30 juin 2013

KRAFTWERK : Mini calculateur


Acquis d'occasion dans la Marne vers le début des années 1990
Réf : 2C 008-64369 -- Edité par Pathé Marconi EMI en France en 1981
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Mini calculateur -/- Dentaku

Au fil du temps, Kraftwerk s'est débrouillé pour que ses paroles et sa langue natale allemande n'obèrent pas sa carrière internationale. Si leur premier succès mondial, Autobahn, était chanté entièrement en allemand, le suivant, Radioactivity, contenait des paroles à la fois en anglais et en allemand, un "truc" que le groupe a régulièrement utilisé par la suite, dans Numbers en 1981 par exemple. La plupart des albums du groupe sont sortis en deux versions, "l'originale" allemande et "l'internationale" anglaise, mais il y a eu des variations locales intéressantes, notamment françaises grâce à l'apport de Maxime Schmitt, un responsable de label chez Pathé Marconi devenu un proche du groupe. Ça a donné Les mannequins en 1977 sur l'album Trans Europe Express et fort logiquement une version française de Tour de France en 1983, mais la chanson avec laquelle Kraftwerk a le plus fait joujou, c'est le deuxième titre de l'album de 1981 Computer world, enregistré en allemand (Taschenrechner), en anglais (Pocket calculator), en français (Mini calculateur) et en japonais (Dentaku). Il existe même une version en italien (Mini calculatore), qui n'est pas sortie en disque mais qui a été utilisée pour des passages télé (voir ci-dessous).
Contrairement à The man machine, je n'ai pas acheté Computer world au moment de sa sortie. En fait, il se trouve que je n'ai jamais acheté le 33 tours car j'ai trouvé assez vite et pour pas cher la cassette française de l'album, sans pochette. Je n'ai pas non plus acheté ce 45 tours neuf au moment de sa sortie. En fait, j'ai attendu 1982 et la parution suivante pour acheter un disque neuf de Kraftwerk, un 45 tours "N° 1 en Angleterre", qui en Angleterre était une "double face A" avec Computer love et un titre plus ancien, The model, mais en France le titre récent était clairement relégué en face B. Aucun de ces disques n'a atteint en France le dixième du succès de Radioactivity. C'est bien dommage quand même pour Mini calculateur, un chef d'oeuvre de minimalisme. J'imagine que ce terme est souvent appliqué à Kraftwerk, et peut-être pas toujours à bon escient, mais il se trouve ici que la ligne mélodique est jouée par divers instruments/gadgets électroniques (calculatrice, donc, mini-orgue Mattel modèle Bee Gees Rhythm Machine, et sûrement des inventions de Florian Schneider), qui se répondent et s'associent comme des chants d'oiseaux dans un sous-bois. Comme précurseur dans le style, on peut citer, en moins mélodique, la reprise de Jocko homo par The Touch Tone Tuners sur la compilation Devotees, qui date de 1979.
Le chant distancié fait pour beaucoup dans la réussite du morceau. Côté traduction, on peut se pencher sur le choix du mot "calculateur", qui se justifie pleinement pour s'accorder en rythme et en rime avec "opérateur", mais le terme approprié en français aurait sûrement été "calculatrice" ("Calculateur n'effectuant que des opérations simples"), un cas où le féminin est employé comme diminutif. Je rappelle que, pour une programmation radio ou une compilation, Mini calculateur peut s'enchaîner parfaitement avec le titre de La Variété qui lui rend hommage, J'écoute la K7 de la vedette, en version originale ou réenregistrée avec Alexander Balanescu.
En face B, on trouve Dentaku, la version japonaise de la chanson qui, mine de rien, est très différente. Il n'y a pas que les paroles qui changent : le chant n'est pas du tout équivalent à celui des autres langues : le rythme et le ton schangenet complètement et j'ai même l'impression que, soit ce n'est pas Ralf Hütter qui chante, soit il n'est pas seul. Le groupe lui-même doit être assez d'accord pour cette différenciation puisque, sur le disque réenregistré The mix en 1991, il a choisi d'enchaîner Taschenrechner/Pocket calculator avec Dentaku.
En préparant ce billet, je me disais que Kraftwerk, avec son Computer world, avait pu influencer mon choix de me lancer dans des études d'informatique en cette année 1981. Mais chronologiquement ce n'est pas possible car l'album est sorti en mai, à un moment où j'avais déjà rempli mon dossier d'inscription. Reste que je ne comprends pas comment j'ai fait ce choix alors que je n'avais jamais vu un ordinateur de ma vie. Tout ce que j'en connaissais, c'étaient ces images d'armoires avec des bandes magnétiques dans des films et les cartes perforées qu'un voisin nous ramenait de son travail aux C.C.P. et qui nous servaient de brouillon. Entre la sortie de l'Apple II et celle de l'IBM PC, et avant même le Minitel, l'album de Kraftwerk a parfaitement exprimé le basculement qui était en train de se produire dans la micro-informatique et l'électronique grand public. Nous, au lycée, on était encore loin de tout ça. Les seuls gadgets qui faisaient un peu de musique, c'étaient les montres à quartz avec écran à cristaux liquides, et ce qui faisait fureur en Terminale C, pour ceux qui pouvaient se l'offrir, c'était la calculatrice programmable TI 57, mais elle n'était pas autorisée pour les épreuves du bac...
Je comprends tout à fait le choix de Kraftwerk de rééditer ses albums sans titres bonus, et même de les tripatouiller pour les améliorer, comme ce fut le cas par exemple en 2009 avec The catalogue, mais je ne peux que déplorer que le groupe n'ait pas trouvé le moyen de rééditer d'une façon ou d'une autre Les mannequins et Mini calculateur. A défaut, on peut aujourd'hui écouter le concert donné à Paris au Captain Vidéo le 6 juillet 1981, dans le cadre de la tournée qui a suivi la sortie de Computer world, un concert souvent piraté au cours duquel ces deux chansons ont été jouées. Je me demande même si Bernard Lenoir n'en avait pas retransmis une partie dans Feedback...


