10 mars 2017

JC BROUCHARD : Television Personalities : Journal d'un fan de chambre


Acquis par correspondance chez The Book Edition à Lille en mars 2017
Réf : 978-2-9536575-7-9 -- Edité par Vivonzeureux en France en 2017
Support : 123 p. 20 cm
7 titres

Mon nouveau livre, Television Personalities : Journal d'un fan de chambre, vient de paraître, sous mon pseudonyme de JC Brouchard. Si on compte ceux sortis sous le nom de Pol Dodu, c'est le septième depuis 2010.
Ce journal, récemment redécouvert, couvre les années 1981 à 1984. Il retrace mon parcours de lycéen de province, de ma chambre d'étudiant chez mes grands-parents aux concerts Living Room organisés par Creation Records à Londres.
Il me donne surtout l'occasion de rendre hommage à Television Personalities, le groupe de Dan Treacy.
Ce livre bénéficie de deux préfaces, par Joe Foster, ancien membre de Television Personalities, producteur émérite et patron de label (actuellement, Poppydisc), et Jean-Daniel Beauvallet, rédacteur en chef aux Inrockuptibles, l'un des organisateurs en 1985 du premier concert de Television Personalities en France.

Le livre numérique est disponible en téléchargement gratuit (format pdf). Seul le livre imprimé est payant (9 € port compris).

Étant donné que Television Personalities est un groupe culte qui a des fans dans le monde  entier, le livre sort simultanément dans une traduction anglaise sous le titre Television Personalities : Diary of a young fan.

Plus d'infos et liens pour télécharger gratuitement le livre numérique ou acheter le livre imprimé chez Vivonzeureux!

05 mars 2017

LA FANFARE DES SAINTS-PÈRES DES BEAUX-ARTS : Un tout petit pantin


Acquis chez Récup'R à Dizy le 17 février 2017
Réf : EPL 8 553 -- Édité par Vogue en France en 1967
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Un tout petit pantin (Puppet on a string) -- Sur les hauteurs de l'Himalaya -/- Non pas ce soir (No milk today) -- Je chante pour moi

Je passe régulièrement à la ressourcerie près de chez moi mais, depuis le lot de 33 tours Vogue que j'y avais acheté en septembre dernier, je n'avais pas eu l'occasion d'y faire d'autres trouvailles discographiques.
Sauf l'autre jour où, en prenant la peine de parcourir tous les 45 tours dans les quelques boîtes à chaussures disponibles, j'ai fini par dégoter tout au fond deux disques intéressants, Don't let me be misunderstood, un deux titres en bon état de Nina Simone que je n'avais pas, et cet EP. C'est un hasard que ce soit aussi un disque Vogue car je suis bien sûr qu'il ne vient pas du même lot que les autres.
Initialement, je me suis dit "Bof, encore une fanfare, je ne vais peut-être pas prendre ça". Puis j'ai vu que le premier titre indiqué était Un tout petit pantin, le tube Puppet on a string de Sandie Shaw. J'ai retourné la pochette et j'ai vu qu'il y avait des notes du célèbre producteur Christian Fechner, indiquant clairement qu'il s'agissait d'une fanfare de joyeux drilles. Quand j'ai vu qu'il y avait dans le lot une version de No milk today et une reprise de Sullivan, je n'ai plus hésité une seconde.
La production des EP Vogue de 1954 à 1970 est vraiment exceptionnelle et impressionnante. Une liste sur Rate Your Music en recense environ 1700, du jazz à la chanson en passant par tous les genres musicaux possibles. Rien que pour l'année 1967, celle de la sortie de ce disque, il y en a 95, soit quasiment 8 par mois !
J'ai eu l'occasion de connaître et d'apprécier des fanfares étudiantes, mais je n'étais pas familier avec le concept de Fanfare des Beaux-Arts. Celle des Saints-Pères en est l'un des nombreux exemples. Je ne sais pas combien de temps elle a existé, mais celui-ci est le seul disque qu'elle a enregistré, si j'en crois la discographie présente sur El cybodega des fanfares.
La Fanfare des Saints Pères a beau réunir des joyeux drilles fanfarons, pris en photo sûrement dans le Studio Sidney Bechet de Villetaneuse, les arrangements du directeur artistique Gérard Perrier et l'interprétation me semblent d'une très bonne tenue.
Puppet on a string de Sandie Shaw venait de remporter le grand prix de l'Eurovision. Sandie avait aussi interprété cette chansons en français et son label Pye était distribué par Vogue. Pas étonnant donc que le disque s'ouvre avec une version de ce grand succès.
On note d'ailleurs que la référence suivante chez Vogue correspond également à une version de Un tout petit pantin par une fanfare. Mais au vu de la pochette, on peut être sûr que la Fanfare Perce-Oreille était un ensemble bien plus traditionnel que la Fanfare des Saints-Pères. Le but étant bien sûr de couvrir les différentes niches du marché du disque.
Je n'ai pas trouvé d'autre trace de la composition Sur les hauteurs de l'Himalaya de Ph. Baticle. Il est possible que ce soit un original.
En face B, on a une version d'un autre tube, No milk today de Herman's Hermits. Sauf erreur de ma part, la première version en français sous le titre Non pas ce soir a été sortie sur Trianon en 1966 par Les Diamants. L'adaptation des paroles dans un style juridique sans aucun rapport avec l’œuvre originale est due à Jacques Lanzmann.
Il y a au moins une autre version chantée de Non pas ce soir, en français mais avec l'accent italien, par Elsa Martinelli  chez Disc'AZ en 1967, accompagnée par Michel Colombier et son Orchestre. La version fanfare rend bien justice à cette excellente chanson pop. Elle est en écoute ci-dessous.
Je ne pense pas que le premier EP de Sullivan a été un énorme succès en 1967. Mais il était sorti chez Vogue et c'était une raison suffisante pour reprendre Je chante pour moi, pourtant seulement l'une des faces B. Mais en version marche avec basse cuivrée énorme, ça sonne très bien.

