22 décembre 2011

JAD FAIR AND THE PASTELS : No. 2


Acquis par correspondance chez Cdiscount en France au début des années 2000
Réf : paper 018 CD -- Edité par Paperhouse en Angleterre en 1992
Support : CD 12 cm
Titres : He chose his colours well -- Hold on to your dreams -- Dark side of your world -- Red dress

En 1992-1993, Jad Fair et le label Paperhouse ont beaucoup collaboré. Avant la réédition de la collaboration avec Daniel Johnston en 1993, Paperhouse a édité en Angleterre en 1992 l'album de Jad Fair I like it when you smile et aussi deux maxis de collaboration avec les Pastels, enregistrés dans le studio de Teenage Fan Club, avec également la participation de leur guitariste Norman Blake.
Le premier de ceux deux disques,This could be the night, aurait parfaitement collé à mon propos, puisqu'on y trouve une reprise d'un titre de Daniel Johnston, Lonely song, au moins la deuxième reprise de Johnston publiée par les Pastels puisqu'il y avait eu Speeding motorcycle quelques temps plus tôt. Mais je n'ai jamais acheté ce disque, et même je ne l'ai jamais écouté, on va donc se pencher sur le numéro 2 de la série, un disque que j'ai eu pour quasiment rien puisque Cdiscount, qui avait dû récupérer un stock de disques distribué à l'origine en France par New Rose, l'avait soldé à 1 centime d'euro ! (Je ne sais plus s'il y avait du port à payer, mais de toute façon ce n'était pas grand chose et j'avais dû commander plusieurs articles).
Les deux premiers titres sont écrits par Jad Fair en collaboration avec un membre des Pastels (Stephen puis Katrina). Il y a ensuite un titre de Stephen et un de Jad. Rien de génial dans tout ça, chacun des deux a fait mieux de son côté, mais le tout est au minimum agréable. Si ce n'est pas improvisé, ça a dû quand même être pris sur le vif, sans trop de répétitions ni de tâtonnements. C'est sûrement pour ça que trois des titres sont très longs (plus de six minutes), ce qui n'est quand même pas dans les habitudes de ces gens-là : les musiciens partent sur une base qu'ils font tourner, dans un style de rock tranquille qu'on peut faire remonter au troisième Velvet Underground, et le chanteur y va de son couplet par-dessus. C'est comme ça à la fois quand Jad chante (He chose his colours well) et quand c'est Stephen (Dark side of your world). A la fin de Red dress, qui n'est pas un titre composé sur le pouce puisqu'il figurait déjà sur Charmed life de Half Japanese en 1988, Jad prévient les autres : "On va arrêter là et je vais finir en sifflant" !
J'avais tendance à trouver ce disque assez quelconque, peut-être à cause de son faux rythme, mais plus je l'écoute, plus il me rentre dans la tête. Ceux qui l'ont enregistré doivent l'apprécier aussi puisque les Pastels ont inclus Dark side of your world sur leur compilation Truckload of trouble et quant à Jad Fair, il joue toujours Red dress sur scène et on en trouve une version, plus courte, sur la compilation triple CD Beautiful songs sortie par Fire en 2011.

20 décembre 2011

ROBIN LEDUC : Robin Leduc



Acquis sur la braderie/brocante d'automne d'Ay le 30 octobre 2011
Réf : PROM2313 -- Edité par Tôt Ou tard en France en 2010 -- Promo only / Not for sale
Support : CD 12 cm + DVD 12 cm
5 + 1 titres

