21 mars 2015

DECOUVREZ LES ILES


Acquis chez Emmaüs à Reims le 6 mars 2015
Réf : MS 115 -- Edité par Manuiti à Tahiti vers 1975 -- Disque gratuit -- Disque offert par Air Polynésie
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Borabora nui -/- Manu e -- Pahua naero ore

Je suis repassé chez Emmaüs à Reims. Toujours très peu de nouveaux disques, à part une poignée de 45 tours parmi des dizaines d'autres qui visiblement n'étaient pas là lors de ma précédente visite. J'en suis revenu une fois de plus avec un 45 tours publicitaire à pochette ouvrante intéressant. Après la musique de Michel Colombier pour Promo-France, voici une invitation à découvrir les îles ! Et elle est bienvenue cette invitation, car le voyage en musique, c'est le voyage économique ! Le voyage en musique,  c'est le voyage écologique !
Ce 45 tours concocté par Manuiti, le label tahitien d'Yves Roche, était probablement distribué aux clients potentiels d'Air Polynésie dans les agences de voyages et sur les foires et salons. Comme pour le Promo-France, il y a eu au moins deux pochettes pour le même disque, puisque l'exemplaire présenté chez Discogs, s'il a le même recto, comporte des publicités différentes à l'intérieur et au dos.
Sur les publicités de mon exemplaire, on trouve tout ce qui est essentiel pour les touristes : des hôtels, dont l'un au moins ne déparerait à La Grande-Motte, des boutiques de parfumerie, bijouterie, artisanat, et surtout quatre pubs pour le secteur automobile. Indispensable, la voiture, surtout dans les îles. Alors, on a l'agence de location Avis, la société pétrolière Chevron, les pneumatiques Dunlop, et aussi le comptoir d'importation Fare Ute qui vante la Golf Diesel, "véritable voiture de l'année", ce qui nous donne un indice pour dater le disque, la Golf ayant été commercialisée à partir de 1974.



Sur le disque lui-même, il manque le nom des interprètes, mais il me semble que j'ai pu les retrouver.
Borabora nui est une chanson signée Petiot et Roche qui a dû devenir un classique, si j'en juge par le nombre de versions qu'on en trouve. Celle-ci est excellente : une basse électrique, certes, mais avec des ukulélés et une flûte très présente, plus un chant et des choeurs excellents. Une des nombreuses perles de ces îles paradisiaques, où l'on vit d'amour, de soleil et de musique (J'essaie de voir si j'ai une chance de me recycler dans la communication...). Cette version est créditée à Tamarii Punaruu sur la compilation Tahiti Kaina Party sortie en 2009.
En face B, on trouve deux titres traditionnels, enregistrés en public. Pas mauvais du tout, mais je préfère en général les chansons tahitiennes à ces chants et danses folkloriques. Je n'en suis pas certain à 100%, mais je parierais bien qu'il s'agit de deux extraits de l'album Manuiti Tiurai : Tahiti festival de Coco et son groupe folklorique Temaeva, où ils sont enchaînes dans cet ordre sur la face B.
Je n'ai pas été à Tahiti, et je risque peu d'y aller, mais ce disque me suffit bien et a toute sa place dans ma collection de disques polynésiens.

12 mars 2015

THE SPECIAL AKA : What I like most about you is your girlfriend


Acquis neuf à Londres en 1984
Réf : CHS TT 272 (CHS TT 27 et CHS TT 23) -- Edité par 2 Tone / Chrysalis en Angleterre en 1984
Support : 2 x 45 tours 17 cm
Titres : What I like most about you is your girlfriend -/- Can't get a break et War crimes (The crime remains the same) -/- Version