Kraftwerk, Mini calculatore, en direct dans l'émission Discoring de la RAI en 1981. A noter, l'interview express du groupe en introduction.

25 juin 2013

LINETTE ET CLAUDE : Petit Papa Noël



Acquis chez Emmaüs à Tours-sur-Marne vers le début des années 2000
Réf : LUT-12-- Edité par Lutin en France en 1950
Support : 78 tours 17 cm
Titres : Petit Papa Noël -/- Etoile des neiges -- Maître Pierre

Pour ceux qui n'auraient pas suivi les épisodes précédents, je rappelle qu'il a été décidé une fois pour toute que, si un disque de Noël devait être présenté ici, la seule date acceptable pour ce faire serait le 25 juin, à six mois pile de chaque côté de la flèche du temps de la fête elle-même. C'est le seul moyen que j'ai trouvé pour limiter toute association malvenue avec tous les aspects factices et forcés de la période des fêtes de fin d'année.
Ce disque illustré (picture disc ,dit-on souvent), je l'ai trouvé chez Emmaüs et je l'ai pris parce que c'est vraiment un bel objet, avec les deux illustrations (signées "Drummond 50") imprimées sur chacune des faces. Pendant longtemps, je n'ai fait que le regarder car, si ce disque a le diamètre d'un 45 tours, c'est bel et bien un 78 tours et ce n'est que depuis quelques semaines que je dispose à la maison d'un Teppaz me permettant d'écouter ce type de disque.
Evidemment, avec ce format et cette vitesse de rotation, les deux faces sont très courtes. Musicalement, aucune surprise. Linette chante Petit Papa Noël accompagnée par l'orchestre de Marcel Cariven. La version d'Etoile des neiges est presque un haïku tellement elle est courte (un refrain un couplet) et on y entend un peu plus les Petits Chanteurs de St-François de Sales, qui sont plus en avant encore sur Maître Pierre.
Etant donné que je n'entends qu'une chanteuse principale sur ces enregistrements, je ne sais pas qui est le ou la Claude de "Linette et Claude". Par contre, pour Linette, une notice du catalogue de la Bibliothèque nationale de France m'a mis sur la piste de Linette Lemercier, actrice et chanteuse née en 1930, petite-fille du poète/chansonnier Eugène Lemercier. Elle a débuté sa carrière à huit ans.
Toute une génération de français, à laquelle j'appartiens, connait la voix de Linette Lemercier, qui a interprété notamment les personnages de Rusty dans la série télévisée Rintintin, d'Oscar dans Bonne nuit les petits ou de Pipiou ("On a toujours besoin d'un petit poi chez soi"). C'est elle aussi qui chante le générique de Chapi Chapo. On peut lire chez Objectif Cinéma un entretien passionnant de Linette Lemercier avec François Justamand pour La Gazette du Doublage.
Et après tout, même si je n'ai pas de sapin chez moi, je veux bien trouver des disques comme ça dans mes grands souliers en me levant le matin du 25 décembre, du 25 juin, ou de n'importe quel autre jour de l'année !

