31 mai 2009

THE JOHN BARRY SEVEN PLUS FOUR : Hit & miss


Acquis chez Oxfam à Saint-Helier le 20 mai 2009
Réf : 45-DB 4414 -- Edité par Columbia en Angleterre en 1960
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Hit & miss -/- Rockin' already

Il n'y avait quelques 33 tours que dans une minorité de la grosse dizaine de boutiques caritatives de Saint-Helier que j'ai visitées, et des 45 tours dans quasiment aucunes, sauf chez Oxfam où il y en avait une trentaine sous l'étiquetage approprié de "Vieux disques".
Ces disques, achetés sur place à Jersey si j'en crois le tampon du magasin qui figurait sur certains d'entre eux, venaient probablement de la collection d'un unique propriétaire. Ils dataient tous du début des années 60 (avant la révolution Beatles) et se présentaient tous, comme c'était la règle à l'époque en Angleterre, dans des pochettes génériques des labels, dont certaines sont de grandes réussites du design graphique.
Je suis reparti avec cinq de ces disques et je savais dès que mes yeux sont tombés dessus que ce 45 tours de John Barry me plairait beaucoup car, l'hiver dernier, Dorian Feller m'avait fait écouter un EP français du début des années 60, The John Barry sound, et j'avais été très agréablement surpris par la pêche qu'avait ce disque. Je m'étais fait une note de penser à acheter tout disque de John Barry pré-James Bond qui se présenterait à moi dorénavant et, coup de bol, ce 45 tours correspond justement à la moitié du EP français, l'autre moitié étant le 45 tours suivant Walk don't run/I'm moving on.
La différence avec les musiques de films qui rendront John célèbre, c'est que ces enregistrements quasiment-rocks sont enregistrés dans une formation réduite, The John Barry Seven, à laquelle sont quand même ajoutés sur ce 45 tours quatre autres musiciens (probablement une section de cordes).
J'ai parlé de quasi-rock plus haut car de façon assez surprenante l'instrument solo principal ici est la guitare électrique, tenue par un gars qui touche sa bille, Vic Flick. Il y a sur les deux titres en contrepoint de la guitare des cordes plus aigües (jouées en pizzicato si j'en crois de plus qualifiés que moi) et l'effet est très réussi. On pense pour le côté twangin' guitar à des groupes instrumentaux comme les Shadows (ce n'est pas un hasard si la face A du 45 tours suivant Walk don't run est une reprise des Ventures) et pour l'association guitare/cordes à Duane Eddy, même si l'arrangement est ici beaucoup moins ampoulé que certains enregistrements, certes peut-être plus tardifs, de Duane Eddy.
La face A Hit & miss est une composition de John Barry, c'est une grande réussite, à tel point que la BBC a ensuite décidé de l'utiliser pour remplacer l'indicatif original de la célèbre émission Juke box jury.
Pour la face B Rockin' already, coulée dans le même moule que la A (ni plus ni moins rock d'ailleurs), John Barry n'est crédité que pour les arrangements. J'ai compris pourquoi, pas en écoutant les premières mesures de musique, mais quand les choeurs sont arrivés. Après un petit doute, je me suis rendu à l'évidence : ces choeurs chantent bien l'air de Wimoweh (Le lion est mort ce soir).

Ces deux titres ont été très souvent réédités, notamment sur des compilations de la période EMI de John Barry.

27 mai 2009

MASSIVE ATTACK : Karmacoma EP



Acquis sûrement chez Rough Trade à Paris en avril 1995
Réf : WBRX7 -- Edité par Wild Bunch/Circa en Angleterre en 1995
Support : CD 12 cm
Titres : Karmacoma (Radio) -- Karmacoma (Portishead experience) -- Karmacoma (The Napoli trip) -- Karmacoma (Bumper ball dub)

J'ai plusieurs disques de Massive Attack, mais celui-ci est sûrement le seul que j'ai acheté au moment de sa sortie, neuf et au prix fort. Pourquoi ? Sûrement pas à cause du sac plastique métallisé dans lequel la pochette cartonnée du disque était emballée. Plutôt parce que je pensais que Karmacoma est l'une des plus belles réussites du groupe et parce que, sur ce single, outre Tricky qui est l'un des chanteurs de la version originale, on retrouve Portishead qui s'est chargé de l'un des remixes, ce qui fait que la fine fleur du Bristol de 1994 est ici rassemblée.
Pour ce single, la version originale de l'album a été raccourcie d'une grosse minute. Le beat est original, la basse lourde, les raps de Tricky et 3D lents et efficaces. C'est excellent.
En 1995, on ne parlait pas encore de mashup, mais ce terme pourrait très bien s'appliquer à la version Portishead experience de Karmacoma : plus qu'un remix, on a l'impression que les voix de Massive Attack ont été plaquées sur l'instrumental de Cargo culte, l'un des morceaux de bravoure de l'album Melody Nelson de Serge Gainsbourg. C'est bien vu (en écoutant les deux titres l'un après l'autre, on se rend compte qu'ils avaient effectivement dès le départ un rythme et un phrasé assez proches l'un de l'autre), c'est très bien réalisé et j'ai toujours bien aimé cette version. La seule chose qui me gêne un peu dans l'affaire, c'est qu'aucune mention de ce sample n'est fait, ni sur la pochette ni dans les crédits de la chanson.
Pour le Napoli trip, Massive Attack a fait appel au groupe Almamegretta. Ils sont italiens (de Naples, effectivement), mais de façon assez surprenante, sur une base musicale proche de la version originale, ils apportent avant tout, outre un chant en partie en italien (ou en Napoletano),des éléments orientaux qui, dans un contexte de hip-hop, ne peuvent que renvoyer au célèbre remix d'Eric B and Rakim par Coldcut, qui samplait allègrement Im Nin'alu d'Ofra Haza. C'est très réussi. Je suppose que les musiciens qui accompagnaient Massive Attack pour une version live de Karmacoma en 1995 dans l'émission de télé de Jools Holland Later étaient des membres d'Almamegretta : il y a bien des percussions orientales, mais malheureusement pas les vocaux ad-hoc qu'on entend ici.
Le Bumper ball dub, une version dub instrumentale réalisée par Mad Professor, fonctionne bien comme tel et est tout à fait à sa place en face B d'un single. Par contre, je ne suis pas sûr que ce remix, avec quelques autres tous dus à Mad Professor, justifiait d'éditer une version entièrement dub de Protection, le deuxième album de Massive Attack, sous le titre No protection.

