24 janvier 2026

JACQUES LECOMTE ET SON ENSEMBLE : Z'avez pas vu Mirza


Acquis chez Emmaüs à Courtisols le 17 décembre 2025
Réf : 726322 a -- Édité par DMF en France en 1966
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Z'avez pas vu Mirza -/- Michelle

Ce disque est l'une des bonnes pioches du mois dernier chez Emmaüs à Courtisols. J'ai eu le temps de chroniquer avant la fin de l'année les reprises soviétiques de Michel Legrand, mais pas ce 45 tours du label DMF.

Les disques DMF, j'y suis attentif depuis que j'en ai acheté deux pendant l'été 2021, par Marsel Hurten et Jean-Allain Hoareau.
De bons achats, mais après coup je m'en suis voulu car j'ai laissé dans le bac du vendeur d'autres 45 tours de ce label, dont celui de Gougnou, dont les notes de pochette signées du président du Club des Jeunes de la Côte d’Émeraude m'avaient quelque peu rebuté, avec la mention de "chanson française moderne (...) ambassadrice d'un désir d'expression naturel".
Je ne savais pas que ce disque est assez recherché, notamment parce qu'il contient C'est bien fait pour moi, bien dans son jus de rock de 1966. Je me console car au bout du compte c'est un ami de retour sur ses terres, une légende locale du rock textile à poil dur, qui le connaissait et n'a pas laissé passer ce disque.

L'excellent label de réédition Caméléon a publié en 2017 Thésaurus vol. 1, une compilation du versant plutôt rock du catalogue 1964-1968 de DMF. A cette occasion, le label a fait un travail archivistique et documentaire impressionnant pour présenter le label et les 28 artistes de la compilation.
On y apprend notamment, à propos des tentatives de distribution alternatives de DMF : "le label étudie toutes les formes de diffusion phonographique industrielle et commerciales (...) des enregistrements commerciaux destinés aux branches industrielles, commerciales, et même personnalisés pour des cadeaux, lancement d'articles…, ce sera fait notamment avec les disques d'artistes maison mais avec des pochettes photos de la boutique en question".

En voici un exemple, où l'on retrouve la face A de mon 45 tours :

 
La pochette d'un 45 tours promotionnel DMF diffusé par Promodisc, associant Michelle de Jacques Lecomte et un titre de Miguel Clarenzo.
Je n'ai pas trouvé trace d'une station service, mais il y a de nos jours au moins deux hôtels-restaurants nommés Le Relais du Chapeau Rouge, à Saint Loup sur Thouet et à Vibraye.


Ces disques étaient pressés à quelques centaines d'exemplaires, avec visiblement des pochettes imprimées. Connaissant cette page avant ma visite à Courtisols, j'ai cru sur le coup que j'étais tombé sur l'un de ces disques publicitaires. On s'en rapproche, mais celui que j'ai trouvé est par sa pochette un objet encore plus bizarre et intrigant.

Qu'est-ce qu'on y voit ?
Tout d'abord, un verso de pochette intact, uni, avec juste l'adresse des disques D.M.F., qui semble être celui d'un 45 tours "normal", mais je n'ai pas réussi à retrouver la trace d'un disque ayant ce verso, que ce soit par Jacques Lecomte ou un autre artiste :



Le recto lui, est coupé verticalement à 5,5 cm du bord. Sont préservés, la mention "45 tours microsillon", le logo du label et la seule lettre "h", qui est probablement l'initiale d'un titre ou d'un nom d'artiste. Là encore, je n'ai pas trouvé trace de la pochette au complet. 
La découpe transforme de fait le recto en rabat. En-dessous, pour aboutir à une pochette dans laquelle on peut insérer le disque, il y a un carton de pochette du même rouge, qui a été proprement collé sur le verso.
Et par-dessus ce carton rouge, partiellement cachée par le rabat, on a fixé la photo de ce qui est visiblement un magasin de village ou de petite ville.
Ce magasin est tenu par une certaine Mme Dot. Il est situé en face d'un garage ou une station Total, dont l'enseigne se reflète dans la vitrine. On aperçoit un comptoir à l'intérieur, je ne sais pas s'il est réfrigéré ou non et je n'arrive pas à déterminer quels sont les aliments en vente; on aperçoit surtout les grosses étiquettes de prix. C'est à peu près impossible d'identifier la boutique, mais si je devais essayer de deviner, je pencherais pour une charcuterie en Seine-Maritime ou dans les parages.