Après le grand succès de Ghost town en 1981, les tensions internes au groupe ont fini par faire éclater The Specials. Une petite moitié du groupe est partie essayer de jouer aux rigolos avec Fun Boy Three. De son côté, le fondateur Jerry Dammers a repris le nom initial The Special AKA, remonter une équipe et est rentré en studio. Il a peut-être bien pensé ne jamais en sortir puisque l'album correspondant n'est arrivé qu'à la mi-1984, titré fort logiquement In the studio.
Entre-temps, le groupe avait égrené des singles, sans grand succès initialement, avec des musiques léchées mais des thématiques lugubres : War crimes en 1982 et Racist friend en 1983. Finalement, au printemps 1984, ils ont réussi à associer un message militant et politique fort avec une musique pleine de joie et d'énergie positive. C'était pour Free Nelson Mandela, une grande réussite qui leur a permis de renouer avec le succès.
Là-dessus, l'album est sorti, avec dix titres, dont cinq précédemment parus (les trois faces A et deux faces B, Bright lights et Break down the door). Pour surfer sur le succès de Mandela et soutenir l'album, le label a quand même décidé pendant l'été 1984 de prendre encore un autre titre de l'album pour le sortir en single. Cette fois-ci, pas de politique, What I like most about you is your girlfriend est sûrement le titre le plus léger de l'album, presque une pochade : "Ce que je préfère chez toi, c'est ta copine. (...) Je la regarde pendant que je te parle (...). Ta copine n'a qu'un seul défaut, et c'est toi". L'illustration de pochette de Nick Davies et les photos tirées de la vidéo qu'on trouve à l'intérieur de la pochette ouvrante (avec Dammers déguisé en extra-terrestre, façon film de série Z des années cinquante) confirment la légèreté de ce single.
Musicalement, on est dans une ambiance reggae teintée de jazz. Cette chanson est très particulière dans la discographie des Specials : c'est la seule qui est chantée par Jerry Dammers. Comme l'explique Rhoda Dakar à Marco on the Bass, Dammers enregistrait souvent des guides vocaux, et que cette fois-ci il n'a pas dû réussir à obtenir ce qu'il voulait des chanteurs qu'il avait sous la main. Le succès n'a pas particulièrement été au rendez-vous. Elvis Costello (sur scène en 1984) et The Punk Monks ont fait des reprises de What I like most about you is your girlfriend.
En face B, on trouve Can't get a break, l'un des titres issus des mois d'enregistrement de In the studio mais finalement écarté de l'album. Avec Rhoda Dakar au chant, on est là dans une ambiance soul-funky, avec à nouveau un thème pas des plus gais ("T'as pas un centime en poche et aucun moyen de t'en sortir").
Comme souvent, j'ai acheté ce disque parce que j'ai été tenté par la perspective d'un "single gratuit" ajouté au disque principal. Dans ce cas précis, ils ne se sont pas embêtés chez 2 Tone/Chrysalis : ils ont profité de l'occasion pour écouler les stocks d'invendus de War crimes, le 45 tours de 1982 !  (Mais je ne l'avais pas, alors ça tombait bien).
Avec des tonalités orientales, Crimes de guerre (Le crime reste le même) évoque le siège de Beyrouth par Israël en 1982. Même si c'est musicalement accessible, on n'est pas surpris que les radios des eighties néo-romantiques aient préféré programmer d'autres titres.
In the studio a coûté tellement cher à enregistrer que, même avec le succès de Mandela, le groupe s'est retrouvé financièrement dans le rouge vis-à-vis de son label et il a de fait cessé d'exister début 1985. Jerry Dammers a poursuivi de nombreux projets musicaux, dont The Spatial AKA Orchestra. Une formation des Specials tourne à nouveau depuis quelques années, mais sans lui et avec de moins en moins de membres originaux, ce qui n'a pas grand sens sauf pour les ultra-nostalgiques.

In the studio va ressortir ce mois-ci, dans une édition double-CD qui comprend les quatre titres de ce double 45 tours.




The Special AKA répètent Can't get a break en direct pour l'émission Play at home de Channel 4 en 1984 (voir l'émission complète). J'ai tendance à préférer cette version à celle du disque.

SYLVIA : It's good to be the Queen


Acquis sur le vide-grenier d'Athis le 8 septembre 2013
Réf : 310939 -- Edité par Sugar Hill en France en 1982 -- Tirage limité
Support : 33 tours 30 cm
Titres : It's good to be the Queen (Vocal) -/- It's good to be the queen (Instrumental)

Ce jour-là à Athis, je n'ai acheté des disques que sur un seul stand, mais j'ai fait une bonne pioche avec une douzaine de disques grand format puant la cave, parmi lesquels des albums de reggae et de ska, le premier Nina Hagen, un Formidable rhythm and blues qui manquait à ma collection, un Ofra Haza et le maxi Biko de Peter Gabriel.
It's good to be the Queen par Sylvia, c'est bien sûr d'une reprise,féminisée, de It's good to be the King rap de Mel Brooks, inspiré de son film La folle histoire du monde (Les deux, le disque et le film ont valu à Mel Brooks un grand succès en 1981).
Musicalement, la version de Sylvia est assez proche de l'originale. Les paroles, comme souvent dans le hip hop, sont l'occasion pour elle de marquer son territoire et de revendiquer ses propres qualités et ses réussites, quitte à fanfaronner quelque peu :

