16 avril 2012

THE SOUND : Sense of purpose (What are we going to do)


Acquis chez New Rose à Paris le 24 septembre 1981
Réf : KOW 21T -- Edité par Korova en Angleterre en 1981
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Sense of purpose (What are we going to do ?) -/- Point of no return -- Coldbeat

Dans le dernier numéro d'Abus Dangereux, il y a une page entière pour chanter les louanges des deux premiers albums de The Sound à l'occasion de leur toute récente réédition. Je n'ai trouvé aucune info à ce sujet sur le site du distributeur Differ-ant et je n'ai même pas été capable de localiser le site officiel du label qui s'est chargé de cette distribution, 1972 Records, mais les disques sont bel et bien à nouveau disponibles et c'est heureux car les précédentes rééditions par Renascent, sorties en 2001, étaient depuis longtemps épuisées et se vendaient à prix prohibitif.
Pour fêter ça, j'ai ressorti le seul single extrait du deuxième album, From the lion's mouth. Sense of purpose est sorti en éclaireur de l'album, un mois avant. Je me revois encore en train de sortir de chez New Rose et de manger ce disque des yeux, comme les lions s'apprêtent à le faire pour le martyr sur la pochette (mais ça, pour le savoir, il a fallu attendre de voir la pochette de l'album, celle du single n'est qu'un détail du tableau de Briton Riviere, Daniel dans la fosse aux lions). Or, je suis ne suis allé à Paris qu'une fois au moment de la sortie de ce disque, c'est pour ça que j'ai pu fixer précisément la date de mon achat : c'était pour voir The Clash avec The Beat en première partie dans le cadre de leur semaine de concerts au Théâtre Mogador.
La version de Sense of purpose est la même que celle de l'album, sauf qu'elle est amputée de sa première minute, une intro instrumentale, pour attaquer directement avec la pêche sur les radios. Dans sa chronique de l'album dans le NME le 31/10/1981, Andy Gill prend comme point de repères pour The Sound, The Comsat Angels, U2 et Joy Division, et on est bien dans cette veine épique avec Sense of purpose, plutôt côté U2 et Comsat angels. Le rapprochement serait moins évident avec Echo and the Bunnymen, même si on pourrait le tenter avec des titres comme Over the wall et A promise, et pourtant les deux groupes avaient en commun un label, Korova, et un producteur, Hugh Jones.
En tout cas, Sense of purpose est une réussite dans son style, mais ce titre n'apportera pas du tout de succès à The Sound. C'est U2, qui n'était pas encore à leur niveau en 1981, qui remportera la timbale en 1983 avec un titre un peu dans la même veine, New year's day.
Les deux titres de la face B sont des raretés, ce sont aussi deux grandes réussites.
Pour Point of no return, probablement un titre issu des sessions de l'album, on peut cette fois-ci évoquer, surtout pour le chant et les paroles, le souvenir et le désespoir de Joy Division. Le titre parait presque un peu court, le groupe l'aurait sûrement un peu plus travaillé s'ils avaient décidé de l'inclure sur From the lion's mouth.
Il n'y a aucune indication à ce sujet sur le disque, mais Coldbeat est tout sauf un nouveau titre : cet excellent morceau électrique, punky, plus proche du son de Jeopardy, date en fait d'avant le premier album du groupe. Il figurait en 1979 sur leur premier disque sous le nom de The Sound, l'EP Physical world, un disque que j'ai acheté vers 1983 et que j'ai été assez bête pour revendre.
Ces deux titres ne figuraient pas sur la réédition CD de From the lion's mouth en 2001 (il n'y avait en bonus que le single suivant, Hot house) et ils ne sont pas non plus sur la toute nouvelle réédition, qui ne comprend que les dix titres du 33 tours original. C'est peut-être pour respecter la volonté d'Adrian Borland, qui en son temps avait souhaité que ses albums soient réédités tels quels, mais c'est bien dommage quand même. Un CD bonus avec les diverses raretés d'époque (comme la version live de New dark age de la face B de Hot house) aurait peut-être permis de satisfaire tout le monde...

