14 juin 2013

BURNING SPEAR : Live in Paris (Zénith)


Acquis chez Emmaüs à Tours-sur-Marne le 18 mai 2013
Réf : CDE 162 -- Edité par Indesit en France vers la fin des années 1980
Support : CD 12 cm
7 titres

Je ne trouve quasiment plus de disques vinyls chez Emmaüs à Tours-sur-Marne : le stock a été divisé par dix par rapport à il y a deux-trois ans, il ne se renouvelle quasiment pas et les prix ont augmenté. Par contre, lors de mes dernières visites, je me suis mis à y trouver ponctuellement des CD intéressants, à un prix correct (1 ou 2 €).
Pour celui-ci, l'horrible pochette aux couleurs de la marque d'électroménager italienne Indesit ne m'a pas empêché de prendre le disque en mains pour essayer de comprendre à quoi j'avais affaire.
Premier étonnement : je me suis rendu compte que ce disque visiblement promotionnel était un enregistrement en concert de Burning Spear ! J'imagine qu'il a été offert en cadeau à des acheteurs des lave-vaisselle, machines à laver, réfrigérateurs-congélateurs ou cuisinières dont il est question dans le livret intérieur. A moins qu'il ait été distribué au sein du réseau commercial de la marque. En tout cas, c'est incompréhensible. Quel rapport entre les produits d'Indesit et le reggae ? Et quel intérêt d'utiliser la musique de Burning Spear pour une opération de promotion auprès d'un public qui a toutes les chances de ne pas le connaître ? Chez les ménagères et dans leurs familles, chez les professionnels de l'électroménager, on connaît sûrement Bob Marley, mais Burning Spear ? C'est une grande figure du reggae, connue de tous les amateurs du genre, mais en-dehors de ce cercle ? La seule explication qui me vient naturellement, c'est que ça devait pas mal fumer dans les réunions de créatifs chez Indesit il y a vingt-cinq ans, et pas seulement du tabac...
D'ailleurs, l'opération n'a sûrement pas été d'une grande ampleur, ou alors elle a été un fiasco. C'est le deuxième étonnement, une fois rentré à la maison, quand je me suis rendu compte que, comme pour le Shlomo Dahiani et comme pour l'Emile Lambert, je ne trouvais aucune mention en ligne de ce disque.
Cette édition spéciale vient allonger l'historique déjà pas si simple de l'édition de l'enregistrement de ce concert du 21 mai 1988 au Zénith de Paris. L'originale chez Blue Moon était disponible au choix en double CD 16 titres ou en double 33 tours 14 titres. Le concert a été également édité en cassette vidéo à cette époque. Les éditions en vinyl anglaise et américaines de 1988 sont équivalentes à l'originale française, mais le CD américain ches Slash est simple et ne compte que 13 titres. Par contre, la réédition américaine de 2004, chez Burning Music, le label de Winston Rodney, est présentée comme une version intégrale et, effectivement, c'est un double CD qui tient le record avec 17 titres. Quant à mon édition Indesit sous licence Blue Moon, c'est un simple CD qui ne compte que 7 titres, qui correspond en fait au premier des deux 33 tours de l'édition originale.
Et la musique ? Ah oui, je parle popote et j'en oublierai presque la musique. Eh bien, c'est exactement ce qu'on est en droit d'attendre d'un enregistrement en concert dans une salle de ce type. Le son est bon, les musiciens aussi, c'est du reggae roots de qualité, classique et sans surprise. Sans que ça parte dans le dub, ce sont les quelques excursions vers des versions instrumentales qui me font un peu dresser l'oreille. Quant à Winston Rodney, il est cool au point d'être presque indolent. Son "Hip hip hooray" au bout des deux minutes de la bonne introduction instrumentale de Happy day m'a rappelé The Beat, sauf qu'il est tellement mou de la chique qu'on a envie de monter sur scène lui imposer un fortifiant. Mais bon, tout ça reste agréable, et surtout, si quelqu'un a des informations sur cette curiosité, je suis preneur !




Le film du concert, édité en vidéo à l'époque.