"I'm Sylvia, that's the name
Rappin' Queen's my claim to fame
Gonna tell you a story you didn't know
Get ready get set, cause here I go
I knew the land, of Rappersville
Castle on a mount called Sugar Hill
(...)
It started back, in seventy-nine
My whole darn future, was on the line
I created, a brand, new sensation
Through my mind and the whole darn nation
With the Big Bank Hank, the Wonder Mike
And this kid called Master G
Well would you believe their Rapper's Delight
Went down in history, hahaha!"

Eh oui, c'est là qu'on découvre que cette Sylvia peut se permettre de se vanter un minimum car elle est la fondatrice, avec son mari Joe Robinson, du label Sugar Hill, qui a produit le premier grand tube de l'histoire du rap, Rapper's delight de Sugarhill Gang, titre qui a visiblement servi de modèle à Mel Brooks pour son rap.
Au-delà de cette reprise de réappropriation, on a déjà eu l'occasion de raconter ici, Sylvia Robinson allait à nouveau profondément marquer l'histoire du rap quelques semaines après la sortie de son disque en concevant et en produisant le classique des classiques The message de Grandmaster Flash and the Furious Five.
Mais l'aventure de Sugar Hill n'est que l'un des exploits du parcours musical de Sylvia Vanderpool, qui est morte en 2011 à soixante-quinze ans.
Elle a commencé à enregistrer en 1950 sous le nom de Little Sylvia. En 1956, elle forme avec Mickey Baker, qui lui a enseigné la guitare, le duo Mickey and Sylvia, qui a marqué les esprits en 1957 avec le tube Love is strange.
Avec Joe Robinson, elle fonde vers la fin des années 1960 un premier label, All Platinum, responsable entre autres du grand succès, écrit et produit par Sylvia, Shame shame shame de Shirley and Company (alias J'aime tes g'noux de Henri Salvador !).
En 1973, Sylvia écrit Pillow talk (Conversation sur l'oreiller) qu'elle propose à Al Green, qui trouve la chanson trop suggestive. Du coup, Sylvia relance sa carrière solo avec ce titre, qui rencontre un très grand succès.
All Platinum a fait faillite à la fin des années 1970, presque pour une bonne raison : le label avait vu trop grand en rachetant les droits de tout le catalogue Chess Records pour près d'un million de dollars !
Avec un tel parcours, on n'est pas surpris d'apprendre que des producteurs hollywoodiens ont actuellement un projet de film sur la vie de Sylvia Robinson. On a fait des films pour moins que ça... Et même si ce disque, le dernier sous son nom, n'est pas ce qu'elle a fait de mieux, elle n'a pas usurpé son titre de reine du rap et de la soul !

10 mars 2015

HOMAGE TO PRESIDENT J. F. KENNEDY


Acquis sur le vide-grenier de Fontaine-sur-Ay le 14 avril 2013
Réf : 13.002 -- Edité par Lebriot en France vers 1968
Support : 33 tours 17 cm
Titres : Homage to President J. F. Kennedy -- Hommage au Président Kennedy -/- Sure ! You get me... ! -- Je vous en prie... ! -- Hymne au Peuple Américain

J'ai acheté ce disque pour 10 centimes le même jour que le Slade Alive !. La pochette m'a interpellé, et surtout le laïus au dos, un "Avis à l'auditeur" qui explique que le disque est "le résultat du Procédé Mélodique Marcel Blériot, sous Copyright International, Médaillé d'Argent au Concours International des Inventeurs de Bruxelles 1967, Médaillé de Bronze au Concours Lépine de Paris 1967, et Médaillé d'Or à New-York (Sept. 1967).
Ensuite, le texte décrit le principe du procédé de composition visant à maintenir l'unisson constant, de deux façons, si j'ai bien tout compris : soit en calant la musique sur la voix en attribuant des notes musicales correspondant à la hauteur des syllabes chantés (c'est une "phonétique musicalisée"), soit inversement, mais quelque part c'est bien la même chose, en chantant avec une consonance phonético-musicale constante sur une musique connue.
On trouve le résultat de ces innovations sur ce disque en hommage au Président John Fitzgerald Kennedy.
L'hommage lui-même avec la musique calée sur la voix, en version américaine et française, donne un truc carrément bizarre, qui hésite entre l'avant-garde et l'insupportable (en penchant plutôt pour le second, pour ce qui me concerne !) :

Hommage au Président Kennedy.

