28 décembre 2025

Группа Стаса Намина : Сюрприз для месье Леграна [STAS NAMIN GROUP : Surprise for Monsieur Legrand]


Acquis chez Emmaüs à Courtisols le 17 décembre 2025
Réf : С62 20251 004 -- Édité par Мелодия (Melodiya) en U.R.S.S. en 1983
Support : 33 tours 17 cm
Titres : Парафраза на темы песен [Paraphrase sur les thèmes des chansons] -/- Воспоминание (Лето 42-го)[Souvenir (Été 42)]

Il faisait très sombre en milieu d'après-midi, avec un crachin déprimant. Depuis Châlons, il faut rouler au moins 7 km jusqu'à la basilique de L’Épine, puis encore au moins 5 km à dérouler dans le village de Courtisols, réputé pour être celui le plus étalé en longueur de France. Tout ça pour atterrir sur un parking bien boueux. Bref, ceci explique pourquoi je fais rarement le déplacement jusqu'à cet Emmaüs, juste environ une fois par an, et même moins vu que la fois précédente c'était 18 mois plus tôt.
Je devrais quand même faire des efforts, puisque la fois précédente j'avais trouvé un superbe 45 tours Aux Ondes des Juniors, et cette fois-ci encore il y avait un beau rayon disques, bien rangé et pratique à consulter, avec des prix qui permettent toutes les audaces : 1 € les 5 45 tours ou les 2 33 tours. C'est le seul Emmaüs de la Marne qui pratique encore des prix de découverte.
Il serait sûrement d'en mon intérêt de faire plus souvent l'effort de me déplacer à Courtisols : j'en suis reparti avec une quinzaine de 45 tours, un CD/DVD d'Idir et quatre 33 tours, dont un double de Nina Simone.

En passant en revue les 45 tours un par un, j'avais vu à un moment deux ou trois disques à la pochette entièrement en russe. Je les avais passés très rapidement sans chercher à en savoir plus. La découverte, c'est bien, mais prendre un disque dont on ne sait absolument rien, qui a toutes les chances de s'avérer être du classique ou du folklore, je ne m'y risque qu'en période de forte disette.
Mais quand je suis arrivé à celui-ci, j'ai tout de suite remarqué la mention en alphabet latin "Surprise for Monsieur Legrand", puis en l'examinant de plus près, le nom même de Michel Legrand sur l'adresse du destinataire en haut à gauche de la pochette-enveloppe, et au verso le "42" dans le titre de la face B, qui laissait fortement penser que c'était une reprise d'un titre de la bande originale du film Un été 42, composée par Michel Legrand.

Ce disque, un simple qui tourne en 33 tours, a été édité par Melodiya, le label officiel de l'Union Soviétique. Il est daté de 1983. Je ne savais vraiment pas à quoi m'attendre quand je l'ai mis sur la platine.

J'avais entraperçu sur la fiche Discogs du groupe que ses membres avaient plus l'air de rockers que de musiciens de jazz ou de classique. Je n'ai donc pas été surpris que le titre de la face A, Парафраза на темы песен, débute avec de la guitare électrique. Là où j'ai été étonné, c'est que ça enchaîne ensuite directement avec du chant en français. Certes, Michel Legrand était français, mais il a fait une carrière internationale, avec beaucoup de musiques de film pas toujours chantées. S'agissant d'une production soviétique, rien n'indiquait d'avance que le disque pourrait être chanté dans notre langue. Ne la connaissant pas particulièrement bien, je n'ai pas instantanément identifié un couplet de la chanson Les parapluies de Cherbourg, du film de 1964 du même titre de Jacques Demy.
Par contre, quand le rythme a changé et s'est accéléré pour prendre des accents disco, j'ai eu un coup au cœur : effectivement, on est passé à une version d'une de mes compositions préférées de Michel Legrand, Les moulins de mon cœur, chanson créée sous le titre The windmills of your mind pour le film L'affaire Thomas Crown de 1968, qui a reçu l'Oscar de la meilleure chanson originale en 1969. Je regrette d'avoir égaré depuis longtemps la petite boite à musique mécanique que j'avais qui jouais cet air-là, probablement un souvenir acquis au musée Baud à L'Auberson, en Suisse.
Le titre de cette face A se traduit par Paraphrase sur les thèmes des chansons, et il s'agit bien d'un medley de ces deux chansons qui s'étend sur plus de 7 minutes, une durée rendue possible par la vitesse d'écoute en 33 tours.
la tension monte au fur et à mesure, tout comme la tonalité du chant, complété par des chœurs, jusqu'à être un peu "over the top" sur la fin. Mais bon, on ne peut pas se tromper avec Les moulins de mon cœur, et on a la preuve ici qu'une version disco de cette chanson aurait pu être un tube en boite de nuit.
Plus tôt cette année, on s'était intéressé à l'album disco de Martin Circus. 2025 aura été placée sous le signe du disco rock !
J'ai appris au passage que Michel Legrand s'est inspiré en partie pour cette composition du début de l'andante de la symphonie concertante K364 de Mozart.

Comme je l'avais pensé, la face B est une version du thème principal de la musique du film de 1971 Un été 42. Comme pour la version originale, j'apprécie le premier "mouvement", qui dure plus de deux minutes. Ça se gâte fortement ensuite après un changement de rythme, avec solo de guitare électrique et nappes de synthés sur fond de boite à rythmes et de basse glougloutante.

Les deux titres de ce simple sont extraits d'un album du même titre, avec quasiment la même pochette.

J'ai évidemment cherché à en savoir un peu plus sur ce Stas Namin Group. Notons d'abord qu'il est mentionné dans un article du Monde de 1985 sur une vague rock en U.R.S.S., où il est indiqué que l'hommage à Michel Legrand est très étonnant et qu'il rencontre beaucoup de succès.
On apprend aussi dans cet article que Stas Namin ne vient pas d'une famille anonyme : son grand-père Anastase Mikoïan était un révolutionnaire de la première heure, qui a survécu à Staline et a notamment présidé le Præsidium du Soviet suprême de l'URSS en 1964-1965.
Stas, lui, qui est né en 1951, a fondé dans les années 1970 le groupe Les Fleurs, qui a eu un très grand succès, mais qui a dû louvoyer au fil des années avec les interdictions et les évolutions parfois brusques du climat politique. Ce qui est surprenant malgré tout, c'est que le label officiel et unique Melodiya a malgré tout édité leurs disques.
Au début des années 1980, le groupe Les Fleurs était interdit pour avoir fait la promotion de l'idéologie occidentale et du mouvement hippie. C'est donc sous le nom de Stas Namin Group que le premier 
premier album Hymn to the sun est sorti en 1980, dans une période de réchauffement qui a suivi les jeux olympiques de Moscou. Le groupe présente ses deux albums suivants, Reggae-disco-rock de 1982 et Surprise pour Monsieur Legrand comme des disques de commande.