22 juin 2013

MAÏA VIDAL : Maïa Vidal



Acquis chez Gilda à Paris le 6 juin 2013
Réf : cram 182 -- Edité par Crammed en Belgique en 2011
Support : CD 12 cm
Titres : Follow me -- Le tango de la femme abandonnée -- Poison + Poison (Vidéo)

Le nom de Maïa Vidal ne me disait absolument rien, mais j'ai pris ce disque chez Gilda parce que 1°) c'est un beau petit objet (pochette cartonnée ouvrante, CD déguisé en disque vinyl), 2°) il est édité par Crammed et 3°) Marc Ribot (Tom Waits, Costello, Bashung et des dizaines d'autres) est invité vedette à la guitare sur le deuxième titre.
A la  première écoute, il s'est passé un truc bizarre qui n'arrive normalement pas avec les CD achetés au hasard : j'ai instantanément reconnu la chanson et su que c'était un titre que j'apprécie particulièrement. Et pour cause, j'ai téléchargé Follow me chez Magnet Magazine à l'automne dernier et ça m'a suffisamment plu pour que je le mette sur l'une de mes compilations maison. Ce qui explique pourquoi je le connais si bien, même si j'avais aussitôt oublié le nom de l'artiste. J'avais notamment bien aimé le petit côté CocoRosie assagi que j'avais cru percevoir à l'écoute de la chanson.
Il s'agit en fait du premier disque de Maïa Vidal sous non nom. Avant ça, et entre autres, elle se produisait sous le nom de Your Kid Sister et s'est fait remarquer en 2009 avec une série de reprises de Rancid sous la forme d'un EP, 5 Rancid songs that I love, et de trois vidéos qui ont été très populaires sur Youtube. On trouve l'une de ces reprises ici, Poison, et sa vidéo. Je ne connaissais pas assez la version originale pour faire la comparaison, mais en tout cas c'est assez dépunkifié pour qu'à l'écoute ça puisse faire penser à Mansfield Tya.
Si on lit la bio de Crammed, on a l'impression que le disque de reprises de Rancid est le seul qui a été sorti sous nom de Your Kid Sister, mais sur le site du groupe on constate clairement, vu qu'on y voit le recto et le verso de la pochette, que l'album God is my bike devait initialement être attribué à Your Kid Sister. Peut-être que ce n'était qu'un projet, ou alors il n'y a eu que quelques exemplaires auto-édités et peu diffusés (je n'en trouve pas d'autre trace en ligne).
Toujours est-il que Maïa Vidal a signé chez Crammed et sorti God is my bike en 2011. Outre Follow me et The alphabet of my phobias, on y trouve deux titres avec Marc Ribot, dont Le tango de la femme abandonnée (en français s'il vous plaît : elle est née aux Etats-Unis mais vit actuellement en Europe...), encore une belle réussite. A part cette intervention et celle de Giuliano Gius Cobelli à la trompette, c'est Maïa Vidal qui joue de tous les instruments sur ces trois titres.
Maïa Vidal a sorti son deuxième album, Spaces le mois dernier et elle était en concert à Paris le 6 juin dans le cadre d'un mini-festival Crammed Discs. Etant donné que c'est précisément ce jour-là que j'ai acheté ce disque à Paris, je vais finir par avoir des regrets après coup de ne pas être resté quelques heures de plus à Paris pour y assister.

Cet EP est toujours en vente chez Crammed.


Maïa Vidal, Follow me, vidéo réalisée par Joana Colomar.


Your Kid Sister, alias Maïa Vidal, Poison, vidéo réalisée par Maïa Vidal.


Your Kid Sister, alias Maïa Vidal, Le tango de la femme abandonnée, en concert au bar In The Garden à Paris le 13 novembre 2010.