Pour illustrer l'autre aspect du procédé, c'est La musique de When the Saints go marching in qui a été choisie. Déjà, là, on part sur un meilleur pied car, depuis qu'on me l'a fait chanter gamin quand j'étais en colonie, j'ai toujours apprécié cette chanson entraînante, et il doit être difficile d'en faire une mauvaise version. Côté musique, celle-ci est une version jazz "normale" mais de bonne facture. Côté paroles, on a à nouveau une version en anglais et une en français. Celle en français, Je vous en prie...!, est intéressante car elle s'affranchit en partie de la syntaxe : "Je vous en prie !, je vous l'ai dit, je vous redis, vous me faites fou de joie. Tout m'a plu et suis si gai, prêt pour telle vie ou plus aller" :

Je vous en prie... !.

Le dernier titre de ce petit 33 tours, est un Hymne au Peuple Américain, simplement instrumental (donc, le procédé n'est pas appliqué), dans une ambiance d'harmonie-fanfare. Rien d'original mais ce n'est pas désagréable. Si j'ai choisi de chroniquer cet étrange disque, c'est que je n'en ai trouvé aucune mention en ligne. Pas plus de trace du disque sur le même procédé portant première Série Pédagogique des Fables de Jean de La Fontaine ou de la version méthodique de ce disque en 33 tours 25 cm au prix de 40 francs (mais c'était une souscription qui n'a peut-être jamais abouti). La litanie des prix et médailles me fait penser que ces disques devaient surtout être vendus sur les foires et salons plutôt que dans les circuits habituels de distribution. Cela explique peut-être leur apparente rareté. D'une manière générale, j'ai trouvé très peu d'informations sur Marcel Blériot et ses Editions Musicales Lebriot à Formerie dans l'Oise. La même équipe, l'auteur-compositeur Jean-Marie Tibérol, le transcripteur musical-réalisateur René Landemar et le chef d'orchestre Guy Prevel a réalisé au moins un autre disque, un acrostiche en Hommage au roi Albert de Belgique. Chez Rondcarré, j'ai trouvé un billet très intéressant sur deux 45 tours proposant chacun quatre succès de Jean-Marie Tibérol, chantés d'une part en anglais par Gil Bergyl et d'autre part en français par Réjane et René Landemar. Rondcarré les propose en écoute séparément et mixés ensemble, mais malheureusement ça ne fonctionne pas sur mon ordinateur. J'ai juste pu écouter l'un des titres, Le congé amoureux, chez Popcorn Oldies, et c'est quelque chose ! Les deux 45 tours de Rondcarré sont édités chez Belfort Disques, mais publiés aux Editions Musicales Lebriot. René Landemar a trois disques répertoriés chez Encyclopédisque, mais a aussi fait un album en collaboration avec Pierre Dac de Poèmes et chansons érotico-philosophiques ! Voilà le genre de curiosité qui se cache dans la production discographique. Peut-être allons-nous en découvrir prochainement plus sur le Procédé Mélodique de Marcel Blériot...

07 mars 2015

LOLO LOLITTA & TCHICO : Le retour des évadés de Ponton la Belle


Offert par Fabienne M. à Mareuil-sur-Ay le 4 mars 2015
Réf : BIR (LP) 001 / Badmos (LP) 001 -- Edité par Badmos International Records en Côte d'Ivoire vers 1983
Support : 33 tours 30 cm
Titres : Jeannot -- Zena-Maiga -/- Anta : N'écoute pas les on-dit -- Aminata Haiball

Avertissement : Le disque chroniqué ici contient des manifestations de violence domestique. Et en plus, c'est irrésistiblement drôle !