La suite du parcours de Stas Namin est impressionnante. Je vous laisse prendre connaissance de son impressionnante "biographie créative". C'est visiblement un monument de la culture de son pays, actif dans la musique, le théâtre, le cinéma, la photographie, les arts plastiques, qui a multiplié les projets.
Pour ce qui concerne ses relations avec Michel Legrand, notons que celui-ci, avec d'autres artistes comme Mikis Theodorakis, lui a rendu visite en 1985 sans l'autorisation du KGB.
En 1997, Namin était l'un des organisateurs du Festival International du Film de Moscou. Il a programmé deux de ses amis pour les concerts associés à cet événement, Michel Legrand et Chuck Berry ! (Je n'aurais jamais pensé voir ces deux-là associés un jour...).

Un petit disque trouvé dans la vallée de Vesle qui nous emmène voguer sur la Moskova, portés par les compositions de Michel Legrand et des rythmes disco. C'est pour découvrir des bizarreries de ce genre que je continue à chiner, même en risquant d'avoir les pieds dans la boue.



Ci-dessus, le verso de la pochette de mon disque, et ci-dessous celui de l'album.

21 décembre 2025

DAVID LYNCH'S INLAND EMPIRE SOUNDTRACK


Acquis chez Récup'R à Dizy le 6 décembre 2025
Réf : DLMC002 -- Édité par David Lynch Music Company aux États-Unis en 2007
Support : CD 12 cm
17 titres

C'est très rarement cette année qu'il y a eu de nouveaux CD intéressants qui se sont matérialisés à la ressourcerie. Mais là, il y a eu visiblement une belle collection qui a été donnée et j'ai récupéré une petite quinzaine de disques, dont des albums que je n'avais pas des Little Rabbits, de Laura Veirs, Elliott Smith, Badly Drawn Boy, Thomas Fersen ou Sufjan Stevens.
Et aussi celui-ci, la bande originale de l'ultime film de David Lynch (1946-2025), que j'ai pris, pas tant pour ce que je pensais être les musiques originales du film signées David Lynch que parce que j'ai noté qu'il y avait un titre de chacun de Beck et Nina Simone, même si je me doutais bien que je les avais déjà.

Ce n'est qu'une fois rentré à la maison, quand j'ai répertorié le disque, que je me suis rendu compte d'une particularité  de mon exemplaire : la signature de couleur dorée sur le recto de la pochette, qui est nickel et qui se marie parfaitement avec la couleur du mot "Soundtrack", tout indiquait qu'elle était imprimée en même temps que le reste de la pochette. Sauf qu'à l'origine il n'y a pas de signature sur cette pochette ! Après vérification, je me suis rendu à l'évidence : mon CD a été autographié par David Lynch lui-même.
La question suivante c'est : comment ce CD autographié a-t-il bien pu arriver jusqu'au fin fond de la Marne ? Mystère, même si on se doute bien que Lynch a fait de la promo au moment de la sortie du film.
Là, il s'agit du CD de la bande originale, qui a dû sortir un peu plus tard. J'ai peut-être trouvé une explication. Selon Discogs, il n'y a qu'une seule édition de ce CD, celle éditée par le label de David Lynch aux États-Unis, mais on trouve en ligne la mention d'une sortie en France chez Naive le 3 septembre 2007. Et sur le même site, il y a l'annonce d'un concours pour gagner la BO d'Inland Empire dédicacée par Lynch. Mon disque est peut-être l'un des lots de ce concours ou d'une opération similaire.

J'ai vu la majorité des dix longs métrages de David Lynch, au cinéma pour les trois premiers (dont Eraserhead probablement à la Scala de Londres), à la télé pour les suivants, mais je n'ai jamais vu Inland empire. Comme beaucoup, j'ai été très intéressé lors de sa diffusion par la première saison de Twin Peaks.
J'avais déjà dans ma collection la BO d'un de de ses films, puisque j'étais tombé vers la fin des années 1980 sur un exemplaire d'Eraserhead en 33 tours et en soldes. Je l'avais pris et je l'ai surtout écouté pour la chanson In heaven, découverte par la reprise que WC3 en a fait en 1984 sur La machine infernale (Je ne crois pas que la version des Pixies était sortie quand j'ai acheté l'album).

Je savais que David Lynch était très impliqué dans la partie musicale de ses films, c'était le cas dès Eraserhead, et j'avais suivi de très loin son projet Bluebob, mais je n'imaginais pas que la musique avait tenu une place aussi importante dans son parcours, avec des albums solo et de nombreuses collaborations jusqu'à Cellophane memories en 2024. Je ne savais pas non plus qu'il faisait des vocaux, comme c'est le cas ici.

Je ne vais pas m'étendre sur les pistes instrumentales et/ou orchestrales de cette bande originale. Même plus ou moins expérimentale, c'est typiquement de la "musique de film", qui perd beaucoup de son intérêt sans les images qu'elle accompagne.
Je préfère me concentrer sur les chansons et les autres titres qui m'ont accroché, à commencer par deux des titres de David Lynch lui-même.
Ghost of love ouvre l'album et est même sorti en single (en 2006, réédité lors d'une ressortie du film en 2022). L'ambiance est très Twin Peaks/Angelo Badalamenti, mâtinée de Portishead. Ce qui est surprenant, c'est qu'on a l'impression d'entendre la voix d'une "chanteuse", alors que c'est bien celle de Lynch, passée à travers un effet.
Walkin' on the sky est très bien aussi, et là  on est plutôt dans une ambiance à la Tom Waits.

J'apprécie beaucoup Take five de Dave Brubeck, mais je ne connaissais pas Three to get ready, tirée du même album de 1959 Time out. J'ai au moins appris une chose : c'est cet air sautillant qui a été utilisé par le compositeur Jacques Datin pour le thème principal de Le Jazz et la java de Nougaro. Mais le nom de Brubeck n’apparaît nulle part sur le 45 tours original...! (ni sur le 33 tours, où l'on trouve quand même celui de Haydn, dont un thème a aussi été "emprunté", pour les refrains).

On ne refusera jamais une occasion de réécouter l'entraînant The locomotion de Little Eva. Dans le film, la chanson est utilisée pour une scène chorégraphiée.

Le titre de Beck Black tambourine est suivi de la mention "Film version". J'ai comparé avec la version de l'album Guero et la différence est subtile. Autant que je puisse dire, elle consiste en l'ajout de sons plus ou moins menaçants en arrière-plan (nappes de synthé ? Guitare électrique ? Vent ? Autres bruitages ?).

La chanson Sinnerman de Nina Simone est juste utilisée pour le générique de fin, ce qui est un peu du gâchis. Mais bon, on ne va pas se plaindre car du coup on trouve ce CD ce qui, sauf erreur de ma part, est une version retravaillée de 6'40 de la version de 10'20 sur l'album Pastel blues de 1965.

Au bout du compte, cela fait quand même un CD intéressant. J'ai compilé ci-dessous les extraits du film où l'on entend mes chansons préférées. Malgré tout, ça ne m'a pas donné particulièrement envie de voir ce film en entier.

L'album est en écoute et en téléchargement chez archive.org.


A écouter : Pourquoi David Lynch est un grand musicien ?, une émission de France Culture d'une heure, du 18 janvier 2025. (Je n'ai pas moi-même écouté cette émission...!)










Une photo dédicacée à Cannes par David Lynch en 2002 et ci-dessous un DVD d'Inland Empire.



