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23 avril 2011

RAMSAY MIDWOOD : Undone


Acquis par correspondance via eBay en Angleterre en mars 2011
Réf : 833-2 -- Edité par Vanguard aux Etats-Unis en 2003 -- For promotional use only. Not for sale
Support : CD 12 cm
Titres : Prophet Omega riff -> Chicago -- He's gone -- Rattlesnake -> Rollin in my sweet baby's arms -- Hobo man -- Shadow mayor of tiny town

De tête, j'aurais dit que ça faisait deux ans, peut-être trois au maximum, mais non, les dates ne mentent pas : j'ai bel et bien attendu quatre ans pour me procurer un exemplaire de ce disque promo, depuis le moment où j'ai chroniqué l'album Popular delusions & the madness of cows et découvert à cette occasion son existence. Pendant tout ce temps, mon alerte eBay veillait pour moi. Elle a ramené dans ses filets un exemplaire du disque de temps en temps, mais ce n'est que le mois dernier que j'ai fini par en attraper un à mes conditions, c'est à dire à un prix correct (10 € port compris). Entre-temps, j'ai quand même réussi à rater la prestation de Ramsay Midwood dans une bibliothèque de Rouen en 2009...
Si je tenais tant à me procurer ce disque d' "enregistrements pirates" de Ramsay Midwood (comme indiqué au dos de la pochette), c'est parce qu'il s'agit d'enregistrements principalement live inédits par ailleurs, avec seulement deux des titres qui figurent sur ses albums, et que, vu les circonstances de sa diffusion, il y a très eu de chance que ce CD soit réédité un jour.
Les circonstances, de ce que j'en devine, c'est que Vanguard, légendaire légendaire label folk-blues des années 50-60, a dû signer Ramsay Midwood vers 2002. Ils ont commencer par éditer aux Etats-Unis son premier album, avec deux titres en plus par rapport à l'édition originale sortie en 2000 en Allemagne chez Glitterhouse (Philippe Garnier l'avait rencontré en 2000 pour Libération). Puis en 2003, ils ont distribué aux professionnels ce demi-album, enregistré lors de trois dates à Los Angeles qui s'étalent de novembre 2000 à avril 2003, les deux premières en live pour la radio KCRW, et la troisième dans la maison d'un certain Danny. Et après ? Et bien, rien. En tout cas, Vanguard a dûr rendre son contrat à Midwood, qui a attendu 2006 pour sortir son deuxième album sur un micro-label indépendant de sa ville d'Austin.
Ce qu'il faut savoir avec Ramsay Midwood, c'est que, enregistrement studio ou en concert, ça ne fait strictement aucune différence au niveau de la prestation et du son, très probablement car il doit faire ses enregistrements studio en direct à l'ancienne.
Le disque s'ouvre par un peu plus d'une minute de Prophet Omega riff, peut-être en référence au prêcheur radiophonique de Nashville, avant d'enchaîner sur une version assez musclée de Chicago, du premier album. L'autre titre qu'on trouve sur disque, c'est Rattlesnake, qui est sur le deuxième album, mais là la version est assez différente. Sur l'album, elle était assez acoustique, alors que là elle est beaucoup plus électrique et rapide, et surtout elle est emmêlée avec une autre chanson, Rollin' in my sweet baby's arms. Rattlesnake est connue sous plein de titres différents, mais le plus connu est Muskrat, dont la version la plus populaire semble être celle de Doc Watson, sortie en 1965 chez... Vanguard ! C'est sûrement un hasard, mais Doc Watson a aussi sorti une version de Roll in my sweet baby's arms, en 1967, toujours chez Vanguard. Watson la crédite à Flatt (de Flatt et Scruggs, qui l'ont enregistrée en 1948), mais la version qui a dû servir de base à Ramsay Midwood, le son et la graphie choisie le prouvent, c'est celle qui a été un tube pour Buck Owens en 1971, Rollin' in my sweet baby's arms, créditée à Owens. Midwood crédite lui ces deux titres comme des traditionnels, ce qui parait plus honnête.
Le début des années 1970 semble d'ailleurs fortement inspirer Ramsay, puisque les deux excellentes reprises enregistrées dans la maison de Danny datent de cette période, He's gone du Grateful Dead, édité pour la première fois sur le triple album live Europe '72, et Hobo man de Link Wray, sorti en 1973 sur son album Beans and fatback.
Le dernier titre, Shadow mayor of tiny town, est un original de Midwood, excellent comme d'habitude, qu'on ne trouve à ma connaissance que sur ce disque.
Le site de Ramsay Midwood n'existe plus et sa page MySpace n'est pas mise à jour, alors ces jours-ci pour avoir de ses nouvelles, il faut aller sur sa page Facebook. Là, on apprend de bonnes nouvelles. Déjà, que Ramsay Midwood joue régulièrement en concert, et surtout qu'il s'apprête à sortir un troisième album, Larry buys a lighter. Un premier extrait, Loopers, est même déjà en vente en téléchargement chez CD Baby.
Il y a quelques mois, Ramsay expliquait à No depression que le nouvel album a été enregistré dans son garage sur bandes magnétiques et qu'il donne ses concerts pas trop loin de chez lui car il a deux enfants à l'école primaire qui occupent pas mal son temps...