Je n'ai quasiment rien vu d'intéressant sur cette braderie-brocante qui accueillait comme à l'habitude majoritairement des vendeurs professionnels, sauf sur un stand de la place de la Mairie où le vendeur avait un carton plein de CD promos à 50 centimes, principalement des CD-R sous enveloppe plastique avec des pochettes bricolées, mais pas seulement. Quand il m'a vu intéressé, le gars est allé chercher deux autres cartons du même tonneau dans son camion, et au bout du compte j'en suis reparti avec un bon petit paquet de disques, dont des promos d'Idir, MGMT et Laura Marling, et aussi le troisième album de Ben Kweller.
J'y ai aussi trouvé bien sûr ce superbe objet promo pour Robin Leduc, dont je n'avais absolument jamais entendu parler, diffusé quelques semaines avant la sortie de son deuxième album Hors-pistes, le premier, crédité à Robin Leduc & the Pacemakers, datant de 2007. Comme il était aussi présent dans les cartons, et pour éviter d'avoir des regrets, j'ai aussi acheté l'album commercialisé Hors-pistes.
Alors que la crise du disque continue de battre son plein, que les labels sont plus ou moins en déconfiture, que les budgets de développement d'artistes plongent, il est assez fascinant de constater que certains sont encore prêts à investir autant dans un outil de promotion destiné à un public très limité de journalistes et de professionnels du spectacle.
Voyons voir ce qu'on a ici : une pochette ouvrante cartonnée au format un peu plus grand que la moyenne, des visuels couleurs pour la pochette différents de ceux de Hors-pistes, une sur-pochette en papier calque dessinée en noir, des sous-pochette cartonnées rouge pour le CD, avec cinq extraits du futur album, et le DVD qui propose un court documentaire sur l'enregistrement du disque avec un sixième titre en bande sonore.
Au moins, la musique mise en avant ici vaut le coup. Robin Leduc nous propose une pop-rock à la française et en français avec des chansons qui passent la rampe, dans un registre pas si éloigné ce celui d'Arnaud Fleurent-Didier.
Sur les titres rapides, le chant peut faire penser à M. Pour ma part, j'aurais mis en avant le 3e titre de ce CD, Ma dose de moral, plus que le tout premier Laissez-moi passer, avec sa touche jazzy. Mes idéaux et Offense me rappellent un peu les amis de Rémy Chante et du Bingo Bill Orchestra. Les deux autres titres, Mais qu'est-ce que ça peut faire, ambiance caribéenne incluse, et Je casse tout (sur le DVD) sont également très bien.
La meilleure preuve de la qualité globale de l'album Hors-pistes lui-même, c'est que deux de mes chansons préférées du disque, Pas d'inquiétude et Zuydcoote song (écrite par Red), ne font pas partie des six retenues pour ce disque promo.
Et  comme je n'avais pas encore assez bien écouté ce disque, j'ai réussi à rater le concert de Robin Leduc à La Cartonnerie en novembre dernier...




17 décembre 2011

GERARD MANSET : Gérard Manset 1968


Acquis auprès de Raymond G. à Reims à la fin des années 1980
Réf : 2C 066 - 11.788 -- Edité par Pathé Marconi / EMI en France en 1971
Support : 33 tours 30 cm
12 titres