15 avril 2012

BARBARA : L'aigle noir


Acquis sur le vide-grenier de Bisseuil le 8 avril 2012
Réf : 6009-053 -- Edité par Philips en France en 1970
Support : 45 tours 17 cm
Titres : L'aigle noir -/- Quand ceux qui vont

L'intérêt du vide-grenier de Bisseuil, c'est que c'est l'un des rares dans la saison où je peux me rendre à vélo (3 km à plat le long du canal, çà reste dans mes cordes). Cette année pour le Dimanche de Pâques, le temps était plutôt agréable et en conséquence les stands étaient plutôt nombreux. Malgré tout, je n'ai fait des achats qu'à trois stands, un très bel album de guitare hawaïenne acheté à M. Beatnik, qui a retrouvé quelques disques dans son garage, deux CD à un autre stand, et surtout une bonne pile de disques pas chers achetés à un couple qui avait un carton d'albums et un de 45 tours. J'ai dégoté notamment une portion d'album de Marcel Bianchi (le disque est grignoté sur le bord sur la largeur de deux titres) et un autre (complet) de musique hawaïenne par Harry Kaapuni, un de Léo Ferré et quelques 45 tours des années 1960-1970, dont celui-ci.
Contrairement à ce qu'on pourrait croire en jetant un rapide coup d'oeil à la pochette, il ne s'agit pas d'un duo entre Barbara et Marcel. Marcel, c'est simplement l'ancien propriétaire, visiblement, de tous les disques que j'ai achetés à ce stand et, comme moi à une époque, il a succombé au charme de l'étiqueteuse Dymo à ruban rouge et il a commis l'erreur d'en coller sur ses disques. Je peux attester que ces étiquettes sont indécollables, d'ailleurs, plusieurs des pochettes de disques de Marcel étaient abimées car on avait essayer de s'en débarrasser.
Je ne connais de Barbara que ses plus grands succès, Dis quand reviendras-tu ?, Au bois de Saint-Amand, Ma plus belle histoire d'amour, L'aigle noir surtout. D'autres de ses grands titres, comme Göttingen ou Nantes, ne sont que ça pour moi, des titres de chansons dont je suis incapable de citer l'air et les paroles. Et encore, les chansons que je dis connaître, c'est de très loin, surtout pour les avoir entendues à la radio. J'imagine que ces chansons que j'ai citées faisaient partie des sélections de Barbara pour Stop ou encore le dimanche matin sur RTL dans les années 1970.
En fait, j'ai vraiment découvert L'aigle noir, cette chanson que j'aime beaucoup, cette semaine en écoutant attentivement ce 45 tours que je venais d'acheter.
Le charme agit dès l'intro, avec la mélodie sur les premières paroles ("Un beau jour ou peut-être une nuit, Près d' un lac je m' étais endormie"), l'accompagnement au piano. Puis arrivent au fil de la chanson la batterie, la basse, la guitare électrique les choeurs. En écoutant ce son post-psyché/pré-progressif et en pensant à la date de sortie du disque, je me suis dit que cette chanson, arrangée par Michel Colombier, contient tous les ingrédients qui feront le succès l'année suivante de L'histoire de Melody Nelson. Ce rapprochement n'est sûrement pas complètement fortuit : Barbara et Gainsbourg (qui se sont parfois retrouvés à la même affiche, comme à Nancy en 1965) étaient sur le même label, Philips, Michel Colombier a beaucoup travaillé avec Gainsbourg sur cette période et, de son côté, juste avant d'enregistrer L'aigle noir, Barbara avait collaboré avec Jean-Claude Vannier pour l'album Madame.
Les interprétations des paroles de L'aigle noir fleurissent, souvent à sens unique et psychanalytiques. Je préfère m'attacher à leur mystère et à leur poésie. Déjà que, depuis plusieurs années, me trotte dans la tête une variante, implantée là par l'un des membres de L'Opération Kangourou (Le Dérailleur Fou je crois) : "Quand soudain semblant crever le ciel et venant de nulle part, Surgit un nègre noir" ! Ça n'a l'air de rien, mais c'est redoutablement polluant et contagieux. Je viens peut-être de vous transmettre le virus...


Barbara, L'aigle noir, en direct dans l'émission Top à Barbara le 9 mars 1974.