Un bandeau blanc de 4,5 cm de large a été conservé sous la photo. C'est bien une photo, pas un document imprimé, mais il me semble que cet espace était peut-être prévu pour y insérer une inscription publicitaire. Ma pochette bizarre serait-elle une maquette, utilisée pour essayer de convaincre un commerçant de lancer une opération commerciale ? Mais alors, pourquoi le rabat ? La seule utilité que je lui ai trouvée, c'est, en le retournant, de transformer le tout en une sorte de présentoir, pas très convaincant je dois bien l'avouer.


Une présentation possible, façon présentoir, de la pochette de mon 45 tours.

Et la musique, alors ?
Eh bien, c'est un 45 tours deux titres de Jacques Lecomte, pianiste et joueur d'orgue électronique, chanteur et chef d'orchestre, qui a sorti entre 1965 et 1967 au moins trois EP et un album chez DMF.
Un article de La Dépêche annonçant son décès à 87 ans en juillet 2020 nous en apprend plus sur son parcours. Il était d’Évreux, où son orchestre animait les dimanches après-midi du Lido (l'album s'intitule Lido dancing...). Il a aussi fait les saisons au casino Riva Bella de Ouistreham.

Lecomte devait apprécier Nino Ferrer, puisque sur l'album il y a une version de Je voudrais être un noir, en plus des Cornichons et de Mirza sur le second EP, dont mon 45 tours est extrait.
Je crois qu'il est difficile de faire une mauvaise reprise de cette chanson. Comme cette version de Mirza par Jacques Lecomte est instrumentale, elle fait la part belle dans un premier temps à l'orgue et aux cuivres, puis pour les parties solo on alterne entre orgue et piano.
En face B, on trouve une autre version instrumentale piano/orgue/cuivres d'un grand tube de l'époque, Michelle des Beatles. Parfait pour la séquence slows des après-midi du Lido.

Il y a de tout au catalogue DMF, mais je continuerai à être très attentif si je tombe sur l'un de leurs disques. Et peut-être quelqu'un aura-t-il des informations sur cette pochette assez bizarre ?




La pochette de l'édition en EP 4 titres de Z'avez pas vu Mirza.

17 janvier 2026

MI7 : The great leap sideways EP


Acquis probablement au Record and Tape Exchange de Notting Hill Gate à Londres dans les années 1990
Réf : TUV 27CD -- Édité par Chill en Angleterre en 1992
Support : CD 12 cm
9 titres

Je suis retombé sur ce disque en rangeant mes étagères. Je me souvenais de sa pochette, mais pas du tout de l'artiste ni de son contenu. En vérifiant sa fiche sur Discogs, j'ai été surpris de noter que 12 personnes déclarent avoir ce CD, pour 183 qui le recherchent. Aucun exemplaire n'a jamais été vendu sur la plate-forme, ce qui indique, comme c'est confirmé par un commentaire, que ce disque est à la fois rare et recherché. Plus même, c'est assez rare pour le souligner, que l'édition en maxi single vinyl (125 qui l'ont pour 408 qui le cherchent, 30 ventes sur le site et 7 exemplaires actuellement en vente, entre 86 et 140 €).
Le maxi est donc moins rare, et surtout il ne comporte que quatre titres, contre neuf pour mon CD, qui dure la bagatelle de 47 minutes.

MI7 est un nom qui m'était inconnu. Il est clair qu'il a été choisi en référence aux services de renseignement britanniques MI5 et MI6. C'est un certain Tony Boninsegna, né Tony Payne, qui se cache derrière cet intitulé. C'est nom d'artiste le plus courant, mais il adore visiblement multiplier les identités. La liste sur Discogs des pseudos de MI7 et de Boninsegna est impressionnante : Kalaeidoscope, Ministry Of Fear, Unlimited Source, Danger, Dr. Caligari, Estudiantes De La Clandestinamente, Mephisto, Napoleon, Nine-L, Opus Fluke, Pierre Point, Return Of The Living Acid, Sykosis 451, T.Bone, The Enigmatist, Zeco...!
Notons que deux de ses propres pseudonymes (Return of the Living Acid et The Enigmatist) sont crédités pour des remixes sur mon CD.