09 juin 2013

EMILE LAMBERT : O.K. Belles oreilles


Acquis chez Troc.com à Charleroi le 22 mai 2013
Réf : BEA. 32 -- Edité par Pathé en Belgique vers 1960
Support : 45 tours 17 cm
Titres : O .K. Belles oreilles -- Li ouistiti (Itsy bitsy) -/- Li twist des vatches (Kili-Watch) -- Ell tchawe

Ils ont de moins en moins de vinyls, mais je continue à faire des trouvailles intéressantes chez Troc à Charleroi quand j'ai l'occasion d'y passer. Là, j'ai dédaigné un autre 45 tours d'Emile Lambert (un deux titres chez Olympia, un label pour lequel il a visiblement beaucoup enregistré à la pochette quelconque et aux titres peu inspirants), mais celui-ci répondait à toute une série de critères qui font que je ne pouvais pas le laisser passer : un EP quatre titres, avec une pochette rigolote et réussie, deux twists, deux cha-cha aussi pour faire bonne mesure, deux reprises de tubes en wallon, de la couleur locale, donc...
J'ai assez vite trouvé des informations sur le parcours d'Emile Lambert, chez Amour du rock 'n' roll, chez Bide & Musique, et surtout en regardant la vidéo souvenir (voir ci-dessous) diffusée par l'une de ses filles sur Youtube. Ce qui m'a surpris, c'est que je n'ai trouvé aucune information en ligne sur ce disque précisément, pourtant diffusé par une maison de disques importante, Pathé.
Au cours de sa longue carrière de chanteur humoriste, Emile Lambert a dû s'attaquer à tous les styles musicaux populaires, jusqu'au punk avec Ça gonfle pour moi, un titre pour lequel il a pris l'identité de Caoutchouc Lambert (on se demande bien pourquoi...!).
Il y a ici deux titres originaux, Ell tchawe (Le chouca), en wallon, et O.K. Belles oreilles, en français, un twist à la Jean Yanne. A l'écoute des paroles, et au vu de l'illustration de pochette, je n'arrive pas à décider s'il faut comprendre "Pour O.K. Belles oreilles", "Pour roquet belles oreilles" ou "Pour Rock et belles oreilles"). En tout cas, s'il est chronologiquement impossible que cette chanson ait quoi que ce soit à voir avec le groupe québécois Rock et Belles Oreilles ou avec l'émission de radio lilloise de RCV Rockez Belles Oreilles, il n'est pas impossible qu'il y ait une référence au dessin animé Roquet belles oreilles, car dans la chanson suivante, Li ouistiti, il est fait mention d'une émission portant ce titre diffusée le mercredi.
Li ouistiti, justement, c'est une (bonne) reprise, en wallon, d'Itsy bitsy teenie weenie yellow polka dot bikini, une chanson popularisée par chez nous par Richard Anthony. Quant à Kili-Watch, qui devient ici, et en wallon, Le twist des vaches, ce fut l'un des tous premiers succès de Johnny Hallyday (qui a aussi interprété Itsy bitsy), mais il ne s'agissait pas d'une reprise d'une chanson anglo-saxonne, comme je le pensais, mais d'une version d'un titre d'un groupe belge, Les Cousins. D’Émile Lambert aux Cousins, en passant par Johnny, dont le père était belge, on reste entre belges avec cette chanson...
Et désormais, je serai encore plus attentif quand je trouverai un disque d'Emile Lambert...

Emile Lambert, O. K. Belles oreilles.
Emile Lambert, Li ouistiti.
Emile Lambert, Li twist des vatches.
 
Une vidéo souvenir familiale en hommage à Emile Lambert, réalisée par sa fille Annie. On y entend notamment deux de ses filles, Renée et Yetty, interpréter
Nous aimons chanter.

08 juin 2013

SHLOMO DAHIANI : Yemenit songs


Acquis chez All Aboard à Londres le 26 avril 2013
Réf : L.P. 234 -- Edité par Makolit en Israël probablement dans les années 1950
Support : 33 tours 25 cm
7 titres

Je vais très vite arrêter de vous ennuyer avec les comptages mais, après avoir marqué la publication du millième billet de Blogonzeureux!, il était assez logique que je me tourne vers l'Orient pour vous conter mon mille et unième disque !