09 avril 2012

PSAPP : I want that


Acquis au Record & Tape Exchange de Notting Hill Gate le 18 novembre 2010
Réf : RUG317CDP -- Edité par Domino en Angleterre en 2009 -- For promotional use only / Not for sale / This promotional CD remains the property of Domino Recording Co Ltd and must be surrendered upon request
Support : CD 12 cm
Titre : I want that

Le 3 décembre dernier, Family Fodder a donné l'un de ses rares concerts au Week-end Festival de Cologne. Pour l'occasion, Alig et Darlini Singh-Kaul ont bénéficié du renfort d'un "batteur de comédie", Carim Clasmann, équipé d'une petite batterie et d'autres instruments, dont un kazoo, une flûte à piston et un marimba.
Carim Clasmann, ce nom ne me disait rien, mais quand j'ai appris qu'il formait avec Galia Durant le groupe Psapp, là une petite lumière s'est allumée. Ça m'a pris quelques minutes, le temps de farfouiller dans mes piles de disques en attente de classement, et j'ai retrouvé ce CD promo acheté lors de mon dernier passage à Londres. Comme c'est le cas quand je reviens à la maison avec des dizaines de disques, je l'avais écouté une fois rapidement et j'attendais une deuxième occasion de le faire avant de le ranger. Son concert avec Family Fodder me l'a donnée.
Si j'avais gardé ce disque, en tout cas, c'est que la chanson m'avait suffisamment plu à la première écoute. Et effectivement, I want that, un titre extrait de l'album The camel's back, est une chanson funky bricolo des plus agréables, ornée de cuivres, de choeurs et d'orgue. Le côté bricolo est sûrement en partie dû au fait ques Psapp est réputé pour utiliser notamment des jouets comme instruments.
Avant d'acheter ce disque (dans la cave à 10 pence de Record & Tape Exchange), je n'avais jamais entendu parler de Psapp. Pourtant, ce groupe a sorti trois albums tout au long des années 2000 (un quatrième serait en préparation). Carim Clasmann est par ailleurs ingénieur du son et producteur : il a travaillé entre autres avec Einstürzende Neubauten et Die Toten Hosen, et aussi dans le studio de Can. Si vous regardez Grey's anatomy, vous connaissez peut-être sans le savoir au moins un morceau de Psapp : c'est leur titre Cosy in the rocket qui sert de générique à la série.
Comme beaucoup de mes disques promo Domino, ce CD pourrait presque être considéré comme un disque virtuel : il n'a pas d'équivalent dans le commerce sous ce format, la seule façon d'acquérir ce deuxième single de l'album étant de l'acheter sous forme de fichier à télécharger...

The camel's back est toujours en vente chez Domino, où on peut écouter I want that.

08 avril 2012

LES TROGGS : I can't control myself


Acquis sur le vide-grenier de Tours sur Marne le 1er avril 2012
Réf : 4690.981 ME -- Edité par Fontana en France en 1966
Support : 45 tours 17 cm
Titres : I can't control myself -- When I'm with you -/- Hi hi Hazel -- Gonna make you