Tony Boninsegna n'est pas connu du grand public, mais il a publié un nombre impressionnant de titres entre 1986 et 1994 (24 d'entre eux sont compilés en deux volumes sur Notes from the underground 1988-1994). Il a été un pionnier souterrain des musiques électros des domaines house/techno/rave/breakbeat/jungle etc.

Cette édition CD de The great leap sideways EP contient à la fois des titres nouveaux, jamais publiés ailleurs, et des remixes des deux précédents singles de MI7. Plusieurs d'entre eux ne sont disponibles que sur ce format.

Le disque s'ouvre avec mon titre préféré Wipeout, qui aurait pu faire un excellent générique pour une de mes émissions de radio. Et, oui, il y a bien un lien avec le classique des Surfaris, dont un extrait a été accéléré et trituré, plaqué sur une rythmique et une basse reggae et agrémenté de rythmes dance et de synthés. Ce n'est pas toujours le cas, mais cette version instrumentale fonctionne mieux, parce que plus fofolle, que la version ragga chantée par l'invité Daddy Foxy, même si celle-ci est très bien aussi, marquée à un moment par l'apparition surprenante des Beach Boys avec le refrain de leur premier single Surfin'. Le seul autre crédit de Daddy Foxy sur Discogs est pour une version maxi de Know yourself d'Horace Andy en 1997.

Le titre le laissait clairement penser : Skanga est bien une version du Ire feelings de Rupie Edwards. Le "Skanga" qui est psalmodié en vient directement et le "I feel so high" vient sûrement d'un autre disque.

Il y a une seule version du premier single de MI7, No contest. Ce Rumble in the jungle mix, inédit par ailleurs, n'est pas mal, mais je lui préfère sa version originale, avec sa grosse basse.

Pour le second single, Rockin' down the house, on a droit carrément à cinq versions différentes. Toutes me plaisent plutôt bien, mais une ou deux versions auraient suffi : il y a là de quoi frôler l'indigestion !
La voix qui chante "We're rockin' down the house" sur ce titre provient d'un single de 1986 d'Adonis, un pionnier de la house de Chicago.
Pour le coup le Vocal ragga mix est très bien, avec un bon dosage entre les interventions de Daddy Foxy et la voix samplée.
Le Return of the Living Acid mix associe synthé, reggae et rythme techno, qui se met à accélérer au bout de deux minutes trente (c'est peut-être effectivement le retour de l'Acid ?).
Le Queens Park bass mix est pas mal, avec son petit son de synthé sympa et Daddy Foxy qui n'est pas crédité. Et il fait "seulement" quatre minutes, alors que les deux dernières versions, le Chop mix (haché et saccadé comme le titre l'indique) et l'Enigmatist mix (dans un style dub électro house), pointent à huit et neuf minutes. C'est trop...!

Il y a une page Bandcamp au nom de Tony Boninsegna avec plein de choses dessus, dont beaucoup de "vieilleries", mais j'ai l'impression qu'il y a quelques titres relativement récents de 2021.

A écouter :
MI7 : Wipeout (Instrumental)
MI7 : Wipeout (Vocal ragga mix)

11 janvier 2026

RIVINGTONS : Papa oom mow mow


Acquis chez Bell'Occas à Auvillers les Forges le 14 octobre 2025
Réf : 2C 008-61.759 -- Édité par EMI en France en 1979
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Papa oom mow mow -/- Bird is the word

J'ai vraiment fait une belle journée d'achat de disques le 14 octobre dernier. Avant les six 45 tours trouvés chez Bell'Occas à Charleville (dont le Cats Meeow, le Reverend Robert Ballinger et le Serge Lebrasse), j'avais trouvé deux CD dans leur boutique de Rethel et j'ai bouclé la journée avec cet unique 45 tours pêché à leur siège, à Auvillers les Forges.

Et quel 45 tours ! J'ai pourtant eu un temps d'hésitation quand je suis tombé dessus. C'est de la réédition, me suis-je dit, dans cette série mochtingue Dance For Ever. Mais je me suis immédiatement repris. Je n'ai eu qu'à me dire "T'en vois tous les combien des disques des Rivingtons ?". Réponse facile : jamais ! Et les deux titres sont d'excellents classiques, donc ce disque vaut bien 1,50 €.