Le jour où j'ai acheté le Chills, j'ai été agréablement surpris de trouver dans plusieurs boutiques de charité autour de St John's Wood/Swiss Cottage, un quartier très proche du centre de Londres, des disques intéressants, en très bon état et à un prix très abordable.
Ce 25 cm, datant visiblement des années 1950 mais parfaitement conservé, je l'ai repéré par sa pochette assez marquante et je l'ai choisi à cause du titre en anglais, Yemenit songs.
Pour moi comme pour beaucoup de fans de musique occidentaux, Yemenite songs c'est avant tout un album de 1984 de la chanteuse israëlienne Ofra Haza, rendu célèbre par la chanson Im nin' alu, samplée par Eric B. & Rakim et M|A|R|R|S et elle-même, une fois remixée, devenue un tube en 1988.
Là, je me doutais bien qu'il s'agissait de chansons traditionnelles yéménites, mais difficile d'aller plus loin pour deux raisons. D'abord parce qu'il se trouve qu'un défaut d'imprimerie fait que le dos imprimé de ma pochette se trouve à l'intérieur plutôt qu'à l'extérieur : pas trop pratique pour le consulter. Je n'ai pas voulu abimer complètement la pochette en tentant de la décoller, d'autant que, c'est la deuxième raison, hormis "Yemenit songs", aucune mention n'est écrite en alphabet latin.
Je me suis rendu compte par moi-même que les inscriptions n'étaient pas en arabe, comme je m'y serais attendu, mais en hébreu. Un petit tour sur le grand livre d'histoire coopératif m'a donné des informations sur la communauté juive du Yemen, et notamment sur l'Opération Tapis Volant qui, en 1949 et 1950, a organisé le transport de la quasi-totalité de cette communauté vers Israël. Dès lors, on ne s'étonne pas qu'un disque rassemblant (probablement) des chansons juives yéménites ait été édité en Israël dans les années qui ont suivi. La famille d'Ofra Haza était aussi originaire du Yemen et elle avait choisi dans son album d'interpréter des chansons entendues dans son enfance.
J'en étais à ce point, et impossible d'aller plus loin sans parvenir à identifier au moins l'interprète du disque. Merci donc à Frédéric (et à Agnès, qui nous a mis en contact), qui a entrepris de traduire les inscriptions de la pochette, une entreprise encore compliquée par le fait qu'il ne s'agit pas d'hébreu moderne mais probablement d'hébreu yéménite.
C'est donc grâce à Frédéric que j'ai su que l'artiste de ce disque est Shlomo Dahiani (ou Dachiani, ou d'autres variations suivant les variations de translittération) et que le titre général du disque en hébreu est en fait Retour aux sources.
Muni de cette information, j'ai cherché à en savoir plus sur Shlomo Dahiani. Je n'ai rien trouvé sur sa biographie et son parcours (en tout cas pas en anglais ou en français). Tout ce que que j'ai trouvé, c'est la trace de plusieurs 78 tours qu'il a publiés (quelques étiquettes sont reproduites ci-dessous), ce qui montre qu'il a pas mal enregistré, un fait confirmé par l'existence d'une série de cinq CD, en vente sur Ebay, rassemblant des chants profanes et sacrés, y compris en Arabe, édités en 2001 par le Jewis Music Research Centre de The Hebrew University à Jerusalem. Malheureusement, je n'ai pas été capable de trouver sur leur site d'informations sur Shlomoe Dahiani ou sur ces CD.
Frédéric m'a également donné des informations sur le sens des titres du disque. Cela m'a permis d'en identifier au moins un de façon formelle, Ayelet shen (Gracieuse gazelle), l'un de mes préférés, dont on trouvait aussi une version sur l'album d'Ofra Haza. Les paroles sont adaptées d'un poème du 17e siècle du Rabbin Shalom Shabazi, comme la plupart de celles du disque d'Haza, et sûrement de celui-ci.
Au dos de la pochette, Shlomo Dahiani est photographié avec un oud, mais, sauf erreur de ma part, on n'entend aucun instrument à cordes sur ce disque, juste la voix de Shlomo accompagnée de percussions traditionnelles yéménites. Vous pourrez en juger par vous même avec les trois extraits ci-dessous, mais on n'est pas loin dans l'esprit de mon disque égyptien de Farouk Salama. Plus près de nous, et hors musique traditionnelle, je pense aussi en écoutant ce disque chant/percussions aux titres vaguement orientalisants de cet OVNI qu'est l'album Flowers of romance de PIL.
Toute information complémentaire sur Shlomo Dahiani et les chansons de ce disque est la bienvenue !

A écouter :
Sholomo Dahiani : Yemenit song 3
Sholomo Dahiani : Yemenit song 6
Sholomo Dahiani : Yemenit song 7

 
Le rond central de mon disque, ainsi que le dos de pochette, malheureusement imprimé à l'intérieur !