Autant la semaine précédente à Saint-Martin d'Ablois la température était largement printanière, autant ça caillait de bon matin dimanche dernier à Tours-sur-Marne. Je tremblais de froid et j'avais les doigts gourds en fouinant. J'avais déjà fait quelques emplettes de 45 tours quand je suis arrivé à ce stand où il y avait sur la table principalement des capsules de Champagne, mais aussi deux boites à chaussures de 45 tours et deux caisses d'albums.
Une des boites de 45 tours contenait visiblement des disques "collectors", sous pochette plastique, avec des étiquettes de prix à l'avenant, de 6 à 18 € (pour un bel EP des Beatles). Mais certains de ces disques n'avaient pas d'étiquette. Le propriétaire du stand étant parti pisser/chiner/boire un café ou un verre de Champagne pour se réchauffer (vous pouvez rayer les mentions inutiles), son fils d'une vingtaine d'années était bien embêté car il ne connaissait pas tous les prix des disques et des capsules. Il m'a cependant indiqué qu'il pensait que ces disques étaient à 2 €. Muni de cette information, j'ai fait mon marché et j'ai sélectionné trois disques : un superbe EP de Fats Domino (malheureusement, si le disque à l'intérieur est bien de lui et sur le même label, je n'avais pas remarqué que les titres ne correspondaient pas à ceux de la pochette), un autre, carrément, des Teddy Bears (on aura l'occasion d'en reparler) et celui-ci des Troggs qui, comme les Beatles et d'autres sur leurs pressages français, on droit à l'article "Les" sur la pochette plutôt que "The".
Le père n'étant toujours pas revenu (peut-être qu'il n'y avait pas de mention inutile et qu'il était parti faire les trois), le fils est resté sur sa première idée et m'a même proposé de me faire les trois disques à 5 €. C'est un peu plus cher que ce que je paie habituellement sur un vide-grenier, mais c'est donné pour des disques de cette qualité en bon état ! Je pense que le père les aurait sûrement vendus un peu pus cher, mais je n'ai ni marchandé ni même mis la pression sur son pauvre fils abandonné en plein coup de bourre sur le stand.
I can't control myself est le troisième tube des Troggs. Les deux premiers, enregistrés en trois-quarts d'heure en février 1966, sont Wild thing et With a girl like you. L'album est arrivé en juillet, intitulé From nowhere en Angleterre et Wild thing presque presque partout ailleurs, mais dès septembre le groupe sortait ce nouveau titre, I can't control myself, qui n'était pas sur l'album, et qui ne sera pas non plus sur le suivant, Trogglodynamite, en février 1967.
I can't control myself est un classique du rock et la preuve c'est que j'ai déjà eu l'occasion d'en chroniquer ici trois versions différentes par Enric Casasses et Pascal Comelade, Paul Roland et Big Maybelle, ce qui place cette chanson au niveau de Satisfaction ou The model. Et sans lister toutes les reprises, on signalera qu'Howard Devoto a chanté I can't control myself avec les Buzzcocks (et peut-être bien aussi avec Magazine sur scène). Pour Comelade, la performance d'I can't control myself est depuis plusieurs années un grand moment lors de ses concerts, avec ou sans la participation de Casasses mais presque toujours avec un solo de ballon de baudruche de Pep Pascual.
Il y a eu dans Mojo l'an dernier un très bon article sur les Troggs. On y apprend notamment que les Troggs avaient été repérés par Larry Page parce qu'on lui avait dit qu'ils jouaient You really got me mieux que les Kinks (et Page était co-manager des Kinks...), mais autant les Kinks avaient un côté dandy, autant les Troggs ont toujours revendiqué être un groupe de prolos. Ils racontent dans Mojo comment, le jour où Wild thing est entré dans les charts, ils ont tous plaqué leur boulot, sans se concerter. Mais musicalement, sur leurs titres rock, les Troggs sont bien dans la lignée des Kinks brutaux de You really got me/All day and all of the night. Wild thing, écrit par Chip Taylor, capturait bien ça et on n'est pas surpris qu'ils aient repris Louie Louie sur leur premier album.
Du "Oh noooooooo !" en ouverture au "Waaaraaarrgghhh !" final, I can't control myself est exactement dans cette lignée : du rock brutal, primaire, animal presque. "Quand tu es près de moi, je ne me contrôle pas"... Toujours dans Mojo, Reg Presley explique que la chanson lui a été inspirée par la vue d'une spectatrice d'un concert, face à lui, qui avait un jean rouge coupé tellement bas qu'on lui voyait les poils pubiens. Il n'était, il le dit lui-même, qu'un maçon brut de décoffrage, et dans la voiture au retour, il avait déjà les paroles. Il n'a parlé que de hanches visibles ("Her slacks are low and her hips are showing"), mais la testostérone est suffisamment présente dans la chanson pour que celle-ci ait été plus ou moins censurée par-ci par-là. Sur le même thème, les gentils garçons d'XTC ont fait quelque chose de beaucoup plus civilisé en 1979 avec When you're near me I have difficulty.
La face B du 45 tours anglais, Gonna make you, co-écrite par Larry Page, est encore plus primaire, si c'est possible (pas de "Ba ba ba ba ba ba ba ba ba" comme sur la face A), mais elle parle exactement de la même chose : "You turn me on when I'm with you". De la batterie à la guitare, on est tellement sur le territoire de Bo Diddley que c'en est presque du plagiat. Au moins, sur leur deuxième album, à titre de compensation peut-être, les Troggs feront carrément une reprise de Bo, Mona.
Pour compléter le EP, le label français a choisi deux titres de From nowhere, qui sont représentatifs de la face pop des chansons des Troggs. When I'm with you est une perle pré-psychédélique, qui traite encore toujours du même thème, l'effet d'une fille sur Reg Presley, mais les réactions sont ici plus sophistiquées ("I see the flowers before their time", "I'm hearing bells before they ring") : on rejoint le terrain de jeu d'XTC... Hi hi Hazel est de la même veine, pop et presque bucolique. On sent fortement l'influence de Donovan.
On concluera ce billet avec une pensée pour Reg Presley, le maçon chanteur et amateur d'OVNIs des Troggs. Il avait déjà eu une attaque en 2010 et, après avoir appris qu'il était très gravement malade, il a annoncé au début de cette année qu'il arrêtait définitivement les Troggs.