Les Rivingtons sont classés comme un groupe de doo-wop. Et effectivement, ses membres ont publié des disques sous différentes identités dès 1953, en pleine vague doo-wop donc. Ils ont été baptisés Rivingtons, le nom avec lequel ils ont fini par trouver le succès, par leur nouveau label au moment de sortir Papa oom mow mow en 1962. Il y a le côté doo-wop, sûr, mais avec un accompagnement électrique et une folie douce qui les rapproche du rock and roll épique de Little Richard et son "A-wop-bop-a-loo-mop-a-lop-bam-boom !".
Là, l'histoire de la chanson c'est qu'un certain Papa dit à longueur de temps  un "Oom-mow-mow" incompréhensible et cette expression se diffuse partout, sur disque, à la télé et à la radio.
Dans la vraie vie aussi Papa oom mow mow a été largement diffusé et les Rivingtons ont exploité le filon en sortant Mama oom mow mow (The bird) plus tard en 1962 (Papa a rencontré Mama...!) et The bird's the word début 1963, où il est question d'imiter un oiseau en dansant à genoux en battant des coudes, un peu façon danse des canards.
Les chansons des Rivingtons ont pris encore une autre dimension quand, en 1963, les Trashmen ont amalgamé The bird's the word et Papa oom mow mow pour créer un classique frankensteinien,  Surfin' bird, qui a notamment été repris par les Cramps et les Ramones.

Comme indiqué sur la pochette, mon 45 tours est un "Nouvel enregistrement stéréo". Il s'agit en fait d'une réédition de ces nouveaux enregistrements, parus initialement aux États-Unis en 1973 et en France en 1975. Ces versions stéréo sont très proches des versions originales, il faut les écouter très attentivement pour repérer les différences.
On note que la même photo de presse est utilisée sur toutes les éditions françaises, depuis l'EP original français de 1962, y compris, au verso, en 1982, quand il y a eu encore une réédition suite à l'utilisation de Papa oom mow mow dans une scène du film E.T., l'extra-terrestre.

J'ai le souvenir qu'à un moment on chantait assez continuellement "Papa oom mow mow" avec mon frère et ma sœur dans les années 1970. Mais, à moins d'avoir entendu l'original à la radio (après tout, il y a eu une réédition en 1975), j'ai du mal à déterminer comment on avait connu cette chanson. Certainement pas par la version française des Célibataires de 1963, qu'ils auraient aussi bien pu intituler Papa aime maman. Je n'avais pas encore acheté Gravest hits, qui n'était pas sorti de toute façon, alors je pense que c'était peut-être avec la version des Beach Boys sur leur album Beach Boys' party ! de 1965. Je ne sais plus par quel biais, mais quelqu'un nous avait prêté cet album et à un moment on l'a beaucoup écouté.

Les Rivingtons n'ont plus eu d'autres succès ensuite. Ils se sont assez vite séparés, pour se reformer et repartir en tournée dès les années 1970, en capitalisant sur la réputation des deux chansons de ce 45 tours.


Un grand moment de télévision : les Rivingtons tentent d'interpréter en direct Papa oom mow mow à la toute fin du Steve Allen Show, autour d'un unique micro tendu par le présentateur.


En direct à la télévision, probablement dans les années 1970, des Rivingtons encore en grande forme mélangent eux aussi allègrement Papa oom mow mow et The bird's the word.

04 janvier 2026

KATERINE : Je vous emmerde


Acquis par correspondance via Rakuten en décembre 2025
Réf : 9351 -- Édité par Rosebud / Barclay en France en 2000 -- Disque promotionnel interdit à la vente
Support : CD 12 cm
Titres : Je vous emmerde -- J'sais pas quoi faire (en duo avec Anna Karina)