13 décembre 2025

SERGE LEBRASSE ET LES KANASUCS : Maurice mo pays


Acquis chez Bell'Occas à Charleville-Mézières le 14 octobre 2025
Réf : VPN 130 -- Édité par Dragons à Maurice dans les années 1960
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Maurice mo pays -/- Séga macambo

Après ceux de The Cats Meow et de Robert Ballinger, voici un autre disque du lot trouvé à 1,50 € pièce cet automne à la ressourcerie de Charleville-Mézières.
S'il y en avait eu plus, je les aurais sûrement tous pris, mais il n'y avait que deux disques de séga dans le stock, tous les deux de Serge Lebrasse, celui-ci, et un autre moins intéressant avec des pots-pourris, Vive le séga (j'avais déjà le Volume 2).

Serge Lebrasse (1930-2023) est l'un des grands noms du séga mauricien. Il n'a pas (encore) droit à sa propre page Wikipedia (juste un paragraphe dans celle sur le séga), mais il a été fait membre de l'Ordre de l'Empire britannique dès 1976.
A ses débuts, il a joué avec le patriarche Ti Frère. Accompagné sur ses premiers disques par l'Orchestre Typique de la Police, il a fondé ensuite son orchestre Les Créoles, devenu rapidement Les Kanasucs.
Parmi les chansons les plus populaires de Serge Lebrasse, on compte Madame Eugène, Anou danser zarina, Sito content moi et Bal Bobesse.

Le son sur ce 45 tours n'est pas aussi rustique que sur les disques de Ti Frère, mais il reste agréablement brut.

Maurice mo pays est aussi une chanson importante pour Serge Lebrasse. 
La musique est signée Philip Oh San et sauf erreur de ma part, cette chanson n'est pas un séga. Avec les cuivres très présents, on s'approche d'une ambiance jazz Nouvelle Orléans.
Il l'a enregistrée au moins trois fois. Pour la première (également chez Dragons, réf. VPN 106), il était accompagné par l'Orchestre Typique de la Police. Pour la troisième, visiblement dans les années 1970, c'était avec les Pro Musica. Ces deux formations étaient dirigées je crois par Philip Oh San.
Ma version de Maurice mo pays est enregistrée avec le tout jeune ensemble Les Kanasucs. 

Les cuivres sont présents aussi sur Séga macambo, et là, comme le titre l'indique, c'est typiquement du séga, d'excellente qualité.

L'Île Maurice a organisé son premier Sega day le 6 avril 2024, jour du premier anniversaire du décès de Serge Lebrasse. Sa famille, notamment autour de son fils Toto, fait toujours vivre aujourd'hui le Group Kanasuc et elle entend préserver l'héritage musical de Serge Lebrasse.

A écouter :
Les archives Serge Lebrasse sur le site Patrimoine Musical de l'Océan Indien, et particulièrement la compilation Le prince du Séga, où l'on trouve notamment les deux titres de mon 45 tours.


07 décembre 2025

GIL SCOTT-HERON / BRIAN JACKSON : The bottle


Acquis chez Emmaüs à Tours-sur-Marne le 7 novembre 2025
Réf : 2C 004-96.772 -- Édité par Strata-East en France en 1975
Support : 45 tours 17 cm
Titres : The bottle -/- Back home

Je ne vais plus à l'Emmaüs près de chez moi que tous les deux-trois mois, parce que le stock de disques y est désormais très réduit, et qu'il est à des prix excessifs selon moi, 1,50 € le 45 tours, 3 € le 33 tours. A la ressourcerie du coin, où les stocks sont aussi au plus bas, c'est respectivement 10 et 20 centimes. Je n'en demande pas tant, mais si les 45 tours avaient été à 50 centimes j'en aurais sûrement pris huit ou dix, pour tenter des coups ou pour des disques en état très moyen.
Ce jour-là, il y avait tout un lot de disques venant du même propriétaire, quelqu'un qui avait pris l'habitude pour marquer ses disques, non pas de mettre son nom au dos de la pochette mais de tracer au feutre noir des cercles concentriques sur l'un des ronds centraux. Le seul 45 tours que j'ai acheté ce jour-là, celui qui nous occupe aujourd'hui, vient de ce propriétaire.

Je connais Gil Scott-Heron (1949-2011) pour sa réputation rétrospective d'artiste proto-rap de New York, tout comme les Last Poets à peu près à la même époque. J'ai eu l'occasion d'écouter au moment de sa sortie son album de 2010 I'm new here, mais je n'aurais pu citer de tête qu'un seul de ses "classiques", The revolution will not be televised.
J'ai un peu hésité à le prendre, ce 45 tours, parce que pour le coup je n'avais absolument jamais entendu parler de The bottle. Je crois que ce qui a fini par me décider, c'est le fait que Gil Scott Heron et Brian Jackson sont crédités à part égale sur la pochette. Je me souvenais d'avoir lu un article de Mojo où Scott-Heron expliquait qu'une des raisons pour choisir de signer sur leur nouveau label Stata-East était qu'ils avaient accepté, contrairement au précédent, de placer à égalité les deux collaborateurs.
A ce sujet, il y a eu une petite erreur dans cette édition française du 45 tours. Le duo est bien crédité comme tel au recto et au verso de la pochette, mais il n'y a que Scott-Heron sur les ronds centraux. L'erreur a été corrigée sur un tirage ultérieur.

Comme c'est l'habitude aux États-Unis, la pochette du 45 tours original de 1974 était générique. La maison de disques française Pathé Marconi a donc commandé une illustration de pochette à Joël Papiau. Il a dû avoir accès aux paroles, puisqu'il évoque visuellement l'expression utilisée par Scott-Heron pour décrire des alcooliques ("Ils vivent dans une bouteille") en plaçant les musiciens dans ce qui ressemble à une bouteille d'Armagnac !! Il a sûrement également écouté le disque, puisque l'un des musiciens dessinés joue de la flûte. Ça pourrait physiquement être Brian Jackson, qui en joue effectivement sur l'enregistrement. Mais le reste du groupe, tel qu'il est dessiné, ressemble plus aux musiciens d'Il Était Une Fois, par exemple, qu'à ceux de l'album Winter in America, dont ce 45 tours est extrait !
Au passage, le nom de Scott-Heron a hérité d'un accent grave bien français !

Comme l'explique Brian Jackson
, The bottle met en scène des ivrognes qu'ils voyaient faire la queue pour acheter leur alcool lorsqu'ils vivaient à Washington. J'ai mis un peu de temps à accrocher à la chanson, mais il y a un groove qui s'établit, entre le piano, la flûte et la section rythmique, et j'ai fini par me laisser gagner.
Plus généralement, c'est un peu ce qui s'est passé avec ce single, qui n'a pas eu un succès populaire énorme à sa sortie, mais qui a gagné en réputation au fil des décennies. Il y a eu assez vite des reprises, par Brother To Brother dès 1974 (chantée) ou par Joe Bataan en 1975 (instrumentale). 
La chanson a incité Clive Davis à les signer chez Arista et on trouve sur l'album It's your world de 1976 une version en concert de The bottle de 13 minutes.
Le single original, légèrement remixé, a été réédité en Angleterre dans les années 1980, puis est venue l'époque du hip hop : plus de 80 titres ont samplé The bottle à ce jour, dont Black is black des Jungle Brothers.

La basse tricote aussi sur la face B, Back home, mais le tempo est plus lent et on est plus dans le format d'une chanson "classique", avec à nouveau la flûte de Brian Jackson bien en avant pour le solo.