Je me demandais si Les Troggs avaient eu l'occasion de jouer en France à l'époque. C'est arrivé au moins une fois, en 1967 au Festival International de Pop Music au Palais des Sports de Paris. Avec l'ordinateur et une connexion qui vont bien (ce qui n'est pas mon cas), on peut voir sur le site de l'INA un extrait de 15 minutes de l'émission Bouton Rouge du 8 juin 1967, qui se conclut par une version de I can't control myself.




05 avril 2012

FAROUK SALAMA : Sena


Acquis chez Emmaüs à Tours-sur-Marne le 24 mars 2012
Réf : 31-72106 -- Edité par Nefertiti en Egypte probablement dans les années 1950
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Sena -/- Noura

J'étais surexcité après avoir trouvé le 45 tours Congo rhythm et je n'espérais pas vraiment trouver d'autres disques intéressants ce jour-là. Mais quand même, regardé un peu plus attentivement les reste des piles de disques, au cas où...Et bingo ! J'ai d'abord trouvé, Tahiti meets Manahiki, un superbe album de 1963 sur Tahiti Records avec une face par Eddie Lund and his Tahitians, puis mes yeux ont été attirés par la pochette colorée de ce 45 tours. Je l'ai retournée et j'ai découvert des motifs géométriques également colorés avec une découpe laissant apparaître la très belle étiquette du label Nefertiti. Le tout étant en très bon état, je l'ai empoché, sans savoir vraiment trop ni de qui ni de quoi il s'agissait, étant donné que je ne lis pas l'arabe.

En tout cas, au vu de la pochette, je n'ai pas été surpris de découvrir à l'écoute de la musique orientale instrumentale avec, comme instrument principal au début de la face A notamment, de l'accordéon (j'avais remarqué la discrète photo de l'accordéoniste en haut à gauche du recto du disque). Mais l'accordéon est loin d'être le seul instrument en vue sur cet enregistrement, marqué par des percussions claires et puissantes et des accélérations de tempo impressionnantes.
Au début de la face B, une voix féminine prononce deux fois le mot "Noura". Le rythme est moins endiablé mais j'aime aussi beaucoup ce deuxième titre.

Il fallait que j'en sache plus. Avec l'aide de Mouna pour la transcription, que je remercie au passage, j'ai pu déchiffrer les informations figurant sur la pochette et le disque. Avec un nom de label comme Nefertiti, j'avais bien pensé qu'il s'agissait d'une production égyptienne, ça a été confirmé. J'ai appris ensuite que le nom de l'artiste est Farouk Salama et que les deux faces sont intitulées respectivement Sena et Noura, deux prénoms féminins.

Il s'avère que Farouk Salama est un accordéoniste très réputé. Il a notamment longtemps accompagné Oum Kalsoum (comme ici sur scène en 1971). Il a dû publier de nombreux disques, cassettes ou CD. Je n'en ai pas trouvé beaucoup de traces en ligne mais on constatera sans surprise que, dans un style différent mais comme sur ce 45 tours, c'est la danseuse qui est mise en avant sur la pochette de The loveliest oriental dances, un disque de Farouk Salama et Hani-Mahnah qui doit dater des années 1960 ou 1970.

Et la très bonne nouvelle c'est que, une bonne cinquantaine d'années après la sortie de Sena, Farouk Salama est toujours en activité. On peut le voir par exemple accompagner Nour Marwani en direct sur un plateau de télévision dans une vidéo récemment mise en ligne.
Le Congo, l'Egypte, Tahiti... Il semble que les bons disques du monde entier avaient rendez-vous chez Emmaüs à Tours-sur-Marne ce jour-là !

A écouter :
Farouk Salama : Sena
Farouk Salama : Noura

01 avril 2012

BILLY STRANGE ET SA GUITARE A 12 CORDES : Anthologie du folklore américain


Acquis sur le vide-grenier de Saint-Martin d'Ablois le 25 mars 2012
Réf : LD.622-30 -- Edité par GNP / Vogue en France en 1963 ou 1964
Support : 33 tours 30 cm
12 titres