Je vous rassure, le titre principal de ce CD n'est pas un message subliminal pour vous adresser mes vœux pour cette nouvelle année, c'est au contraire une occasion de la démarrer sur un ton léger et dansant, alors que l'atmosphère générale est plutôt sombre.
Non, l'envie de chroniquer un autre disque de Katerine, après l'Euro 04 de l'an passé, m'est venue après avoir visionné T'es où Philippe Katerine ? le documentaire réalisé par Gaëtan Chataigner (visible sur le site de France TV jusqu'au 19 octobre 2028, à la condition de se créer un compte gratuit). J'ai particulièrement apprécié la séquence sur le tournage de la vidéo de Louxor j'adore à Beaurepaire.
Gaëtan, qui était le bassiste des Little Rabbits, et Philippe se connaissent depuis la Vendée et leurs débuts dans la musique. Ils ont souvent joué et collaboré ensemble et le documentaire est le produit de toutes ces années d'amitié.
Cela a confirmé ce que je pensais de Philippe Katerine. C'est un grand artiste, en ce sens qu' il suit son chemin et développe sa propre vision des choses, en multipliant les projets, en touchant un peu à tout mais, qu'il fasse de la musique, des arts plastiques ou qu'il joue au cinéma, on reconnaît toujours sa patte.
Sa production musicale elle aussi part dans tous les sens et est pleine d'audace (je n'en reviens toujours pas qu'il n'a pas chanté sur son deuxième album...!), mais elle a pour constante d'être originale et accessible, quelle que soit la période ou le style.

Je vous emmerde est une excellente chanson. Elle est tirée de l'album Les créatures, enregistré avec les Recyclers (Steve Arguelles, Benoît Delbecq et Christophe Minck), qui est sorti en même temps que L'homme à trois mains, enregistré lui en solo.
Ça démarre avec une intro très courte, un genre de claquement de mains suivi d'un tournicoti de basse, et c'est parti sur un rythme léger de danse, avec un orgue bien accrocheur.
Les paroles sont réussies, comme souvent chez Katerine. Il entame le chant seul, d'un ton légèrement désabusé, avec des touches à la Gainsbourg, mais un Gainsbourg qui aurait fait dans la provoc légère et qui aurait donné dans l'auto-dérision, ce qui n'était pas du tout son genre. Ensuite, c'est un duo entre un mec lourd et une nana qui ne se laisse pas faire. Là, Katerine est peut-être un tout petit peu trop jeune pour l'avoir connue à sa sortie en 1972/1973, mais ce dialogue ne peut que me faire penser à la chanson/sketch La drague de Guy Bedos et Sophie Daumier.
Sinon, je peux me tromper, mais j'ai l'impression que cette chanson a la particularité d'avoir un refrain instrumental, joué par des cuivres.
Je vous emmerde n'a pas été un tube, pourtant cette chanson aurait bien mérité d'être le premier succès grand public de Katerine, six ans avant Louxor j'adore. Il y a eu pourtant de l'investissement dans ce titre : un clip a été tourné, des remixes ont été commandés, il y eu plusieurs disques promo et des passages à la radio et à la télévision. Mais ce qui m'étonne c'est que c'est à peine si un single est sorti : mon CD single avec sa photo de pochette que je n'ai jamais vue ailleurs est un promo, et le seul disque commercialisé que j'ai repéré est un maxi de remixes, pas vraiment destiné au grand public. Je n'ai trouvé qu'un seul de ces remixes en ligne, celui par Rinocérôse, et il ne m'a pas trop plu. Par contre, on trouve aussi un Municipal edit. Je ne sais pas d'où il sort mais je l'aime bien. Le tempo est accéléré, et le son est plus sec, avec la batterie en avant.

La chanteuse qui donne la réplique à Katerine est Valérie Lopez. J'ai du mal à trouver des informations sur elle.
Je n'arrive pas à m'en assurer, même en examinant les photos, mais c'est peut-être bien la même Valérie Lopez qui enregistre des chansons parodiques ou coquines sur des albums comme Paris chansons et Overdose 69. Ce dernier existe même en version anglaise !
Dans les crédits d'Overdose 69, Valérie Schoeller, actrice et chanteuse qui a sorti plusieurs disques dans les années 1980/1990, est créditée aux chœurs. Le site Pop Music Deluxe avance l'hypothèse que les deux Valérie pourraient être une seule et même personne.