Comment je suis arrivé à ce disque ? A cause des Flying Lizards ! Quand j'ai chroniqué Money, j'en ai profité pour réécouter leurs deux premiers albums. Du coup, j'ai pensé à Vivian Goldman, qui chante The window, un titre que j'adore. Je me suis dit que je devais avoir l'intégralité de la courte discographie de cette journaliste-chanteuse. Je suis allé vérifié chez Discogs et j'ai constaté que c'est loin d'être le cas, même si j'ai son 45 tours et les disques de The Gist, The New Age Steppers et Prince Far-I and The Arabs où elle apparait.
J'ai découvert à cette occasion l'existence de It's only money, l'unique single de Chantage, sorti en France chez Celluloid en 1982. Chantage était un duo composé de Vivian Goldman et sa copine Moona. Je suis allé de suite écouter ce titre, et je l'ai trouvé sympathique, bien de son époque, mais bizarrement presque plus russo-pop au'afro-pop. En cherchant des infos sur Chantage, j'ai trouvé un article de 2007 sur le site de Vivian Goldman, où elle répond à des courriers reçus. Un certain S.W. lui parle justement de Chantage et la remercie par ailleurs de lui avoir fait connaître Jeannot où est le sérieux ?.
Moi, je ne connaissais pas Jeannot où est le sérieux ? et je n'allais pas laisser passer plus longtemps un titre pareil. Direction YouTube, où je suis d'abord tombé sur Où est le sérieux ?, un titre de Franco de 1973 crédité à Lo-Langalwa-Djo Pene Lwambo Makiadi et Orchestre TP OK-Jazz. Très bien, mais pas de Jeannot. Le bon titre, c'était bel et bien Jeannot par Lolo Lolitta et Tchico.
Un chemin bien détourné pour y arriver. D'autant que, quand je lui en ai parlé, Philippe R. m'a rappelé qu'il avait acheté ce disque il y un ou deux ans et qu'on en avait parlé. C'est vrai, mais si on l'avait écouté ensemble, c'était pas assez attentivement, car Jeannot est inoubliable. Plus qu'une chanson, c'est une saynète et même du théâtre sociologique. Intro superbe de quinze secondes à la guitare, puis :

Elle : Jeannot, Jeannot, tu m'excuses pour le rendez-vous d'hier.
Jeannot : Quoi ? Tu t'excuses, hein. D'ailleurs, qu'est-ce que tu avais fait hier, toi, toi ?
Elle : Mais quoi, et si je n'avais pas le temps ?
Jeannot : Mon Dieu.
Et là, un silence, et puis la baffe, bien sonore. C'est généralement là que j'éclate de rire.
Les sanglots arrivent aussitôt, bien sûr, puis une deuxième baffe pour faire bonne mesure, et la scène continue.  "Elle :Tu veux me marier pour me faire souffrir ?"

On n'en est alors à même pas une minute d'une chanson qui en dure presque neuf. Viennent ensuite des parties chantées ("Tu me fais la jalousie mais pas de promesses. Où est le sérieux ? Où est la vérité ?) et, ce qui fait beaucoup pour la réussite de l'ensemble, des parties musicales excellentes, de la ligne de basse ronde et funky aux guitares électriques et aux cuivres qui enchaînent les solos dans les longues parties instrumentales.
Un morceau d'anthologie que j'ai tout de suite eu envie d'avoir sur disque, et je suis bien content d'avoir pu me faire offrir cet exemplaire de l'édition originale (il existe une édition française créditée uniquement à Pambou-Tchicaya Tchico).
Aucun des trois autres titres n'est aussi exceptionnel que Jeannot, mais ils sont quand même tous d'excellente qualité, avec du synthé uniquement sur le dernier Amanita Haiball, et de bout en bout les voix mêlées de Lolo Lolitta et Tchico.
Le titre de l'album fait référence à Ponton la Belle, alias Pointe Noire, un port de la république du Congo,jumelé avec Le Havre, peut-être bien la ville d'origine de Lolo et Tchico. Et si les évadés sont de retour après s'être fait la belle, c'est parce que Les Evadés de Ponton la Belle était le nom de leur orchestre (sur un album nigérian de 1976, par exemple) et aussi le titre d'un de leurs autres albums.
Mais qui sont Lolo Lolitta et Tchico ? Là, il a fallu creuser un peu pour trouver des infos.
C'est sur le site Musiques d'Afrique de Frank Bessem que j'ai trouvé le plus d'informations biographiques sur Tchico Tchicaya.
Son parcours a débuté en 1970 à Brazzaville au sein du groupe Manta Lokoka. Puis, le monde étant décidément petit, il a été de 1972 à 1974 l'un des chanteurs solo des Bantous de la Capitale. Il a enregistré quatre albums au Nigéria entre 1977 et 1979, époque de son duo avec Lolo Lolitta. Il est venu à Paris en 1983 où il a beaucoup enregistré. En 1988, pour ses vingt ans de carrière, il a enregistré une deuxième version de Jeannot, une sorte de suite de la première, pas mauvaise mais plusieurs crans en-dessous de l'originale quand même. Il s'est installé en Australie dans les années 1990, où il a fondé le groupe Warako Musica avec Passi Jo.
J'ai eu plus de mal à trouver des infos sur Lolo Lolitta, et c'est logique puisque, peu de temps après le succès de Jeannot, il a été victime d'une paralysie faciale qui l'a obligé à interrompre sa carrière. Mais il a trouvé Dieu et va beaucoup mieux.
Je ne mentionne plus souvent la hip-pop optimiste, mais Jeannot est un parfait exemple de ce que c'est : un morceau de musique qui met en joie et donne la pêche. Et ce qui est bien, c'est que je sais qu'il m'en reste beaucoup à découvrir.