21 juin 2013

JAMES LAST : Caribbean nights


Acquis sur le vide-grenier de Damery le 16 juin 2013
Réf : 2372 035 -- Edité par Polydor en France en 1980
Support : 33 tours 30 cm
10 titres

Quand j'ai chroniqué ici il y a trois ans un album "rock" de James Last, je pensais très sincèrement que c'était le premier et dernier album du chef d'orchestre allemand auquel j'étais susceptible de m'intéresser. Une fois de plus, j'ai sous-estimé mes faiblesses, mais bon, j'ai des excuses : à peine quarante-huit heures après m'être penché sur le CD live de Burning Spear, voilà que je découvre l'album de reggae idéal qu'Indesit aurait pu offrir à sa clientèle !
C'est la pochette qui fait tout le sel de ce disque. Sur le coup, je n'ai pas remarqué la bouche lascivement ouverte devant le logo James Last, je n'ai vu que cette femme noire dessinée, incarnation de la volupté fantasmée des îles. Et le détail qui tue, c'est le médaillon avec la photo de James. Non seulement il a dû la séduire, mais en plus il l'a délaissée. Ne lui reste plus comme souvenir du playboy teuton que ce bijou qu'elle porte sur son coeur brisé. Ou entre les seins plutôt. Soit c'est ça ou alors c'est juste le portrait d'une des nombreuses fans des disques orchestraux de James Last...
Ici, et on est dans l'ambiance avec le dessin et le perroquet sur le titre, il est question de Nuits caribéennes. Pour être plus clair, sur mon pressage français (qui n'est pas celui reproduit ci-dessus), il y eu d'ajouté un macaron blanc pour préciser "Spécial reggae". Pas de zouk, ici, donc, ni de calypso, de compas ou de rumba, juste le plus célèbre produit d'exportation de la Jamaïque. Au programme, que du lourd et du populaire (Indesit aurait pu en prendre de la graine) avec une reprise de Jimmy Cliff en ouverture et pas moins de cinq titres de Bob Marley, de Stir it up à Waiting in vain en passant par Positive vibration et Exodus. Pour le reste du programme, pas de Tapper Zukie, ni même de Dennis Brown, juste des compositions "originales" par James et ses associés, en fait de simples exercices de style très appliqués.
Il faut savoir que ce disque n'est même pas inécoutable. Avec des cuivres, des choeurs (masculins, ou féminins pour rappeler les I-Threes, qui chantent les refrains et quelques paroles, mais pas les couplets), de l'orgue et les instruments de base (guitare, basse, batterie et percussions), c'est juste une interprétation compétente "à la manière de" du reggae. Sans surprise, donc : c'est s'il y avait eu une face de dub ou des versions toastées avec deejay que je serais tombé de ma chaise !
A plus de quatre-vingts ans, James Last semble tenir la forme. Il a terminé le mois dernier une tournée mondiale baptisée non sans humour "The Last tour - Einmal noch" ("La dernière tournée, une fois de plus", avec un jeu de mots sur Last). Pareil pour moi, ce n'est peut-être pas mon dernier disque de James Last. Qui sait ?

On trouve ce disque en téléchargement un peu partout en ligne, chez RetroCortex par exemple.

16 juin 2013

VANDAVEER : The nature of our kind


Acquis chez Gilda à Paris le 6 juin 2013
Réf : [sans] -- Edité par Alter K en France en 2011
Support : CD 12 cm
Titre : The nature of our kind

J'ai été bien content de trouver ce CD-R promo de Vandaveer l'autre jour chez Gilda.
J'ai assisté à un mini-concert de Vandaveer à la FNAC de Reims le 24 avril 2009. Le groupe, fatigué après huit heures de train, faisait alors la promo de son  deuxième album, Divide and conquer. Il a donné une performance très agréable et sympathique, même si elle n'avait rien de particulièrement innovant. Mark Charles Heidinger, le gars à l'origine de ce projet, était très smart en veste et chemise, mais le plus marquant pour moi ce jour-là ce fut le look de celle qui fait depuis quelques temps de Vandaveer un duo sur scène, la chanteuse Rose Guerin : cheveux blonds décolorés, petits noeuds dans les cheveux, robe noire, bas-chaussettes bleus remontés au-dessus des genoux, bottes de cuir à hauts talons et dessins en couleur sur le bras !
The nature of our kind est un single extrait de l'album suivant, Dig down deep, sorti en 2011. C'est plus pop-rock que ce que j'ai pu voir sur scène, avec une chanson construite sur un bon riff, du chant à deux voix réussi et un refrain sans paroles en "Lalala dam dadamda..." bien entraînant. Pas mal du tout. La vidéo, tournée par Pierre Dejon et Just Philippot pendant la tournée du groupe dans le nord-est des Etats-Unis en janvier 2011, est très bien également.
Vandaveer vient tout juste de sortir un album de reprises de titres de folk américain, Oh, Willie, please.... Un autre album, de compositions originales cette fois, est annoncé pour la fin de cette année.