Ajout du 31 mai 2021 :
Merci à Calo qui, dans un commentaire aujourd'hui sur cette chronique, pointe vers un article très détaillé qu'il a écrit sur la Fanfare des Saints-Pères des Beaux-Arts. On y découvre notamment la liste complète des membres de la Fanfare et il y a un lien pour télécharger les quatre titres du 45 tours.
J'y ai appris qu'en fait la Fanfare est présente sur la version originale de Je chante pour moi, sur le disque de Sullivan. Certes, elle n'est pas créditée, mais j'aurais dû à l'époque réécouter ce titre et m'en rendre compte par moi-même.
Du coup, en cherchant la version Sullivan, qui n'est pas sur YouTube, je suis tombé sur mieux : un document de faible qualité technique mais très intéressant "historiquement", mis en ligne il y a quelques semaines : Sullivan à la télévision en 1967, dans une émission présentée (déjà !) par Michel Drucker, qui interprète Je chante pour moi accompagné par la Fanfare ! (la bande sonore doit être celle du disque, ce n'est pas du direct...) :



A écouter : La fanfare des Saints-Pères des Beaux-Arts : Non pas ce soir (No milk today).

26 février 2017

PAPAS FRITAS : Way you walk


Acquis chez Parallèles à Paris le 23 février 2017
Réf : SPI 2052 -- Édité par Spirit of Jungle en France en 2000
Support : CD 12 cm
5 titres