Je ne sais plus pour quelle (mauvaise, bien sûr) raison Raymond avait décidé de revendre certains de ses disques, notamment les albums de Manset. Toujours est-il que, ayant déjà et aimant beaucoup Lumières et Royaume de Siam
et sachant que Manset avait décidé de ne pas rééditer une partie de sa discographie, j'ai acheté à Raymond son exemplaire du premier album de Manset, qui avait déjà bien vécu, certes, mais à un prix d'ami car j'ai en souvenir une somme de trente de francs, avec peut-être bien dans le lot un deuxième disque, le beaucoup moins rare Y'a une route.
Ceci n'est pas exactement le premier album de Gérard Manset. L'album original dix titres a dû passer à peu près inaperçu au cours de l'année mouvementée 1968. Je crois ne l'avoir jamais vu, ou alors accroché avec un prix énorme dans une pochette plastique dans le dos d'un vendeur professionnel sur une bourse aux disques. Non, cet album est une réédition de 1971 suscitée par le succès rencontré par le deuxième album, La mort d'Orion. Au verso, de dithyrambiques extraits de presse sont repris, tous à propos de La mort d'Orion. Les fans de cet amphigouri musical qu'est la première face de La mort d'Orion ont sûrement été déçus à l'écoute de Gérard Manset 1968. On est loin de l'oratorio progressivo-classique consacré par la critique. Ici, c'est de la chanson française pop psychédélique, c'est à dire qu'on est plus proche de la face B de ce deuxième album, notamment de l'excellent Le paradis terrestre, qui remixe/échantillonne/cite Animal on est mal, le titre phare du Manset de 1968.
C'est l'écoute dans l'émission de Philippe Meyer d'une version de On ne tue pas son prochain ("Ça ne se fait pas, ça n'est pas bien") qui m'a donné l'idée de ressortir cet album. Jusque là, je ne comptais que deux titres essentiels dans ce disque, Animal on est mal et Golgotha, et voilà subitement que je suis passé à trois, voire beaucoup plus.
Cet album ne reprend pas l'intégrale des titres publiés par Manset en 1968, ce serait trop simple, mais on y est presque : L'arc-en-ciel et l'excellent La dernière symphonie, les deux faces B d'Animal, ont été ajoutés, ainsi qu'un inédit, Golgotha, mais un titre de l'album original, Pas de pain, a été retranché.
Manset a sorti ce disque à 23 ans. Il n'avait pas encore son propre studio, mais il a quand même obtenu un grand contrôle sur ce premier album puisque, outre les paroles et les musiques, il signe toutes les orchestrations.
Animal on est mal donne bien le ton du disque. Dieu est présent, comme la religion et les évangiles sur une bonne partie de l'ensemble. La chanson est excellente, avec une touche psychédélique amenée principalement par la basse, des cordes et même des cris d'animaux. L'autre sommet du disque et l'autre ouverture de face, c'est Golgotha ("Où allez vous donc ? Vous tomberez de haut quand vous saurez ce qu'il vous faut pleurer"). D'après ce que j'ai compris, ce titre a bien été enregistré au cours de cette année 1968. Dieu Manset seul sait pourquoi il est resté inédit alors (et depuis, aussi). Là encore, violons et basse s'associent parfaitement, avec de l'orgue en plus.
A mon sens, tout ne fonctionne pas parfaitement ici. J'ai du mal notamment avec Mon amour et La toile du maître. Mais outre ceux déjà cités, les excellents titres s'enchaînent, comme Je suis Dieu, Il rentre à 8 heures du soir, Tu t'en vas et L'une et l'autre. La thématique de l'également très réussie La femme fusée m'a fait penser à Edith Nylon. Fort logique : j'avais oublié que le groupe new wave avait composé sa propre Femme fusée sur l'album Johnny Johnny en 1980.
Parmi les contemporains français de Manset, on peut penser à Michel Polnareff, et ce n'est sûrement pas un hasard si les deux seuls à s'être attaqués à des titres de 1968 sur l'album-hommage Route Manset sont Bashung avec Animal on est mal et Brigitte Fontaine avec On ne tue pas son prochain.
Ce disque composite n'a pas la même unité et n'a pas eu le même impact que les deux monuments que sont Comme à la radio et L'histoire de Melody Nelson, mais après tout son enregistrement les pré-date et il les vaut presque.
Et maintenant, puisque j'ai récupéré cet autre disque enterré par une autre source (ma petite soeur), il va peut-être falloir que je me plonge dans l'écoute de l'album de Manset de 1972, celui qui a tant marqué François Gorin.

Ajout du 22 avril 2014
C'est grâce à Jean-Pierre Moya que j'ai appris la disponibilité sur YouTube d'un document très intéressant, un passage télé de Gérard Manset interprétant Animal on est mal en avril 1968. C'est carrément historique, avec mention au passage de pavés de de "l'imagination au pouvoir". Du coup, j'ai aussi trouvé un autre document, On ne tue pas son prochain, extrait de l'émission Au risque de vous plaire de Jean-Christophe Averty de novembre 1968. La précision n'est pas donnée pour Animal on est mal, mais il est clair qu'il s'agit également d'une réalisation d'Averty.





L'album original de 1968.

11 décembre 2011

THE PASTELS : Speeding motorcycle


Acquis probablement dans un dépôt-vente au début des années 2000
Réf : paper 008 CD -- Edité par Paperhouse en Angleterre en 1991
Support : CD 12 cm
Titres : Speeding motorcycle -- (Sans titre) -- Speedway star -- Speeding motorcycle 2 -- 4th bend