Gil Scott-Heron et Brian Jackson ont cessé leur collaboration en 1980, après dix ans et dix albums.


Gil Scott-Heron / Brian Jackson : The bottle.
C'est la version du 45 tours, mais la vidéo a été produite en 1998 à l'occasion d'une réédition de l'album Winter in America.



Gil Scott-Heron with Amnesia Express : The bottle en concert au festival Reggae Sunsplash à Montego Bay en 1983.
On trouve une autre longue version en public avec le même groupe sur l'album Legend in his own mind, en concert à Berlin le 18 avril 1983.


29 novembre 2025

LES PRODIGIEUX McCLEVERTYS : Calypso


Offert par Dorian Feller à Villedomange le 13 novembre 2025
Réf : 80.069 -- Édité par Barclay en France en 1957
Support : 33 tours 30 cm
12 titres

Dorian Feller était en train de me montrer ses dernières acquisitions. Arrivé à cet album, il m'annonce que c'est du calypso assez quelconque. Je n'avais jamais vu cette pochette, mais il m'a suffi de regarder le nom du groupe pour lui répliquer dans l'instant que ce disque, je le recherche et il m'intéresse vraiment. Tout aussi rapidement, Dorian a été assez aimable pour décider de me l'offrir. Merci !

Je cherche ce disque en fait depuis quelques années, quand j'ai emprunté à la Médiathèque la compilation Soul Jazz de 2013 Mirror to the soul : Caribbean Jump-Up, Mambo & Calypso Beat 1954-77. J'y avais repéré quelques titres, et notamment Don't blame it on Elvis par The Fabulous McClevertys.

Cet excellent titre est sorti en 1957 chez Verve aux États-Unis, en 45 tours et sur l'album Calypso !. J'avais ajouté ce dernier à la liste des disques que je recherche, mais comme souvent sans vraiment de conviction ni d'intention de l'acheter en ligne, ne serait-ce que parce que les frais de port sont généralement prohibitifs.
Comme elle n'est pas référencée sur Discogs, je n'ai pas imaginé un instant qu'il pouvait exister une édition française de cet album, chez Barclay, sous licence Verve. C'est celle que Dorian a trouvée et m'a offerte.
Initialement, j'ai trouvé la pochette moche, mais au bout du compte, grâce à ses couleurs, elle est un peu mieux que la pochette originale, dont elle reprend l'un des dessins. Et chez Barclay ils ont fait l'effort de traduire intégralement les notes de pochette (le nom du groupe, The Fabulous McClevertys, a aussi été francisé).

Alors qu'est-ce qu'elle a de particulier cette chanson Don't blame it on Elvis ? Eh bien, pas grand chose, si ce n'est que c'est un excellent calypso, ce qui est déjà beaucoup et me suffit largement. D'autant que, comme souvent, les paroles de ce calypso s'intéressent à un sujet d'actualité de 1957, la danse "suggestive" et "scandaleuse" d'Elvis Presley :
Don't blame it on Elvis
For shaking his pelvis
Shaking the pelvis been in style
Ever since the River Nile


Ce qui adapté en français pourrait donner :
N'en voulez pas à Elvis
De tourner comme une vis
Tortiller du bassin
c'est en vogue depuis les Égyptiens 


Je vous assure qu'après écoute vous aurez ce refrain en tête pendant des jours. L'excellent site Fleurs de Vinyl consacre une page très documentée à cette chanson et sa reprise par Fritz Pereira, en 1957 également. J'ai un peu galéré, mais j'ai trouvé une page du site de Monsieur Jeff où on peut écouter cette reprise intéressante (moins calypso) et découvrir le parcours de ce fils de sénateur haïtien installé au Québec !

Il y un petit solo de saxo surprenant et bienvenu dans Don't blame it on Elvis. Il est sûrement dû à Johnny McCleverty, membre des McClevertys avec son frère le chanteur Carl. Ils sont originaires des Îles Vierges, tout comme les autres membres du groupe, le guitariste Gus, le batteur David et le pianiste Cornelius, mais ils ont fait carrière aux États-Unis et au Canada.
A part l'album et le single chez Verve, je n'ai trouvé mention que de deux autres singles postérieurs chez Ritmo, Back to back et The big bamboo. Mais avant ça, sous le nom de The Johnny McCleverty Calypso Boys, le groupe avait accompagné sur scène et sur disque pendant plusieurs années un chanteur de calypso, The Charmer ou Lord Charmer. On peut notamment les écouter sur une autre version de Back to back, belly to belly et sur Is she is, or is she ain't. Né Louis Eugene Walcott, The Charmer a adopté une autre identité au début des années 1960, après avoir rejoint la Nation of Islam, celle de Louis Farrakhan.

Don't blame it on Elvis est créditée à Sam Manning, tout comme deux autres excellentes chansons de l'album, Tickle, tickle, plus originale musicalement et moins directement calypso et Whoolay whola, à l'écoute de laquelle j'ai eu l'impression d'entendre les paroles "Monsieur Comme-ci Comme-ça".

J'ai bien l'impression que l'album est majoritairement composé de reprises. En plus de l'actualité, les femmes sont un sujet constant d'inspiration pour le calypso. C'est le cas pour une séquence de la face A avec Coldest woman, Redhead (reprise de Lord Kitchener), Parakeets et Money honey.

La face B est peut-être la meilleure des deux, globalement, avec une version de The woman is smarter, un classique du calypso.
L'excellent Rookoombay, tout comme Parakeets, est une reprise de The Duke of Iron. Notons que cette chanson, avec son titre correctement orthographié (sans "m"), avait aussi été enregistrée par The Charmer and his Afro-Rhythm Boys.
Les autres titres, I want to settle down, Landlady wants rent (encore de Lord Kitchener) et Chicken gumbo, sont également très bien.

La saison des vide-greniers est déjà terminée, les trouvailles se font rares en ressourcerie, ma liste de disques recherchés est très longue... J'espère avoir d'autres bonnes occasions d'en rayer quelques titres.

L'album est intégralement en écoute sur YouTube.

22 novembre 2025

NIHIL : Chica


Acquis sur le vide-grenier de la salle polyvalente à Juvigny le 2 novembre 2025
Réf : 54067 -- Édité par M.S.R. en France en 1988
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Chica -/- Lucie

Les vide-grenier en salle, c'est un moyen de continuer les ventes une fois la mauvaise saison venue, mais c'est rarement très satisfaisant, ne serait-ce que parce que le nombre de stands est fortement très limité. N'empêche, comme c'était sur mon trajet, je me suis arrêté l'autre jour à Juvigny, où pour une fois il y avait beaucoup de chalands. Et j'en suis reparti avec deux disques, achetés sur des stands contigus, un 33 tours compilation Country rock de Conway Twitty, et ce 45 tours d'un groupe vraiment local, puisque Nihil était d’Épernay, à une vingtaine de bornes de Juvigny.