Depuis quelques temps, vous comprendrez bientôt pourquoi, je suis l'actualité des publications de Soul Kitchen, notamment celles de Louis, qui mène un gros travail pour interroger des participants à des aventures musicales de ces trente dernières années. Il a notamment publié cette semaine un article sur Back in Denim à l'occasion des vingt-cinq ans de cet album.
La veille, pour les vingt ans de leur deuxième album Helioself, il s'était intéressé au groupe américain Papas Fritas.
A la lecture de cet article, je me suis dit que je chroniquerais bien un disque de Papas Fritas ici, si possible un qui contiendrait leur chanson Way you walk, qui me plaît énormément et qui doit être ma préférée du groupe.
Je me souviens que j'avais été bien déçu que les amis de 62 TV n'aient pas du tout inclus cette chanson sur le single Vertical lives qu'ils avaient tiré de son album parent, le troisième et dernier du groupe, Buildings and grounds.
Du coup, je suis allé vérifié chez Discogs s'il y avait dans la discographie de Papas Fritas un single avec Way you walk, sorti par l'un de leurs labels, l'américain Minty Fresh, le français Spirit of Jungle ou le belge 62 TV.
J'en ai trouvé un, diffusé en France, avec Way you walk en titre principal, plus deux titres en studio et deux en public, mais c'était un disque hors commerce très peu diffusé. Un exemplaire était en vente. Je l'ai mis dans mon panier d'achat, avant tout comme aide-mémoire car je n'avais pas vraiment l'intention de payer 5 € plus le port pour me l'offrir.
Deux jours plus tard, je fais un aller-retour rapide à Paris, qui me laisse quand même le temps de farfouiller dans les bacs soldés à 1 € de Parallèles, et au bout d'une demi-heure à remuer beaucoup de disques inintéressants, je tombe précisément sur ce CD, coincé avec sa pochette cartonnée parmi des dizaines de disques dans leur boite plastique ! Autant vous dire que je l'ai pris et que je ne l'ai plus lâché !
Initialement, je n'aimais pas trop ce nom, Papas Fritas. Il me plaît mieux depuis que je sais qu'on peut l'entendre comme "Pop has freed us".
En 1995, j'avais bien aimé leur premier album qu'on avait reçu à la Radio Primitive. Je ne l'ai jamais acheté, mais il est dans la Discothèque de l'Amateur. Je n'ai jamais écouté Helioself, par contre j'ai acheté Buildings and grounds il y a quelques temps.
Et donc, je trouve que Way you walk est une réussite. On y retrouve les qualités de ce trio, une pop inventive et légère, avec des paroles interprétées en duo homme-femme, qui est comme une mini-pièce de théâtre, un peu à la manière de Vous me quittez déjà de Melon Galia.
C'est l'histoire d'un gars qui est persuadé que sa nana veut se barrer avec un vieux pote qu'elle vient de retrouver.
Extraits :
  • Je devine à ta démarche que tu veux être seule avec lui
  • Pourquoi tu inventes toutes ces histoires ? Tu t'es fait ton opinion, tu as décidé pour moi.
  • J'ai même rêvé de lui, ça veut bien dire ce que ça veut dire.
  • Je n'ai jamais dit que je serais à toi seul, je ne savais pas avant que tu m'en parles. Si je m'en vais je ne serai pas seule, si je reste je ne t'appartiens pas.
C'est pas grand chose, mais ça suffit à mon bonheur !
Comme il s'agit de présenter le groupe aux professionnels à l'occasion de la tournée française du groupe en octobre 2000, le label a mis ensuite le titre d'ouverture des deux autres albums du groupe, soit l'excellent Hey hey you say, également sorti en single, et le tout aussi bon Guys don't lie.
Et le bonheur ne s'arrête pas là, puisqu'il y ensuite deux autres titres des deux premiers albums enregistrés en concert à Paris, Live by the water, peut-être ma préférée de ces quatre faces B, et Explain. Autant que je sache, ces deux documents n'ont jamais été commercialisés.
Papas Fritas s'est séparé après son troisième album et ne s'est brièvement reformé que pour quelques concerts en 2011. Leurs disques se trouvent facilement d'occasion pour pas cher, y compris la compilation de 2003 Pop has freed us.
Pour ma part, je vais penser très fort à un disque que j'aimerais trouver pour pas cher, et on verra dans deux jours si j'ai rencontré sans le savoir le génie de la lampe !




Papas Fritas, Way you walk, en direct dans l'émission Nulle part ailleurs de Canal +, en 2000.




Papas Fritas, Hey hey you say, en direct dans l'émission Oddville, MTV de MTV de Canal +, en 1997. Ça délire bien côté danseurs !

18 février 2017

TIME ZONE : The wildstyle


Acquis chez Emmaüs à Saint-Dizier le 26 novembre 2016
Réf : 13442 -- Édité par Celluloid/Carrere en France en 1984
Support : 45 tours 17 cm
Titres : The wildstyle -/- The wildstyle