 
Quelques étiquettes de 78 tours de Shlomo Dahiani glanées sur des sites de vente en ligne.

26 mai 2013

B. GEORGE & MARTHA DeFOE : International discography of the new wave {Volume 1982 | 83}


Acquis chez Harrow Book Shop à Harrow-on-the-Hill fin 1983
Réf : 0.7119.0050.7 -- Edité par One Ten Records / Omnibus Press en Angleterre en 1982
Support : 736 p. 25 cm
14 titres

Voici donc le millième billet de ce blog. Difficile de choisir un disque en particulier pour cette occasion, tant il est évident que, depuis sept ans et demie, j'ai eu l'occasion de présenter ici mes disques les plus rares (parmi lesquels le maxi Upside down de Jesus and Mary Chain et l'album des Justified Ancients of Mu-Mu) et ceux qui me tiennent particulièrement à coeur (tous, presque, mais comme ça de tête je pense à Autobahn et à The whole world's turning Brouchard). Quant aux trouvailles que je continue de faire quasiment chaque semaine (ce qui ne lasse pas de me réjouir mais aussi de m'étonner), elles sont bien entendu chroniquées ici au fil du temps.
Plutôt que de sélectionner un disque en particulier, j'ai donc choisi de contourner l'obstacle en portant mon attention sur un livre, un pavé plutôt, qui est à lui seul un réservoir à disques, un entrepôt qui en contient plus que je ne pourrai jamais en chroniquer ici : la deuxième édition d'International discography of the new wave, publiée en Angleterre en 1982.
La première fois que je suis tombé sur ce livre, c'était dans l'une des librairies Gibert boulevard Saint-Michel à Paris. J'avais passé un bon moment à le compulser. J'avais même pris des notes, mais je ne l'avais pas acheté car le livre en import était assez cher et mon budget d'étudiant ne me permettait pas trop de disperser mes achats en dehors des disques.
Quelques mois plus tard cependant, j'ai eu la chance de tomber dans une petite boutique de Harrow, détruite quelques mois plus tard dans le cadre de la rénovation du centre-ville, sur un exemplaire soldé à 5,99  £. J'ai investi et je n'ai pas regretté mon achat, qui m'a permis, comme j'ai plusieurs fois eu l'occasion de l'indiquer ici (récemment encore avec le 'O' Level) de découvrir des disques et des groupes dont je n'imaginais même pas l'existence.
Il faut se replacer au début des années 1980, quand les principales sources d'information d'un fan de new wave étaient les magazines Rock & Folk et Best (tous les mois), l'émission de Bernard Lenoir Feedback (cinq jours par semaine), quelques autres magazines et fanzines et les hebdomadaires anglais New Musical Express, Melody Maker et Sounds, pour ceux qui avaient la chance de les voir arriver dans leur ville et qui pouvaient se les payer et les comprendre.
Alors, ce pavé était une aubaine pour qui s'intéressait à la production discographique récente en punk/new wave : plus de 700 pages, la discographie de plus de 7500 groupes (soit plus de 16000 disques). Les adresses de 3000 petits labels, les fiches de 1300 fanzines... Un travail de fous, de passionnés en tout cas, démarré par une équipe d'américains coordonnée par B. George et Martha DeFoe, avec une équipe rapprochée comprenant JD Haney, l'ancien batteur de Monochrome Set, et un réseau de correspondants dans le monde entier parmi lesquels on relève Scott Piering et Ira Kaplan, mais aussi  l'équipe de Rough Trade, Iain McNay de Cherry Red, John Peel et pour la France Patrick Mathé de New Rose et Jean-François Vallée, correspondant de Radio France/Bernard Lenoir à New-York.