Je connais Nihil, que j'ai vu deux fois en concert. La première fois plutôt vers leurs débuts, le 19 juin 1987 au Hang'Art de Reims, avec Les Spécialistes à la même affiche. Et le 18 mars 1989 à L'usine, toujours à Reims en première partie de Noir Désir, au moment du tube Aux sombres héros de la mer. C'était le deuxième d'une série de trois concerts énôrmes à L'Usine début 1989, après La Mano Negra en février et avant Les Négresses Vertes le premier avril.
C'est tout ce que j'ai dans mes tablettes; je les ai peut-être aussi vus lors des sélections des découvertes du Printemps de Bourges s'ils y ont participé, mais je ne crois pas.
Bon, je connais Nihil, mais juste un peu. Je savais que c'était un trio, qui donnait dans les ambiances sombres, bien teintées de new wave, mais par exemple je ne me souvenais pas que leurs textes étaient principalement en français, et jusque là je n'avais pas de disques d'eux.
Sur environ cinq ans de 1987 à 1991, ils ont eu un parcours discret mais remarquable, ponctué par un 45 tours, Contrôle, un album, Dérapage, sur un label espagnol s'il vous plaît (je me souviens que cette parution avait eu des problèmes techniques, de mixage ou de fabrication), un autre 45 tours (celui qui nous occupe aujourd'hui) et pour finir un deuxième album, Chez Charles Henri, en 1990.
Le groupe était composé en 1988 de T. Bernier à la basse, Jean-Jacques Phal à la guitare et au chant et P. Taillandier à la batterie (ce dernier est l'auteur-compositeur des deux chansons de ce 45 tours).

Je ne sais pas s'il y a eu là aussi un problème technique, mais la pochette n'est pas très réussie. La photo est très sombre et il faut froncer les yeux pour imaginer que la femme assise est la "chica" ("fille" en espagnol) du titre de la face A. On est loin de la danseuse du Surfer Rosa des Pixies, paru la même année !

J'aime bien la guitare électrique qu'on entend en intro de Chica et qui est en quelque sorte la colonne vertébrale de toute la chanson. Il y aussi quelques coups de guitare acoustique et des castagnettes pour l'atmosphère hispanique. Les paroles sont un mélange de français et d'espagnol, avec quelques mots d'anglais, et un peu de chœurs en "La la la la la la la la" bienvenus.
Je me demandais d'où venaient ces liens entre Nihil d'Epernay et l'Espagne. Rock Made In France indique que c'est leur manager d'origine ibérique qui leur avait permis de signer avec un label de ce pays. Ce manager, c'était probablement Xavier Rodriguez. Il y a un Xavier Rodriguez sparnacien qui est l'auteur de trois romans, dont un tout récent. On peut parier que c'est la même personne.
En tout cas, je trouve que Chica passe bien la rampe et c'est une chanson que j'apprécie.
J'aime plutôt bien aussi Lucie, même si je trouve les changements de rythme/style de punk à reggae trop violents.

En préparant cette chronique, je suis tombé sur Champagne, une "ode" aux vignerons champenois, extraite de Chez Charles Henri, une chanson qui vaut le jus. Avec des paroles aussi tranchantes, Nihil a dû se faire des amis dans la région ! : "Vous avez le cul terreux, mais des couilles en or...".

Après Nihil, j'ai surtout vu passer des infos sur le parcours de Jean-Jacques Phal, avec le groupe Casareccio ou le projet Ciao César. Et si le nom Phal éveille un écho en vous, c'est peut-être parce que vous avez entendu parler ces temps-ci de Léon Phal, son fils.
Quant à Jean-Jacques, il a été présent dans la presse à plusieurs reprises ces derniers temps, mais pour des aventures extra-musicales : la retraite et une chute dans le canal avec son chien...!

A écouter :
Nihil : Chica
Nihil : Lucie


16 novembre 2025

REVEREND ROBERT BALLINGER : Gospel


Acquis chez Bell'Occas à Charleville-Mézières le 14 octobre 2025
Réf : MPO. 3104 -- Édité par Pop en France en 1962
Support : 45 tours 17 cm
Titres : The little black train -- Hold my body down -/- The King's highway -- There are days

Si le même jour, parmi les 45 tours à 1,50 € de Bell'Occas, j'ai pris le The Cats Meow en partie pour sa pochette générique, ce disque du Révérend Robert Ballinger, je l'ai pris principalement pour sa pochette très réussie. En effet, j'aime bien le gospel, mais je ne prends pas systématiquement tous les disques que je vois dans ce genre. J'aime bien aussi le label Disques Pop, une filiale de Vogue. J'en ai déjà chroniqué trois 45 tours (de Jack Hammer, Jacky Noguez et Willard Burton), mais les productions du label sont variées et inégales et je ne les collectionne pas systématiquement non plus.

Le graphisme de cette pochette est réussi et efficace. Mais sa force tient principalement à la photo choisie pour l'illustrer. De premier abord, on peut croire que le gamin au premier plan lève les mains car il est tenu en joue. En fait, en y regardant à deux fois, il est plus probable qu'il est en plein jeu avec ses copains. En examinant encore plus les détails, on note que, à jouer pieds nus dans l'herbe, le garçon au premier plan a les pieds tout verts.
Rien à voir a priori avec la musique gravée sur le disque, mais illustrer du gospel avec des enfants noirs probablement pauvres, ça a un certain sens.

Il y a un crédit pour cette photographie au verso de la pochette : Léon Cabat. Cette personne est créditée pour plus d'une quarantaine de photos de pochettes sur Discogs, dont la référence suivante du label, un autre disque de gospel avec une pochette très réussie, dans un style différent, et, pour rester dans la même veine, des disques de blues (avec les quatre mêmes gamins, je pense), de jazz ou de folklore.

Et comment Léon Cabat (1922-2005) s'est-il retrouvé à photographier autant de pochettes pour Vogue ? Eh bien, tout simplement parce qu'il est l'un des fondateurs du label, qu'il a dirigé pendant des années !
A lire, ici puis , un portrait de Léon Cabat dans le n° 314 de Nouvelles d'Arménie Magazine de février 2024.
Il devait être un homme discret. Si j'avais dû citer un nom pour la fondation des disques Vogue, j'aurais peut-être pensé à Charles Delaunay, critique musical et spécialiste de jazz (fils de Sonia, ce qui explique qu'elle a créé le logo du label utilisé pendant toutes les années 1970). Mais en fait ils étaient trois à lancer le label, avec le saxophoniste Albert Ferreri.
Léon Cabat a très peu fait parler de lui, mais il a joué un rôle essentiel pour Vogue, puisqu'il a dirigé la société de 1947 à 1985 !
Et il ne s'est pas retrouvé là par hasard, il devait être un grand fan de jazz et/ou de blues qui, ses photos le prouvent, a pas mal voyagé aux États-Unis. Les Nouvelles d'Arménie Magazine racontent que, dès 1948, il vendait des disques de jazz importés des États-Unis, acquis auprès de Nesuhi Ertegun, natif comme lui d'Istanbul.

Robert Ballinger (1921-1965) est né à Cincinatti et a fini par s'installer à Chicago. Devenu pasteur, c'est en lien avec cette activité principale qu'il a dû développer ses talents de pianiste et chanteur, avec une discographie de huit singles et deux albums.
Il a sorti ses premiers singles dans les années 1950 chez United, puis chez le légendaire label de Chicago Chess, où il a souvent été accompagné à la contrebasse par Willie Dixon et à la batterie par Odie Payne. Il signe ensuite chez Peacock, un label qui avait beaucoup de succès avec sa collection de gospel. Mais il y eu du grabuge car Peacock a attaqué Chess en justice en 1962 pour avoir enregistré des artistes que le label avait sous contrat, Robert Ballinger et les Five Blind Boys. L'affaire, longue et coûteuse pour les deux labels, était encore en appel en 1965, avec de multiples rebondissements.