Le nom d'Afrika Bambaataa n’apparaît pas du tout sur la pochette de ce disque de hip hop, mais j'ai depuis longtemps une édition de World destruction, le single suivant de Time Zone, "featuring John Lydon & Afrika Bambaataa" (réédition qui contient aussi The wildstyle en bonus, mais je l'avais oublié). Je ne risquais donc pas de laisser passer ce 45 tours à la pochette bien râpée, égaré au fin fond de la Haute-Marne. Par contre, je ne savais pas que, dans ses différents contrats de distribution, Celluloid s'était un moment allié avec Carrere, le label de de Sheila !
Afrika Bambaataa avait déjà marqué les esprits en 1982 avec Planet rock, devenu un classique, et sortait ses disques sous différents noms, avec The Soulsonic Force, la Zulu Nation ou Time Zone, comme ici, dont les autres membres sont Amad Henderson, B-Side et Motivator.
The wildstyle est sorti aux États-Unis en 1983. C'est un titre beaucoup moins réputé. Certes, on n'y entend pas de façon évidente d'échantillon iconique de Kraftwerk, mais c'est du hip hop électro à fond comme je l'aime, un très bon titre et une production américaine fortement teintée d'Europe, puisque sortie sur un label franco-américain, co-produite par le français Bernard Zekri, avec des paroles qui contiennent un peu d'allemand et du français, grâce à la rappeuse B-Side, française également.
Mais les liens de ce disque avec l'Europe, où Bambaataa a tourné dès 1982, sont encore plus profonds que ça. J'ai été intrigué par le fait que la musique de ce disque soit créditée à Wunderwerke. J'ai suivi le lien de Discogs et je suis arrivé sur la fiche d'un groupe, allemand comme son nom l'indique, mais qui n'a pas sorti de disque avant 1994. Sûrement une homonymie.
Puis, sur la page Wikipedia de Time Zone, j'ai lu une anecdote sur l'enregistrement de The wildstyle qui, dans un premier temps, m'a paru complètement farfelue. Une histoire impliquant Rusty Egan, des Rich Kids et de Visage, Yello et un studio allemand dans un patelin allemand, Wächtersbach. Puis, en poursuivant mes recherches, j'ai bien dû admettre qu'il y avait du vrai là-dedans. Ne serait-ce que parce que, contrairement à ce 45 tours français, le maxi américain remixé de 1983 mentionne bien Rusty Egan comme co-auteur de la chanson.
En fait, à l'origine de tout ça, il semble y avoir le studio Wunderwerke de Franz Aumüller et Dieter Kolb, ouvert en 1978 à Wächtersbach, où ils ont développé des boites à rythmes et l'un des tous premiers samplers (les mêmes Wunderwerke que sur Discogs, qui continuent leurs activités plutôt dans le domaine de l'art). Comme Franz Aumüller le raconte à Dream Chimney, et comme Rusty Egan le confirme dans une conférence divertissante (ci-dessous, à partir de 13'50), Egan et Ian Tregoning, alors manager de Yello, se sont bien arrêtés, en 1979 apparemment, chez Wunderwerke et ont collaboré toute une nuit à créer un instrumental plein de samples. Comme il n'avait pas de projet pour sortir cette musique en Angleterre, Egan l'a confiée plus tard aux gens de Celluloid, avec qui il avait été en contact pour la distribution de Soft Cell et Suicide. Ils s'en sont servis comme base pour la musique de ce 45 tours de Time Zone, et je pense que c'est après la première sortie que Rusty Egan est intervenu pour que lui-même et sa maison d'édition Metropolis (encore une référence à Kraftwerk !) soient crédités sur le remix.
Une bien belle histoire, en tout cas, et un excellent 45 tours rap/électro comme j'aime en trouver régulièrement.



12 février 2017

VIDEO NASTIES : Karl Blau EP


Acquis chez Oxfam à Dalston le 21 janvier 2017
Réf : WOW005 -- Édité par Way Out West en Angleterre en 2007
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Karl Blau -- Devil -/- Jørgenson's horn -- T.V.