Sur le même label que la réédition de la collaboration entre Jad Fair et Daniel Johnston, voici une reprise de Daniel Johnston par les Pastels qui, sur ce disque, comptent dans leurs rangs deux membres de Teenage Fan Club, Francis Macdonald et Norman Blake.
Au moment où ce disque est sorti, je n'achetais plus systématiquement toute les productions des Pastels et je n'ai même pas eu l'occasion de l'écouter avant de le trouver je ne sais plus trop où pour 2 €, une dizaine plus tard. Dans l'intervalle, j'avais eu l'occasion de découvrir cette chanson, devenue l'un des classiques de Daniel Johnston.
Les Pastels et Yo La Tengo sont des gens assez pointus pour avoir eu l'occasion de connaître la version originale de Speeding motorcycle dès le milieu des années 1980, après sa parution sur la cassette Yip / jump music en 1983. La majorité a dû découvrir ce titre après la réédition de l'album en 33 tours et CD chez Homestead en 1989. C'est à l'écoute de cette version originale, avec Daniel Johnston à l'orgue, en faisant attention aux paroles ("We don't have to break our necks to get our kicks") que l'on saisit le mieux le cousinage de cette chanson avec un autre hymne à la route et à ses véhicules, le Roadrunner du jeune Jonathan Richman.
Yo La Tengo a été le premier groupe à reprendre Speeding motorcycle avec une version très calme dominée par la guitare acoustique sur l'album Fakebook en 1990. Une très bonne version mais elle est surpassée par celle enregistrée en direct à la radio par Daniel Johnston (au chant, au téléphone) et Yo La Tengo (en studio) pour l'émission Music Faucet de WFMU le 4 février 1990 (toute l'histoire est racontée sur le blog de WFMU).
C'est l'année suivante que les Pastels ont enregistré leur version de Speeding motorcycle. Ce qui est très paradoxal, c'est que les Pastels des années 1980 avaient des points communs évidents avec Daniel Johnston, principalement du côté du son bricolé et du chant souvent approximatif. Et pourtant, cette reprise est justement ce qu'ils avaient fait de plus "produit" jusqu'alors (leur son a beaucoup évolué ensuite dans les années 1990 pour les albums Mobile safari et Illumination). Si le chant de Stephen Pastel est égal à lui-même, et s'il faut faire un effort pour ignorer la principale erreur de l'enregistrement, son rythme légèrement baggy, la version instrumentale permet bien de se rendre compte de la qualité et de la variété de l'instrumentation : cordes, cuivres, flutiaux qui donnent un côté folk,...
Sur les deux autres titres, Speedway star et 4th bend, on retrouve les Pastels des années lo-fi et noisy pop. Deux chansons sympathiques, surtout Speedway star, mais pas exceptionnelles.

Speeding motorcycle figure sur la compilation des Pastels Truckload of trouble.
On peut télécharger Speeding motorcycle chez WFMU.

10 décembre 2011

BONNIE "PRINCE" BILLY & THE PHANTOM FAMILY HALO : The mindeater


Acquis par correspondance via Dodax/Amazon aux Etats-Unis en novembre 2011
Réf : KFR1116CD -- Edité par Knitting Factory aux Etats-Unis en 2011
Support : CD 12 cm
Titres : The mindeater -- Roki for now -- I wonder if I care as much -- Suddenly the darkness