13 mars 2007

RAMSAY MIDWOOD : Popular delusions and the madness of cows


Acquis par correspondance chez Miles of Music aux Etats-Unis en février 2007
Réf : [sans] -- Edité par Farmwire aux Etats-Unis en 2006
Format : CD 12 cm
10 titres

Je n'ai pas eu connaissance de "Shoot out at the OK restaurant", le premier album de Ramsay Midwood, au moment de sa sortie. Je crois que c'est un article de Philippe Dumez dans "Plus jamais malade…" qui avait attiré mon attention sur lui. Quelques temps plus tard, j'avais acheté l'édition originale de l'album parue chez Glitterhouse, soldée par le label car le disque venait d'être réédité par la major Vanguard/Warner, avec deux titres en plus.
Par la suite, Vanguard a édité "Undone", un mini-album live (hors commerce ?), et puis plus aucune nouvelle. Visiblement, le conte de fée avec Vanguard s'est arrêté là pour Midwood, puisqu'on le retrouve quelques années plus tard sur un petit label d'Austin, où il s'est installé après l'incendie de son appartement à Los Angeles.
Ce n'est que le deuxième album de Ramsay Midwood, mais on a l'impression de le connaître depuis toujours. De même qu'on n'était pas surpris de noter sur la pochette de son premier CD la présence d'un rond d'usure comme sur les pochettes des 33 tours qui ont été trop lontemps empilées, le son et les chansons de "Popular delusions…" ont quelque chose d'intemporel. On y retrouve toutes les traditions de la musique américaine fondues dans un style tout à fait accessible mais que j'ai beaucoup de mal à définir. Ce n'est pas du folk, pas de la country, pas du blues, pas du boogie, mais un peu de tout ça quand même. Philippe R. me souffle à l'oreille (et il a raison) des références au swamp rock, le rock des marais de Louisiane, et à J.J. Cale, pour l'indolence. Ramsay pourrait aussi être le grand frère de Ben Weaver...
Quant à la voix de Ramsay Midwood, elle est sans âge (je lui donnerais entre 28 et 45 ans d'après les rares photos de lui que j'ai vues). Il me fait souvent penser à Tom Waits, mais un Tom Waits sous Prozac (c'est le titre d'une des chansons de ce disque), moins éructeur et moins beuglard, et parfois aussi un peu à Steve Westfield.
En tout cas, on parle de musique populaire, presque traditionnelle, d'apparente nonchalance aussi, mais il y a un énorme travail d'interprétation et d'arrangements derrière tout ça. Ce n'est pas pour rien que Midwood a passé deux ans à travailler sur ce disque. La meilleure preuve, c'est "Planet Nixon", un de mes titres préférés du disque avec "Jesus is #1". La version qui est proposée ici est arrangée à base d'accordéon, mais le blog Songs:Illinois avait diffusé par erreur l'automne dernier une version avec un arrangement complètement différent, mais tout aussi bon, qui faisait la part belle aux cuivres.
Je ne sais pas trop d'où il tire son inspiration pour les paroles, mais là aussi il y a du répondant aussi. Le titre de l'album, lui, est détourné de celui d'un livre de Charles McKay de 1841, "Memoirs of extraordinary popular delusions and the madness of crowds".