L'un des avantages de la relative reprise de production de 45 tours au 21e siècle, c'est que, du coup, on commence à en trouver d'occasion ou en solde. J'en avais acheté tout un lot, dont un Vampire Weekend, à Bristol en 2012. Chez Oxfam à Dalston le mois dernier, il y en avait quelques-uns, de groupes inconnus pour moi. J'en ai pris deux, dont celui-ci, pour sa pochette sympa, mais surtout pour son titre en référence à Karl Blau.
Karl Blau, on en parle beaucoup depuis l'an dernier. Il est d'ailleurs en concert en France cette semaine dans le cadre des Nuits de l'Alligator (le dernier à Paris, ce soir-même). Bella Union a sorti en Europe son album Introducing Karl Blau au printemps 2016. Un titre on ne peut plus trompeur car l'expression "Introducing" est généralement utilisée pour la première production ou la première apparition d'un artiste, tandis que là il s'agit surtout de le présenter au grand public après des années de parutions souterraines.
Introducing est un bon disque, classé par beaucoup en fin d'année parmi les meilleures parutions des douze mois écoulés. Il est parfaitement interprété, parfaitement produit par Tucker Martine, producteur, et accessoirement mari, de Laura Veirs, mais c'est un album de reprises, de chansons country, et c'est presque dommage pour quelqu'un d'aussi productif et créatif que Karl Blau de devoir sa reconnaissance à un disque somme toute ordinaire. Combien des acheteurs de Introducing vont s'intéresser à ses 35 productions précédentes disponibles sur Bandcamp, de The coconutcracker suite, une version reggae de Casse-noisette, à Dubble dooty booty, enregistré en partie en concert au Café de la Danse, en passant par West coast chalice, des reprises de chansons contemporaines écrites par des femmes de la Côte Ouest des États-Unis (c'est précis comme concept !) ? Sans parler de toutes ses participations à des enregistrements indépendants, notamment chez K Records, dont l'album It was hot, we stayed in the water de The Microphones en 2000, qui contient la chanson Karl Blau (Karl a enregistré en 2004 sa propre version de cet album, It was hot, we stayed in the water and other seaside selections).
Pour ma part, j'ai surtout connu Karl Blau comme musicien accompagnant Laura Veirs lors des deux concerts que j'ai vus d'elle, le 3 octobre 2004 à Nantes et le 11 mars 2005 à Reims.
Ayant tout ça en tête, on comprend pourquoi ce Karl Blau EP de Video Nasties m'a intéressé. Même si, au bout du compte, après avoir écouté les paroles de la chanson de ce jeune groupe londonien (à ne pas confondre avec  le groupe américain du même nom de Portland dans le Maine, qui vient de sortir un premier album sans titre), il me semble bien que la chanson ne fait pas du tout référence au Karl Blau américain, mais plutôt à un homonyme, un copain du groupe.
En tout cas, ce qui compte, c'est que la chanson Karl Blau, un petit hymne pop-punk, est fraîche et sympathique et, ce qui ne gâte rien, les deux titres suivants, Devil et Jørgenson's horn le sont tout autant. Des quatre titres du 45 tours, seul T.V. est un peu inférieur.
Ce Karl Blau EP était le deuxième 45 tours de Video Nasties. Après ça, ils ont sorti deux autres singles et un album en CD-R promo sur leur propre label, Dead Again.
Cet album, On all fours, a ensuite été sorti sous licence par Turnstyle en 2009. Il a été mis en vente sur les plate-formes de téléchargement, mais le disque a sûrement très peu été distribué. En tout cas, je pense que le groupe n'a pas survécu longtemps après cette sortie et je n'ai pas trouvé de trace tangible d'activité discographique subséquente des membres du groupe.
Reste cet EP très agréable, que je suis bien content d'avoir pris, même sous un prétexte qui est peut-être faux. Et je ne manquerai pas d'acheter leurs autres disques si je tombe dessus.





05 février 2017

SENIOR MODEL : Demonstration


Acquis par correspondance chez Bandcamp le 2 janvier 2017
Réf : [Sans] -- Édité par Senior Model via Bandcamp en 2016
Support : 6 x MP3
Titres : Sade, Sade, Sade -- Sweet lesbian -- Skala Bar 2013 -- Cosy -- Anywhereanyway -- Data hoarders

