu parler de Last kind words, mais c'est un titre réputé, qui passe notamment dans le documentaire consacré par Terry Zwigoff à Robert Crumb en 1994, et qui a été repris par David Johansen sur son album Shaker et dans le film Seaching for the wrong-eyed Jesus.
La face B du 78 tours original, Skinny legs blues, est un blues de grande qualité, mais moins surprenant car beaucoup plus classique dans sa facture et son arrangement.
Encore quelques années, et j'écouterais peut-être des transcriptions de cylindres des années 1910 avec la version originale des paroles de Last kind words...

Last kind words :

Skinny legs blues :

07 avril 2009

MONSIEUR DUPONT ET SES SOLISTES CAMPAGNARDS : La polka des démobilisés


Acquis sur le vide-grenier de Oiry le 5 avril 2009
Réf : 460.062 TE DELUXE -- Edité par Fontana en France vers 1958
Support : 45 tours 17 cm
Titres : La java des moutards -- La polka des démobilisés (Polka rekruta) -/- Valse du printemps -- La danse de la banane

C'est le printemps. Il fait beau (en tout cas, il faisait beau dimanche) et les vide-greniers éclosent dans les villages. Deux m'auront suffi et, même si à chaque fois je n'ai acheté des disques qu'à un seul stand, je suis rentré content.
Il faut dire qu'à Oiry, le stand où j'ai acheté des disques proposait deux boites à chaussures de 45 tours, surtout années 60-70, à 10 centimes pièce ! J'en ai pris vingt, dont celui-ci, que j'aurais acheté même à 50 centimes ou à 1 €, tellement ça me fait plaisir rien que de taper le nom du groupe et le titre des chansons.
En plus, comme mon attention a été attirée depuis que j'ai trouvé le disque de Gabriel Dalar, j'ai tout de suite pensé que, s'agissant d'un disque paru chez Fontana probablement dans les années 50, avec autant d'humour et les mentions de java et de polka, Boris Vian pouvait avoir été impliqué à un moment ou un autre dans sa publication.
C'est probablement effectivement le cas, même s'il n'est fait mention de lui nulle part sur mon disque : le site De Vian la zizique nous informe que Boris Vian a signé sous le pseudonyme de Fanaton les notes de pochette d'un précédent disque de Dupont.
En tout cas, l'imagination était au pouvoir pour ce qui concerne le nom des groupes de Dupont puisque, si les deux premiers 45 tours Fontana créditaient sobrement "Dupont à l'accordéon et son ensemble" (mais le second proposait quand même une reprise du Poinçonneur des Lilas !), Les filles de mon village, le disque avec le texte de Vian, est attribué à "L'accordéoniste Dupont et ses commis agricoles" !!
Par rapport aux disques précédents, celui-ci bénéficie d'une pochette avec photo en quadrichromie très réussie. La jeune femme qui pose est Sophie Perrault, probablement celle-là même qui tient un rôle dans le premier film d'Eric Rohmer, Le signe du Lion.
Dans un premier temps, je n'ai vu dans l'accoutrement de Dupont qu'un clin d'oeil à la Vieille France mais, en y réfléchissant, et surtout par contraste avec ses autres photos, je me suis dit que chapeau melon + costume noir + grosse moustache + Dupont = peut-être bien un clin d'oeil au personnage de la série Tintin !!
Sinon, avec une pochette pareille, un nom de groupe pareil et des titres de chansons pareils, c'est bien entendu le genre de disque qui ne peut que décevoir un peu lorsque l'on se décide à le mettre sur la platine, et ce d'autant plus que, derrière des titres bien trouvés comme La java des moutards, La polka des démobilisés et La danse de la banane, on ne trouve que des instrumentaux avec quelques choeurs. Il y a juste un gamin qui pleure et une phrase parlée — et bien vue — au début de La java des moutards, "Pleure pas mon petit père, tu l'auras ta java". Dommage, avec des chansons on aurait eu un disque épatant façon Endimanchés.
Musicalement, le côté musette de l'accordéon est agréablement tempéré par les solistes campagnards, qu'ils jouent des instruments à vent ou à cordes, et ça fonctionne particulièrement très bien sur La java des moutards et La danse de la banane.
Entre musique de cirque et bal des Pompiers, on a un disque au final agréable avec, pour La valse du Printemps, quelques paroles anodines chantées en choeur et des sons rigolos pour évoquer les zoziaux.