J'ai un peu de retard pour le tout récent Wolfroy goes to town, mais je continue à acheter ou au moins à écouter les albums de Bonnie "Prince" Billy. Simplement, depuis quelques temps (depuis The letting go en 2006 précisément), ces albums ont tendance à me laisser assez indifférent. J'y trouve toujours au moins une ou deux choses que j'aime beaucoup, mais globalement le son est trop éthéré pour moi, les rythmes trop mous et le chant est trop lisse, trop propre. Et il semble bien que sa récente tournée française a été sur le même moule, comme le montre d'ailleurs la session pour Télérama.
Heureusement, Will Oldham reste quelqu'un de très prolifique et éclectique. Il multiplie les collaborations et ne rechigne pas à l'occasion à participer à une grosse blague comme pour la vidéo du Can't tell me nothing de Kanye West en 2007. Rien qu'en 2011, outre l'album, il a notamment sorti deux disques au profit d'associations caritatives (Island brothers et There is no God), une nouvelle collaboration avec Matt Sweeney (Must be blind), plus un 45 tours chez Spiritual Pajamas (Haggard Harper Bonnie) et ce disque avec The Phantom Family Halo.
Cet EP est d'abord sorti au printemps chez Sophomore Lounge, en vinyl et à 1000 exemplaires, aussitôt épuisés bien sûr. Knitting Factory l'a réédité en septembre, en CD et en téléchargement, et après avoir écouté l'excellent morceau-titre, j'ai décidé d'investir.
C'est Kenny Bloggins de The Decibel Tolls qui raconte le mieux la genèse de ce disque. D'abord, il y a eu un concert en juin 2010 au Headliners de Louisville organisé par Todd Brashear, ex-Slint, pour fêter les 13 ans de son magasin de vidéos. La tête d'affiche était Roky Ericson, mais à un moment Todd Brashear et Will Oldham ont rejoint The Phantom Family Halo sur scène pour une version de I wonder if I care as much des Everly Brothers.
Quelques temps plus tard, tout ce beau monde s'est retrouvé chez Dominic Cipolla, à l'étage d'un salon de pompes funèbres, pour y enregistrer ces quatre titres en direct, dont une nouvelle version de I wonder if I care as much, le seul titre où l'on retrouve Todd Brashear et l'ensemble de The Phantom Family Halo. Pour certains (The Decibel Tolls encore, Sensation Rock), c'est le meilleur moment du disque, pour moi c'est le seul faux pas. Ça dure huit minutes, c'est assez électrique, ce qui n'est pas pour me faire peur, mais si dans la première partie, chantée, ça va encore, après on part dans des solos de guitare très années 70 et presque progressifs et là je ne peux pas suivre.
Heureusement, les trois autres titres, tous écrits par Dominic Cipolla et chantés avec Will Oldham, sont très bien. The mindeater est marqué par une guitare slide et son refrain chanté à deux voix. Suddenly the darkness ("is coming for you"), avec juste une guitare acoustique et un tambourin pour marquer le rythme, est une chanson à chanter entre copains autour d'un feu de camp. On est très proche de l'esprit de Little Wings. J'aime aussi beaucoup Roki for now avec son motif de guitare folk qui tourne et son chant à deux voix. Cette chanson semble bien faire référence à Roky Ericson.
Je ne suis pas sûr d'acheter un jour un autre disque de The Phantom Family Halon, mais avec sa pochette très réussie et trois-quarts de titres excellents, ce disque est tout à fait le genre de projet qu'il faut pour m'inciter à continuer à suivre de près les multiples activités de Will Oldham.


The Mindeater par Bonnie "Prince Billy" and The Phantom Family Halo

03 décembre 2011

JACK HAMMER : Twistin' king


Acquis sur le vide-grenier du Jard à Epernay le 20 novembre 2011
Réf : ABA 3383 -- Edité par ABA en France vers 1977
Support : 33 tours 30 cm
12 titres