Le deuxième titre du CD, J'sais pas quoi faire, est aussi un duo, avec Anna Karina cette fois. Il annonçait un album en commun à paraître quelques mois plus tard, Une histoire d'amour.
Anna Karina a contacté Philippe Katerine en 1999, sur les conseils de Jean-Marc Grangier, le directeur du théâtre de Mâcon. Ils ont collaboré sur scène et sur disque, pour des chansons composées par Katerine et son compère Philippe Eveno et de nouvelles versions de chansons de Rezvani qu'Anna avait interprétées dans des films.
On ne retrouve finalement pas J'sais pas quoi faire sur Une histoire d'amour. Par contre il y a Qu'est-ce que je peux faire et c'est le même titre dans le même enregistrement, simplement ce n'est pas le même membre de phrase qui a été sélectionné comme titre à partir de la célèbre scène du film Pierrot le fou qui a inspiré ce sympathique duo.
Anna Karina n'a pas sorti d'autre album sous son nom, mais sur la compilation de 2018 Je suis une aventurière il y a des inédits, dont Pour dire je t'aime, un autre duo bilingue, très beau, avec Howe Gelb (!).

Je ne risque pas d'aller voir Katerine dans une salle de cette taille, mais on peut voir aussi avec plaisir sur son écran Zouzou au Zénith, filmé le 30 avril 2025, également par Gaëtan Chataigner.




Katerine, Je vous emmerde, en direct dans une émission de Canal +.


Katerine & la Secte Humaine, Je vous emmerde, en concert à l'Olympic de Nantes le 16 décembre 2005 pour Les Rockers ont du Cœur.




Anna Karina et Philippe Katerine. Un reportage de France 2 du 15 mai 2000 dans lequel on entend quelques secondes de J'sais pas quoi faire en répétition.

01 janvier 2026

MES GRANDES TROUVAILLES DE CHINE 2025

J'avais qualifié mon bilan annuel 2024 de "petites" trouvailles, étant donné que seuls 12 disques chinés avaient été chroniqués en douze mois.
Pour 2025, on repasse aux "grandes" trouvailles, avec de la quantité (26 disques chinés chroniqués) et de la qualité (j'ai jugé utile de sélectionner un peu plus de la moitié des disques chroniqués pour ce bilan).
Notons au passage que les 27 chroniques de disques non chinés publiées en 2025 concernent des cadeaux reçus, des disques sortis des étagères et quelques achats, dont un seul disque sorti en 2025, celui de Serdar Gündüz et Fabrika, ce qui montre que je suis de plus en plus détaché de l'actualité musicale.

Les lieux de mes trouvailles sont variés. J'ai l'impression que la pêche sur les vide-greniers est de moins en moins fructueuse. J'achète  beaucoup en ressourcerie, dans des Emmaüs, des dépôts-vente, en bourses aux disques, et même chez un disquaire.
Il y a eu plusieurs jours d'achat très "productifs", avec plusieurs disques très intéressants achetés et chroniqués, mais l'époque est bien révolue des lots achetés en grande quantité.
Le 45 tours est vraiment mon format préféré : 20 des disques chinés chroniqués sont des simples; il y a seulement un album 33 tours et une cassette, deux 78 tours et deux CD.

Au détour d'une caisse ou d'un carton, j'arrive encore à trouver régulièrement un disque complètement surprenant qui me réjouit. Tant que ça durera, je continuerai à partir à l'aventure et à en rendre compte ici.


Un clic sur le titre ou la pochette vous emmènera sur la chronique correspondante.
Les disques sont listés dans l'ordre d'apparition de leur chronique sur le blog.



L'unique disque de ce projet d'Emmanuel Booz, mais les deux compositions ont ressuscité et connu plusieurs vies ensuite.


Une excellente compilation CD de 1998 associant titres anciens et récents (de l'époque).


Dans une minuscule bourse aux disques, j'ai eu la chance de trouver une dizaine de 45 tours jamaïcains, dont celui-ci.


La légende du jazz Count Basie qui s'attaque sur le même disque à Green onions ET Hang on Sloopy. Immanquable.


Vingt centimes pour cette très belle petite cassette. Des chansons et musiques pour enfants, mais pas que.


Deux grands classiques du rock des années 1960, avec une pochette maison très réussie.


Ce n'est pas le 78 tours de Sam Castendet que je recherchais, mais j'ai été très content de trouver celui-ci quasiment en bas de chez moi.


Un très bel album au format 45 tours qui associe poésie et gwoka.


L'un des quatre disques chroniqués du lot acheté à la bourse aux disques de Radio Primitive à Reims.


Une pochette très réussie, une chanson très émouvante. Un très beau 45 tours de Francis Bebey.