15 juin 2013

DENNIS BROWN : Money in my pocket


Acquis chez Carrefour à Châlons-sur-Marne en 1979
Réf : 20 147 -- Edité par Atlantic en France en 1979
Support : 45 tours 30 cm
Titres : DENNIS BROWN : Money in my pocket / [PRINCE MOHAMMID : Cool runnings] -/- JOE GIBBS AND THE PROFESSIONALS : Runnings irie

Si le CD de Burning Spear est l'un des tous derniers disques de reggae que j'ai achetés, ce maxi-45 tours de Dennis Brown doit être l'un des tous premiers, peut-être bien le deuxième, après Is this love de Bob Marley.
J'ai entendu cette chanson pour la première fois pendant l'été 1979 alors que je participais pour la première fois à un chantier de fouilles archéologiques sur le camp militaire de Suippes. Soit le titre passait en radio, soit François B. ou Daniel C. l'avaient sur l'une de leurs cassettes. Toujours est-il qu'il m'a suffisamment marqué pour que j'achète quelques mois plus tard ce maxi, vendu neuf par Carrefour à un prix défiant toute concurrence, 21,80 francs.
La pochette générique est très moche mais on note que le logo Atlantic s'insère plutôt bien, tout simplement je pense parce que ce sont ses teintes qui ont été sélectionnées pour évoquer le rouge, or et vert des rastas sur la pochette.
Si ce disque a bénéficié d'une large distribution qui lui a permis d'arriver jusqu'au fin fond de la Marne, c'est parce que Money in my pocket a été un gros tube en Angleterre au début de l'année 1979. Brown a même eu droit à la couverture du NME.
Je ne le savais pas à l'époque, mais ce disque est aussi le premier discomix que j'ai acheté. Il s'agit de ces maxis jamaïcains associant une chanson, sa version toastée par un D.J. et sa version instrumentale. Le Keep on knocking de Jacob Miller en est un bon exemple, en pressage original qui plus est. Pour certaines  éditions européennes de Money in my pocket, une partie de l'information s'est perdue pendant la traversée de l'Atlantique : la face A ne mentionne que Dennis Brown alors que dans l'édition originale Prince Mohammid est bien crédité pour sa version deejay intitulée Cool runnings.
Je ne savais décidément pas grand chose à l'époque puisque que ce n'est que des années plus tard que j'ai appris qu'il s'agissait en fait de la deuxième version de Money in my pocket. La première version, Brown l'avait enregistrée en 1972, à quinze ans (!), avec le même producteur, Joe Gibbs. Une version toastée intitulée A so we stay a aussi été publiée à l'époque, par un grand nom, Big Youth (les deux sont enchaînées sur la compilation Joe Gibbs scorchers from the early years (1967-72) de 2009).
Cette première version de Money in my pocket a déjà été un gros succès et à la limite Joe Gibbs aurait presque pu se contenter d'une simple réédition car les deux versions sont au bout du compte sont assez proches. Ce qui les différencie n'est pas tant à chercher dans l'interprétation de Dennis Brown que dans l'accompagnement. Là où la version de 1972 conserve un groove léger typique du reggae roots, la version longue de 1979 a un rythme implacable, un vrai rouleau compresseur (c'est encore accentué dans la partie toastée et sur la version instrumentale) : tempo accéléré, attaque des percussions, skank à la rythmique presque agressif... On pourrait presque parler de reggae post-punk. C'est en tout cas un style qui influencera un groupe comme Capital Letters.

Ça fait largement plus de trente ans que j'ai ce disque, mais il fait partie de ceux que 'écoute toujours avec autant de plaisir... Dennis Brown, lui, est mort en 1999 à guère plus de quarante ans.


Dennis Brown, Money in my pocket, à Top of the Pops en 1979.