Comme c'était souvent le cas, ce 45 tours quatre titres français compile deux singles Peacock de 1962. Le style de Robert Ballinger est un hybride de gospel et de blues. Dixon et Payne sont toujours présents, malgré le procès et bien que ce ne soit pas un disque Chess.
Outre la section rythmique, la formation de base sur ces quatre titres, c'est le piano et la voix rugueuse de Robert Ballinger, parfois complétée et adoucie par des chœurs.

La réussite du disque, c'est The little black train, dès l'intro avec quelques lignes de basse et les chœurs qui font le son du train. Les chœurs répondent ensuite aux "get on board" du révérend. On est en plein dans la veine du This train popularisé par Sister Rosetta Tharpe.
Les chœurs sont encore bien présents sur Hold my body down. Comme pour 
There are days, ce sont avant tout des chansons blues, l'aspect gospel étant surtout présent dans les paroles, comme quand le chanteur interpelle Jésus.
The King's highway, dans la même veine, est l'autre grand moment du disque, avec une intro basse piano batterie assez longue. 

Les titres de l'EP sont tous repris en 1963 sur le premier album, Little black train. Peacock sortira en 1964 un deuxième album, Swing down chariot, mais le révérend meurt quelques mois après sa sortie, à 43 ans. Comme il le chantait dans The King's highway, "won't be long, you're gonna look for me, I'll be gone".

S'il en était besoin, voici une preuve de l'importance de Robert Ballinger : en 2021, le label de référence Bear Family a choisi pour inaugurer sa nouvelle collection de gospel de publier The king's highway, une compilation qui doit reprendre à peut près l'intégrale de ses enregistrements.

09 novembre 2025

SERDAR GÜNDÜZ & FABRIKA : Serdar Gündüz & Fabrika


Acquis par correspondance chez Serdar Gündüz en octobre 2025
Réf : 777 004 -- Édité par Praksis en France en 2025
Support : CD 12 cm
10 titres

Je me rends compte que, plus ça va et plus ce blog est "patrimonial". Je fais de moins en moins de découvertes qui m'incitent à acheter des disques, je ne suis pas très intéressé par la plupart des rééditions... Au bout du compte, quand on fait le point, on ne peut que constater que le disque le plus "récent" chroniqué depuis le début de cette année qui n'est déjà plus très loin de sa fin, est celui d'Akli D, paru en 2006, soit il y a presque vingt ans ! Pour trouver une chronique d'une parution des années 2020, il faut remonter à plus de deux ans...

Heureusement, voici enfin une nouveauté, un perdreau de l'année.
C'est l'ami Le Vieux Thorax qui m'a mis sur la piste de Serdar Gündüz. Il m'a annoncé qu'il allait passer des disques avec deux potes le 26 septembre au Chair de Poule à Paris et m'a orienté vers le nouvel album de l'un d'eux, qui selon lui pouvait me plaire.
Effectivement, ce que j'ai entendu sur Bandcamp m'a bien plu, et Le Vieux Thorax a encore joué les entremetteurs pour me confirmer qu'une édition CD de l'album existait, que j'ai pu commander directement à Serdar.

Je n'y avais pas prêté attention car mon exemplaire de l'album est un promo sans trop d'informations, mais j'ai déjà chroniqué un disque auquel Serdar a participé, Objet ancien des Daltons, groupe qu'il a co-fondé et dont il a été le guitariste jusqu'en 2020. Un album que j'ai vraiment apprécié, sur lequel on trouve ma reprise préférée de Pablo Picasso de Jonathan Richman.
Outre les Daltons, Serdar Gündüz est très actif depuis le milieu des années 1980. Il a notamment joué avec les Moonshiners et Sporto Kantes. Il a lancé son projet solo Fabrika ("Usine" en turc) au début des années 2000. Un premier album, Electroad songs est sorti en 2006.

Dès le titre d'ouverture, Rêves de l'AmeriKKKa, on découvre les principaux ingrédients de l'album : un son rock/pop avec une batterie samplée ou une boite à rythmes, de la guitare, de la basse, du violon parfois, des  paroles à 99% en français et un chant en partie "parlé". Les paroles entrent bien en résonance avec l'actualité états-unienne ("Plus personne ne veut aller là-bas maintenant").
Le titre suivant Sur le canapé, pour lequel une vidéo a été tournée, est tout aussi bon et accrocheur.

Ma chanson préférée  de l'album est pour l'instant l'entraînant La chaleur du radiateur. Il y est question d'avoir le doigt puis la tête coincés dans un radiateur. C'est rigolo et léger, mais c'est le réchauffement climatique qui est en toile de fond.

Faire comme toi
et Dans le tourbillon associent riffs de guitare et touches synthétiques. On pense à Jacno, d'autant plus quand on découvre le titre Rectangle électrique, mais celui-ci, avec ses formes géométriques et ses chœurs en "Pa pa pa", n'est pas spécialement en référence au fameux tube.

Je ne savais pas que je t'aimais ("avant de te voir pogoter") est un rock qu'on pourrait enchaîner avec Betsy party, quant à Madame de S., c'est une ode aux Coronados.

Tes cheveux rouges est tout simplement une très bonne chanson, lente, qui pourrait très bien fonctionner dans un autre contexte de production, par une grande vedette de la "variété" de qualité. La démo diffusée sur YouTube est également très intéressante.

La première partie de Tuco & Cheyenne offre un moment de calme à l'ambiance filmique. La chanson se conclut sur une constatation un peu désabusée, "C'est le nouveau monde, tu ne peux le combattre".

Avec dix titres, l'album est compact et sans temps mort. Après l'avoir réécouté plusieurs fois pour cette chronique, j'y suis encore plus accroché.
Serdar se produit assez irrégulièrement en concert, principalement dans des bars parisiens. Je vais être attentif et essayer d'en attraper un.

Comme Serdar l'a dit à Buzz On Web : "Achetez le disque en direct, ne passez pas par le web. Je suis dessus parce qu’il faut y être mais ce n’est pas mon truc. Sinon : fabrika77@yahoo.fr !"



01 novembre 2025

THE CATS MEOW : La la lu


Acquis chez Bell'Occas à Charleville-Mézières le 14 octobre 2025
Réf : DL 80 003 -- Édité par Decca en Allemagne en 1966
Support : 45 tours 17 cm
Titres : La la lu -/- Confusion

J'ai fait un petit tour en Ardenne, en m'arrêtant notamment dans les trois magasins de la ressourcerie Bell'Occas. Les 45 tours y sont désormais à 1,50 €, ce qui limite les prises de risque, mais au moins à Charleville il y avait un bon paquet de disques et j'en ai pris une demi-douzaine suffisamment intéressants a priori pour que je mette ce prix sans rechigner.