Une pochette générique qui pique les yeux pour cette pépite sixties avec une face B instrumentale surf-garage.


Un disque de gospel musicalement excellent, avec la participation de Willie Dixon et Odie Payne. Et une superbe photo de pochette, prise par un fondateur du label Vogue.


Un classique de Gil Scott-Heron et Brian Jackson que je ne connaissais pas, avec pour le coup une pochette ratée.


La preuve qu'on peut trouver de tout, y compris un disque soviétique reprenant en disco-rock et en français des chansons de Michel Legrand !

28 décembre 2025

Группа Стаса Намина : Сюрприз для месье Леграна [STAS NAMIN GROUP : Surprise for Monsieur Legrand]


Acquis chez Emmaüs à Courtisols le 17 décembre 2025
Réf : С62 20251 004 -- Édité par Мелодия (Melodiya) en U.R.S.S. en 1983
Support : 33 tours 17 cm
Titres : Парафраза на темы песен [Paraphrase sur les thèmes des chansons] -/- Воспоминание (Лето 42-го)[Souvenir (Été 42)]

Il faisait très sombre en milieu d'après-midi, avec un crachin déprimant. Depuis Châlons, il faut rouler au moins 7 km jusqu'à la basilique de L’Épine, puis encore au moins 5 km à dérouler dans le village de Courtisols, réputé pour être celui le plus étalé en longueur de France. Tout ça pour atterrir sur un parking bien boueux. Bref, ceci explique pourquoi je fais rarement le déplacement jusqu'à cet Emmaüs, juste environ une fois par an, et même moins vu que la fois précédente c'était 18 mois plus tôt.
Je devrais quand même faire des efforts, puisque la fois précédente j'avais trouvé un superbe 45 tours Aux Ondes des Juniors, et cette fois-ci encore il y avait un beau rayon disques, bien rangé et pratique à consulter, avec des prix qui permettent toutes les audaces : 1 € les 5 45 tours ou les 2 33 tours. C'est le seul Emmaüs de la Marne qui pratique encore des prix de découverte.
Il serait sûrement d'en mon intérêt de faire plus souvent l'effort de me déplacer à Courtisols : j'en suis reparti avec une quinzaine de 45 tours, un CD/DVD d'Idir et quatre 33 tours, dont un double de Nina Simone.

En passant en revue les 45 tours un par un, j'avais vu à un moment deux ou trois disques à la pochette entièrement en russe. Je les avais passés très rapidement sans chercher à en savoir plus. La découverte, c'est bien, mais prendre un disque dont on ne sait absolument rien, qui a toutes les chances de s'avérer être du classique ou du folklore, je ne m'y risque qu'en période de forte disette.
Mais quand je suis arrivé à celui-ci, j'ai tout de suite remarqué la mention en alphabet latin "Surprise for Monsieur Legrand", puis en l'examinant de plus près, le nom même de Michel Legrand sur l'adresse du destinataire en haut à gauche de la pochette-enveloppe, et au verso le "42" dans le titre de la face B, qui laissait fortement penser que c'était une reprise d'un titre de la bande originale du film Un été 42, composée par Michel Legrand.

Ce disque, un simple qui tourne en 33 tours, a été édité par Melodiya, le label officiel de l'Union Soviétique. Il est daté de 1983. Je ne savais vraiment pas à quoi m'attendre quand je l'ai mis sur la platine.