Une brocante de fin de saison, avec surtout des vendeurs professionnels, mais un temps correct et un coup de chance : dans un bac miteux de disques à 1 € j'ai trouvé ce disque, miteux en apparence mais dont j'ai tout de suite deviné qu'il valait bien mieux que ça.
Miteux car ce disque a tout l'air d'un de ces trucs édité pour être vendu pas cher principalement sur les marchés, un peu comme le Hit Parade chanté des Pop Hits chers à Mario Cavallero Jr. Il suffit d'un coup d'oeil à une partie du catalogue ABA listée chez Discogs (Spécial Orgue Hammond, Chansons culottées, Du Tyrol au Ch'timi!) pour en avoir la confirmation. Sauf que, contrairement à A tribute to Elvis par Colin Crosby, il ne s'agit pas là de reprises de titres connus "à la manière de", ni même de nouveaux enregistrements années 70 de vieux titres des années 60, comme je l'ai craint avant écoute, mais tout simplement de la réédition d'un excellent album de twist de Jack Hammer sorti à l'origine en 1962.
Et Jack Hammer n'est pas le nom bidon avec un jeu de mots facile sur marteau-piqueur d'un groupe de studio anonyme, non, c'est un pseudonyme, effectivement, mais celui d'un grand nom méconnu du rhythm and blues, qui a d'ailleurs eu les honneurs de Blogonzeureux! à ses tous débuts avec le superbe EP Electricity.
Avec le recul, j'en sais un peu plus sur sa biographie. Earl Burroughs est né à La Nouvelle Orléans le 18 septembre 1940. Il a été un temps membre des Platters mais il a surtout brillé comme auteur-compositeur. A 14 ans, il écrit Fujiyama Mama, crédité à Earl Burrows. Le titre est enregistré par Annisteen Allen fin 1954 mais sera surtout un succès pour Wanda Jackson en 1957 (et pour moi il sera éternellement associé aux Frank Chickens, qui l'ont repris dans les années 1980). Il est également l'auteur de Plain gold ring, interprété notamment par Nina Simone et  Nick Cave, Peek-a-boo, repris par les Rubinoos, Down in the subway, repris par Soft Cell en 1984 (ce qui fait que, sans le savoir, j'avais plusieurs titres de lui à la maison depuis bien longtemps...).
Pas mal, non ? C'est ce que je me disais aussi, mais il y a mieux. J'ai failli tomber de ma chaise quand j'ai appris que Jack Hammer, alias Earl Burroughs, est le co-auteur avec Otis Blackwell de rien moins que Great balls of fire !! (si je comprends bien le détail de l'histoire, il aurait surtout trouvé le titre et la chanson elle-même aurait été ensuite écrite par Otis Blackwell, sans que les deux se rencontrent).
Une chose est à peu près certaine : Jack a dû céder ses droits d'auteur pour cette chanson pour une somme fixe et ne jamais toucher un centime sur les ventes de disques et les passages radio de sa chanson, interprétée par Jerry Lee Lewis, Little Richard et des dizaines d'autres. Sinon, il n'aurait sûrement pas eu besoin de s'installer en Belgique au début des années 1960 , où il a beaucoup travaillé avec Albert van Hoogten (qui co-signe tous les titres de cet album en tant que A. Vano). Fils du propriétaire du tout premier disquaire de Belgique, Albert a ouvert son propre magasin, Ronny's, puis lancé son label Ronnex. Dans les années 1950, il a même envoyé son frère René créé une filiale aux Etats-Unis, Moonglow, surtout réputée aujourd'hui pour avoir signé les Righteous brothers avant qu'ils ne rencontrent le succès avec Phil Spector.
Même s'il aura plus marqué les esprits comme auteur, Jack Hammer a une discographie non négligeable en tant qu'interprète. Il a sorti plein de titres chez Ronnex au tout début des années 1960, à la grande époque du twist, dont certains, comme Kissin' twist, ont du succès en Europe (Il en a même enregistré une version en allemand, tout comme pour Crazy twist). Ce sont douze de ces titres qui ont été réunis sur un album, qui s'est appelé Twistin' king dans certains pays, mais aussi Le twist est roi en France ou Hammer + Beat = Twist en Angleterre.
Certes, Twistin' king est présenté comme un album de twist, mais c'est avant tout un excellent disque de rhythm and blues : contrebasse, guitare électrique, choeurs, saxophone, orgue, tous les excellents ingrédients sont là.
La face A, avec Kissin' twist, Boogie woogie twist, Twistin' blues, Spelling twist et Crazy twist est carrément un sans faute, d'autant qu'on y trouve aussi mon titre préféré de l'album, Twist talk. Sur cette chanson, Jack est accompagné par le Johnny van Horn Orchestra, mais c'est surtout un duo hilarant avec une chanteuse qui a un sacré abattage. Selon Nothing To Do With Arbroath, cette chanteuse est Jo Leemans, réputée pour être la Doris Day flamande. C'est elle aussi qui fournit les puissants cris qu'on entend sur Crazy twist.
La face B est un peu moins forte, avec des décalques (pas des reprises) comme Twist and shout et Come twist around the clock, mais le morceau Twistin' king est excellent et le disque se conclut non pas avec un twist mais avec une autre danse, lancée par Hammer lui-même, une version sauvage de The wiggle, (prétendument ?) en concert, différente de celle du 45 tours Electricity.
Jack Hammer vit désormais à Hollywood. Pris en photo récemment avec sa fille (mai 2011), on constate qu'il se porte comme un charmeur. Il aime visiblement la compagnie des jolies jeunes femmes. Il les peint également mais, sans être spécialiste, je pense pouvoir avancer qu'il est meilleur chansonnier que peintre...

Twist talk est en écoute chez Popcorn oldies et chez Nothing To Do With Arbroath.
Une compilation MP3 de 30 titres, Twistin' king - The best of, est actuellement en vente. 


L'édition originale française de l'album chez Vogue,


l'édition anglaise chez Oriole...


...et un recueil de partitions anglais d'époque pour les douze titres de l'album !