Le premier sur lequel je suis tombé, c'est celui-ci. Une pochette générique ou un rond central réussis, ça suffit parfois à faire l'intérêt d'un disque, pas obligatoirement besoin d'une pochette très élaborée quand on a les yeux hypnotisés par un graphisme comme celui-là.
Je ne suis pas suffisamment qualifié pour dire si on se rapproche ici de l'art cinétique à la Vasarely, ou plutôt de l'art optique façon Bridget Riley. En tout cas, ça m'a attiré l’œil et, quand j'ai regardé l'étiquette pour voir le nom du groupe, le titre de la face B, et le fait que c'était un enregistrement sous licence américaine, j'ai tout de suite décidé de le prendre.

La la lu est le premier des deux singles sortis par The Cats Meow en 1966. Par la suite, le groupe a signé chez Buddah, mais son contrat l'obligé à changé de nom. C'est donc The Beeds qui a sorti deux autres singles en 1968 et 1970.
Je pourrais citer les noms des membres du groupe, mais je n'ai pas l'impression qu'ils ont une importance particulière. Car derrière toutes les chansons de The Cats Meow et The Beeds, il semble surtout qu'il y a un duo d'auteurs-compositeurs-producteurs, Jimmy Calvert et Norman Marzano.
Leurs noms ne sont pas très connus du grand public, mais ils ont un parcours remarquable de musiciens de studio et producteurs. Ils ont notamment écrit la chanson Do something to me, enregistrée d'abord par ? Mark and the Mysterians en 1967 avant d'être reprise par Tommy James and the Shondells en 1968, et même par les Pooh Sticks en 1988 (ce qui fait que j'ai deux versions de cette chanson). C'est leur formation de studio qui se cache derrière le groupe de pop bubblegum Crazy Elephant, et par exemple Calvert joue de la guitare sur plusieurs titres de l'album de Ringo Starr de 1973.
La boite de Doc Pomus et Mort Shuman a dû investir des billes dans cet enregistrement car, sur le single américain, il est indiqué "Produced by Marzano-Calvert" puis "A Pomshu production".

La la lu est paru au printemps 1966 et ça s'entend. C'est de la pop avec plein de plans pompés sur les Beatles. Le chanteur a la voix du gamin qu'il devait être.
Cette chanson n'a pas eu trop de succès aux États-Unis, mais apparemment elle en a eu un peu plus en Allemagne (ce qui peut expliquer qu'un exemplaire du disque ait voyagé jusque dans les Ardennes) et en Australie.
Je n'ai trouvé aucune trace d'une édition française de ce disque, mais il y en a qui y ont prêté attention puisque, en juillet 1966, on trouve une adaptation en français de La la lu en titre principal du premier EP de Pussy Cat, alias Évelyne Courtois, dont on a parlé ici même plus tôt cette année à propos des paroles qu'elle a écrites pour Martin Circus.
En 2019, cette adaptation française a elle-même été reprise par Rue '66, un groupe californien francophile et rétro.

Cette face A n'est pas mal du tout, mais la face B est mieux.
Confusion est un instrumental rock dans un style je dirais surf-garage, c'est à dire presque un peu rétro déjà en 1966. Rien d'original donc, il y en a des milliers comme ça, mais c'est excellent, pas si loin dans le genre des instrumentaux hommage de Jonathan Richman type Yo Jo Jo.

Ça fait un moment que je n'étais pas tombé sur une petite pépite sixties de ce genre. J'espère qu'il y en aura d'autres.


La pochette illustrée très bof de cette édition allemande du single. On est dans un cas assez rare où je ne regrette pas de n'avoir "qu'une" pochette générique.

29 octobre 2025

TRANS MUSICALES - RENNES 2-5 DÉC 92


Offert par Les Trans Musicales à Rennes le 4 décembre 1992
Réf : TRANS 92 -- Édité par Les Trans Musicales de Rennes / ATM en France en 1992 -- Promotional copy - Vente interdite
Support : CD 12 cm
20 titres

Ce blog a vingt ans aujourd'hui et ceci est la 1864ème chronique publiée. C'est l'occasion de marquer le coup et, pas la première du genre bien sûr. Si vous voulez rembobiner l'histoire du blog et de son évolution, voici quelques-unes des précédentes bornes passées :Pour aujourd'hui, je voudrais disserter un peu sur la question de la mémoire. Parce qu'évidemment, vingt ans de blog c'est long et toutes ces chroniques recèlent plein d'informations et de souvenirs. Mais aussi parce que les souvenirs, aiguillonnés par les disques, agendas, photos, vidéos et autres documents, sont au cœur de ce projet, dont la raison d'être est de raconter des tranches de vie en forme de rondelles discographiques.

Dans les échanges que j'ai eus avec des amis ou des lecteurs à propos du blog, la question de la mémoire revient souvent. Mes interlocuteurs se disent impressionnés par les détails dont je me souviens, notamment par le fait que j'essaie depuis le début de mentionner les conditions d'achat de mes disque. Cette réputation d'avoir une mémoire de fer et de me souvenir de tout ou presque est largement usurpée.
Effectivement, pendant des décennies, peut-être bien d'ailleurs jusqu'à ce que je me lance dans l'aventure du blog la quarantaine passée, j'ai été suffisamment présomptueux pour penser que ma mémoire conserverait parfaitement sur le long terme mes souvenirs, pour la seule raison que je ne buvais pas d'alcool et ne prenais pas d'autres drogues. C'était sans compter sur un paramètre essentiel : le temps qui passe et son corollaire la vieillerie qui me gagne. Comme le chantait Jeanne Moreau, j'ai la mémoire qui flanche, et comme le disait l'oncle de Boris Vian dans La java des bombes atomiques, "A mesure que je deviens vieux, je m’en aperçois mieux, j’ai le cerveau qui flanche. Soyons sérieux disons le mot, ce n’est plus un cerveau c’est comme de la sauce blanche !".

Au cours de ces vingt ans de blog, j'ai eu l'occasion à de multiples reprises de vérifier que ma mémoire est pleine de trous. Il y a la fois par exemple où j'ai découvert dans mon agenda la mention de Lou Reed dans la liste des concerts auxquels j'avais assistés lors d'un Printemps de Bourges. Il avait bien fallu se rendre à l'évidence, j'avais complètement oublié mon passage au concert de Lou Reed où j'étais éveillé, mais je me souvenais m'être endormi à celui de Tindersticks !

Le blog lui-même, avec toutes ces chroniques, est maintenant une béquille mémorielle géniale, bien meilleure et plus détaillées que mes agendas. Je m'y reporte souvent, et il y a plein d'événements notés dedans que j'ai oubliés depuis !!
Cette semaine encore, je lisais quelque chose à propos de Winogradoff et je vois qu'il a été membre de l'Orchestre du Splendid. Je me dis tiens, je ne devais pas connaître cette information quand j'ai chroniqué Je cherche le rock il y a bien longtemps (en 2006). Je vais relire ma chronique et l'info y figure noir sur blanc. Je l'avais apprise en rédigeant ce billet et complètement oubliée depuis...

Il y a une chose à propos du blog qui est constante : c'est le fait que mes opinions sur la musique contenue dans les disques chroniqués évolue peu. C'est arrivé maintes fois : je réécoute un disque, et après coup je vais relire la chronique rédigée parfois des années plus tôt : immanquablement, j'y retrouve telles quelles des remarques, des comparaisons que je viens de me faire à nouveau.