05 avril 2009

JOHNNY CASH : Forty shades of green


Acquis sur le vide-grenier de Mareuil-sur-Ay un 1er mai un peu avant ou un peu après 2000
Réf : AGG20050 -- Edité par CBS en Angleterre en 1963
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Forty shades of green -- Bonanza! -/- Tennesse flat-top box -- Pick a bale of cotton

A l'époque où j'ai vraiment commencé à m'intéresser à la musique de Johnny Cash, dans la seconde moitié des années 90, j'ai acheté pas mal de CD mais il m'est aussi arrivé à plusieurs reprises de tomber sur des vinyls intéressants. Et parfois, la bonne affaire est presque littéralement au coin de la rue, comme ce fut le cas pour ce superbe EP ou pour un album sixties américain trouvé une après-midi de juillet à Avenay Val d'or. J'ai aussi récupéré plusieurs albums seventies plus ou moins intéressants, dont, un jour de chance à Douvres sous la pluie, une série de compilations cheap à l'origine mais intéressantes aujourd'hui, sorties chez Hallmark, une des étiquettes de la maison mal famée Pickwick, avec des titres superlatifs comme The great Johnny Cash, The mighty Johnny Cash ou The magnificent Johnny Cash !
Mais avec la mort de Johnny et le succès du film de sa vie version Hollywood, cette époque est belle et bien révolue. Tout ce qui porte le nom de Cash, même les rééditions merdiques ou les pires albums des années 80, doit être récupéré par les pros pour être revendu dans les bourses. Ça fait bien longtemps que je n'ai pas vu un seul de disque de Cash sur un vide-grenier mais par contre le rayon Johnny Cash dans les FNAC a quintuplé de volume en dix ans, une bonne partie des disques proposés étant des compilations de titres anciens à prix prohibitif.
Bref, ceci est mon seul 45 tours années 60 de Johnny Cash et il est probable qu'il restera le seul.
Les trois premiers titres figurent sur l'album Ring of fire, de 1963. Le dernier était la face B du 45 tours Bonanza!, paru l'année précédente.
Les notes de pochette de Joe Goldberg ont beau faire référence à la sobriété de l'accompagnement que les Tennessee Two fournissent à Johnny Cash, le premier titre du disque, dès les premières notes, le contredit totalement. En intro de Forty shades of green, on a droit à des choeurs et des violons envahissants, et ensuite Cash nous chante une ode à l'Irlande, vaguement folky et fortement vaseuse. C'est insupportable. Quand on pense que c'est sorti sur le même disque que Ring of fire...
Ça s'améliore grandement ensuite avec la reprise de la chanson de la série télé western Bonanza!. Il y a toujours des choeurs, mais là au moins on entend le tchikitak de l'accompagnement de Luther Perkins et Marshall Grant.
La face B est d'une toute autre qualité et ça s'entend dès l'intro de Tennesse flat-top box, un titre qui a été un tube aux Etats-Unis. Il n'a pas fait aussi fort que Ring of fire, mais ça a été un tube quand même. Les sons de guitare sont super (Norman Blake et Jack Clement sont probablement dans le coin...) et la chanson est rigolote et elle le reste même une fois qu'on s'est fait la remarque que la trame de la chanson est rigoureusement la même que celle que Dalida utilisera en 1974 pour son méga-tube Gigi l'amoroso !
Pick a bale of cotton est une très bonne reprise de la chanson de Leadbelly avec un accompagnement de basse, batterie et banjo. Une chanson qu'on ne trouvait donc sur aucun album avant les compilations et les rééditions avec titres bonus. Elle prend une saveur particulière quand on sait que Johnny Cash lui-même a passé une bonne partie de son enfance à ramasser du coton en famille, une activité à laquelle il a plusieurs fois fait allusion, dans ses chansons ou son autobiographie.
Voilà donc un disque qui est loin d'être parfait, mais, au moment où la saison des vide-greniers reprend, je me dis que je voudrais bien en trouver un comme ça toutes les semaines !

04 avril 2009

GUIDED BY VOICES : Under the bushes under the stars


Acquis à La Clé de Sol à Reims en 1996
Réf : OLE 161-2 & OLE 161-2 BONUS -- Edité par Matador au Royaume-Uni en 1996
Support : 2 x CD 12 cm
33 titres