Sex works, le disque de Family Fodder chroniqué la semaine dernière, est une parution typique de la vogue passéiste qui saisit tout un pan de l'industrie du disque : une nouvelle parution en vinyl, en édition très limitée bien sûr, compilant des titres anciens et récents, dont un inédit, pour faire la promotion d'une réédition CD d'un album oublié des années 1990.
Pour diffuser une partie de ses productions récentes, Alig Fodder a choisi depuis l'an dernier un mode de diffusion totalement différent et tout à fait contemporain : il met lui-même en ligne sur Bandcamp ses enregistrements sous le nom de Senior Model et chacun est libre de fixer son prix pour les télécharger.
Je ne suis pas naïf au croire que ce système est parfait et va rapporter suffisamment à ce musicien professionnel pour vivre de sa pratique, mais je ne suis pas sûr que ce soit très différent pour les sorties de disques indépendantes. Au moins, cela lui permet de diffuser sa musique à moindre coût et de ne dépendre de personne d'autre pour le faire.
Les premières sorties instrumentales de Senior Model m'ont moyennement intéressé. Fret noise propose des solos de guitare acoustique modaux. C'est agréable pour l'ambiance, propice à la méditation, mais ce n'est pas ce que j'écoute de façon régulière. Idem pour Music for stroking cats. Là, l'instrument est le marimba, en solo ou en duo. Très bien, avec même une version de The onliest thing de Family Fodder, mais je n'ai pas spécifiquement besoin de musique pour caresser mon chat.
Mon oreille a plus été attirée par Generic adverts qui, comme le titre l'indique, propose des messages publicitaires insipides pour des produits fades et sans marque tels que les politiciens, l'essence, le fromage, la dette, l'amour.
Quand j'ai acheté au tout début de cette année Demonstration, la quatrième parution de Senior Model, je m'attendais à quelque chose dans la même veine que les précédentes sorties, mais j'ai été très agréablement surpris : il ne m'a pas fallu plus que quelques secondes pour me rendre compte que, cette fois-ci, l'album contenait des chansons et que, probablement, comme le titre l'indique une fois encore, il s'agit de démos pour un album qui aurait tout à fait la trempe des disques récents de Family Fodder, Classical music et Variety.
Vérification faite auprès d'Alig lui-même, il s'agit bien de titres prévus pour un album qui pourrait s'intituler, ou pas, In praise of women ou Songs about (real and imaginary) girls, et qui pourrait sortir, ou pas, sous le nom de Family Fodder.
Comme j'insistais sur la qualité de ces démos, pour moi dignes d'être éditées sans qu'il soit nécessaire de les produire beaucoup plus, Alig a expliqué que, quand il écrit une chanson, il la termine très rapidement, et la première démo est au moins à 80% de la qualité de production qu'il espère atteindre. Mais ensuite, il faut parfois un an et des dizaines d'heures de travail pour l'améliorer de 10%, et ainsi de suite. En tout cas, ces enregistrements parfaitement aboutis ont été réalisés entièrement seul.
J'avais remarqué également que la liste des titres de Demonstration variait au fil des jours : cinq, puis quatre, puis six. En fait il n'y a pas que ça qui varie, puisque Demonstration est véritablement un "work in progress" et, au fil de son travail, Alig est amené à remixer ou compléter certaines chansons, et à remplacer une ancienne version par une nouvelle.
Je chronique aujourd'hui un album de six chansons, mais il y en aura peut-être bientôt huit, ou moins... Je vais essayer de ne pas trop me répéter, car toutes les chansons me plaisent ici.
Sade, Sade, Sade, où il est question d' "ear-rings" et d' "ear-worms" et de se retirer dans les Cotswolds, est, sans surprise, un hommage à la chanteuse Sade plutôt qu'au Marquis de. Un exercice dans lequel Alig excelle au moins depuis 1980 avec Debbie Harry.
Le commentaire d'Alig pour Sweet lesbian , dont le refrain est "He found happiness with a lesbian", est "Une histoire vraie ?". A lui de nous dire, mais je note que, dans cette perle pop-rock, il est fait mention de John ("She was a mermaid, he was a scorpion, she was a lesbian, his name was John"), le prénom de naissance d'Alig.
J'ai eu un coup au cœur à l'écoute des premières secondes de Skala Bar 2013. Ce son qui vibre m'a immédiatement transporté en 1982-1983, quand j'ai passé quelques heures avec mon pote Bruno R. dans la régie de l'I.U.T. de Reims à réaliser une vidéo pour Playing golf, le premier 45 tours de Family Fodder. Le clin d’oreille est tellement évident que je n'avais pas besoin de la confirmation d'Alig pour savoir que ce n'était pas fortuit. La différence est qu'en 1979 il avait utilisé un orgue Farfisa Compact Duo, alors que là c'est un échantillon de cordes passé dans une sorte de pédale d'effet trémolo pour guitare. Avant d'en arriver là, Alig a bossé sur différentes versions de cette chanson pendant une année entière, la plupart dans un style à la Jacques Brel. La chanson est présentée comme "Des cartes postales de la mer de Lybie", autrement dit, de chez Alig, qui vit actuellement en Crète.
A plusieurs moments en écoutant Demonstration, et notamment Cosy, je me suis demandé si Alig utilisait un oud, un instrument qu'il maîtrise parfaitement. Mais non, c'est de la guitare acoustique, mais avec des accordages et des techniques propres à l'oud, notamment une façon hindoustanie d'utiliser l'ongle de l'index comme slide. Tout à la fin, on entend un chien, peut-être bien celui qui est avec Alig sur la photo de Bandcamp.
Everywhereanyway et Data hoarders sont les deux chansons qu'Alig a ajoutées dernièrement à l'album. Sur Data hoarders, on retrouve le même son synthétique sur sur Skala Bar 2013, plus une voix passée au modulateur en anneau. Un habillage idéal pour un hymne techno-pop qui interroge notre société de l'information. Un tube, potentiellement.
Y a pas à dire, les chansons d'Alig ont toujours tendance à terriblement me plaire. Allez les écouter, c'est gratuit, et faites tourner !