Alors pour ces vingt ans du blog, j'ai choisi cette compilation CD hors commerce (j'aime bien les disques hors commerce...!) diffusée par les Trans Musicales pour la promotion de l'édition 1992 du festival. Pourquoi celui-là, plutôt qu'un autre CD promo du même acabit ? 
Parce qu'il y a plein de bonne musique dessus, mais surtout parce qu'il a fallu que je me batte pendant plusieurs mois pour m'assurer de façon certaine que j'étais présent cette année-là pendant une toute petite partie des Trans...!

Tout est parti de la chronique de Nirvana en juin dernier, dans laquelle je revenais sur le passage du groupe aux Trans 1991. J'expliquais qu'il ne me restait que quelques souvenirs épars de leur prestation. Mais j'avais un autre souvenir de la soirée : je me revoyais traversant le public de la salle Omnisports, peut-être bien pour en sortir, pendant que Pavement jouait. A ce moment, leur fameux batteur tout fou Gary Young s'était avancé sur le devant de la scène et avait fait une acrobatie, du genre saut périlleux arrière ou poirier.
Sauf que, quand j'ai vérifié les archives des Trans, je me suis rendu compte que mon souvenir était faussé car Pavement n'y a pas joué le même soir que Nirvana, mais l'année suivante, en 1992 !
Et quand j'ai repris mon agenda de 1992, où je notais entre autres les concerts auxquels j'ai assistés, il n'y avait rien de noté dedans à cette date, ni sur les pages du mois ni dans le planning annuel.
Et voilà que je me suis retrouvé avec un souvenir encombrant : une vision fugitive du concert de Pavement, sans moyen de la corroborer.
Le fait que je possède le CD des Trans 92 et que le graphisme de l'affiche m'est familier n'est pas un indice probant pour confirmer que j'étais aux Trans cette année-là : j'aurais aussi bien pu récupérer le CD à Radio Primitive, et d'ailleurs j'en ai quelques-uns des années où je n'ai pas fait le déplacement.
Avec un peu de courage, j'aurais pu aller fouiller dans mes boites d'archives au grenier où j'ai dû conserver mes passes de festivals, mais c'était vraiment aléatoire.
Au bout du compte, j'ai fini par trouver un élément concret confirmant que j'étais bien à Rennes début décembre 1992. Je suis tombé au grenier sur un dossier où j'ai conservé quelques documents de mes années Férarock, quand j'étais trésorier de l'association. 
Si j'avais une raison particulière de me rendre à Rennes, c'était pour une réunion de la Férarock. On avait lancé le projet l'année précédente en marge des États du Rock à Montpellier et très vite on avait décidé de tenir la plupart des réunions en marge des festivals : Les Eurockéennes, Le Printemps de Bourges, Les Trans...
Le 7 décembre 1991, nous avions organisé pendant les Trans la conférence de presse de présentation de la toute nouvelle fédération, avec pour l'animer une prestation mémorable des Gamins en Folie.
Dans le dossier, j'ai retrouvé mon cahier de réunions Férarock, avec notamment cette page :


Un extrait de mes notes de la réunion Férarock du 5 décembre 1992 à Rennes.
Quel piteux trésorier je faisais : aucune cotisation encaissée à la fin de la première année complète d'existence de l'association. On se demande comment elle a pu tenir le coup !


J'étais donc bien aux Trans en 1992, mais quels concerts ai-je bien pu y voir ?
Avec l'ami Phil Sex, on a dû faire la route depuis Reims le vendredi 4. La réunion Férarock s'est tenue le samedi 5.

En consultant le programme, et en convoquant quelques sensations, qui ne méritent pas d'être qualifiées de souvenirs, je dirais que j'ai dû voir tout ou partie de ces concerts :
  • Magnapop, Pavement, Sugar et Sonic Youth le 4 à la salle Omnisports
  • The Disposable Heroes of Hiphoprisy le 4 à la salle de la Cité
  • Un bref passage à la Rave O Trans le 5 à la salle Omnisports

Le vendredi 4, après avoir remonté la rue de la Soif depuis la salle Omnisports, on a dû arriver trop tard à la salle de la Cité pour voir DC Basehead. Mais même si je devais être fatigué après une longue journée et une longue semaine, le moi d'aujourd'hui ne comprend pas comment j'ai pu aller me coucher alors que Suicide et les Last Poets étaient au programme !! D'un autre côté, je préfère encore imaginer que c'est ça qui s'est passé, l'alternative étant d'avoir assisté à leurs prestations et de les avoir complètement effacées de ma mémoire...
Pour le samedi 5, c'est pareil, soit j'ai vu une partie de la soirée à la Cité, avec notamment Cowboy Mouth, Les Tontons Flingueurs, The Dick Nixons et The Tragically Hip et j'ai tout oublié, soit avec les membres de la Férarock on était occupé ailleurs.

Pour ce qui est du CD, il y a plusieurs titres que j'apprécie et connais bien, que je les ai découverts avant ou après le festival : l'excellent Comme Jeannie Longo de Katerine, Sad new day de Me Phi Me, 2000 BC de DC Basehead, Parla patois de Massilia Sound System, Youth against fascism de Sonic Youth, et Sugar, même si The act we act n'est pas parmi les titres du groupe que je connais le mieux.

Les deux découvertes de la compilation qui m'ont le plus marqué à l'époque et que j'ai le plus diffusées dans mon émission sont le tube rap/rock Vise le top des québécois Dédé Traké, avec une excellente utilisation d'un échantillon de Psyché rock, et l'excellente reprise de Le tourbillon par Torman et Tuscadu.

A la réécoute, deux titres dont je ne me souvenais plus m'ont vraiment bien plu : Time bomb Fon mix par 808 State et Why be blue de Suicide. Pour Suicide, de ce que j'en connais, je ne pensais pas qu'ils avaient fait quelque chose d'aussi fort après les deux premiers albums.
J'ai été surpris de trouver ici un titre d'Ali Hassan Kuban, Henna. J'ai eu l'impression de le "découvrir" en 2022 et j'ai alors acheté deux de ses albums, mais j'avais un de ses titres depuis trente ans !

Il y a encore plein de bonnes choses dans le reste du disque : Dogs with no tails de The Pale, Trigger cut de Pavement, Mary Joanna de The Stairs, Do the Dick Nixons des Dick Nixons, Blaulicht und Zwielicht d'Element of Crime, Balkans par Les Pires. J'aime beaucoup P'tit Louis des French Lovers, mais j'ai vraiment trop l'impression d'entendre Helno des Négresses Vertes.

Vingt titres sur cette compilation pour les vingt ans du blog, le compte est bon. Si seulement j'avais pu voir tous ces gens en concert à Rennes en 1992... et m'en souvenir !

Les Trans 2025 auront lieu du 3 au 7 décembre. Évidemment, je ne connais aucun des noms de la programmation. Je ne suis plus de très près l'actualité musicale, et surtout c'est le principe avec un festival défricheur. Mais on écoutera peut-être encore certains des artistes programmés dans trente ans...

Des vidéos pour la moitié des artistes du CD. Je vous conseille particulièrement les trois premières, en concert à peu près à l'époque des Trans 92 :