Il y a des liens pour acheter ce disque sur le site de Ramsay Midwood.
La dernière participation de Ramsay Midwood à l'émission "Morning becomes eclectic" de KCRW est ici.

24 mars 2012

THE BAPTIST GENERALS : Void touching faster victuals


Acquis par correspondance via Amazon aux Etats-Unis en mars 2012
Réf : SPCD 609 -- Edité par Sub Pop aux Etats-Unis en2002
Support : CD 12 cm
Titres : Going back song -- Jim's head -- Fucked up life -- Unimaginative

Les Baptist Generals font partie de ces nombreux artistes américains qui trouvent plus de soutien en Europe que chez eux, chez les Hollandais (Munich Records) ou les allemands (Glitterhouse) notamment. Dans la même catégorie, rock/folk/country lo-fi ou non, on trouve Steve Westfield, Ramsay Midwood, Johnny Dowd, mais aussi Bobby Bare Jr, Lambchop, Vic Chesnutt, Howe Gelb même et plein d'autres.
Dog, leur premier EP, est sorti aux Etats-Unis chez Quarter Park en 2000. En Europe, Munich en a fait un vrai premier album en y ajoutant six titres. Le deuxième album, No silver/no gold est sorti en 2002, toujours chez Munich et Glitterhouse en Europe, mais il a aussi eu droit à une sortie aux Etats-Unis en 2003, chez Sup Pop s'il vous plait. C'est pour annoncer l'arrivée prochaine de l'album que Sub Pop a diffusé fin 2002 Void touching faster victuals, un EP au titre intriguant : "Void", c'est sûrement un "Avoid" qui a perdu son "A", mais j'ai du mal à comprendre le "faster" associé à "victuals".
Going back song est l'une des nombreuses excellentes chansons de No silver/no gold (disponible en téléchargement gratuit chez Sub Pop). Plutôt lente, assez poignante, au son brut comme il se doit (le groupe a l'habitude d'enregistrer dans une boutique ou un garage, dans les conditions du direct), associant sons électriques et acoustiques, l'ensemble étant rythmé par la guitare acoustique du chanteur et meneur du groupe Chris Flemmons.
Les trois autres titres ne sont disponibles que sur ce disque. C'est Jim's head surtout qui m'a donné envie d'investir dans ce CD. En effet, Dog s'ouvrait sur 2/3rds Jim's head, un titre d'1'20. Les 2/3 se rapportent non pas à la tête de Jim, qui est bel et bien complète même si elle est détachée du corps de Jim qui s'est pris des barbelés à moto à plus de 150 à l'heure (en l'air, la tête se surprend à entonner des chants religieux...), mais à la chanson elle-même qui est coupée avant la fin par l'aboiement d'un chien (celui du titre et/ou de la pochette ?). Cette fois-là, ça se passe assez calmement. Quelqu'un dit "Stop it" et la chanson s'arrête aux deux-tiers. Par contre Ay distress, le titre d'ouverture de No silver/no gold, s'interrompt lui aussi avant la fin (ça ne peut pas être un hasard s'ils ont aussi mis en premier) avec le téléphone portable de Jim qui se met à sonner (il avait oublié de le laisser dans l'appartement). Et là, comme il l'expliquait à Munich Records dans une interview au moment de la sortie du disque, il se met dans une rage incontrôlée et se jette plusieurs fois contre une porte en métal. Ils ont gardé la prise car ils n'ont pas réussi à faire aussi bien dans leurs autres tentatives...
On a donc ici pour la première fois une version complète de Jim's head. L'intro instrumentale sonne bien, mais le chant est vraiment saturé et crasseux. Dommage car Chris fait des wou-wou et des ah-ah à la Frank Black qu'il n'y a pas sur Dog. la chanson fait 2'50, on pourrait donc dire qu'on a plus de 4/3 de Jim's head !
Les deux autres titres sont tout aussi bruts de décoffrage. Le meilleur est sans conteste Fucked up life, une chronique familiale poignante et désespérée, un titre qui aurait mérité d'être sur un album. Unimaginative est un cran en dessous, mais n'est pas mal quand même.
Etant donné que leur dernier disque est sorti il y a presque dix ans, j'ai été surpris de voir que Wikipedia parle du groupe au présent. Et effectivement, The Baptist Generals existe toujours. Depuis quelques années, le groupe a pris une option plus acoustique. Comme Chris Flemmons l'explique dans une interview au Dallas Observer, ils ont essayé plusieurs fois d'enregistrer un successeur à No silver/no gold, mais le résultat ne leur convenait pas. Ça devrait changer en 2012 : Chris Flemmons s'est retiré de la direction du festival 35 Denton qu'il a fondé il y a quelques années, et le groupe vient de passer une semaine à enregistrer un album annoncé pour le début de l'été.