Voir le clip de Karmacoma.
Ecouter les remixes de Karmacoma sur Deezer.

25 mai 2009

REGINE : Régine


Acquis chez Prisunic à Châlons-sur-Marne vers 1984
Réf : 1720531 -- Edité par Music For Pleasure en France en 1984
Support : 33 tours 30 cm
11 titres

Si j'ai retourné la pochette de ce disque pour regarder au dos, c'est parce que je savais que Les p'tits papiers était un tube signé Gainsbourg. Si au bout du compte j'ai acheté ce disque vendu en série économique pour à peine plus que le prix d'un 45 tours, c'est parce que j'ai eu la surprise de découvrir que les paroles et la musique de tous les titres de cet album de Régine étaient de Gainsbourg. Il y du beau monde aussi à la direction d'orchestre : Alain Goraguer, Michel Colombier et Jean-Claude Vannier, qui ont tous à un moment ou un autre travaillé sur des diques de Gainsbourg. Il y en a un quatrième, Ray Knohnotsky, mais c'est soit un pseudonyme soit relativement un inconnu car je ne trouve aucune info sur lui.
Soyons clairs, il y a à mon sens un seul titre irrésistible sur ce disque, c'est Pourquoi un pyjama ?, de 1966. Sur une rythmique digne d'une adaptation française d'un tube Tamla Motown, une diva entre Castafiore et Gretschen tyrolienne entonne le refrain, "Pourquoi un pyjama, à rayures, à fleurs ou à pois ? Pourquoi un pyjama, en coton, en fil ou en soie ?". Régine lui répond tout de go "Moi je n'en mets jamais, non jamais je n'en mets, jamais je n'ai mis de ma vie un pyjama" et ça continue sur ce rythme, "A quoi bon s'habiller quand on vient de se déshabiller ?". Là-dessus, il y a un solo d'instrument à cordes (banjo, balalaïka ?), quelques vocalises et c'est bouclé en guère plus de deux minutes.
Je me souviens avoir passé ce titre au moins une fois à la radio, sûrement dans Rock Comptines, au désespoir du pauvre Phil Sex. Je suis tombé plusieurs fois dans des bourses aux disques sur le EP original de 1966 de Pourquoi un pyjama ?, mais toujours à prix prohibitif. J'ai déjà un disque de Régine, c'est beaucoup, je n'en aurais un deuxième que si je trouve cet EP, qui contient aussi La grande Zoa, pour presque rien.
Un autre titre est à signaler, c'est Laiss's en un peu pour les autres, une production de Jean-Claude Vannier de 1971 (époque Melody Nelson donc), qui était restée inédite jusqu'à la parution de cette compilation. La chanson, sur un air 1900, est ponctuée par des interventions de Gainsbourg dans son personnage de cynique qui commente de façon lapidaire les interventions de la chanteuse ("Qu'est-ce qu'elle raconte celle-là ?", "Oh, quelle importance", "Oh dis, tu vas pas remettre ça"). Si la chanson n'a pas été publiée à l'époque, c'est peut-être à cause de son thème, la narratrice étant une putain dans un bordel aux armées, qui s'adresse à l'un de ses clients militaires : "Laiss's en un peu pour les autres, me prends pas tout. Est-ce ainsi que l'on se vautre, dis t'es pas fou. Laiss's en un peu pour Etienne, pour Jojo ou pour Loulou. Je n'serai plus jamais tienne, 'spèce de voyou.".
Tout ça n'est donc pas dénué d'une distance certaine et d'un certain humour, mais au bout du compte cette chanson est tout à fait dans le ton global des onze du disque, sorties de 1965 à 1978. Presque toutes mettent en scène des personnages qui ne sont pas simplement des "reines de la nuit", mais des femmes vénales et dévoyées, voire vulgaires. Certains titres parlent d'eux-mêmes, comme Si t'attends qu'les diamants t'sautent au cou ("Rien ne vaut un homme autour du cou, du moins pour se passer ses envies. Regarde derrière toi ma chérie, ce sont tes vingt carats qui s'enfuient. Si tu n'as que ça à mettre au clou, dépêche-toi tant que t'es encore jolie. Aux yeux de tous les vieux débris, ta jeunesse ça n'a pas de prix.") ou Ouvre la bouche, ferme les yeux ("Tu verras ça glissera mieux. Si les mouches entrent un peu, t'en fais pas pour si peu.").
Il y a aussi Les, femmes ça fait pédé, Mallo Mallory (chanson réaliste volontairement excessivement sordide) et même le disco assez réussi Tic Tac Toe ("J'refilais à mon pote l'total de mes bank-notes, toutes les liasses venues des passes à faire et refaire le tic tac toe.").
Avec une telle accumulation, l'écoute du disque en entier peut laisser un goût de cendre dans les oreilles, et en y regardant bien, le classique Les p'tits papiers résume assez bien l'atmosphère de l'album : "Un peu d'amour et d'esthétique, c'est du chagrin avant longtemps. Laissez glisser les sentiments, ça impressionne mais c'est du vent.".