14 juin 2013

BURNING SPEAR : Live in Paris (Zénith)


Acquis chez Emmaüs à Tours-sur-Marne le 18 mai 2013
Réf : CDE 162 -- Edité par Indesit en France vers la fin des années 1980
Support : CD 12 cm
7 titres

Je ne trouve quasiment plus de disques vinyls chez Emmaüs à Tours-sur-Marne : le stock a été divisé par dix par rapport à il y a deux-trois ans, il ne se renouvelle quasiment pas et les prix ont augmenté. Par contre, lors de mes dernières visites, je me suis mis à y trouver ponctuellement des CD intéressants, à un prix correct (1 ou 2 €).
Pour celui-ci, l'horrible pochette aux couleurs de la marque d'électroménager italienne Indesit ne m'a pas empêché de prendre le disque en mains pour essayer de comprendre à quoi j'avais affaire.
Premier étonnement : je me suis rendu compte que ce disque visiblement promotionnel était un enregistrement en concert de Burning Spear ! J'imagine qu'il a été offert en cadeau à des acheteurs des lave-vaisselle, machines à laver, réfrigérateurs-congélateurs ou cuisinières dont il est question dans le livret intérieur. A moins qu'il ait été distribué au sein du réseau commercial de la marque. En tout cas, c'est incompréhensible. Quel rapport entre les produits d'Indesit et le reggae ? Et quel intérêt d'utiliser la musique de Burning Spear pour une opération de promotion auprès d'un public qui a toutes les chances de ne pas le connaître ? Chez les ménagères et dans leurs familles, chez les professionnels de l'électroménager, on connait sûrement Bob Marley, mais Burning Spear ? C'est une grande figure du reggae, connu de tous les amateurs du genre, mais en-dehors de ce cercle ? La seule explication qui me vient naturellement, c'est que ça devait pas mal fumer dans les réunions de créatifs chez Indesit il y a vingt-cinq ans, et pas seulement du tabac...
D'ailleurs, l'opération n'a sûrement pas été d'une grande ampleur, ou alors elle a été un fiasco. C'est le deuxième étonnement, une fois rentré à la maison, quand je me suis rendu compte que, comme pour le Shlomo Dahiani et comme pour l'Emile Lambert, je ne trouvais aucune mention en ligne de ce disque.
Cette édition spéciale vient allonger l'historique déjà pas si simple de l'édition de l'enregistrement de ce concert du 21 mai 1988 au Zénith de Paris. L'originale chez Blue Moon était disponible au choix en double CD 16 titres ou en double 33 tours 14 titres. Le concert a été également édité en cassette vidéo à cette époque. Les éditions en vinyl anglaise et américaines de 1988 sont équivalentes à l'originale française, mais le CD américain ches Slash est simple et ne compte que 13 titres. Par contre, la réédition américaine de 2004, chez Burning Music, le label de Winston Rodney, est présentée comme une version intégrale et, effectivement, c'est un double CD qui tient le record avec 17 titres. Quant à mon édition Indesit sous licence Blue Moon, c'est un simple CD qui ne compte que 7 titres, qui correspond en fait au premier des deux CD de l'édition originale.
Et la musique ? Ah oui, je parle popote et j'en oublierai presque la musique. Eh bien, c'est exactement ce qu'on est en droit d'attendre d'un enregistrement en concert dans une salle de ce type. Le son est bon, les musiciens aussi, c'est du reggae roots de qualité, classique et sans surprise. Sans que ça parte dans le dub, ce sont les quelques excursions vers des versions instrumentales qui me font un peu dresser l'oreille. Quant à Winston Rodney, il est cool au point d'être presque indolent. Son "Hip hip hooray" au bout des deux minutes de la bonne introduction instrumentale de Happy day m'a rappelé The Beat, sauf qu'il est tellement mou de la chique qu'on a envie de monter sur scène lui imposer un fortifiant. Mais bon, tout ça reste agréable, et surtout, si quelqu'un a des informations sur cette curiosité, je suis preneur !




Le film du concert, édité en vidéo à l'époque.