Going back song en concert le 9 mars 2007 au Denton Center for the Visual Arts.

20 mars 2011

STEVE WESTFIELD : Alone with the Lonesome Brothers


Acquis par correspondance chez CD Baby aux Etats-Unis en mars 2011
Réf : [sans] -- Edité par Record aux Etats-Unis en 2008
Support : CD 12 cm
10 titres

Lorsque j'ai chroniqué en 2006 le premier album de Steve Westfield, je savais qu'il avait mis à la retraite son Slow Band en 2005 et qu'il n'avait pas sorti de disque depuis 1998, alors qu'il avait sorti un album par an de 1994 à 1998.
J'étais aux aguets, mais ça ne m'a pas empêché de rater complètement la sortie du sixième album en 2008, dont je n'ai découvert l'existence qu'il y a quelques jours. A ma décharge, il faut dire que ce disque a été très peu distribué et encore moins chroniqué. Il n'est pas sorti en Europe et en fait il n'a été diffusé que par CD Baby, en téléchargement ou, ce que j'ai choisi, en CD-R pressé à la demande. Il faut dire aussi que, un peu comme Ramsay Midwood, dont il est assez proche musicalement, Steve Westfield semble avoir le don de disparaître et de refaire surface le plus discrètement possible, là où on ne l'attend pas si possible.
J'ai eu un peu peur quand j'ai lu un article qui annonçait ce retour de Steve Westfield. Pas parce qu'on y apprend qu'il a passé ses six années sans jouer à vivre en famille et à enseigner mais parce qu'il est expliqué que, sur ce disque, il est non seulement Seul avec les Frères Solitaires, mais en plus la moitié des titres sont des versions de chansons de ces Lonesome Brothers, dont je n'avais jamais entendu parler.
J'ai eu tort de m'inquiéter : il s'avère que ces Lonesome Brothers, des potes de Westfield, ne sont ni inconnus ni mauvais. Ils ont sorti sept albums depuis 1996 et il me semble même que j'avais déjà entendu parler de leur bassiste Ray Mason, qui mène parallèlement une carrière solo et qui a eu droit en 1999 à une compilation-hommage, It's heartbreak that sells, à laquelle Steve Westfield a participé. Au bout du compte, l'association avec les Lonesome Brothers est aussi réussie que celle de Jonathan Richman avec les Skeletons pour Jonathan goes country.
Le disque a été enregistré sur quatre ans dans un petit studio du Massachusetts, d'où sont originaires tous les musiciens de l'album, Westfield, Jim Armenti, Tom Shea et Ray Mason des Lonesome Brothers, le producteur-musicien Tom Mahkin et la chanteuse Cheri Knight, ancienne membre des Blood Oranges. Et comme Lou Barlow, le copain et ancien voisin de Westfield, a lui déménagé à Los Angeles, c'est là-bas que le dernier titre du disque a été enregistré, avec lui, dans son sous-sol.
Dès les premières secondes du titre d'ouverture, Genius angel, c'est gagné, je suis conquis. Intro à la guitare, chant de Westfield, choeurs sur le refrain. Sans compter les paroles ("You dance like a fade hook and the mean dogs don't even think to bite"). C'est l'un des meilleurs titres de toute sa carrière. Des cinq originaux de Westfield sur l'album, c'est l'un des deux co-signés avec Steve Mathewson, qu'on trouvait déjà la batterie sur Mangled. L'autre, c'est aussi une réussite, Kissing game, dans la lignée des ballades déchirantes de Reject me... first, avec trompette et paroles également réussies ("I'll take your clothes off for you if you take your clothes off for me"). Des autres titres de Westfield, mon préféré est Blissful mess, avec son rythme reggae, son accordéon et sa nouvelle mention du "genius angel".
Les cinq reprises des Lonesome Brothers sont toutes tirées de leurs deux premiers albums, Lonesome brothers et Diesel therapy, sortis en 1997 et 1999. Entre ballades et country rock, elles sont très bien aussi, particulièrement Going blind, Big shakedown (on dirait vraiment du Westfield) et Eyes wide open avec ses cuivres.
Allez, procurez-vous Alone with the Lonesome Brothers et  mettez-vous comme moi à espérer que le bonheur familial et les obligations professionnelles de Steve Westfield lui permettront dans un proche avenir de revenir donner ses concerts à rallonge en Europe. A défaut, je pourrais me contenter d'un nouvel album...