Toutes ces chansons ont été incluses en 2006 sur le CD Gainsbourg fait chanter Régine, qu'on peut écouter sur Deezer.

17 mai 2009

DELANEY DAVIDSON : Ghost songs


Acquis auprès de Delaney Davidson à la Cartonnerie à Reims le 14 mai 2009
Réf : [sans] -- Edité par Delaney Davidson en 2008
Support : CD 12 cm
12 titres

Woven Hand et Mansfiel.TYA, la double affiche était alléchante, et j'avais depuis longtemps réservé dans mon agenda la soirée du 14 mai 2009 pour la Cartonnerie à Reims.
J'avais noté qu'il y avait un troisième artiste à l'affiche, Delaney Davidson, le gars qui faisait la première partie de la tournée européenne de Woven Hand probablement, et j'avais lu que c'était un ex-Dead Brothers en me demandant si c'était bien ce groupe de Brothers dont Bob Morlock m'avait prêté un bon album l'an dernier (c'était bien eux et j'avais particulièrement aimé le titre Trust in me). Mais, au moment où Delaney Davidson s'est pointé sur scène dans son costume sobre pour ouvrir la soirée, je n'avais rien de tout ça en tête. Pas besoin d'ailleurs, car aucune référence n'est nécessaire à Delaney Davidson pour donner un concert détendu et époustouflant en cinq titres et guère plus de trente minutes.
Il est seul sur scène, avec une guitare acoustique, un harmonica de temps en temps, et divers autres trucs, dont des pédales d'effets pour faire des boucles qu'il utilise de façon intelligente et bien dosée.
Après nous avoir montré sa set list (une carte postale de la Suisse sans aucune inscription particulière, bien sûr), Delaney a décidé de commencer par un autre titre que celui qui était prévu, puis il a annoncé un concours de valse pour après le deuxième morceau, un excellent rock dans le style Bo Diddley pendant lequel il a essayé de nous faire chanter.

Dirty dozen à Francfort le 18 avril 2009

Après ça, nous avons effectivement eu droit au concours de valse, visiblement l'un des grands moments de ses concerts, doté d'un exemplaire de ce CD : il a lancé une valse instrumentale à l'aide de boucles, puis est venu encourager le public en dansant avec plusieurs spectatrices, qu'il confiait ensuite à leur compagnon. Quand huit à dix couples se sont retrouvés à valser, il est remonté sur scène tranquillement pour terminer sa chanson.

Le concours de valse à Minneapolis le 17 novembre 2008

Ajout du 24 mars 2012
Excellente nouvelle : Casbah Records va rééditer Ghost songs, en 33 tours, le 20 avril 2012. On pourra bientôt commander le disque

16 mai 2009

PIXIES : Rare Pixies


Acquis avec un abonnement aux Inrockuptibles en avril 1996
Réf : VISA 3680 -- Edité par 4AD/Labels en France en 1996 -- Echantillon gratuit réservé aux abonnés des Inrockuptibles. Interdit à la vente.
Support : CD 12 cm
15 titres