09 juin 2013

EMILE LAMBERT : O.K. Belles oreilles


Acquis chez Troc.com à Charleroi le 22 mai 2013
Réf : BEA. 32 -- Edité par Pathé en Belgique vers 1960
Support : 45 tours 17 cm
Titres : O .K. Belles oreilles -- Li ouistiti (Itsy bitsy) -/- Li twist des vatches (Kili-Watch) -- Ell tchawe

Ils ont de moins en moins de vinyls, mais je continue à faire des trouvailles intéressantes chez Troc à Charleroi quand j'ai l'occasion d'y passer. Là, j'ai dédaigné un autre 45 tours d'Emile Lambert (un deux titres chez Olympia, un label pour lequel il a visiblement beaucoup enregistré à la pochette quelconque et aux titres peu inspirants), mais celui-ci répondait à toute une série de critères qui font que je ne pouvais pas le laisser passer : un EP quatre titres, avec une pochette rigolote et réussie, deux twists, deux cha-cha aussi pour faire bonne mesure, deux reprises de tubes en wallon, de la couleur locale, donc...
J'ai assez vite trouvé des informations sur le parcours d'Emile Lambert, chez Amour du rock 'n' roll, chez Bide & Musique, et surtout en regardant la vidéo souvenir (voir ci-dessous) diffusée par l'une de ses filles sur Youtube. Ce qui m'a surpris, c'est que je n'ai trouvé aucune information en ligne sur ce disque précisément, pourtant diffusé par une maison de disques importante, Pathé.
Au cours de sa longue carrière de chanteur humoriste, Emile Lambert a dû s'attaquer à tous les styles musicaux populaires, jusqu'au punk avec Ça gonfle pour moi, un titre pour lequel il a pris l'identité de Caoutchouc Lambert (on se demande bien pourquoi...!).
Il y a ici deux titres originaux, Ell tchawe (Le chouca), en wallon, et O.K. Belles oreilles, en français, un twist à la Jean Yanne. A l'écoute des paroles, et au vu de l'illustration de pochette, je n'arrive pas à décider s'il faut comprendre "Pour O.K. Belles oreilles", "Pour roquet belles oreilles" ou "Pour Rock et belles oreilles"). En tout cas, s'il est chronologiquement impossible que cette chanson ait quoi que ce soit à voir avec le groupe québécois Rock et Belles Oreilles ou avec l'émission de radio lilloise de RCV Rockez Belles Oreilles, il n'est pas impossible qu'il y ait une référence au dessin animé Roquet belles oreilles, car dans la chanson suivante, Li ouistiti, il est fait mention d'une émission portant ce titre diffusée le mercredi.
Li ouistiti, justement, c'est une (bonne) reprise, en wallon, d'Itsy bitsy teenie weenie yellow polka dot bikini, une chanson popularisée par chez nous par Richard Anthony. Quant à Kili-Watch, qui devient ici, et en wallon, Le twist des vaches, ce fut l'un des tous premiers succès de Johnny Hallyday (qui a aussi interprété Itsy bitsy), mais il ne s'agissait pas d'une reprise d'une chanson anglo-saxonne, comme je le pensais, mais d'une version d'un titre d'un groupe belge, Les Cousins. D’Émile Lambert aux Cousins, en passant par Johnny, dont le père était belge, on reste entre belges avec cette chanson...
Et désormais, je serai encore plus attentif quand je trouverai un disque d'Emile Lambert...

Emile Lambert, O. K. Belles oreilles.
Emile Lambert, Li ouistiti.
Emile Lambert, Li twist des vatches.
 
Une vidéo souvenir familiale en hommage à Emile Lambert, réalisée par sa fille Annie. On y entend notamment deux de ses filles, Renée et Yetty, interpréter
Nous aimons chanter.

08 juin 2013

SHLOMO DAHIANI : Yemenit songs


Acquis chez All Aboard à Londres le 26 avril 2013
Réf : L.P. 234 -- Edité par Makolit en Israël probablement dans les années 1950
Support : 33 tours 25 cm
7 titres

Je vais très vite arrêter de vous ennuyer avec les comptages mais, après avoir marqué la publication du millième billet de Blogonzeureux!, il était assez logique que je me tourne vers l'Orient pour vous conter mon mille et unième disque !

