
Acquis chez Récup'R à Dizy le 24 mai 2024
Réf : Dan's A 061 -- Édité par Conquering Lion Music / Tour Des Miracles en France en 1994
Support : CD 12 cm
7 titres
A la ressourcerie, ce CD inconnu m'a suffisamment intrigué pour que j'ouvre la boite et découvre au dos du livret une liste de pointures du reggae ayant participé à l'enregistrement. Pour les seuls noms que je connaissais, il y a Earl "Chinna" Smith, Congo "Ashanti" Roy, Sticky Thompson, Ras Michael, Stranger Cole. Pas mal pour ce qui est visiblement une production indépendante.
Il s'agit du premier album de Nicolas Coralie, alias Nikko, né à Cayenne en Guyane, qui connaissait déjà bien le studio Leggo à Kingston puisqu'il y avait déjà enregistré l'année précédente avec son groupe Universal Youth et Ras Bendjih l'album The teachings of his imperial majesty.
Le titre de l'album est en anglais, mais il contient une référence spécifiquement française. En effet, pour "Freedom", il y a un tiret entre "Free" et "DOM", qui est bien orthographié en majuscules sur la tranche du CD. Il est donc question de chansons qui libèrent un Département d'Outre-Mer, ce qui était le statut administratif de la Guyane dans la période qui a précédé la création en 2016 de la Collectivité Territoriale de Guyane.
La première chanson, This song, a aussi un titre en anglais, ce que je commençais à déplorer à l'écoute, avant de me rendre compte que je ne comprenais pas la majeure partie des paroles du refrain inaugural, qui sont en créole. Mais, avec le couplet qui a suivi, en grande partie en français, j'ai compris que cette chanson est un hymne au créole : "Sur notre continent y a anglais, portugais, espagnol, mais ici chaque communauté a pour symbole d'unité le créole. On écrit le créole on veut le mettre à l'école, mais c'est la langue de la rue, des dialogues sans protocole.". Un sujet, et des langues, qui sont souvent représentés ici.
Les trois chansons suivantes présentent un éventail de genres liés au reggae : le ragga dancehall pour Bon ké sa ("Spéciale dédicace à tous les hypocrites, tous les parasites"), le lovers rock avec Jeune fille et le ska pour la chanson suivante. Cette dernière, je l'ai écoutée sans vérifier son titre sur la pochette et je me suis tout de suite dit que c'est en quelque sorte une réécriture de Guns of Brixton de The Clash ("It's when they kick off your front door, then you know that they are coming, the Babylon with their pistol in their fingers, with the gun in their arm."). Musicalement, les deux chansons sont différentes, mais j'ai découvert ensuite, sans trop de surprise, que celle de Nikko, qui me plaît bien aussi, s'intitule Guns. Nikko a abordé cette thématique au moins une autre fois par la suite avec Posé to gun.
La chanson suivante, c'est le premier succès de Nikko, Guyana nice. On la trouvait déjà sur l'album d'Universal Youth et Ras Bendjih. Elle a été remixée pour l'occasion. C'est un ragga sur la situation de la Guyane qui, je suppose, reste d'actualité trente ans plus tard : "Sur toutes les télés dans toutes les radios, tout le monde dit que la Guyaner est le pays le plus beau (...) Tout le monde est d'accord pour dire qu'on n'est pas des zéros. Mais en Guyane vaut mieux être subordonné de l'Etat, mais en Guyane on n'aime pas tellement les rastas. (...) En Guyane t'es un français mais en France t'es un négro. Cayenne ne doit pas devenir un futur Soweto".
L'album se conclut avec des versions instrumentales de This song (Dub mix song) et Jeune fille (Dread locks dub).
Depuis ce premier album, Nikko poursuit avec succès son parcours musical. Il a notamment joué en métropole, aux Antilles, au Brésil... En 2022, il a donné à Cayenne avec le groupe Authentic Voice un concert pour fêter ses trente ans de carrière. Il s'ouvre avec Guyana nice et il interprète également This song.
Un documentaire à propose de Guyana nice est disponible ici.
Nikko, Jeune fille, en direct dans l'émission Tan'o show sur Premiere TV.

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