Il fut un temps où les CD des Inrockuptibles étaient, comme celui-ci, des disques édités spécialement, réservés aux abonnés. Il fut un temps ensuite où ces disques, réservés aux abonnés toujours, sont devenus de simples compilations largement sponsorisées (Ah! le logo Info-cidre.com collé sur la belle photo d'Abbas Kiarostami sur la pochette de Musiques printemps 2000 !). Il fut aussi un temps où les CD proposés à tous les acheteurs de la revue en kiosque, pourtant toujours largement sponsorisés, ne provoquaient pas le passage à un "prix spécial" correspondant à une augmentation de 1,5 € du prix de la revue de la revue !!
Il fut aussi un temps où Les Inrockuptibles traitaient majoritairement de musique...
On ne va pas refaire le monde, juste se contenter de regretter l'arrêt de la publication de Volume, le magazine musical des Inrockuptibles, avant de retourner lire nos magazines de vieux Mojo ou Uncut en écoutant nos vieux CD, dont celui-ci.
Ce disque a été proposé aux nouveaux abonnés des Inrocks début 1996. Je crois me souvenir que j'ai eu la chance que mon abonnement se termine dans ces moments-là et que j'en ai profité pour me réabonner sous un pseudo afin de pouvoir recevoir ce Rare Pixies, auquel je tenais absolument, même si j'avais déjà l'intégralité de ces disques en singles vinyl ou CD.
L'excellent site français consacré aux Pixies Alec Eiffel précise que ce disque est le premier sorti après l'annonce officielle de la séparation du groupe. C'est aussi leur toute première compilation il me semble (4AD s'est bien rattrapé depuis !).
Rare Pixies propose 12 faces B de singles et 3 raretés.
Les trois raretés sont excellentes, même si la démo de Tame (précédemment diffusée sur un mini-CD fourni avec le magazine anglais Spiral Scratch, que je m'étais procuré chez Parallèles) a vraiment un son pourrave, assez saturé. Les deux autres, Rock a my soul et une première version de Down to the well, datent des sessions qui ont fourni la matière de Come on pilgrim, le premier mini-album des Pixies. En 2002, 4AD a édité en CD l'album Pixies, qui comprend les 9 titres qui, avec les 8 de Come on pilgrim, constituaient l'intégralité de leur cassette démo dite Purple tape. Avant ça, les seuls disques où l'on pouvait trouver Rock a my soul et cette version de Down to the well étaient ce CD Rare Pixies ou le 45 tours compilation Sounds wave 3.
Pour le coup, je ne suis pas d'accord avec le site Alec Eiffel qui annonce que les versions CD ne sont pas les mêmes que sur le 45 tours. Après écoute comparative, je pense pouvoir affirmer qu'il s'agit bien des mêmes interprétations. Simplement, les enregistrements pour le CD ont été énormément nettoyés, super boostés et peut-être remixés, mais c'est tout.
Parmi les faces B de ce single, il y en a plusieurs qui auraient mérité une place sur un album des Pixies. Il y a même beaucoup de groupes qui n'ont jamais rien enregistré d'aussi bon que Weird at my school, Manta ray, Winterlong ou The thing, mes titres préférés de cet album.
Weird at my school est un titre que j'ai toujours beaucoup apprécié, qui aurait tout a fait eu sa place sur Come on pilgrim ou Surfer Rosa.
Doolittle est considéré comme le classique des Pixies. Pourtant, plusieurs titres de l'album me paraissent inférieurs à Manta ray, qui date des mêmes sessions et qui était sorti en face B de Monkey gone to heaven. Manta ray bénéficie énormément de l'apport vocal complémentaire de Kim Deal, largement présente sur la plupart des réussites de ce CD, comme Weird at my school, et aussi Winterlong, la reprise de Neil Young qui illuminait en 1989 la compilation hommage The bridge avant de se retrouver en face B d'un single et sur le best-of Wave of mutilation en 2004. Le seul autre titre de Rare Pixies à se retrouver parmi les 23 de ce best-of est Into the white, le long titre chanté principalement par Kim Deal, et autant je l'ai toujours bien aimé, autant ça me parait un honneur un peu exagéré.
Par contre, je trouve toujours parfaite The thing, un bijou de deux minutes qui correspond à une version différente de la deuxième partie du titre The happening sur Bossa nova. Piano, theremin, chant parfait avec prises superposées de Frank Black. C'est parfait.
Le reste du disque est un peu inégal. Il y a du très bon, comme Evil hearted you, la reprise en espagnol des Yardbirds, du moyen, et du pas bon, comme le titre chanté par le batteur, I've been waiting for you. Ça n'a pas empêché 4AD de commercialiser en 2001 un CD des Complete 'B' sides des Pixies...

10 mai 2009

CREEDENCE CLEARWATER REVIVAL : Run through the jungle / Up around the bend


Acquis sur le vide-grenier de Oiry le 5 avril 2009
Réf : 17015 -- Edité par America/Fantasy en France en 1970
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Up around the bend -/- Run through the jungle