Robert Pollard
est connu pour son côté excessivement prolifique, mais là, à lire les deux étiquettes apposées sur cette édition limitée anglaise de l'album, c'est à se tordre de rire :
Première étiquette : 18 nouvelles chansons plus 6 nouveaux titres.
Deuxième étiquette : Et aussi, CD bonus en édition limitée contenant le EP Tigerbomb (inédit en CD) et trois titres précédemment inédits.
L'album étant lui-même précédemment inédit, cela nous amène à 27 nouveaux titres, plus les 6 du EP. Par là-dessus, Pollard a suffisamment d'humour pour dénommer sa maison d'édition Needmore Songs !
Heureusement, la logorrhée musicale de Guided By Voices s'exprimait par un grand nombre de titres écrits, enregistrés et édités, mais ils ne sont pas tombés par contre dans les tares des néo-progressifs de tout poil avec des morceaux interminables. Ici, on reste dans le format court (les 33 titres auraient en fait pu tenir sur un CD de 75 minutes) et plutôt lo-fi, même si le groupe a enregistré là pour la première fois dans un studio 24 pistes. Il faut dire qu'avec leur pote Kim Deal aux manettes, tout juste sortie de l'enregistrement des Amps, on ne risquait pas une production trop raffinée.
Je dois bien avouer que, si je me suis décidé à l'époque à acheter pour la première fois un disque de Guided By Voices, c'est certes parce que j'avais eu l'occasion au préalable d'écouter et d'apprécier Under the bushes under the stars, mais aussi parce que, comme souvent, j'ai été attiré par la perspective d'une bonne affaire que représentait ce CD bonus.
L'album lui-même se tient parfaitement, très peu de titres étant en-dessous du lot (les six titres supplémentaires ne sont pas très différents du point de vue du son et ne sont surtout pas moins bons), mais quelques-uns se dégagent du lot, à commencer par Cut-out witch (une réussite parfaite), mais aussi Big boring wedding, The official ironmen rally song, Ghosts of a different dream et Sheetkickers. Le côté épuré des titres courts et électriques me fait un peu penser à Wire et le chant parfois, bizarrement, à Michael Stipe.
My valuable hunting knife, qui ouvre le CD bonus, est l'autre titre parfait de l'album et il justifie à lui seul l'existence de ce deuxième disque, qui se tient bien aussi, même s'il y a deux titres que je trouve à peu près inécoutables. Delayed reaction brats (1' 7") est très bien aussi.
Par la suite, j'ai écouté les albums réputés Alien lanes et Bee thousand, que je n'ai pas aimés, j'ai acheté deux EP du groupe, qui m'ont plutôt déçu, et à la rigueur j'ai plutôt préféré certains titres isolés des albums un peu tardifs comme Mag earwhig !, Do the collapse ou Universal truths and cycles.

03 avril 2009

THE CRAMPS : All tore up


Acquis à La Clé de Sol à Reims vers la fin des années 1980
Réf : SAFE 001 -- Edité par Revisited vers 1983
Support : 33 tours 30 cm
12 titres

Il s'est trouvé que, après Gravest hits, je n'ai acheté ni Songs the Lord taught us ni Psychedelic jungle. En fait, à part une musicassette de A date with Elvis achetée en solde sur le tard, je n'ai jamais acheté aucun autre disque des Cramps, à l'exception notable de cet album.
Ça se passait à l'époque dorée de la liquidation des stocks de vinyls de la Clé de Sol, des quantités impressionnantes que la maison a mis plusieurs années à écouler, probablement parce que le magasin était adossé à Disco Services, un distributeur qui desservait les détaillants de la région. Pendant cette période, une fois par an au moment de la Foire de la Quasimodo, La Clé de Sol sortait des milliers de 33 tours qu'elle vendait à 10 F. pièce (je l'en délestais chaque fois de plusieurs dizaines) et aussi des CD, genre à 100 F. les cinq. Et même, pendant un certain temps il y avait un bac ou deux de disques dans le magasin qui restait à 10F. pièce pendant une partie de l'année, mais je crois bien que c'est un jour de Quasimodo que je suis tombé sur cet album pirate, en un seul exemplaire, ce qui n'a pas manqué de susciter des envies chez certains de mes amis primitifs.
Il faut dire qu'il y a de quoi, puisque ce disque, également édité sous le titre 1979 Ohio demos (ce qui a l'avantage d'être explicite), est excellent, au point que certains le considèrent comme l'un des meilleurs disques des Cramps, voire comme l'un des meilleurs disques pirates de tous les temps !
Ces enregistrements, apparemment produits par Alex Chilton quelques mois avant l'enregistrement de Songs the Lord taught us, regroupent des versions excellentes de six titres de cet album, dont tous mes favoris, plus Jungle hop, également mon titre préféré de Psychedelic jungle.
L'enchaînement des trois premiers titres de l'album est imparable (Teenage werewolf/Jungle hop/Mad daddy). J'adore toujours autant et Sunglasses after dark et TV set. Si on ajoute All tore up (également connu sous le titre I can't hardly stand it), Twist and shout et Mystery plane, on est autorisé à finir essoufflé l'écoute complète de l'album, avec une pensée pour Lux Interior qui, comme à chaque fois, se donne à fond d'un bout à l'autre du disque.

Vingt ans plus tard, l'avantage pour ceux qui n'ont pas pu se procurer cet album c'est qu'ils peuvent le télécharger sur un paquet de sites, dont celui du français Dr Faustroll.