J'avais entraperçu sur la fiche Discogs du groupe que ses membres avaient plus l'air de rockers que de musiciens de jazz ou de classique. Je n'ai donc pas été surpris que le titre de la face A, Парафраза на темы песен, débute avec de la guitare électrique. Là où j'ai été étonné, c'est que ça enchaîne ensuite directement avec du chant en français. Certes, Michel Legrand était français, mais il a fait une carrière internationale, avec beaucoup de musiques de film pas toujours chantées. S'agissant d'une production soviétique, rien n'indiquait d'avance que le disque pourrait être chanté dans notre langue. Ne la connaissant pas particulièrement bien, je n'ai pas instantanément identifié un couplet de la chanson Les parapluies de Cherbourg, du film de 1964 du même titre de Jacques Demy.
Par contre, quand le rythme a changé et s'est accéléré pour prendre des accents disco, j'ai eu un coup au cœur : effectivement, on est passé à une version d'une de mes compositions préférées de Michel Legrand, Les moulins de mon cœur, chanson créée sous le titre The windmills of your mind pour le film L'affaire Thomas Crown de 1968, qui a reçu l'Oscar de la meilleure chanson originale en 1969. Je regrette d'avoir égaré depuis longtemps la petite boite à musique mécanique que j'avais qui jouais cet air-là, probablement un souvenir acquis au musée Baud à L'Auberson, en Suisse.
Le titre de cette face A se traduit par Paraphrase sur les thèmes des chansons, et il s'agit bien d'un medley de ces deux chansons qui s'étend sur plus de 7 minutes, une durée rendue possible par la vitesse d'écoute en 33 tours.
la tension monte au fur et à mesure, tout comme la tonalité du chant, complété par des chœurs, jusqu'à être un peu "over the top" sur la fin. Mais bon, on ne peut pas se tromper avec Les moulins de mon cœur, et on a la preuve ici qu'une version disco de cette chanson aurait pu être un tube en boite de nuit.
Plus tôt cette année, on s'était intéressé à l'album disco de Martin Circus. 2025 aura été placée sous le signe du disco rock !
J'ai appris au passage que Michel Legrand s'est inspiré en partie pour cette composition du début de l'andante de la symphonie concertante K364 de Mozart.

Comme je l'avais pensé, la face B est une version du thème principal de la musique du film de 1971 Un été 42. Comme pour la version originale, j'apprécie le premier "mouvement", qui dure plus de deux minutes. Ça se gâte fortement ensuite après un changement de rythme, avec solo de guitare électrique et nappes de synthés sur fond de boite à rythmes et de basse glougloutante.

Les deux titres de ce simple sont extraits d'un album du même titre, avec quasiment la même pochette.

J'ai évidemment cherché à en savoir un peu plus sur ce Stas Namin Group. Notons d'abord qu'il est mentionné dans un article du Monde de 1985 sur une vague rock en U.R.S.S., où il est indiqué que l'hommage à Michel Legrand est très étonnant et qu'il rencontre beaucoup de succès.
On apprend aussi dans cet article que Stas Namin ne vient pas d'une famille anonyme : son grand-père Anastase Mikoïan était un révolutionnaire de la première heure, qui a survécu à Staline et a notamment présidé le Præsidium du Soviet suprême de l'URSS en 1964-1965.
Stas, lui, qui est né en 1951, a fondé dans les années 1970 le groupe Les Fleurs, qui a eu un très grand succès, mais qui a dû louvoyer au fil des années avec les interdictions et les évolutions parfois brusques du climat politique. Ce qui est surprenant malgré tout, c'est que le label officiel et unique Melodiya a malgré tout édité leurs disques.
Au début des années 1980, le groupe Les Fleurs était interdit pour avoir fait la promotion de l'idéologie occidentale et du mouvement hippie. C'est donc sous le nom de Stas Namin Group que le premier 
premier album Hymn to the sun est sorti en 1980, dans une période de réchauffement qui a suivi les jeux olympiques de Moscou. Le groupe présente ses deux albums suivants, Reggae-disco-rock de 1982 et Surprise pour Monsieur Legrand comme des disques de commande.

La suite du parcours de Stas Namin est impressionnante. Je vous laisse prendre connaissance de son impressionnante "biographie créative". C'est visiblement un monument de la culture de son pays, actif dans la musique, le théâtre, le cinéma, la photographie, les arts plastiques, qui a multiplié les projets.
Pour ce qui concerne ses relations avec Michel Legrand, notons que celui-ci, avec d'autres artistes comme Mikis Theodorakis, lui a rendu visite en 1985 sans l'autorisation du KGB.
En 1997, Namin était l'un des organisateurs du Festival International du Film de Moscou. Il a programmé deux de ses amis pour les concerts associés à cet événement, Michel Legrand et Chuck Berry ! (Je n'aurais jamais pensé voir ces deux-là associés un jour...).

Un petit disque trouvé dans la vallée de Vesle qui nous emmène voguer sur la Moskova, portés par les compositions de Michel Legrand et des rythmes disco. C'est pour découvrir des bizarreries de ce genre que je continue à chiner, même en risquant d'avoir les pieds dans la boue.



Ci-dessus, le verso de la pochette de mon disque, et ci-dessous celui de l'album.