Dans la première moitié des années 1970, un de nos oncles ou quelqu'un d'autre de la famille s'était pointé à la maison et nous avait offert une ou deux poignées de 45 tours sortis d'un juke-box de café, sans aucune pochette. Parmi ces disques, il y en avait plusieurs de Creedence Clearwater Revival, dont Who'll stop the rain, qu'on chantait avec mon frère dans la chambre.
Je n'ai pas conservé ces 45 tours familiaux, mais le mois dernier à Oiry, parmi les vingt disques que j'ai achetés à 10 centimes pièce, dont celui de Monsieur Dupont, il y en avait quatre de Creedence, tous en excellent état, pochette comprise, dont les trois extraits de l'album Cosmo's factory et Bad moon rising.
Une fois n'est pas coutume, étant donné que ces quelques lignes expriment parfaitement l'opinion que je porte actuellement sur ce groupe, voici le chapeau de l'entrée concernant Creedence Clearwater Revival dans le Dictionnaire du rock (Robert Laffont, 2000) :
Pendant quatre années bénies, de 1969 à 1972, ce quatuor de San Francisco fut, tout simplement, le meilleur groupe de rock'n'roll de la planète, peut-être même le seul de son temps. Grâce au talent de son auteur-compositeur-interprète John Fogerty, à contre-courant de la musique progressive et de la vague des auteurs-compositeurs introspectifs, Creedence retrouva d'abord l'énergie brute du rock'n'roll de Little Richard et de Buddy Holly avec des 45 tours jaillissants bourrés de joie communicative, d'énergie brute et d'évidence mélodique comme "Proud Mary", "Bad moon rising" et "Up around the bend". Fogerty était aussi profondément inscrit dans la tradition de la country et du blues américains, habile à manier des mots simples et suggestifs, animé par une honnêteté et une humilité exemplaires qui rendent sa musique profondément humaine et universelle.
"Meilleur groupe de rock'n'roll de la planète de 1969 à 1972", c'est peut-être s'avancer un peu dans le superlatif (même si ni les Beatles, ni les Who, ni les Doors ne les surpassent sur cette période), mais "L'un des groupes les plus oubliés et les plus sous-estimés dans la mémoire collective du rock des années 2000", ça c'est quelque chose qui me parait évident.
Comment se fait-ce ? Pour tout un tas de raisons évidemment, parmi lesquelles l'honnêteté et l'humilité dont il est question plus haut, mais aussi le fait que John Fogerty ne pouvait pas à lui tout seul tenir longtemps aux yeux du public et des médias les rôles combinés qu'assuraient par exemple chez les Stones (plus gros rival pour le titre honorifique de meilleur groupe pendant ces années-là) Mick Jagger, Keith Richards et même Brian Jones. Et puis, les longues procédures judiciaires avec leur label Fantasy ont sûrement empêché que se perpétue le souvenir de ce groupe immensément populaire chez les plus jeunes générations avec des rééditions bien dosées et bien promotionnées.
Comme plusieurs de leurs singles, celui-ci est une "double face A". Run through the jungle est listé en premier sur la pochette, mais sur ce pressage français c'est bien Up around the bend qui est indiqué sur l'étiquette comme étant la face A, et c'est ce dernier qui a eu le plus de succès et qui est mon préféré des deux.
Le riff de guitare en intro, avec un effet slide il me semble, est une tuerie. Il est porteur de toute une grosse partie de l'histoire du blues et du rock combinés et n'a rien à envier au jeu d'un Ry Cooder au meilleur de sa forme, quand il officiait à ses débuts avec Taj Mahal au sein des Rising Sons ou sur le premier album de Captain Beefheart. Le reste du morceau est à l'avenant, jusqu'aux "Do do do" à la fin de cette chanson, véritable cri de ralliement pour quitter la ville, se retrouver à la campagne et faire la fête.
J'aime un peu moins Run trough the jungle, pourtant également considéré comme l'un des classiques du groupe. C'est de l'excellent swamp rock, à tel point que le Gun Club en a donné une version à la fois habitée et très respectueuse sur son album Miami en 1982. En 1985, c'est Sonic Youth qui prendra le titre d'un autre classique de CCR pour nommer son deuxième album Bad moon rising.
On peut comprendre qu'on ait largement ignoré Creedence Clearwater Revival pendant les synthétiques années 80. Et même, entre la dance et l'electro des années 90 et la britpop, on peut concevoir qu'ils aient été quelques peu relégués à l'arrière-plan de nos mémoires. Mais quand même, depuis près d'une quinzaine d'années maintenant, les inspirations folk et country dominent et il est incompréhensible que ce groupe ne soit pas cité à tout bout de champ par ces néo-cowboys et bouseux folkeux des villes qu'on adore.
Il suffit de regarder la photo de pochette de ce disque. Honnêtement, à part John Fogerty à gauche, j'ai toujours trouvé le groupe ridicule et moche à faire peur sur cette photo. Je n'ai pas changé d'avis mais, sans citer de noms (il y en aurait trop !), on ne peut que constater ce groupe est d'ores et déjà revenu à la mode ! La majorité des membres des groupes alt-country et néo-folk, qui n'étaient pas nés quand ce disque est sorti et que nous écoutons tous, ont une pilosité qui n'a rien à envier à celle de Creedence et un goût vestimentaire similaire, jusqu'à et y compris pour l'espèce de pancho que porte le bassiste par-dessus sa chemise à droite !

09 mai 2009

LUKE featuring THE 2 LIVE CREW : Banned in the USA


Acquis à La Clé de Sol à Reims au début des années 1990
Réf : 106622 -- Edité par Luke en France en 1990
Support : CD 12 cm
25 titres

Je n'aurais jamais acheté ce disque au prix fort, mais il fait partie des dizaines que j'ai achetés en solde à La Clé de Sol pour une vingtaine de francs et, si les raps obsédés par le cul de 2 Live Crew ne m'intéressaient pas particulièrement, j'avais eu l'occasion d'écouter à La Radio Primitive cet album de leur leader Luke sorti en réaction aux poursuites pour obscénité qui les avaient visés après la sortie de leur album As nasty as they wanna be.
Cet album, sorti le 24 juillet 1990, a été réalisé très rapidement en réaction à l'arrestation de membres du groupe pour obscénité dans le comté de Broward en Floride, le 6 juin.
Le morceau Banned in the U.S.A. ouvre l'album auquel il donne son titre. Il s'agit bien sûr d'une reprise hip hop du Born in the U.S.A. de Springsteen (avec son autorisation), agrémentée d'un rap/discours de Luke Campbell sur le droit à la liberté d'expression. C'est la principale différence entre cet album et un disque "normal" de 2 Live Crew : en plus de cul, il y est question de censure et des aventures du groupe dans sa Floride natale après la sortie de son album, avec notamment une dizaine de (faux pour la plupart) titres qui se présentent comme des extraits de journaux d'information.
Le groupe s'en prend allègrement à ses censeurs, principalement avec ce qui a toujours été mon titre préféré de l'album F--k Martinez, un pseudo-enregistrement live avec participation du public, dans lequel les "Fuck Martinez" alternent avec les "Fuck Navarro" et les références à des prouesses sexuelles de la femme de Martinez. Un titre emballant et dansant depuis près de vingt ans donc, mais qui prend un sel tout particulier pour moi depuis que j'ai appris hier que le gouverneur de Floride à l'origine des ennuis judiciaires du groupe s'appelait Bob Martinez et que le shériff du comté de Broward qui avait arrêté des disquaires pour avoir vendu As nasty as they wanna be (au bout du compte, la Cour Suprême a donné raison au groupe en appel), s'appelait, vous l'avez deviné Nick Navarro. Pour se protéger de nouveaux ennuis judiciaires pour diffamation, Luke a pris la peine de faire précéder le morceau d'un jingle annonçant que 350 Martinez différents comptaient poursuivre le groupe, et ils auraient également fait signer une autorisation officielle à un Martinez et à un Navarro qui n'étaient bien sûr ni gouverneur ni shériff.
Mon autre chanson préférée du disque a aussi un côté hispanique. Sur cet album il s'appelle Mamolapenga, mais lorsque je l'avais extrait d'un maxi vinyl pour le passer dans mon émission Vivonzeureux! en novembre 1990 il était titré Mama Juanita.
Parmi les autres titres que j'aime bien, il y a Man, not a myth et To Luke from the posse. Sans cautionner particulièrement les paroles grossières, sexistes ou homophobes, on peut apprécier ce disque, sa musique et son humour. Après tout, ce ne sont que des chansons, et c'est justement le message qui est au coeur de Banned in the U.S.A.