16 novembre 2018

POL DODU : Vente interdite : Mes disques hors commerce


Acquis par correspondance chez The Book Edition à Lille en novembre 2018
Réf : 978-2-9536575-9-3 -- Edité par Vivonzeureux en France en 2018
Support : 290 p. 21 cm
3 titres

Après Mes disques improbables en 2010 et Discographie personnelle de la New Wave en 2015, voici le troisième recueil de chroniques de disques publiées ici-même.
Cette fois, le fil rouge qui relie les disques sélectionnés c'est leur statut : tous autant qu'ils sont, ces disques n'ont pas été distribués dans le circuit traditionnel. Certains sont des objets publicitaires, d'autres des tirages promotionnels destinés aux professionnels de la profession. A un moment ou un autre, j'ai réussi à mettre la main dessus, souvent dans des magasins d'ailleurs, indépendamment de toutes les mentions restrictives qui peuvent être apposés dessus.
Sur 180 chroniques de disques promos publiées ici, j'en ai sélectionné environ 140, qui ont toutes été revues et actualisés.
Comme les précédentes parutions Vivonzeureux, ce livre est disponible gratuitement au format pdf. L'édition imprimée est disponible chez TheBookEdition.com.
Pour agrémenter votre lecture, je vous ai concocté une compilation de 17 titres qui ont pour point commun, sauf erreur de ma part, de n'avoir été diffusés que sur des disques dits "hors commerce".



  1. Mario Pagaro - Le rock du roc
  2. Pascal Comelade - Under my thumb
  3. ? (Marlène Jobert) - Monsieur Maurice
  4. Pierre Spiers - Cha Cha Shah de Perse
  5. Brigitte Fontaine - Le chef de gare
  6. Castafiore Bazooka - NTP remix
  7. Alain Bashung - L'arrivée du tour (Remix club)
  8. Radar - Living eyes
  9. Wave Machines - Punk spirit (Instrumental)
  10. Primal Scream - Subterranean
  11. The Go‐Betweens - The devil’s eye
  12. Catchers - Clocks and clones
  13. Papas Fritas - Live by the water (Live in Paris)
  14. Ramsay Midwood - Shadow mayor of tiny town
  15. Michel Colombier - Surfari (2)
  16. Golden Smog - Love & Mercy (Live)
  17. Joseph Arthur - Crying like a man

23 mai 2011

BEN WEAVER : The ax in the oak


Acquis par correspondance via Amazon aux Etats-Unis en mars 2011
Réf : BS 156 -- Edité par Bloodshot aux Etats-Unis en 2008
Support : CD 12 cm
12 titres