Ecrit tout petit, avec une maquette façon listing informatique, on trouve dans ce livre, avec un taux d'erreurs et d'imprécisions raisonnable, des infos fascinantes qui m'ont tenu occupé des heures durant. J'étais tout content de noter qu'Elvis Costello avait, déjà, la discographie la plus longue, et j'ai longtemps fantasmé sur le Washing the defectives EP des Beatles Costello (jusqu'à ce que Gilles Raffier m'en fasse une copie cassette avec une photocopie de la pochette et que je me rende compte que le nom du groupe et le titre étaient ce qu'il y avait de mieux dans le disque, auquel Andy Paley a pourtant participé).
J'ai aussi longtemps bavé sur la compilation cassette Morocci Klung!, que je retrouvais partout vu qu'à son sommaire il y a une vingtaine de gens qui m'intéressent, de Mark Beer à Robert Wyatt. Sauf que j'apprends aujourd'hui que c'est en fait un magazine audio avec des interviews et principalement des extraits de chansons...
Aujourd'hui comme alors, je peux ouvrir une page au hasard et découvrir une liste de groupes que je ne connais absolument pas. Exemple page 245 : Kurt Maloo, Mama Dada 1919, Mamba Strike, Mickey Mamp, Man, Man Ray Band, Manchester Mekon (avec Dick Witts, de The Passage), Mandango, Mandeville Mike & the Mental Block, Mandible Rumpus, Mandrake Roote, Maneaters, Man Ezeke, Mania D, deux Maniacs et un Manics (aucun n'est le groupe suisse que je connais), Manic-Depressives (avec Mandeville Mike, pour ceux qui suivent) et Manic Jabs.
Evidemment, trente ans plus tard, ce livre n'est plus la source  d'information unique et précieuse qu'il était. L'internet est passé par là et aujourd'hui Mandeville Mike est sur Youtube, LastFM et Grooveshark, mais le feuilletage de la discographie reste toujours aussi passionnant et informatif, même si on sait qu'on va taper les références d'un groupe dans Google dès qu'on va découvrir sa fiche. En préparant ce billet, je suis encore tombé sur des noms comme Afghanistan Banana Stand, Giant Sandworms (le 1er disque, avec déjà une version de Steadfast), Laughing Apple (les trois singles sont bien listés), Human Switchboard (avec Paul Hamann), Tagmemics (plus ou moins Art Attacks reformés), Space Negros et Radio Actors, avec un single qui associe des membres de Gong et d'Hawkwind à Sting, ce qui explique sûrement pourquoi ce disque a été édité au moins cinq fois.
On le voit, ce livre reste passionnant. Il n'y a pas eu de troisième édition, la production des labels indépendants étant exponentielle dans les années 1980, et il n'y aura sûrement jamais de réimpression (Discogs est là, maintenant), ce qui fait que les exemplaires d'occasion se vendent à prix prohibitif.
Je ne sais pas ce qu'est devenue Martha DeFoe, mais le parcours de B. George (qui a beaucoup travaillé avec Laurie Anderson et qui a sa propre entrée dans le livre, page 166) est intéressant car, dans la foulée de cette discographie, il a fondé en 1985 The ARChive of contemporary music en y apportant sa collection personnelle de 47000 disques. Aujourd'hui, le dépôt d'archives/bibliothèque musicale/centre de recherche conserve plus de deux millions de documents est la plus grande collection de musique populaire des Etats-Unis (les bibliothèques publiques n'en voulaient pas à l'époque).
Pour ma part, avec ou sans l'apport de la Discographie, je ne manque pas d'idées pour les mille (et plus) prochains billets de Blogonzeureux!.