08 mai 2009

JEAN ARNULF : Chante Rezvani


Acquis sur le vide-grenier de Saint-Martin d'Ablois le 29 mars 2009
Réf : FPL1 0146 -- Edité par RCA en France en 1976
Support : 33 tours 30 cm
13 titres

J'ai acheté ce disque le même jour que le Fernand Sardou, mais je ne sais déjà plus si c'était au même stand car ce jour-là j'ai acheté deux lots de disques à 1€ les 6 à deux endroits différents.
Si j'ai sélectionné celui-ci, ce n'est pas pour son interprète Jean Arnulf, que je ne connaissais pas du tout, même si, outre une carrière d'acteur, il a eu une certaine réputation dans les années 1960 pour ses chansons engagées, dont Point de vue, qui l'a fait connaître. Non, ce qui m'a attiré sur cette pochette c'est le nom de Rezvani qui, sous le pseudonyme de Cyrus Bassiak, nous a donné dans les années 60 des bijoux de la chanson comme Le tourbillon et J'ai la mémoire qui flanche (chantés par Jeanne Moreau), Ma ligne de chance (Anna Karina dans Pierrot le Fou) et aussi Lili Gribouille pour le film Dragées au poivre, que je n'ai découverte que récemment et dont j'avais le très bon souvenir en tête au moment où je suis tombé sur ce disques.



Serge Rezvani, peintre et écrivain, a écrit énormément de chansons dans les années 1955 à 1965, dont beaucoup sont alors restées inédites, d'où sûrement le titre Chansons silencieuses pour son recueil de poésie publiée chez 10/18 en 1975. C'est dans ces années-là, un été vers Saint-Tropez, que Serge Rezvani et Jean Arnulf, qui avait mis de côté sa carrière de chanteur, se sont rencontrés, "la rencontre de l'auteur compositeur qui ne désirait pas tellement être chanté et du chanteur qui ne croyait plus devoir chanter", comme il est écrit dans les notes de pochette. Ce disque est le produit de cette rencontre.
En 1990, dans une interview pour le magazine Je chante !, Jean Arnulf, qui est mort en 2007, ne gardait pas un souvenir très positif de ce disque, qu'il trouvait beaucoup trop produit. Et c'est vrai que le disque souffre d'une orchestration avec violons et tout le toutim, qui lui donne une tonalité de chanson française de tradition sans grand intérêt. Mais à plusieurs reprises, la fraîcheur et l'inventivité des chansons de Rezvani leur permettent de réussir à survivre à ce traitement. C'est le cas pour Tutti frutti, Nous vivions deux, Dora et La bécasse.
Il est fort probable que, pendant des années, ce disque était le seul où l'on pouvait écouter des enregistrements de ces chansons, au moins en tout cas jusqu'à ce que Rezvani entreprenne d'enregistrer l'intégrale de ses chansons, désormais plus silencieuses, publiées sur six CD par Actes Sud de 2004 à 2007.

03 mai 2009

GOLDEN SMOG : Until you came along


Acquis chez Parallèles/Gilda à Paris le 6 avril 2009
Réf : VRCD 0446 -- Edité par Rykodisc aux Etats-Unis en 1998 -- For promotional use only. Not for sale
Support : CD 12 cm
Titres : Until you came along -- Seven year ache (Live with Roseanne Cash) -- Love & mercy (Live)

Il est toujours impressionnant de voir les sommes qui sont parfois investies par les labels pour la promotion des disques qu'ils sortent (sommes qui sont, bien entendu, à un moment ou un autre soustraites des revenus des artistes promotionnés).
Ici, on a un superbe exemple avec ce disque de Golden Smog, un groupe passe-temps composé de membres des Jayhawks, de Soul Asylum, de Wilco et de Big Star, ce qui en fait également un super-groupe. Voilà un CD à la pochette cartonnée ouvrante, à la maquette retravaillée à partir de celle de l'album Weird tales dont il est extrait, qui se paie en plus le luxe de contenir deux titres live inédits par ailleurs. Et autant que je sache ce single n'a pas été commercialisé en parallèle...
Sur Until you came along, le titre extrait de l'album, le batteur est Jody Stephens de Big Star et le producteur de Memphis Jim Dickinson est à l'orgue. Arpèges de guitares, choeurs travaillés, la chanson est sympa et reste en tête, mais elle est complètement rétro et sans une once d'originalité : on est dans le territoire des Byrds et, comme il y a un peu plus d'énergie, on pense aussi à leur successeur des eighties R.E.M..



Les deux titres live sont enregistrés en acoustique pour une émission d'une radio new-yorkaise, avec quatre guitares, dont celle de Jeff Tweedy de Wilco, et plusieurs voix.
Pour la reprise de Seven year ache, Golden Smog s'offre une invitée de luxe au chant, rien moins que Roseanne Cash, l'auteur et interprète originale de la chanson en 1981 !
L'autre titre, Love & mercy, est une reprise de ma chanson solo préférée de Brian Wilson, chantée par Jeff Tweedy. J'aime mieux la version live de Brian Wilson que je connais, mais cette version acoustique n'est pas mal du tout, plus intéressante en tout cas que la version studio électrique qui a fini par être publiée en 2008 sur Stay Golden, Smog, le best-of du groupe (en écoute sur Deezer), disque sur lequel on trouve aussi deux versions de Until you came along, dont celle présente ici.