En France, c'est surtout Fargo qui nous a fait connaître Ben Weaver, en sortant son quatrième album Stories under nails en 2003, suivi en 2004 de Blueslivinghollerin', une compilation des trois premiers, inédits par chez nous. Puis il y a eu Paper sky chez Glitterhouse en 2007. The ax in the oak est sorti aussi chez Glitterhouse en Europe, mais c'est le premier disque de Weaver édité aux Etats-Unis par Bloodshoot, l'indépendant américain de la country insurgée.
Ben Weaver c'est une voix de raconteur et un auteur-compositeur qui suit sa voie, qui pourrait croiser de temps à autres celles d'autres américains, comme Steve Westfield (en moins déjanté) ou Ramsay Midwood (en moins blues).
Ce disque a ceci de particulier pour Ben Weaver qu'il a été entièrement composé lors d'un séjour à Berlin (après l'enregistrement, Weaver y est retourné pour faire les dessins qui ornent la pochette et le livret.
L'enregistrement s'est fait lui à Chicago, avec le même producteur que pour Paper sky, Brian Deck, qui a aussi travaillé avec Califone, Modest Mouse, Iron and Wine ou les Fruitbats. Cette fois-ci, les deux hommes, qui jouent tous les instruments sauf la basse et les cordes, ont pris le parti de rajouter à la base folk-rock habituelle de Weaver des sons plus synthétiques (la boite à rythmes en intro et le synthé du très poppy Pretty girl) et des échantillons (des balles de ping-pong qui rebondissent sur une table sur Soldier's war, par exemple), qui contrastent avec le violoncelle, présent sur plusieurs titres. Le tout donne un éventail sonore plus varié que ce qu'on trouve habituellement sur les disques de Ben Weaver.
Il y a des titres plus rapides que les autres, mais au bout du compte mes préférés sur The ax in the oak ont tendance à être ceux qui sont les plus calmes et le plus sur le ton de la confidence comme White snow, Alligators + owls, Anything with words, Hawks + crows, quatre titres très proches les uns des des autres, ainsi que Out behind the house.

Ben Weaver a sorti fin 2010 un nouvel album, Mirepoix and smoke,  à la tonalité plus acoustique apparemment. Un autre excellent disque, si j'en crois East Jefferson, proposé en téléchargement par Bloodshot.


L'affiche pour le concert célébrant la sortie de l'album, à Chicago le 13 août 2008.

08 décembre 2019

SHIVAREE : Breach


Acquis chez Gilda à Paris le 18 novembre 2019
Réf : 01143-2006-2 -- Édité par Zoë aux Etats-Unis en 2004
Support : CD 12 cm
5 titres