On peut télécharger Le retour des évadés de Ponton la Belle chez Global Groovers.

01 mars 2015

THIS MOMENT AGAIN AND AGAIN : This moment again and again


Acquis par correspondance chez This Moment Again And Again le 24 février 2015
Réf : [sans] -- Edité par This Moment Again And Again aux Etats-Unis en 2013
Support : 10 x MP3 + 1 x pdf + 3 x jpg
10 titres

Ça a commencé lundi par une courte note sur le Jojoblog, l'annonce, avec un an de retard et des excuses, du projet musical d'un collectif artistique, This Moment Again And Again.
Quel rapport avec Jonathan Richman ? Aucun, a priori, à part que l'info a été diffusée sur le blog de ses fans. Mais deux indices quand même, quand on arrive sur le site : le groupe est localisé à San Francisco, la ville de Jonathan Richman depuis des années maintenant, et le lettrage dessiné utilisé pour le nom du groupe rappelle celui fait par Jonathan pour le single That Summer feeling. Mais c'est tout, à part l'intro du titre initial, Come walk with me, qui m'a fait penser un instant qu'il pouvait y avoir une proximité musicale directe, et un titre comme The streets remember (They were once fields...), sur un thème proche de celui de Corner store.
Non, si je devais donner deux caractéristiques de ce disque, ce serait d'un côté son calme, qui est la constante sur l'ensemble, un peu comme certains disques de Little Wings, et de l'autre la façon dont les voix d'Ari gelardin et Jacob Palmer (les deux membres du groupe, accompagnés d'un batteur pour l'occasion) s'associent qui évoquent le souvenir des Moldy Peaches, mais des Moldy Peaches tout détendus, donc, assis sur la plage au coucher du soleil à San Francisco plutôt que tout stressés à New York.
Le tempo est tellement tranquille d'un bout à l'autre qu'on en oublierait presque que l'instrumentation varie un peu. Par exemple, Just like honey n'est pas une reprise de Jesus and Mary Chain, mais ce n'est sûrement pas complètement un hasard si on entend justement une guitare saturée sur ce titre. Pour les paroles, le groupe indique avoir inséré des fragments d'oeuvres de Billy Collins, Ron Padgett, Jim Harrison, Hafiz, Pablo Neruda, Walt Whitman.
L'ensemble se déguste d'une traite en une vingtaine de minutes. La séquence des quatre premiers titres est particulièrement réussie. J'ai une petite préférence pour These frail engines of love mais tout est au minimum agréable.
Le disque est accompagné d'un livre numérique, The story of death and migration, avec entre autres des collages qui pour le coup me rappellent un peu ceux des pochettes de Grandaddy.

Ari Gelardin et Jacob Palmer sont très actifs à San Francisco avec des actions artistiques dans la ville, notamment l'intéressant projet Store Front Lab.
Sur le site d'Ari Gelardin, on trouve en plus de cet album une vidéo à la musique atmosphérique et deux titres, Sail on, sailor et Big Sur, extraits d'un autre album (à venir ?) intitulé This Moment Again and Again Go to the Beach !.