02 mai 2009

TRINI LOPEZ : Surf n° 7


Acquis sur le vide-grenier de Mareuil-sur-Ay le 1er mai 2009
Réf : RVEP 60 046 -- Edité par Reprise/Vogue en France en 1964
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Cotton fields -- This little girl of mine -/- Irresistible you -- What have I got of my own

Trini Lopez, c'est avant tout le succès de If I had a hammer. If I had a hammer en français c'est Si j'avais un marteau. Si j'avais un marteau c'est Claude François. Claude François c'est l'horreur, donc il n'y a aucune raison de s'intéresser à Trini Lopez. C'est quoi ça comme type de raisonnement ? Un syllogisme ? Un sophisme ? Les deux à la fois si c'est possible ? On s'en fout, mais en tout cas c'est le raisonnement auquel je me tiens depuis des années.
Et puis cet hiver, lors de l'un des vide-greniers du Jard à Epernay, j'ai acheté le premier album de Trini Lopez, Live at PJ's. La petite vieille du stand était sympa. Il n'y avait quasiment rien d'intéressant sur toute la place et, même s'il était en assez mauvais état, c'était un album sixties à 1 €, alors j'ai tenté le coup. Et j'ai été plus qu'agréablement surpris, tellement d'ailleurs que j'ai bien failli chroniquer cet album ici. Son producteur de l'époque a vraiment bien fait de préférer un enregistrement live au studio pour conserver l'énergie et la qualité de showman de Trini Lopez. Le choix de chansons est excellent, la prestation du trio énergique et précise et le disque est enthousiasmant. J'ai particulièrement apprécié d'entendre ce chicano jouant devant un public probablement huppé d'Hollywood lui balancer à la figure des versions incendiaires non seulement de America (de West Side story) mais aussi du This land is your land de Woody Guthrie. Sans parler de sa version de If I had a hammer, celle-là même qui a fait le tour du monde en single. Mais la version de Trini Lopez est encore l'hymne quasi-communiste écrit par Pete Seeger et Lee Hays en 1949, tellement que dans le dernier couplet, on pourrait presque remplacer "cloche" par "faucille" : "J'ai un marteau et j'ai une cloche et j'ai une chanson à chanter dans le pays tout entier. C'est le marteau de la justice, c'est la cloche de la liberté, c'est la chanson sur l'amour entre mes frères et mes soeurs dans le pays tout entier". Seulement, une fois passée à la moulinette de l'adaptation française, la fraternité, celle qui figure dans la devise française, se réduit d'un coup à celle de la cellule familiale nucléaire, et la chanson devient l'hymne monstrueux à la famille modèle des sixties que l'on connait : "C'est le marteau du courage, c'est la cloche de la liberté, mais la chanson c'est pour mon père, ma mère, mes frères et mes sœurs, Oh oh, pour moi c'est le bonheur, c'est ça le vrai bonheur.".

Hier, 1er mai, c'est traditionnellement la date du vide-grenier de Mareuil-sur-Ay, celui où je joue à domicile. La manifestation est assez réputée, tant et si bien qu'il est difficile d'y faire de bonnes affaires. L'an dernier, j'étais tombé sur le disque des Maxel's et ça avait suffi à mon bonheur du jour. Hier j'ai assez vite trouvé un EP de Marcel Bianchi et je m'en serais largement contenté. Mais au bout du compte, ce fut une bonne cuvée car j'ai encore trouvé des disques intéressants à deux autres stands : le 45 tours du Soul Clan et deux albums Formidable rhythm and blues d'un côté, et dix 45 tours pour 1 € de l'autre, dont deux EP de Trini Lopez.
Les titres de ce disque sont tous extraits du troisième album de Trini Lopez, On the move. Pour exploiter le filon, et parce que visiblement c'est là qu'il était dans son élément, les deuxième et quatrième albums de Lopez sont des live. Pour celui-ci, je n'ai pas réussi à trouver de crédits, mais il est aussi au moins en partie enregistré en public, et c'est tant mieux : ça empêche les producteurs et arrangeurs de chez Reprise d'intervenir, de rajouter leurs cordes ou leurs cuivres et de ramollir l'ensemble.
J'ai écouté les trois premiers titres, tous des reprises, d'une oreille assez distraite, mais je les ai appréciés car le son et l'ambiance restent proches de ce que j'avais aimé sur le premier album. La version de Cotton fields de Leadbelly surprend tellement elle est enjouée et guillerette : Trini Lopez pousse des petits cris, il fait participer le public, des choeurs féminins donnent un ton gospel. Trini Lopez a fait plein de reprises de Ray Charles. Il y en avait deux rien que sur le premier album. Là, il reprend This little girl of mine, un titre de 1956. Les choeurs gospel sont masculins et, Ray Charles oblige, il y a du piano.
Sur la face B, plus de choeurs et le trio semble jouer seul. Irrestible you est un titre de Bobby Darin de 1961, toujours aussi enjoué, marqué par un solo de guitare d'une simplicité et d'une efficacité telles qu'on ne peut que penser à Jonathan Richman.
C'est très bien tout ça, mais c'est dès les premières notes de What have I got of my own que j'ai vraiment dressé l'oreille. C'est une chanson écrite par John Herring et Paul Sawtell, deux pros du showbiz, et d'après ce que j'en sais, Trini Lopez en est le créateur. Ce qui est frappant dès les premières notes, c'est que toute l'ambiance musicale, la basse, la guitare rythmique, la batterie, la façon dont le chant est posé, me fait penser aux Doors, les Doors assez calmes de Riders on the storm ou de certains passages de Light my fire ! C'est saisissant, autant parce que les Doors n'étaient même pas encore formés en 1964 que parce que je n'aurais jamais pensé associer Trini Lopez aux Doors. Et pourtant, les Standells ont repris What have I got of my own sur scène, au PJ's justement, ce qui est probablement un double hommage à Trini, et leur orgue renforce encore l'ambiance Doors, si c'était possible.
Par contre, Trini Lopez devait être maudit en France. What have I got of my own, traduit par Vline Buggy comme If I had a hammer, y est devenu Le bonheur n’est-il pas fait pour moi dans la bouche d'Hugues Aufray. Je n'ai pas écouté sa version, mais c'est peut-être préférable.
Au Québec, Joël Denis aurait repris la version d'Hugues Aufray, mais en la couplant avec Ya-ya, ce qui prouve qu'il connaissait le 45 tours américain de Trini Lopez qui associait ces deux titres. Et chez Psyquébélique, on peut télécharger la version instrumentale jazzy-musak de Le bonheur n'est-il pas fait pour moi par Georges Tremblay, qui conserve quand même un petit côté Doors.
Quant à moi, je ne laisserai plus passer désormais les disques sixties de Trini Lopez que je verrai, même If I had a hammer !