J'étais venu à Paris pour le boulot et je pensais avoir juste le temps en fin de journée de faire des emplettes chez Gilda et Parallèles. Sauf qu'en arrivant à 18h45 à la boutique, j'ai découvert que les horaires avaient changé et que la fermeture n'était plus à 20h mais à 19h. Je n'ai donc eu que quelques minutes pour regarder à toute vitesse les CD maxi ou en pochette cartonnée à prix bradé. J'en ai trouvé beaucoup moins que d'habitude, bien sûr, mais je suis quand même reparti avec une grosse poignée de disques, dont celui-ci de Shivaree.
On n'a beau voir que la chanteuse Ambrosia Parsley sur les pochettes, Shivaree était un trio américain, composé également du guitariste Duke McVinnie et du clavier Danny McGough, qui a notamment joué avec Ramsay Midwood et tourné avec Tom Waits (Quels noms ils ont tous, si c'est les vrais, pas besoin effectivement de se chercher un pseudo !).
Je connais bien sûr et j'apprécie leur tube Goodnight moon, et au fil du temps j'ai fini par acheter leur premier album I oughtta give you a shot in the head for making me live in this dump.
Je ne connaissais pas du tout ce maxi, mais il m'a suffi de retourner la pochette pour voir qu'il s'ouvrait par une reprise de The fat lady of Limbourg de Brian Eno pour le mettre aussitôt dans ma petite pile.
Il s'avère que Breach est sorti à l'automne 2004, en pleine campagne électorale américaine (celle qui aboutira à la réélection de George W. Bush), pour annoncer la sortie début 2005 du troisième album, Who's got trouble ?.
Pour des raisons contractuelles, le deuxième album n'était pas sorti aux États-Unis, mais la réputation du groupe avait connu un sursaut en 2004 avec l'inclusion de Goodnight moon sur la bande originale de Kill Bill : Vol. 2.
On trouve sur ce maxi cinq titres, avec d'abord deux extraits de l'album à venir, plus deux reprises et un titre original inédit par ailleurs.
Habituellement, c'est plutôt Peter Saville qui pille les autres, mais ici la barre colorée sur la pochette me fait fortement penser à celle qu'on trouvait en 2001 sur la pochette de Get ready de New Order.
J'imagine que le groupe a disposé d'un budget impressionnant pour l'enregistrement de son album. Rien que pour ce maxi, il y a trois producteurs extérieurs (plus Danny McGough) et six studios pour l'enregistrement et le mixage, tous à New York sauf Plus XXX à Paris, où l'album a été mixé. Ce séjour à Paris explique sûrement la collaboration avec Bertrand Burgalat, qui joue du piano électrique Rhodes sur l'album.
J'ai chroniqué ici il y a déjà bien longtemps Taking tiger mountain (by strategy), et j'ai inclus ce disque parmi les grands précurseurs du genre dans ma Discographie personnelle de la New Wave. Plus le temps passe et plus j'apprécie cet album, un disque uniformément excellent et mon préféré de Brian Eno. Malgré cela, son influence directe reste assez limitée en terme de reprises. De tête, je peux citer Third uncle par Bauhaus, le morceau-titre et Put a straw under baby par Pascal Comelade, Taking tiger mountain étant également repris par les inspirés The Pascals.
Shivaree fait donc à mon sens preuve d'un excellent goût en reprenant The fat lady of Limbourg. Leur version permet de redécouvrir la chanson avec une oreille neuve, d'apprécier la qualité de sa construction et ses différents éléments marquants, et de se pencher un peu plus sur les paroles bien délirantes, avec la grosse bonne femme du Limbourg qui demande un baiser bien collant comme récompense pour goûter des échantillons et un gros œuf de canard noir qui se révèle être en cire !
La chanson suivante, I close my eyes, est aussi extraite de l'album et c'est un original de Shivaree. Elle aurait bien pu sortir en titre principal de single : c'est pour elle qu'une vidéo a été réalisée et elle a aussi circulé en disque promo. On voit bien la parenté avec Goodnight moon et c'en est un digne successeur, sauf que là le succès n'a pas été particulièrement au rendez-vous.
Le titre suivant est une reprise de Fear is a man's best friend de John Cale. la version originale de l'album Fear est sortie en 1974, comme Taking tiger mountain, et les deux albums ont comme musiciens en commun Eno et Phil Manzanera. La voix un peu paresseuse d'Ambrosia Parsley fonctionne très bien par ailleurs, mais là, sa façon de chanter le refrain sans conviction ni passion dessert complètement cette version. C'est pourtant une chanson importante pour le groupe : ils l'avaient déjà reprise une première fois en 2000, en face B de John, 2/14.
Le titre suivant est encore une reprise, d'un titre que je connaissais pas bien, Strange boat des Waterboys, sorti à l'origine sur l'album Fisherman's blues. Cette version est un duo avec Ed Harcourt qui fonctionne bien. Il y a un petit côté Bruce Springsteen dans les deux versions, je trouve.
Le dernier titre, 657 bed b, est également un duo, cette fois avec Scott Bondy de Verbena. C'est une réussite qui sonne comme un classique de la country, sauf que c'est une composition originale.
Shivaree est un groupe qui semble avoir aimé les reprises. Avant de se séparer, le groupe a sorti un quatrième album, Tainted love : Mating calls and fight songs, uniquement composé de reprises (mais on n'y trouvait pas la trace de la chanson de Gloria Jones !).

14 mars 2026

TED HAWKINS : Strange conversation


Acquis par correspondance via Momox en février 2026
Réf : GED21915 -- Édité par Geffen en Europe en 1994
Support : CD 12 cm
Titres : Strange conversation -- Green-eyed girl -- Cold and bitter tears

Quelqu'un a partagé le lien d'une émission de 1987 du célèbre animateur radio Dr. Demento. Une demi-heure très agréable en compagnie de son invité du jour, Jonathan Richman.
A un moment, le Docteur propose à Jonathan de passer un disque de son choix, et il sélectionne un titre de Ted Hawkins, I gave up all I had, tiré de son premier album Watch your step, sorti en 1982 mais dont l'enregistrement avait débuté dix ans plus tôt. L'album est sorti chez Rounder, le label de Jonathan à cette époque.
Jonathan explique que Ted Hawkins est son chanteur préféré de ces dernières années, que c'est un musicien de rue qui jouait sur la plage à Venice Beach avant de signer un contrat et de tourner notamment en Europe, et que Ted et lui ont donné quatre concerts ensemble à Huntington Beach.