Après mes trouvailles inespérées la veille à Emmaüs, je n'espérais pas faire aussi bien à Saint-Martin d'Ablois, mais bon, c'est traditionnellement par chez nous la première brocante de printemps en village, la météo était idéale, et puis le fouineur n'est jamais rassasié...!
J'ai quand même bien cru que j'allais revenir bredouille, puis j'ai trouvé trois-quatre 45 tours intéressants vers la fin de mon tour et, en repartant, je me suis arrêté à un stand qui était occupé à mon premier passage (par deux gars qui, soit dit en passant, à mon arrivée sur le vide-grenier étaient en train d'acheter Big hits (High tide and green grass) des Stones et un album de Crazy Horse chez Reprise, sans Neil Young).
Il y avait là deux piles d'une vingtaine de 33 tours posés à plat sur la table, ce qui n'est pratique, que j'ai vaguement passées en revue car le lot contenait visiblement et surtout de la variété et de la musique de danse de la pire espèce.
Mes yeux se sont quand même arrêtés à un moment sur les mots "folklore américain" et "guitare 12 cordes". J'ai sorti le disque et vu le nom de Billy Strange, un gars que j'ai instantanément associé à Lee Hazlewood. Au vu de la liste de titres et après avoir vérifié que le disque était en bon état, je l'ai empoché pour 1 €.
C'est à mon retour à la maison que j'ai appris que Billy Strange (c'est son vrai nom) est décédé il y a quelques semaines seulement, à 81 ans. Ce décès a encore eu peu de répercussions dans la presse en Europe (Uncut a fait une brève, Mojo n'a pas encore eu le temps d'en parler, et je ne parle pas de la presse française). Billy Strange était quand même pourtant un pilier de la musique populaire avec une discographie longue comme le bras, un guitariste de studio qui, des années 1950 aux années 2000, a accompagné des gens du calibre de Tennessee Ernie Ford (dès les années 1950, mais Strange joue également sur la version '65 de 16 tons, le tout premier disque chroniqué dans Blogonzeureux!), Elvis Presley, Ricky Nelson, les Everly Brothers et également nombre de titres importants des Beach Boys, de Surfin' USA à Sloop John B (à lire, les commentaires de Billy Strange sur les sessions de Pet sounds) !!!
Pour le lien avec Lee Hazlewood, je ne me trompais pas car Billy Strange a pris en charge l'arrangement de tous les disques de Nancy Sinatra produits par Hazlewood.
Cet album "folk" fait partie des disques peu connus mais assez nombreux que Billy Strange a sortis sous son nom, notamment chez GNP dans les années 1960. De façon assez surprenante pour un disque instrumental de guitariste mettant en vedette la douze cordes, sorti en 1963 sous le titre original de 12 string guitar, la guitare n'est pas excessivement en avant. C'est sûrement en partie dû au fait qu'il ne s'agit pas d'un enregistrement solo mais bel et bien d'une collaboration entre cinq musiciens : comme le précisent les notes de pochette "Les arrangements furent improvisés au studio par les musiciens".
Et quels musiciens, puisque Strange est ici accompagné par Hal Blaine, le batteur membre comme lui du Wrecking Crew, le guitariste Erwan "Bud" Coleman, mort dès 1967 mais qui a eu le temps de se faire remarquer avec Herb Alpert et son Tijuana Brass, le banjoïste bluegrass Don Parmley et le bassiste Bert Dodson, qui a joué des années trente à cinquante avec les Cass County Boys !
Le répertoire proposé est sans surprise, mais les interprétations sont excellentes, très dynamiques. Le folk-rock n'est pas encore né, mais il n'est pas loin. J'aime particulièrement la version de Cotton fields, un des trois titres en commun avec le répertoire de Trini Lopez (un bon point de comparaison pour l'énergie. Strange a aussi enregistré par ailleurs avec Lopez, bien sûr). Les deux autres sont Green green et If I had a hammer. Ce Si j'avais un marteau est proposé ici dans une
version détendue et avec l'excellent Walk right in / Marche tout droit, ça nous fait deux titres du catalogue de Claude François.
Il y a aussi deux très bonnes versions de chansons popularisées par la Carter Family, Wildwood flower et Wabash Cannonball, une reprise d'un titre plus contemporain, le Blowin' in the wind de Dylan, une épique Battle of New Orleans, une version d'un titre co-signé par Hazlewood (A stranger in your town des Shacklefords) et, justement, une (très bonne) version de 16 tons.
Je n'espérais pas me réjouir autant à l'écoute de ce disque, une trouvaille bien plus intéressante que je ne le pensais au moment de le payer. Ne me reste plus qu'à espérer tomber sur d'autres disques de Billy Strange, notamment l'EP avec pochette qui contient deux titres tirés de cet album et deux du suivant, Mr. Guitar, ou les disques, 45 tours ou 33, où Strange reprend notamment des thèmes des films de James Bond.

Cet album a été été réédité en CD en 1995 couplé sur un seul disque avec l'album Railroad man de 1968, toujours disponible.