Plusieurs extraits du livre sont reproduits sur le site de Philippe Andrieu, par exemple à la page sur Snakefinger, Tuxedo Moon et Indoor Life.

25 mai 2013

LCD SOUNDSYSTEM : LCD Soundsystem


Acquis par correspondance via Amazon en janvier 2013
Réf : dfaemi 2138cd -- Edité par DFA/EMI en Europe en 2005
Support : 2 x CD 12 cm
16 titres

(Ce billet est le quatrième d'une série de cinq qui va nous mener à la 1000e publication de ce blog)

Je me suis intéressé assez tardivement à LCD Soundsystem, en 2007, au moment de la sortie de l'album Sound of silver, quand j'ai téléchargé - et apprécié - quelques MP3 : All my friends, North American scum, Someone great et la reprise de No love lost de Joy Division. Avant ça, soit j'étais passé complètement à côté du groupe de James Murphy, soit je confondais son label avec le groupe canadien Death From Above 1979 qui ne m'intéressait pas.
Pour ce 999ème billet, je souhaitais avant tout parler du tout premier single de LCD Soundsytem, Losing my edge, sorti dès 2002. Oui mais voilà, à l'époque le single n'est sorti qu'en maxi 45 tours et, le groupe étant désormais très réputé, ce disque est à la fois cher à l'achat et en frais de port, vu le format. Il y a bien eu un CD single promo diffusé à l'époque, mais il à l'air d'être plutôt rare. Je me suis donc rabattu sur cette édition du premier album de LCD Soundsystem, celle qui contient un deuxième CD avec sept titres extraits des premiers singles du groupe. Cette édition était sensée être limitée, mais on la trouve encore facilement et à bon prix.
Ce premier album mériterait largement sa chronique à part entière, avec son mélange de hip hop, de rock, de new wave et de disco,mélange qui a fait la réputation de LCD Soundsystem, et d'ailleurs j'apprécie la plupart des titres : Daft Punk is playing at my house, qui reprend les choses à peu près où Losing my edge les avait laissées ("I'll show you the ropes, kids"), Tribulations, Movement, là où la passion de Murphy pour The Fall est la plus évidente, On repeat, Thrills, Disco infiltrator avec son sample de Kraftwerk et ses voix à la Talking Heads époque Remain in light et Great release, avec le piano et le chant à la Taking tiger mountain d'Eno.
Il y a de très bonnes choses aussi sur le CD compilation des premiers singles, comme Give it up et la version Crass de Yeah, mais, comme je le disais, c'est surtout à Losing my edge que je voulais m'intéresser.
Losing my edge, qu'on pourrait traduire par "Je perds mon avance", c'est la complainte du DJ branché qui sent qu'il risque de ne plus être à la pointe et qui part dans une frime délirante ("J'étais là quand Captain Beefheart a fondé son premier groupe", "J'étais là en 1968 au premier concert de Can à Cologne", "J'étais là en 1974 aux premières répètes de Suicide dans un loft à new York City"). Comme il l'a expliqué dans un entretien au site I Really Love Music cité par Wikipedia, l'inspiration de James Murphy pour cette chanson lui est venue quand il a été horrifié par sa propre attitude et sa stupidité à un moment où, s'étant construit une réputation comme DJ en passant des groupes obscurs tels que Liquid Liquid ou ESG, il avait réagi en "propriétaire" de la musique qu'il passait quand d'autres avaient commencé à en faire de même.
Evidemment, l'intérêt d'une chanson sur les fous passionnés de musique, c'est que, outre les anecdoctes citées, elle fait référence à un nombre impressionnant d'artistes. Et, comme j'ai de nombreux goûts en commun avec James Murphy, on pourrait presque l'entendre lister une partie du sommaire de Blogonzeureux! : Suicide, Captain Beefheart, Beach Boys, Modern Lovers, Pere Ubu, PIL, The Human League, Lou Reed, Joy Division, The Slits, Faust, Mantronix, Pharoah Sanders, Soft Cell. (et encore, il ne s'agit là que des mille premiers billets. D'ici quelques temps, d'autres artistes cités dans la chanson risquent fort d'apparaître ici : The Normal, Can, The Bar-Kays, Eric B. and Rakim, Althea & Donna, 10cc, Fire Engines...).
Outre les références musicales, cette chanson me parle aussi particulièrement car la situation du collectionneur de disques et du rédacteur de blog est très proche de celle du DJ branché. A chaque instant, chez un disquaire, sur un vide-grenier, sur un site de vente en ligne, il faut garder en tête la raison pour laquelle on s'intéresse aux disques. Et la seule bonne raison, c'est qu'on est passionné par la musique (ou la production discographique au sens large). Chaque fois qu'on achète un disque uniquement parce qu'il est rare, parce qu'il se revend cher ou pour faire bicher untel ou empêcher tel autre de l'avoir, on se plante, et je me garderai bien de prétendre que ça ne m'arrive jamais. Et la prochaine fois que ça me prendra, je me remettrai les 7'53" de Losing my edge dans les oreilles.


La vidéo d'une version raccourcie de Losing my edge.