Le jour où j'ai acheté le Chills, j'ai été agréablement surpris de trouver dans plusieurs boutiques de charité autour de St John's Wood/Swiss Cottage, un quartier très proche du centre de Londres, des disques intéressants, en très bon état et à un prix très abordable.
Ce 25 cm, datant visiblement des années 1950 mais parfaitement conservé, je l'ai repéré par sa pochette assez marquante et je l'ai choisi à cause du titre en anglais, Yemenit songs.
Pour moi comme pour beaucoup de fans de musique occidentaux, Yemenite songs c'est avant tout un album de 1984 de la chanteuse israëlienne Ofra Haza, rendu célèbre par la chanson Im nin' alu, samplée par Eric B. & Rakim et M|A|R|R|S et elle-même, une fois remixée, devenue un tube en 1988.
Là, je me doutais bien qu'il s'agissait de chansons traditionnelles yéménites, mais difficile d'aller plus loin pour deux raisons. D'abord parce qu'il se trouve qu'un défaut d'imprimerie fait que le dos imprimé de ma pochette se trouve à l'intérieur plutôt qu'à l'extérieur : pas trop pratique pour le consulter. Je n'ai pas voulu abimer complètement la pochette en tentant de la décoller, d'autant que, c'est la deuxième raison, hormis "Yemenit songs", aucune mention n'est écrite en alphabet latin.
Je me suis rendu compte par moi-même que les inscriptions n'étaient pas en arabe, comme je m'y serais attendu, mais en hébreu. Un petit tour sur le grand livre d'histoire coopératif m'a donné des informations sur la communauté juive du Yemen, et notamment sur l'Opération Tapis Volant qui, en 1949 et 1950, a organisé le transport de la quasi-totalité de cette communauté vers Israël. Dès lors, on ne s'étonne pas qu'un disque rassemblant (probablement) des chansons juives yéménites ait été édité en Israël dans les années qui ont suivi. La famille d'Ofra Haza était aussi originaire du Yemen et elle avait choisi dans son album d'interpréter des chansons entendues dans son enfance.
J'en étais à ce point, et impossible d'aller plus loin sans parvenir à identifier au moins l'interprète du disque. Merci donc à Frédéric (et à Agnès, qui nous a mis en contact), qui a entrepris de traduire les inscriptions de la pochette, une entreprise encore compliquée par le fait qu'il ne s'agit pas d'hébreu moderne mais probablement d'hébreu yéménite.
C'est donc grâce à Frédéric que j'ai su que l'artiste de ce disque est Shlomo Dahiani (ou Dachiani, ou d'autres variations suivant les variations de translittération) et que le titre général du disque en hébreu est en fait Retour aux sources.
Muni de cette information, j'ai cherché à en savoir plus sur Shlomo Dahiani. Je n'ai rien trouvé sur sa biographie et son parcours (en tout cas pas en anglais ou en français). Tout ce que que j'ai trouvé, c'est la trace de plusieurs 78 tours qu'il a publiés (quelques étiquettes sont reproduites ci-dessous), ce qui montre qu'il a pas mal enregistré, un fait confirmé par l'existence d'une série de cinq CD, en vente sur Ebay, rassemblant des chants profanes et sacrés, y compris en Arabe, édités en 2001 par le Jewis Music Research Centre de The Hebrew University à Jerusalem. Malheureusement, je n'ai pas été capable de trouver sur leur site d'informations sur Shlomoe Dahiani ou sur ces CD.
Frédéric m'a également donné des informations sur le sens des titres du disque. Cela m'a permis d'en identifier au moins un de façon formelle, Ayelet shen (Gracieuse gazelle), l'un de mes préférés, dont on trouvait aussi une version sur l'album d'Ofra Haza. Les paroles sont adaptées d'un poème du 17e siècle du Rabbin Shalom Shabazi, comme la plupart de celles du disque d'Haza, et sûrement de celui-ci.
Au dos de la pochette, Shlomo Dahiani est photographié avec un oud, mais, sauf erreur de ma part, on n'entend aucun instrument à cordes sur ce disque, juste la voix de Shlomo accompagnée de percussions traditionnelles yéménites. Vous pourrez en juger par vous même avec les trois extraits ci-dessous, mais on n'est pas loin dans l'esprit de mon disque égyptien de Farouk Salama. Plus près de nous, et hors musique traditionnelle, je pense aussi en écoutant ce disque chant/percussions aux titres vaguement orientalisants de cet OVNI qu'est l'album Flowers of romance de PIL.
Toute information complémentaire sur Shlomo Dahiani et les chansons de ce disque est la bienvenue !



 
Les titres 3 (Ayelet shen), 6 et 7 de mon disque.    

 
Le rond central de mon disque, ainsi que le dos de pochette, malheureusement imprimé à l'intérieur !

 
Quelques étiquettes de 78 tours de Shlomo Dahiani glanées sur des sites de vente en ligne.

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