Après avoir écouté cette très belle chanson et découvert la biographie de Ted Hawkins, dont je n'avais jamais entendu parler auparavant, je me suis mis en quête d'un de ses disques pour vous le présenter, et j'ai trouvé ce CD single pour un prix tout à fait correct.

La vie de Ted Hawkins est digne d'un roman, et un roman pas particulièrement gai.
Il est né en 1936 à Biloxi dans le Mississippi. Il n'a pas connu son père, sa mère était alcoolique et se prostituait. Placé très jeune en maison de redressement, il y fait la rencontre de Professor Longhair, qui l'encourage à pratiquer la musique. Condamné pour cambriolage, il passe 31 mois au pénitencier de Parchman, où il se retrouve à travailler enchaîné. Il fera encore de la prison dans les années 1980.
Après diverses aventures dans plusieurs des États Unis, il s'installe pour plusieurs années en Californie, où il joue à Venice Beach. Dans la deuxième moitié des années 1980, il séjourne plusieurs années en Angleterre, encouragé à venir par l'animateur de radio Andy Kershaw, mais il est déporté en 1990.
"Découvert" une énième fois dans la rue, il signe un contrat avec le gros label Geffen, qui publie en 1994 l'album The next hundred years, dont mon single est extrait.

Ted Hawkins s'accompagnait généralement seul à la guitare acoustique, et au pied pour le rythme. Il jouait assis sur une caisse en plastique et avait l'habitude surprenante de porter un gant à la main gauche et de grands ongles pour gratter les cordes à la droite. Il n'appréciait pas qu'on le classe comme bluesman. Il était notamment inspiré par le gospel et fan de Sam Cooke, dont il reprenait plusieurs titres, et l'étiquette qui lui convient le mieux serait celle de chanteur folk.

Pour cet album chez Geffen, il a été accompagné par des musiciens de session, ce qui n'est pas ce qui convient le mieux à sa musique, qui est parfaite avec lui en solo, mais la production reste discrète et ne gâche pas Strange conversation, une chanson de rupture amoureuse. Certes, il y a de la guitare électrique et de la batterie ajoutées, mais on se rend compte que l'essence de la chanson est préservée, quand on compare avec la version live enregistrée le 5 novembre 1994 à McCabe's Guitar Shop et publiée sur l'album The final tour.

Green-eyed girl est un autre extrait de l'album The next hundred years. C'est une autre très belle chanson dans la même veine.

Geffen ne devait pas avoir de chansons en réserve après la publication de l'album, étant donné que, pour la deuxième face B, ils sont allés rechercher Cold and bitter tears, une chanson publiée en 1985 par un autre label, sur le deuxième album Happy hour.
Encore une chanson de rupture pas des plus gaies : "Je me demande pourquoi tu m'as quitté après tout ce que j'ai essayé de faire, Tu sais que tu me manques chérie et tu manques aux enfants aussi, Ce soir on a fait la vaisselle juste pour garder un souvenir clair de toi, J'ai refroidi l'eau chaude avec mes larmes froides et amères. (...) J'ai peur de faire la vaisselle et je sais bien pourquoi, Quand je mets ton tablier, ça me donne envie de pleurer.".

Avec le soutien de Geffen, Ted Hawkins a pu assurer largement la promotion de son album en 1994, avec une tournée qui l'a mené aux États-Unis, en Europe et en Australie. Dans le documentaire Amazing grace (ci-dessous), il dit, sûrement à propos du titre de l'album Les cent prochaines années, "I know that I will not live that long but I do hope that my music lasts that long". Il ne pensait sûrement quand même pas mourir aussi vite après cet entretien: il est décédé quelques semaines plus tard d'une attaque, à 58 ans, le 1er janvier 1995.

Un album hommage de reprises intitulé Cold and bitter tears est sorti en 2015. C'est Kasey Chambers qui y chante la chanson-titre. Jon Dee Graham quant à lui reprend Strange conversation. Mary Gauthier et Ramsay Midwood sont également de la partie.


Amazing grace, un documentaire de 1995 de Janice Engel (en trois parties sur YouTube, il n'y a pas de son avant 1'45). On y entend notamment Strange conversation (à 20'40) et Green-eyed girl (à 2' de la partie 2).