L'album On the move, qui contient les 4 titres de ce 45 tours, est intégralement en écoute chez Deezer, tout comme un paquet d'autres albums de Trini Lopez.
A voir absolument sur Youtube, Chuck Berry et Trini Lopez qui s'amusent pendant 1'40 à jouer Memphis, Tennessee.

01 mai 2009

HOTTEST HITS VOL. 2


Acquis à La Clé de Sol à Reims vers la fin des années 1980
Réf : [sans] -- Edité par Treasure Isle en Jamaïque vers 1968
Support : 33 tours 30 cm
12 titres

Je me suis toujours demandé quel périple avait amené ce disque de son île natale, la Jamaïque où il a été pressé à la fin des années 1960, jusqu'au fin fond de la Champagne pour y être vendu une vingtaine d'années plus tard, soldé mais en tant que disque neuf.
M'est avis que le plus probable est que ce disque a été exporté aux Etats-Unis, qu'il n'a pas été vendu, qu'il s'est retrouvé soldé non pas avec le coin coupé (cut) mais poinçonné par un grossiste américain, qui a dû vendre une palette ou deux de ces disques à un grossiste européen, qui en a vendu une partie à Disco Service, qui l'a mis en vente dans ses magasins, dont celui de Reims où je suis celui qui a fini par accepter de payer 25 francs pour cette compilation jamaïcaine vintage (personne n'ayant voulu miser le prix initial de 45 francs).
Par le même type de trajet tortueux, mais avec moins d'écart entre la date d'édition originale et l'arrivée en magasin français, je me suis procuré l'album solo de Fred Schneider dans un Carrefour de province, ou bien la BO de Naked angels dans une FNAC parisienne.
Cet album, le deuxième d'une série de trois, compile des titres de rock steady produits par Mrs Sonia Pottinger (la plus grande productrice de reggae - presque la seule d'ailleurs, qui devait reprendre plus tard le flambeau du label Treasure Isle quand son fondateur Duke Reid est tombé malade) et remixés par Errol Brown.
Peut-être parce que ces enregistrements datent des débuts du rock steady vers 1967-1968, je trouve qu'ils sonnent assez différemment des 45 tours que nous avions dégottés à Condé-sur-Marne, qui eux dataient plutôt de 1969. Là, le son est plus léger, plus pop presque, un aspect renforcé par le choix de certaines reprises. Le travail vocal est globalement excellent, avec plusieurs enregistrements dus à des groupes vocaux, dans la plus pure tradition du reggae, mais on est presque plus proche d'une soul jamaïcaine que du reggae roots, c'est sûrement pour ça que j'ai pendant longtemps mis de côté ce disque sans trop l'écouter.
J'en ai sûrement raté plusieurs car il n'y a aucun crédit d'auteurs et certains titres ont pu être altérés, mais j'ai relevé trois reprises dans le lot, la plus réussie étant Perfidia de Phyllis Dyllon, les deux autres étant la version de La la (Means I love you) des Delfonics par Alton Ellis (très bien) et I wish it would rain des Temptations par les Techniques. Mais les chansons que je crois être originales sont au moins aussi bonnes. Je préfère d'aillleurs les deux originaux des Techniques (Travelling man et My girl) à la reprise, et les autres titres de Phyllis Dyllon et Alton Ellis sont très bien aussi.
L'autre grand trio vocal présent ici avec les Techniques, c'est les Melodians. I'll get along without you est sûrement mon titre préféré de l'album et You don't need me est très bien aussi. Parmi les autres artistes présents, Freddy McKay avec Love is a treasure et les Sensations (un autre groupe vocal) avec Every day is like a holiday se distinguent.
Ce Hottest hits vol. 2 est l'un des rares disques pressés en Jamaïque que je possède, avec le maxi de Jacob Miller. C'est un souvenir authentique de la Jamaïque des sixties qui m'a été livré à domicile, en tout cas presque au coin de la rue, et j'en apprécie désormais pleinement la musique. Que demander de plus, à part trouver les volumes 1 et 3 manquants ?

L'album est en téléchargement chez You and me on a jamboree

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