
Acquis sur la brocante de l'avenue Victor Hugo à Ay le 21 juin 2026
Réf : V. 3189 -- Édité par Vogue en France vers 1954
Support : 78 tours 25 cm
Titres : Ay round the corner (Au coin du grand bois) -/- Sand boogie (Le boogie des sables)
Il y a des arbres alignés le long de l'avenue qui mène à la gare d'Ay. C'était donc ombragé en début de matinée, la chaleur était supportable et la ballade très agréable sur cette brocante majoritairement familiale. Comme c'était aussi la Fête de la Musique, j'ai même pu voir une partie du concert bien sympathique d'un orchestre folk d'accordéons/épinette.
Les choses se sont déroulées quasiment de façon identique à l'an dernier, quand j'avais trouvé le disque exceptionnel de Guy Cornély : vers la fin de mon parcours, sur un stand de particuliers où il y avait juste un carton de disques venant de plusieurs générations de propriétaires, j'en ai trouvé deux qui m'intéressaient. Un 45 tours de Little Bob Story de 1978, dont l'intérêt principal que la face A est une chanson de Springsteen que lui-même n'avait pas publiée à l'époque. Dans la même catégorie, je préfère Because the night de Patti Smith !
L'autre est ce 78 tours, qui côtoyait un album dépareillé d'une dizaine de disques. Ce qui a d'abord attiré mon attention, c'est le mot "boogie" dans l'un des titres. J'ai compris en lisant les rondelles que c'était du country and western façon cow-boy et j'ai apprécié de voir la traduction des titres en français. J'étais déjà décidé à l'acheter quand j'ai vu la mention indiquant que le label original était le légendaire King Records de Cincinatti. Certes, ce disque ne date pas de l'âge d'or rhythm and blues du label, plutôt de ses productions country des premières années, mais ce n'est pas tous les jours qu'on voit passer une de ses productions.
Ce n'est qu'en repartant, alors que j'admirais le rond central, que j'ai vraiment fait attention au titre Ay around the corner, parfait pour cette occasion : après tout, je venais d'acheter ce disque à Ay, qui, en exagérant à peine, se trouve au coin de la rue en bas de chez moi !
Ce n'est pas toujours le cas pour les 78 tours, mais j'ai trouvé ce disque référencé sur Discogs. En y regardant bien, j'ai vu qu'il ne s'agit pas de la même édition que la mienne, qui doit lui être antérieure. Vogue a corrigé quelques erreurs. Le titre de la face A y est orthographié Around the corner (il y a plein de variantes), il y a une mention "DR" (Droits réservés) plutôt que "B.I.E.M." et les noms des formations "Trio" et "String band" qui sont inversés sur mon édition par rapport à la publication originale, sont remis dans le bon ordre.
Comme les labels français le faisaient souvent, Vogue a pioché les deux faces sur deux disques américains différents. Il y a sur mon exemplaire la mention "juillet 1954" pour indiquer sa date d'achat ou de réception.
Bob Newman (1915-1979) a rejoint en 1935 les Georgia Crackers, le groupe de ses frères Hank et Slim, également connu, sans surprise, sous le nom de Newman Brothers. Actif de la fin des années 1920 à la fin des années 1950, le groupe, parfois décrit comme un hybride de Jimmie Rodgers et des Sons of the Pioneers, a eu du succès dans le Sud et le Mid-West des États-Unis, en concert, à la radio, sur disque et même au cinéma dans les années 1940.
Bob, qui composait la plupart des titres du groupe, a été le dernier des trois frères à se lancer en solo, en parallèle du groupe. Il a enregistré vingt-cinq titres pour King de 1950 à 1952, dont les deux de mon 78 tours.
Son titre qui a eu le plus de postérité, c'est Phfft! you were gone, chanson comique reprise tout au long des années 1960 par différents invités de l'émission Hee haw.
A-round the corner (Beneath the berry tree) est l'adaptation d'une chanson populaire par Josef Marais, publiée en 1952 par le duo Marais and Miranda qu'il constituait avec son épouse. Un peu à la manière de Madeleine de Brel, elle conte l'histoire d'un gars qui attend sa chérie Emily, avec qui il a rendez-vous sous un arbre. Mais Emily est en retard...
La version de Marais and Miranda (je ne suis pas sûr que ce lien pointe vers la première version enregistrée) est joyeuse et sautillante, mais elle se conclut par un meurtre à la faucille : "Tonight all the folks will cut the corn, tonight I am sad and so forlorn. For my Emily was fickle, so I used my sharpened sickle, and the blood beneath the berry tree does trickle."
Ce couplet final sanglant n'apparaît pas dans la plupart des versions qui ont suivi, il reste juste le côté léger.
La version qui a eu le plus de succès est celle de Jo Stafford, qui a été n°1 des ventes en Angleterre (Emily est transformée pour l'occasion en Henry Lee). A la même époque, les Weavers ont également enregistré cette chanson avec succès.
La version de Bob Newman d'A-round the corner est très bonne. Je crois que c'est ma préférée des quatre citées. Elle est prise sur un tempo rapide, avec de la contrebasse, un piano, une guitare slide qui imite le sifflet d'un train et un solo de violon.
Sand boogie est une composition originale de Bob Newman. La guitare électrique, y compris avec slide, y est mise en avant.
On retrouve ce titre sur la compilation Roots of rock and roll 1952 vol. 8 de Frémeaux et Associés. Dans le livret, Gérard Herzhaft indique que Bob Newman "a enregistré certains des chefs d’œuvre d’un country boogie virant allègrement vers le rockabilly". Sand boogie en est un très bon exemple.
Jamais deux sans trois ? Si j'y retourne l'an prochain, je signe tout de suite pour retrouver un disque de cette qualité sur ce vide-grenier !
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