23 mai 2013

ELVIS COSTELLO : Elvis Costello


Acquis dans la boutique du Earl Mountbatten Hospice à Ryde le 20 mai 2010
Réf : TIMES-ELVIS 01 -- Edité The Sunday Times/Upfront/Mercury en Angleterre en 2002
Support : CD 12 cm
4 titres + 3 titres + 1 vidéo

(Ce billet est le troisième d'une série de cinq qui va nous mener à la 1000e publication de ce blog)

Ce disque est assez révélateur du degré d'intégration des ex-punks et new waveux dans les années 2000 et de l'état de la production discographique à la fin des années CD. Voilà donc que, pour la promotion de l'album When I was cruel (sorti en avril 2002 mais complété par une édition collectors double-CD en septembre de cette même année, au moment d'une tournée anglaise), des dizaines de milliers d'exemplaires de ce disque ont été diffusés aux lecteurs du Sunday Times (Du coup, c'est l'un des disques les plus courants d'Elvis Costello : le port vous coûtera beaucoup plus cher que le disque lui-même si vous décidez de l'acheter).
C'est un disque composite. Dans la partie CD, on a une version live de Watching the detectives, qui est intéressante pour étudier le traitement qui lui est appliqué pour continuer à la jouer sans s'ennuyer après vingt-cinq ans : pas vraiment déconstruite ni dub, mais comme en pointillés; si Costello la chante normalement, on a l'impression qu'après l'intro le groupe se contente d'insérer de courtes touches musicales, juste à la dose suffisante pour qu'on reconnaisse la chanson. Les trois autres titres du CD "audio" sont là pour promouvoir la sortie des énièmes éditions d'Imperial bedroom, This year's model et Armed forces. Avec ces disques, il est impossible de se planter, et là on a droit à Man out of time, Pump it up et Accidents will happen. Pour cette dernière, il s'agit de la version live au Hollywood High sortie à l'origine sur le 45 tours qui accompagnait Armed forces. Je profite de l'occasion pour signaler que, depuis, un CD 20 titres de ce concert a été édité. Il est excellent et Accidents est plutôt l'un des titres les moins forts de tout le concert.
Ce CD comporte une partie "extra", avec trois titres au format WMA, le format anti-piratage et anti-copie plein de DRM concocté spécifiquement par Microsoft. C'est malheureusement tellement bien fait que, même en respectant les conditions indiquées (PC sous Windows et connexion internet active), je n'ai pas été en mesure de les écouter du tout. Parmi ces titres, il y a des versions en public de deux morcaux de When I was cruel (15 petals, dans la version de l'édition collector de l'album, et Spooky girlfriend, dans une version inédite par ailleurs, je pense, comme pour Watching the detectives) et surtout, il y a 45, le titre d'ouverture de l'album et surtout la raison d'être de cette chronique.
45 a aussi été édité en single, avec un 45 tours en édition limitée et un CD promo anglais qui ont une belle pochette rétro. J'aurais préféré parler du single plutôt que de ce CD promo, mais je n'ai pas réussi à me le procurer à temps à un prix correct. Mais je ne triche pas : j'ai bien pu écouter 45 avec mon CD : pas la piste audio, donc, mais la vidéo qui est aussi incluse sur le disque. Je signale aussi que When I was cruel est l'un des meilleurs albums "tardifs" du Roi d'Angleterre et 45 est l'un des meilleurs titres du disque.
Avec cette chanson, Elvis Costello se livre à une méditation en forme d'exercice de style : il fait un retour en arrière, prend date ("Here is a song to sing to do the measuring") et raconte (un peu) sa vie à partir de différents usages de quarante-cinq : (19)45, 45 (tours), (Colt) 45 et 45 (ans), bien sûr, puisqu'il a écrit ce titre l'année de ses 45 ans.
C'est bien l'aspect 45 tours qui m'intéresse le plus ici, l'expérience ayant montré (les chiffres aussi, mais je n'ai pas fait les comptes), que ce format de disque est celui de prédilection de ce blog. Et ce format a bien sûr compté énormément pour quelqu'un de la génération d'Elvis Costello : "Every scratch, every click, every heartbeat, Every breath that I held for you, 45, There's a stack of shellac and vinyl".
Le galopin se permet même d'évoquer la difficulté de comprendre les paroles et donne un bon vieux truc qui a souvent dû être très utilisé par ses propres fans à la fin des années 1970 : "The words are a mystery, I've heard, 'til you turn it down to 33 and 1/3, 'cos it helps with the elocution".
On a donc ici un objet publicitaire assez moche et pénible, mais il a sûrement permis à certains de découvrir d'excellents titres de Costello. Pour ma part c'est grâce à lui que j'ai connu et apprécié 45. C'est déjà beaucoup.


La pochette du 45 tours 45. Une maquette très rétro sixties, dans le même esprit, parmi de nombreux autres exemples, que celle du maxi de Julian Cope.